‹ Une course à Chamounix: conte fantastiqueChapitre 9 sur 15 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

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E ES mulets sellés et bridés atï tendaient de nouveau les voyat geursdansIarue.F^i'aubergiste, ^ la figure rayonnante de satis- I faction , se tenait sur le pas de la porte, son bonnet à la main, et se réjouissant, pour la première fois de sa vie peut-être, de voir partir toute une bande de ses hôtes.

— Pierre, dit-il à demi-voix à l'un de ses garçons, tu vas aller chez monsieur le curé, et tu le prieras de ma part de passer un moment dans la journée. Je ne veux pas, ajouta-t-it en se parlant à lui-même, je neveux pas que

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d'honnêtes chrétiens logent (ïans ces chambres avant de les avoir lait exoraser et asper^ ger d'eau bénite : Dieu sait ce qui s'y est passé depuis que ces diables incarnés s'y sont établis. Mais chut ! les voici !

Arabella , Franz et le major sortirent en effet dans cet instant , et montèrent sur leurs bêtes. Geoi^ ensuite arriva d'un air évaporé; mais à peine eut-il enfourché sa mule qu'il redescendit précipitamment, en s'écriant :

« Ah ! mon Dieu 1 et moi qui oubliais les mioches! » Il rentra en toute bâte dans l'hôtel, et revint bientôt suivi d'un garçon portant une grande boîte, qui fut soigneusement attachée sur un mulet.

— Tout est en règle, dit-il; en avant! les mioches suivront avec leur bonne.

— Cest cela , pensa le major ; nous savons à quoi nous en tenir.

Pour la seconde fois la caravane se mit en marche, et traversa le Prieuré suivie des regards curieux de la foule. Déjà mainte histoire avait circulé dans le village au sujet des

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mystérieux étiangers, et jrfns d'un pa^|«an se signa envoyant passer les Bohémiens aux longs cbevêux'. Ceux-ci , très peu soucieux de Fefifet extraordinaire qu'ils produisaient, s'acfaeminèrent tranquillement vers la Tête-Noire , en suivant le fond de la vallée.

Toutefois , la disposition d'esprit de nos divers personnages n'était plus celle des jours précédents. Arabella et Franz, tout préoccupés encore des grandes idées de Schelling si brillamment exposées par le major, se trouvaient portés à cette méditation calme et sereine qui se marie très bien avec le spectacle d'une belle nature. Ils cheminaient ensemble, tantôt absorbés par d'intéressantes discussions sur le système et ses applications diverses aux questions sociales et artistiques , et tantôt se communiquant, par quelques mots profondément sentis, les impressions qu'ils recevaient des magiques tableaux de la nature alpestre.

George, au contraire , semblait s'être proposé de les troubler de toutes manières, en

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prenant toujours le contre^ied de leur disposition du moment. Ainsi quand ils s'entretenaient des futures destinées du genre humain , George amenait des alluàons aux petites questions de parti , et à la politique du jour; à de graves et hautes réflexions de philosophie et d'art, il opposait la plaisanterie et le calembourg ; au sentiment du beau , à l'enthousiasme, à l'admiration, il répondait par la raillerie. Bref, il jouait le rôle du méchant espiègle , qui se complaît à troubler une belle musique en frappant sur un discordant chaudron. Franz eut beau se fâcher, et chasser au loin l'importun, toujours, avec la ténacité de la mouche bourdonnante, George s'attachait à leurs pas.

Quant au major, il cheminait solitairement, et paraissait éviter avec soin tout ce qui aurait pu troubler les ravissantes extases qu'il éprouvait. Il sentaiten lui-même un immense changement, une admirable et vivifiante rénovation. Jusqu'àcejourilavaitcrucomprendreles beautés de la nature ; mais ses impressions passées

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ne lui semblaient plus que de tristes et pâles brouilkrds auprès de ce qu'il éprouvait maintenant. Âve&-vousassisté jamais à la restauration de quelque vieux tableau d'un grand maître, que le temps et l'oubli avaient caché sous une couche noire et épaisse de poussière et de fumée? Avez-vous ressenti cet épanouissement subit d'admiration qui vous saisit au moment où , sous l'éponge purifiante, les contours se dessinent, où les couleurs brillent et éclatent, où l'idée du peintre saille de la toile et se montre à vous pleine de vie et d'immortelle jeunesse? Telle était l'impression du major en &ce de la nature. Tous lesobjets lui semblaient - éclairés d'une lumière magique qui leur donnait une sorte de transparence et d'idéalité. Au-dedans de chaque forme, il voyait et sentait la vie, qui se révélait à lui comme par une intime transfusion. De toutes parts des voix aimées versaient dans son sein de secrètes confidences de bonheur ou de tristesse ; les fleurs et les oiseaux lui parlaient de leurs joies et de leurs amours, le ruisseau murmurait sa plainte

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monotoite, le torrent du glacier chantait son fougiieux dithyrambe , le zéphir l'amusait de son léger babil, les noirs sapins lui contaient leurs ennuis, et, par-dessus tout, la voix grave et sévère des montagnes l'entretenait des grands souvenirs du monde primitif et de la création.

Entièremoat livré aux ravissements d'un état d'esprit si nouveau pour lui , le major ne s'apercevait point de la longueur de la route, et il avaitdéjà dépassé Valorsioe qu'il se croyait encore dans le voisinage du Prieuré. Cependant le chemin devenait de plus en plus rude en s'élevant vers les gorges profondes de la Téte- Noire, et le major voyant enfin cpie ses compagnons avaient une forte avance sur lui, pressa le pas de sa mule pour les rejoindre. A l'un des détours du sentier, il atteignît George qui avait mis pied à terre. U paraissait &ligué, triste, abattu; ses beaux cheveux noirs tombaient en désordre sur son visage pâle et morose, et ses grands yeux , naguère si pleins de feu et d'expression , ne promenaient autour de

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lui qu'un regard terne et sans vie. Le major, à cet aspect , ne put se défendre d'un secret remords; une voix intime lui dit que cette décadence était son ouvrage, et qu'il s'était traîtreusement emparé de la meilleure portion d'une existence sur laquelle il n'avait aucun droit, n fut sur le point de mettre la main à sa pocbe et de rendre à George sa pierre si regrettée; mais une fausse honte le retint. Et puis, il ne put se décider encore à l'énoncer au plaisir du triomphe, et aux pures jouissances dont il sentait la source vive jaillir au-<ledans de lui-même. « Il sera toujours temps , se ditiil. »

— Vous voilà, respectable major, grave chercheur d'absolu ! s'écria George. Aves-vous trouvé le principe deVumvers?faites-m'en part, je vous prie. Jeveuxêtrevotredisciple, et, pour mieux profiter de vos doctes enseignements je vais me mettre en croupe derrière vous. En disant ces mots, George s'élant^ lestement sur la mule du major, qu'il saisit à hras-le-coïps pour ne pas tomber.

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— - Maintenant je vous écoute continua-til en riant aux éclats; je me suis enlevé tout moyen de retraite, et'vous pourrez m'assommer tout à votre aise. Nous voilà comme Mëphistophélès et l'écolier ! Allons , endoctrinez^moî ! L'absolu est identique à lui-même! N'est-ce pas cela?

Le major se trouvait singulièrement contrarié de cette irruption soudaine d'ironique moquerie dans la sphère de sentiment intime et profond à laquelle il s'était élevé. Toutefois il fit bonne contenance; il répondit aux sarcasmes de George par des plaisanteries du même genre, mais en se tenant sur la défensive seulement, et comme un pugiliste qui, sûr de sa force, se contente de parer les coups sans riposter. George parut comprendre cette manoeuvre, et s'irrita bientôt de ces ménagements. Ses attaques devinrent de plus en plus pressantes et incisives; sa raillerie, de caustique qu'elle était, devint amère et offensante; si bien que le major avait quelque peine à se maintenir dans son rôle de dignité et de tolér

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l'ance, lorsqu'un événement inattendu vint chaîner subitement la scène et les positions respectives des acteurs.

George, en effet, malgré la chaleur de la discussion, sentait depuis quelques instants comme un corps pesant et dur qui lui battait la jambe : un coup plus fort que les autres fixa tout-à-feiit son attention sur ce phénomène inexpliqué.

— Qu'est-ce donc que cela , major? s ecriat-il ; il parait qu'à d^&ut d'arguments , vous voulez me rompre les os ! Mais c'est votre poche qui se montre si outrageusement agrès* •ive. Que diable y ave&vous donc mis?

Et tout aussitôt, avant que le major pût le prévenir, George glissa la main dans la pochefatale,eten tira... la pierre lumineuse! ■

Un cri , tout-à-la fois de surjn'ise, de joie et d'indignation , s'échappa de sa bouche : u Mon cristal ! » Le major, confus comme un coupable démasqué, le vit porter rapidement la pierre à son front , où il crut la voir disparaître comme un rayon absorbé par une eau tran-

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quille. AU même instant, la physionomie de George reprit son calme et sa majesté , et de ses yeux jaillit de nouveau ce regard limpide et profond qui n'appartient qu'au génie. Un silence de quelques instants suivit. Le major attendait sa condamnation, et George semblait recueillir ses souvenirs. Enfin, d'une voix grave et d'un air plein de dignité, il prononça ces paroles :

— Vous avez commis un grand crime, major! Poussé par le vain désir d'une feusse science, vous avez porté dans les saints mystères de la poésie le regard impuissant d'une audacieuse analyse ; bien plus , vous avez étendu la main sur l'autel pour dérober le feu sacré qu'il n'appartient qu'à Dieu seul d'allumé dans le sein des mortels. Heureux encore de n'avoir pas enti^:«ment accompli vos desseins téméniires! Imprudrait! ignorez-vous donc que ce feu consumerait comme la foudre quiconque n'a pas été créé pour le recevoir?

U feut maintenant expier votre faute. Le désir immodéré de savoir, voilà ce qui vous a

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perdu. Soyez puni par où vous avez péché :

je vous condamne à lire M. B. de P. tout le long du passage de la Tète-Noire ^ et à vous repaître, jusqu'à Jatiété, d'idées creuses, pendant que nous jouirons des plus belles scènes de la nature.

A peine ces mots étaient-ils prononcés que le major sentit comme un voile de plomb s'étendre et s'appesantir sur son âme : lumière , couleur, sentiment , tout s'éteifpiit en lui pour làire place à une froide et pâle immobilité.

La nature ne lui sembla plus qu'une longue formule algébrique, dont les montagnes, les torrents, les arbres, les 0eurs constituaient les lettres et les signes. Les réalités de la vie, les passions du cœur, lescréations de l'art et de la poésie, reléguées dans un lointain nébuleux , ne lui apparurent que comme des lignes abstraites et des figures géométriques. En même temps, il se trouva tenir entre les mains un volume de M. B., qu'il se souvint avoir mis dans sa pocbe; et bientôt, le nez collé sur son livre , inaccessible à toute impression du

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dehors, il se sentit contraint à entrer en lutte avec les nuageuses abstractions de son auteur.

Le majorse rappelant plus tard cequ'il avait éprouvé pendant cette expiation , avouait que jamais cauchemar n'avait été plus pénible que cet état de singulière transformation. Il se sentait changé en pédant, froid, grondeur, lourd et brutal : il aurait envié le sort des compagnons d'Ulysse touchés par la baguette de Circé , s'il avait pu se détacher assez de son livre pour établir la comparaison.

George, après avoir prononcé son imprécation, avait sauté légèrement à terre, et remontant sur sa mule, qu'un guide conduisait par la bride, il rejoignit bientôt Arabella et Franz. Ses amis ne tardèrent pas à i-emarquer le changemoit par lequel il était redevenu lui-même; et, pressé de questions, il raconta que son humeur querelleuse du matin avait été causée par une altercation avec le major, au sujet du cristal conBé à sa bonne foi ; puis il ajouta, en riant, que la querelle

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venait de se terminer à son honneur, et que le major serait ^éri pour lon(j-temps de ses prétentions à tout approfondir par une indiscrète analyse. La bonne et conciliante Arabella voulut interposer ses bons offices pour rétablir sur-le-champ l'harmonie entre ses amis, mais Geoi^e la pria de n'en rien faire encore , et de laisser quelque temps le major à ses réflexions salutaires.

Cependant, la caravane s'engageait de plus en plus dans les défilés de la Tête-Noire, et à . chaque détour du sentier tortueux , la sublime &jatasmagorie des Alpes se révélait par des efifets inattendus, et par des magniBcences toujours nouvelles. Les voyageurs s'arrêtèrent quelques instants dans la partie la plus sauvage et la plus pittoresque du passage, où la nature bouleversée semble avoir été le théâtre d'un combat de Titans. Ici la route, creusée dans le flanc même d'une gigantesque paroi de rocher8,est comme suspendue au-dessus de l'abime, au fond duquel mugissent les eaux écuraantes du Nant-Noir. De toutes parts, sur

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les pentes abruptes , des avalanches de rocs énormes confusôuent entassés, semblent à cbaque instant prêtes à s'élancer avec une nouvelle furie dans le gouffre entrouvert ; et, au milieu de ces redoutables débris , gisent par milliers les fprands troncs blanchissants des sapins déracinés, comme des squelettes de géants qui auraient succombé dans la lutte.

Après avoir traversé cette scène de désolation , on arriva bientôt à la halte du milieu du jour. Un petit chalet hospitalier, jeté comme un nid d'oiseaux sur le bord de la ixnrte, entre les rochers menaçants qui surplombent, et le gouffre qui s'en&mce à une immense profondeur, ret^utles voyageurs fatigués ; et, en attendant un repas frugal et vivement désiré, ceux-ci se reposèrent à l'ombre sur la frai^ étroite de gazon verdoyant qui tapissait le bord du chemin. Alors on vit arriver le major. Courbé sur sa mule, la tête penchée sur son livre, l'infortuné avait passé comme en songe au travers de cette nature sublime, sans y jeter un seul regard. Aux prises avec les plus

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creuses entités, il cheminait dans un état complet d'abstraction ; et, qaand son mulet s'arrêta par instinct devant le chalet, pour rejoindre ses compagnons à l'écurie, il leva les yeux d'un air étonné sans comprendre de quoi il s'agissait.Sa physionomie avait uneexpression si profonde de tension pénible et de sombre préoccupation , que ses amis s'en émurent, et intercédèrent de nouveau pour lui.

— Allons, George, dit Arabrfla, voyez combien le major est malheureux d'avoir excité votre courroux; soyez magnanime, et accordez-lui son pardon.

— Je le ferai jxjur l'amour de vous, répondit George. Et s'avanqant vers le major, il lui tendit amicalement la main en disant : Faisons la paix ! je retire la sentence prononcée contre vous.

A l'instant même, le major sentit tomber les fers qui enchaînaient son âme. Il serra vivement la main de George, puis poussant un cri de joie qui lit retentir les échos, il lan<^ d'un bras vigoureux dans le précipice le mal-

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encontreux volume de métaphysique. Le livre descendit en agitant ses feuilles et en tournoyant oomme un oiseau efBrayé, et s'en alla tomber, pour ne plus reparaître, dans l'écume agitée du torrent.

Alors, soulagé d'un poids immense , le major sauta légèrement à bas de sa monture, et, dans un moment d'efhislon, il courut embrasser Franz et Arabella, un peu surpris tous deux de cet accès inaccoutumé d'expansion.

— Merci, mesamis! s'écria-t-il; vous m'avez fait vivre un siècle en quelques jours. C'est à vous que je serai redevable de souvenirs qui ne s'effaceront jamais. Quant à vous, George, vous avez beaucoup à pardonner sans doute, mais vous savez aussi que je ne suis pas sans excuse. J'ignore quels singuliers et pi-ofonds rapports, tout-à-la-fois sympathiques et hostiles, ont déterminé notre mutuelle position et les accidents qui en ont été la suite. Pour moi , votre personne est encore enveloppée de mystère, et cependant

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il me semble que je vous ai toujours, connu , et qu'il ne me reste rien à apprendre de ce qui vous concerne. Un jour, n'est-ce pas, vous me donnerez le mot de cette énigme.

En attendant, que votre pardon soit entier et k réconciliation complète.

— C'est bien ainsi que je l'entends, dit George d'un ai rgrave;je ne medissimule point que, dans tout ceci, j'ai quelques torts à me reprocher. Je me suis défié de vous, major; j'ai cru qu'une, vaine curiosité vous portait seule à vouloir pénétrer dans mon monde intérieur, pour en étudier les phénomènes volcaniques et les météores destructeurs, bien pinsque tes astres réguliers et lumineux, .l'étais injuste, je le reconnais. Yous ne cher* chiez en réalité que ce qui était déjà votre bien, ce qui rentrait de droit dans le fonds commun des intelligences amies du vrai, du bien et du beau. Je ne m'explique point encore comment, en dépit de mes efforts, vous avez su trouver la clé de ces mystères par lesquels j'ai voulu vous confondre et vous

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éblouir sans tous éclairer. Le fait est que j'ai été punie de ma méfiance, car pendant quelques heures, je me suis trouvée séparée en quelque sorte de moi-même, et bannie de cette même région dont j'onten,dais vous refuser l'accès.

— Il parait, dit en souriant Arabella,il parait qu'il s'est passé de sinf[ulièrcs choses entre Geofjje et le major; y comprenez-vous quelque chose, Franz?

— Je ne sais, répondit celui-ci; les discours énigmaliques que je viens d'entendre réveillent en moi commede vagues souvenirs. Il me semble que je me sais trouvé mêlé à tout cela, et que j'ai même pris le rôle de conciliateur. .Te ne saurais toutefois dire quand et comment ; car ces images flottent dans mon imagination comme un rêve éclairé par les vacillantes lueui-s du punch. Ce qu'il y a de sûr, c'est que ce matin je ne reconnaissais pas mes amis. Je vous demande bien pardon â tous deux; mais vous, major, vous étiez sublime, et vous, George, insupportable.

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— Hélas, dit le major, je n'ai brillé qued'tm éclat d'eniprnDt, et me voici revenu à mon état naturel d'opacité, avec le cuisant regret de n'avoir pljis que le souvenir de cette lumière inefHibledontf avais dérobé quelques rayons. ,

— Quanta moi, dit Geoi^e, ne m'accusez pas, mes amis ; ce n'était pas moi , c'était ma béte. Personne mieux que vous ne sait combien elle est capricieuse et rebelle au frein. Il ne feut pas moins, pour la dompter, que la magique puissance du principe qui domine ma nature, et encore s'émancipe-telle quelquefois en dépit de toutes les entraves... Je ne répondrais pas, major, ajouta George en souriant, que la rancuneuse qu'elle est ne vousjouât encore quelque tour de sa Ëiçon;. mais vous saurez à quoi vous en tenir.

— Tout lui est pardonné d'avance , s'écria le major. Qu'ellefassecequi lui plaira! je ne douterai jamais devons.

On entendit alors les cris de joie des

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cntaDts qui avaient formé l'arrière-garde , et qui voyaient, en arrivant, la table dressée en plein air devant le chalet. George courut à leur rencontre et les reçut dans ses bras pour les poser à terre. La caisse qui avait paru si mystérieuse au major, fut également descendue avec précaution, afin, dit Solange, de ne pas gâter les joujoux.

Un instant après, tout le monde était à table. L'appétit le plus vif et la plus franche gaîté assaisonnèrent le repas rustiquej et, en voyant les enfants Ëiire disparaître à qui mieux mieux les fi'uits et le laitage, le major reconnut bien qu'il n'avait fait qu'un rêve, et il sentit s'évanouir lesdernières traces de ses bizarres soupçons.

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