‹ Une course à Chamounix: conte fantastiqueChapitre 8 sur 15 · J II · texte numérisé non relu

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puis long-temps'. I« dessin achevé, George le lança en riant au milieu du petit cercle philosophique ^ mais les trois inteclocuteurs , trop absorbés par le sujet qui les occupait, y fii-ent à peine quelqueattention,et après avoir souri d'un air distrait, ils le laissèrent de côté pour reprendre le cours de leur entretien.

George vivement piqué, s'écria : C'est insupportable ! Eh bien, puisqu 'il en est ainsi, je vais aussi faire mon système, moi!

Q sortit de la chambre en courant, et revint ' bientôt portant à deux mains une grande boite urinée. H s'assit à terre, posa la botte entre ses jambes , l'ouvrit avec précaution , et en tira toutes sortes de petites ligures de bois, costuaées de mille manières différentes, et représentant tous les ordres de la société, depuis le roi jusqu'au mendiant. Ces poupées furent soigneusement disposées en groupes assortis : ici les souverains; plus loin les nobles et les ri<

' Voiet cl-coDtre VvaiheBiiifit/ae-timàU de ce deula.

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ches ; vis-à-vis, ta classe moyenne; puis enfin le peuple, ou, comme on dit, les prolétaires. Quand tous ces petits personnages furent placés chacun à son rang , George leur fit un grand discours, et leur prouva comme quoi depuis six mille ans le genre humain n'avait feit que des sottises. S'adressaot aux prolétaires, il leur fit comprendre qu'ils étaient injustement tenus dans l'ignorance et l'abrutissement, et les engagea là-dessus à se ^re les législateurs de l'ordre social. 11 leur dit que tous les hommes sont frères et doivent s'aimer mutuellement; puis il les appela aux armes contre les riches , afin d'étahlir par la violence le règne de la justice et de l'égalité. Les poupées alors furent mises en mouvement , et manœuvrèrent les unes contre les autres. II y eut des luttes adiarnées, pour ne pas dire sanglantes. Les rois furent dépouillés de leurs couronnes, et en même temps de leurs têtes. . Les hiens des riches furent partagés. C^ proclama la république universelle fondée sur l'égalité. Tous ceux qui refusèrent d'être libres

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y furent contraints par la force. La bure ayant été reœnnue essentidlement moralisante, tout le monde fut vêtu de bure. Il y eut défense expresse à tout individu d'avoir plus de talent , plus d'esprit, plus d'instruction que son voisin, de peur de nuire à l'égalité. Le génie fiit entièrement proscrit, comme n'étant à l'usagequedu petitnombre. Les sciences furent mises à la portée du peuple et dégagées de tout ce qu'elles ont d'obscur pour le simple bon sens. On réduisit l'astronomie à l'almanacfa , les mathématiques aux quatre règles, la philosophie à rien du tout. L'histoire fut supprimée comme inutile. Tous les beaux-arts furent défendus comme encourageant la fainéantise; toutefois, de la poésie et la musique, on conserva la chanson et le violon à danser. Il n'y eut {dus ni grandes passirms, ni grandes idées, ni grands caractères, maisseulement de petits . intérêts jaloux se surveillant les uns les autres, et s'agitant dans le cercle étroit de l'existence matérielle. Alors l'âge d'or fiit ramené sur la terre, et le genre humain tout entier se

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trouvant convenablement cbauflié, blanchi et nourri, parut avoir atteint le vrai but de sa destination.

George cependant fut quelque peu surpris du résultat final et It^ique de son œuvre, et, après avoir attendu vainement les merveilleux effets de l'égalité sur le développement intellectuel et moral de l'homme, il finit par trouver le genre humain si ennuyeux, qu'il s'endormit assis à terre et le dos apjmyé contre un fauteuil.

La séance philosojJiique étant achevée, Franx s'ai^rocba de la fenêtre, et vit l'azur du ciel briller à travers les nuages.

- — Voici le beau temps , s'écria-t-il ; vite en route pour la Tète-Koire 1 nous pouvoois encore arriver ce soir à Martigny. Je vais comman* der les mulets. Mais nevoilà-t-il pas Geoi^ proËiHidémeiit endormi au milieu des joujoux de ses en^lft? je ne sms en vérité ce qui lui arrive aujourd'hui, maisjene le reconnais plus: — Allwis, réveillez -vous donc, étemel dopr meur ! nous partons pour la Tête-J^oire.

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— Ah ! fit George en se frottant les yeux, vous avez fini votre assommant conciliabule!

Eh bien! avez-vous trouvé l'absolu?

— Que vous importe ! reprit Franz ; occupez-vous seulement à remballer vos poupées et à faire vos paquets.

— Partons-nous réellement? Eh bien!j'en suis ravie ; je commençais à m'ennuyer terriblement entre la belle nature et l'absolu.

Et George jetant pêle-mêle le genre humain dans sa botte, la mit sous son bras et sortit de la chambre.

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