‹ Une course à ConstantinopleChapitre 5 sur 14 · LA TERRASSE · texte numérisé non relu

LA TERRASSE

exilées de Dante qui tâtonnent dans les obscurités infinies des cercles sans issue.

Ce fut mon compagnon de voyage, dont le jeune estomac était plus régulier que les horloges de Constantinople, qui me rappela à moi-même, et m'empêcha d'oublier que l'heure du déjeuner était sonnée. Nous courûmes à l'Hôtel du Luxembourg, où étaient installés la majorité de nos amis et où, d'intervalle en intervalle, la bande, assoiffée de curiosité, se réunit et se compléta.

Il y avait un peu de désordre à ce premier rendez-vous. Depuis que nous avons quitté la France, en effet, l'heure a changé sans cesse.

A Strasbourg, elle a pris les devants; à Pesth, elle est au trot, et à Bucharest, au galop. A Constantinople, nous avançons sur Paris d'une heure trois quarts.

Les uns ont pris l'heure d'Allemagne ; d'autres, celle de Pesth; quelques-uns, celle de Constantinople, et d'autres enfin, avec une obstination patriotique, ont gardé l'heure de Paris.

Pour ceux-ci, tout arrive trop tôt. On les fait lever à des heures indues; on déjeune d'une façon trop matinale; on dine quand il faudrait

se promener, et l'on se couche au moment où ils ont riiabitude de se mettre à table.

Avec quelle joie ils auront retrouvé ce vieux régulateur de Paris qui, depuis des siècles, avec une précision invariable, marque pour les gourmets du monde entier l'heure de se mettre en gaieté, etdegoùterlesplaisirsraffinésde l'esprit!

Quant aux Turcs, en ceci comme en toute chose, ils laissent faire les autres.

Leur heure change suivant le soleil, et c'est le journal officiel qui leur apprend tous les matins à quelle heure il faut que ce soit midi.

En l'honneur de M. Olin, membre du gouvernement de la Belgique , le Sultan avait chargé le général Ahmet-Pacha, celui que la malice turque appelle « Slieker Ahmet — le sucré », un de ses aides de camp les plus aimables et les plus doux, en effet, de nous faire les honneurs de sa capitale pendant le premier jour, et de nous faire visiter, dès notre arrivée, Dolma-Bagchi, Beylerbey, le Vieux Sérail, ou plutôt la pointe du Vieux Sérail où se trouve le Trésor; de nous faire parcourir Stamboul, à vol d'oiseau ou de voilure, et de nous initier, dès la première après-midi, à la politesse du sorbet à la rose, du café et des cigarettes.

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