‹ Une crise religieuse en AngleterreChapitre 12 sur 19 · COMMENT M. GODWIN POSE LA QUESTION · texte numérisé non relu

COMMENT M. GODWIN POSE LA QUESTION

M. Godwin entre ainsi en matière :

« A la renaissance apparut le premier désaccord entre la science et la foi établie. Le système astronomique de Ptolémée avait jusquelà régné sans partage dans les esprits : tout le monde considérait la terre comme immobile au centre de l'univers entier. Copernic vint renverser cette erreur séculaire. Notre planète humiliée devint un globe relativement petit, un membre subordonné de la famille des planètes, astres que les habitants de la terre n'avaient alors considérés que comme les simples ornements de leur habitation. L'Église surveilla avec inquiétude les disputes qui s'élevèrent entre les adeptes des nouvelles opinions et les champions des vieilles idées. La Bible, cette base divine de la foi religieuse, ne contenait-elle pas l'opinion de l'immobilité de la terre et d'autres vues encore de l'univers, tout à fait en contradiction avec le système de Copernic? Le Saint-Office crut devoir prendre des mesures de rigueur contre Galilée, et ce savant fut condamné à signer la fameuse rétractation que l'on connaît, et à déclarer publiquement dans l'église de la Minerve, à Rome, que la proposition d'après laquelle le soleil était le centre du monde et immobile est absurde^ philosophiquement fausse^ formellement hérétique^ parce qu'elle est expressément contraire à l'Écriture.

« L'Église romaine, selon toute présomption, adhère encore aujourd'hui au système de Ptolémée^. Les instincts protestants, au contraire,

* Nous surprenons ici les protestants en flagrant délit de grossiers préjugés. C'est ainsi qu'ils s'obstinent à dire que nous adorons la sainte Vierge. Infirme humanité !

dès le dix-seplièrae siècle, sympathisèrent vivement avec les progrès de la science : on désira sortir d'embarras. La solution offerte par Galilée et les autres était celle-ci : l'objet de la révélation est de manifester aux hommes ce qu'ils ne sont point capables de pénétrer eux-mêmes, mais non d'enseigner des vérités pour la découverte desquelles l'homme a reçu des facultés investigatrices ; en conséquence, il n'est pas déraisonnable de supposer qu'à l'égard des faits physiques l'Écriture se sert du langage commun, acceptant les idées courantes sans se proposer de rien garantir sur des points étrangers au dogme et à la morale. Le texte suivant : Le monde est solidement fixé ^ il ne peut se mouvoir, bien qu'il implique évidemment dans celui qui l'a écrit l'ignorance du mouvement de la terre, ne doit point être considéré comme un article de foi. Cette solution tranquillisa les esprits.

« Il était cependant bien difficile de concilier l'idée générale du sytème de Copernic avec les données cosmologiques du premier chapitre de la Genèse. Celles-ci sont en effet manifestement contraires aux résultats de la science moderne. La Bible suppose que le ciel est une voûte solide supportant les eaux supérieures et dans laquelle sont enchâssés le soleil, la lune et les étoiles. Mais ce désaccord semble avoir moins frappé les esprits au dix-septième siècle qu'au dixneuvième. Tout le monde avait intérêt à faire accepter des explications conciliantes. Les brillants progrès de l'astronomie avaient convaincu les esprits les plus rebelles parmi les théologiens, et les savants d'alors étaient bien éloignés de vouloir abuser de leur victoire. On déclara la paix faite entre la foi et la science, on n'opposa plus l'Ancien Testament à Copernic. Oti ne serait sans doute jamais revenu sur cet ordre de difficultés, si les théologiens avaient adopte plus généralement et plus franchement le principe, que les vérités auxquelles l'homme peut atteindre par ses propres forces et qui se rapportent au monde physique ne sont point l'objet de la révélation ; mais il est arrivé qu'on a environné cette idée conciliante de tant de restrictions, de tant de précautions et d'équivoques, qu'on a excité l'impatience de tout esprit qui veut savoir nettement ce que Dieu a ou n'a pas enseigné.

a Les découvertes de la géologie ramènent d'ailleurs, de nos jours, la question de l'accord de la science et de la Bible.

« Les manuels d'aujourd'hui, qui enseignent à l'enfant que la terre tourne, lui assurent en même temps qu'elle n'a pas encore six mille ans d'existence et qu elle a été créée en six jours. Cependant les géologues de toutes les confessions admettent que la terre existe depuis une immense série d'années ; qu'il faut compter celles-ci, peut-être par millions, mais qu'indubitablement il s'est écoulé plus de six jours entre sa première création et l'apparition de l'homme à sa surface.

Celte contradiction entre la science et l'enseignement religieux trouble et scandalise les consciences au dix-neuvième siècle.

« Aux premiers moments de la nouvelle controverse, des écrivains, plus empressés que discrets, attaquèrent les conclusions des géologues et les déclarèrent scientifiquement fausses. Cette phase de la question doit être considérée comme passée ; et, quoique les manuels continuent à enseigner aux enfants la création en six jours, aucun homme instruit ne doute que la terre ne soit plus ancienne. L'on s'est efforcé de réconcilier le récit mosaïque avec les résultats incontestables de la géologie; on a tenté plusieurs explications. C'est assez pour que le Manuel généralement répandu de M. Horn, par exemple, assure ses lecteurs que les investigations des géologues sont en parfaite harmonie avec l'Ecriture.

« Cependant, si nous considérons les systèmes de concilialijon, nous trouvons qu'ils se contredisent mutuellement. A mesure que la géologie progresse, les expédients varient. On violente le texte hébreu; et on lui fait dire tant de choses, que le public finit par ne plus oser lui donner aucun sens. »

— On voit comment, dans ce début, M. Godwin fait intervenir avec complaisance des faits étrangers à la question qu'il se propose de traiter, et cherche à prévenir Tesprit du lecteur. Que prouve cependant la condamnation de Galilée prononcée par le tribunal du Saint- Office? Une seule chose, l'ignorance de l'époque dans les questions de cosmologie. Les théologiens romains ont partagé l'erreur générale. L'Église n'est infailhble qu'en matière de foi, et les théologiens euxmêmes ne le sont jamais. Galilée eut la malheureuse idée de vouloir prouver le mouvement de la terre par des textes de la Bible détournés de leur véritable sens : en prétendant découvrir le système de Copernic dans la Bible, il fournit des armes contre lui. Il fut à la fois, comme plusieurs philosophes et plusieurs savants, à d'autres époques, victime de l'ignorance de son temps et de ses propres imprudences. Quant à la voûte solide et aux étoiles enchâssées^ M. Godwin fait violence aux textes bibliques, comme nous le dirons plus tard. Le même auteur résume l 'état actuel de la science de la manière suivante. Cet exposé, en général fidèle, intéressera le lecteur, qui, sans prétendre devenir géologue, désire ne pas rester trop étranger iiux connaissances de son temps; il importe d'ailleurs à la discussion.

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