‹ Une crise religieuse en AngleterreChapitre 14 sur 19 · IM'ERPRÉTATION DU PREMIER CHAPITRE DE LA GENÈSE SELON M. GODWIN · texte numérisé non relu

IM'ERPRÉTATION DU PREMIER CHAPITRE DE LA GENÈSE SELON M. GODWIN

« La terre^ dit la Bible, était sans forme et vide; le souffle de Dieu, c'est-à-dire le vent^ agitait les eaux au milieu des ténèbres.

« Dieu commande à la lumière de paraître, et le jour éclaire la terre et Teau. L'espace de temps que se soht partagé les premières ténèbres et la lumière est appelé le premier jour. Ainsi la lumière et la mesure du temps sont supposées exister avant le soleil. Cette idée, qui contredit nos connaissances, était admise sans difficulté dans les premiers siècles. « La lumière du jour, dit saint Ambroise (Hexa- « méron^ liv. IV, ch. iii), est une chose, et la lumière du soleil et des « étoiles en est une autre. Le soleil ajoutée la lumière du jour. Avant « le lever du soleil, il fait jour, mais ce jour devient plus brillant par « reflet des rayons du soleil. » C'est ainsi que les esprits même cultivés dans un temps où les sciences physiques étaient à peu près ignorées, expliquaient dans un sens naïf le récit de Moïse. Les explications qu'on a données depuis font violence au texte.

(( Au second jour. Dieu éleva la voûte du ciel, t^akia^ en grec (r:£péu)p!.a, firmamentum. Cette voûte est représentée comme supportant un océan d'eau placé au-dessus d'elle. Les eaux furent divisées de manière qu'une partie de celles-ci était au-dessus, supportée par la voûte.

« Il est donc évident que le firmament était pour les Hébreux un corps solide. Job parle des piliers sur lesquels reposait cette voûte (Job, XXVI, H) ; le IP des Rois parle de ses fondations (II Rois^ xxii, 8); les Psaumes, de ses portes (Ps. lxxviu, 23); la Genèse ^ de ses fenêtres (Gen.^ VII, 11). Rien ne servirait d'équivoquer sur le mot rakia, puisque la Genèse dit formellement que la voûte supportait les eaux supérieures.

«Au troisième jour, à la parole de Dieu, les eaux, qui jusque-là avaient couvert la terre, se rassemblèrent en un même lieu, et la terre ferme émergea du milieu des eaux. C'est le même jour que la terre produit l'herbe pour nourrir les animaux. On ne parle ni des

plantes, ni des arbres impropres à la nutrition, ce qui rendrait probable que la flore biblique n a point de place pour ces dernières. Nous nous bornons à prendre acte de ce fait, à savoir que les arbres et les plantes destinés à la nourriture sont signalés dans la Bible comme étant les premières productions de la terre. Nous reviendrons 'sur cette circonstance.

« Au quatrième jour, les deux grands luminaires, le soleil et la lune, furent créés et placés dans le firmament pour éclairer la terre, mais plus particulièrement encore pour marquer les années, les jours et les saisons : c'est là le principal office qui leur est assigné (versets 14 et 18). La formation des étoiles est mentionnée seulement par un mot: etstellas. La Bible ne dit point la matière avec laquelle ces corps ont été faits, ni s'ils existaient déjà, attendant seulement qu'une place leur fût assignée. Toujours est-il que le firmament n'était pas créé avant le second jour, et que ces astres n'y furent point fixés avant le quatrième. La végétation avait déjà commencé au troisième jour, dans Tabsence de la chaleur du soleil.

« Le cinquième jour, les eaux furent mises en action pour produire les poissons, les animaux marins et les oiseaux dans les airs.

« Au sixième jour, la terre produisit les animaux domestiques, les reptiles et aussi les animaux des champs, c'est-à-dire les bêtes fauves. Dieu les créa chacun selon son espèce. L'homme enfin fut formé à rimage de Dieu^ parole qu'on a expliquée souvent en disant que la Bible exprimait par là la perfection de l'homme, sa nature spirituelle. Il faut cependant remarquer que le Pentateuque abonde en passages où apparaît clairement l'anthropomorphisme de Dieu. Les Hébreux se représentaient Jéhovah sous la forme d'un homme. Le spiritualisme moderne a si complètement banni cette idée, que presque tout le monde aujourd'hui répugne à interpréter le langage hébreu dans son sens vrai et naturel.

« L'œuvre de la création étant terminée. Dieu donne à l'homme, aux animaux, aux oiseaux et à tout être rampant, les végétaux de la terre pour nourriture. Quand on compare les versets 29 et 30 du premier cliapitre de la Genèse au verset 3 du neuvième chapitre, dans lequel, après le déluge, les animaux sont donnés comme nourriture à l'homme en complément des végétaux, il est difficile de Tie pas se persuader que le premier récit de la création suppose que les hommes et les animaux, dans leur condition originelle et première, n'étaient pas carnivores. Il n'est point nécessaire de dire que c'est ainsi qu'on a généralement interprété les mots du premier chapitre de la Genèse^ avant que la science naturelle eût montré clairement que le tigre et le lion, par exemple, étaient nécessairement carnivores. On a trouvé, dans ces derniers temps, des preuves matérielles

que les monstres préadamites se nourrissaient d'autres animaux.

a Les trois premiers versets du second chapitre de la Genèse terminent le récit. Dieu se repose de son œuvre et bénit le septième jour, fait invoqué comme fondement aux commandements relatifs à l'observation du Sabbat.

« Si remarquable que soit le récit de la création par sa simplicité et sa grandeur, dit en finissant M. Godwin, il ne renferme néanmoins rien qu'on puisse appeler proprement poésie ; il n'offre aucune trace de signification mystique ou symbolique.

« Il faut la volonté de trouver partout du symbolisme et la passion d'un élève de Philon pour en découvrir les moindres vestiges : aussi le récit de Moïse a-t-il toujours été pris au sens naturel, si toutefois on excepte l'école d'Alexandrie.

« Cela posé, conclut le professeur de Cambridge, il est évident, à première vue, que le récit biblique, dans son sens littéral, est contraire aux faits de l'astronomie et de la géologie. La différence ne provient point des omissions. On ne peut dire que l'écrivain mosaïque néglige simplement des détails que la science moderne peut fournir. Il est manifeste que tout le récit est conçu à un faux point de vue, que l'ordre des choses tel que nous le connaissons aujourd'hui y est en grande partie méconnu, quoique çà et là nous puissions remarquer des analogies générales et des points de ressemblance. Pourrions-nous dire que le système astronomique de Ptolémée n'est pas en contradiction avec la science moderne parce qu'il représente avec un certain degré de vérité quelques-uns des mouvements apparents des corps célestes? »

Le lecteur aura fait lui-même justice de plusieurs fausses interprétations par lesquelles M. Godwin défigure le récit biblique. L'anthropomorphisme de Dieu, par exemple, est une supposition gratuite, démentie par la Bible tout entière. Si ce livre sacré se distingue de tous les livres religieux des autres nations, c'est surtout par son caractère spiritualiste et l'idée à la fois si élevée et si pure qu'il nous donne de l'Être divin. Nous croyions cette vérité à l'abri, au dix-neuvième siècle, de contradictions sans preuves.

Comment, en second lieu, M. Godwin revient-il sur une objection maintes fois détruite, à savoir que la lumière n'a pu exister avant le soleil? La priorité de lalumière, relativement au soleil, contredit, dit-il, nos connaissances. Le professeur de Cambridge sait aussi bien que nous

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pourtant qu'il y a deux hypothèses sur la lumière : l'hypothèse de rémission, embrassée par Newton, et l'hypothèse des ondulations, qui est due à Descartes. Newton supposait que les corps lumineux lançaient eux-mêmes la lumière, mais Descartes a plus justement attribué la lumière au mouvement vibratoire, excité dans Véther^ qui remplit le vide des espaces célestes. Véther transmet les ondes lumineuses, comme l'air les ondes sonores, et produit les sensations de la lumière. Or le soleil n'est point le seul agent de cesbndes. La chaleur communique à tous les corps la propriété de devenir lumineux. Lorsqu'elle est suffisamment élevée, elle devient elle-mêmp lumière. Les physiciens assurent aujourd'hui que la chaleur et la lumière sont dues à un seul et même agent. « L'hypothèse de l'émission a été admise par presque tous les physiciens au commencement de ce siècle ; mais elle est généralement abandonnée aujourd'hui, dit M. Deguin, aujourd'hui doyen de la faculté des sciences de Besançon, parce qu'elle est en contradiction formelle avec un grand nombre de faits observés dans ces derniers temps. L'hypothèse des ondulations satisfait, au contraire, à toutes les exigences de la science. »

M. Godwin veut absolument prendre à la lettre l'expression biblique de firmament^ a'zepéiùiLa^ firmomentum. C'est, selon lui, dans la bouche de Moïse, une voûte solide, supportant un océan placé audessus d'elle. Le mot hébreu rakia, qui exprime une surface mince et étendue, offre, d'une manière moins accentuée, l'idée de solidité que les expressions employées par la Vulgate et les Septante. Mais ce n'est là, dans la Bible, qu'une image, une comparaison, nécessaire sans doute, pour rendre sensible à un peuple sans culture l'idée de cette sphère d'azur qui nous enveloppe, et semble placée entre les nuages et nous. Moïse parlait à une foule ignorante, et, sous peine de n'être point compris, il devait se servir de son langage. Job et David employaient des expressions poétiques, qu'il serait ridicule de vouloir interpréter à la lettre. N'appelons-nous pas encore aujourd'hui les espaces célestes firmament ^ voûte^ calotte des deux?

« La Bible, dit encore M. Godwin, ne parle que des plantes utiles à la nutrition. Or les végétaux inutiles à cette fin dominent, si toutefois ils ne constituent point, à eux seuls, toutes les créations végétales primordiales. » Il suffit de répondre que Moïse, ne se proposant point de faire le catalogue des végétaux, parlait seulement de ceux qui importent le plus à la vie. — Enfin le professeur de Cambridge reproche à la Genèse d'avoir dit qu'aucun des premiers animaux n'était Carnivore. La Bible n'affirme rien de pareil; mais il est à croire que rinstinct de férocité du tigre, du lion et même de l'hyène était moins développé aux premiers jours de la création qu'il ne l'est aujourd'hui : ces animaux, moins nombreux, avaient surtout pour rôle

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alors de nettoyer la terre des cadavres qui sans eux l'eussent infectée. Nous ne prétendons pas que le premier chapitre de la Genèse soit précisément symbolique, et qu'il faille n'y voir qu'une poésie; mais nous croyons que Moïse n'a ni pu ni voulu employer un langage scientifique qui n'eût point été compris. Il parlait aux Hébreux de son époque le langage du temps, et tenait compte des idées populaires. Ce qui importait, c'était de donner au monde une idée sublime de la toute-puissance de Dieu, de sa providence et de sa bonté; et non d'initier les Hébreux aux secrets de la cosmologie. iMoïse était un prophète, non. un astronome et un géologue ; il parlait en prophète. De même que l'auteur du livre de Josué s'est contenté de rendre compte des apparences d'un phénomène, lorsqu'il a écrit : « Sol^ ne movearis ! et stetit sol ; » de même aussi Moïse a surtout parlé conformément aux témoignages des yeux non armés de télescopes; ce qui n'empêche pas que, sous ce langage fortement imagé de la Genèse^ la science d'aujourd'hui ne découvre de prodigieuses vérités.

PEUT-OIN ADMETTRE ENCORE AUJOURD'HUI LE SYSTÈME DE CONCILIATION ENTRE LA RIBLE ET LA GÉOLOGIE, PROPOSÉ AUTREFOIS PAR LE DOCTEUR BUCKLAND?

De savants et ingénieux naturalistes se sont proposé de montrer l'accord littéral et presque minutieusement verbal du premier chapitre de la Genèse avec la science. Cet effort est louable dans l'intention, bien que, étant poussé trop loin, il puisse avoir ses dangers. Nous avons lu certains systèmes de conciliation qui soulèvent assurément plus de difficultés qu'ils n'en résolvent. C'est bien là ce qui peut s'appeler forger des armes contre soi. M. Godwin, au contraire, prétend prouver l'impossibilité absolue de tout accord. Nous trouvons que les premiers s'engagent beaucoup; niais M. Godwin dépasse toute mesure; car, alors même qu'on n'eût point réussi jusqu'ici à faire comprendre comment Moïse ne contredit pas nos connaissances physiques , un homme plus habile le pourrait dans l'avenir. Le professeur de Cambridge s'est montré aussi injuste envers les apologistes qu excessif envers Moïse. Voici comment il expose leurs systèmes et comment il les combat :

« La tâche, dit-il, que plusieurs écrivains modernes se sont imposée est de prouver que le récit mosaïque, quoique en opposition apparente avec nos connaissances, est essentiellement vrai. Le législateur des Hébreux n'aurait pas été compris avant le moment où la science a fourni un commentaire et une explication à ses écrits.

« On a proposé deux modes de conciliation qui ont joui d'une po-

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pularilé considérable; le premier est celui de Chalmers. Il fut ensuite adopté parle docteur Buckland ; et il est probable que beaucoup le regardent encore comme une solution suffisante de toutes les difficultés. « En voici l'exposé.

Le mol in principio exprime une période de temps indéfinie, antérieure au dernier grand changement qui affecta la surface de la terre, et par conséquent antérieure à la création des végétaux et des animaux du monde présent. Pendant cette période, une longue série d'opérations ont eu lieu ; mais, comme celles-ci n'ont aucun rapport avec l'histoire de la race humaine, elles ne sont point mentionnées par l'historien sacré, qui s'est borné seulement à établir que la matière de l'univers n'est point éternelle, et qu'elle a été créée par la main de Dieu. Ces mots : Au commencement^ Dieu créa le ciel et la terre^ peuvent être regardés commç un récit sommaire de la création de la matière à une époque qui précéda les opérations du premier jour. Ce commencement peut avoir été une époque d'une durée inconnue, pendant laquelle ont eu lieu toutes les opérations découvertes par la géologie. Des millions d'années peuvent avoir occupé l'intervalle indéfini entre le commencement où Dieu créa le ciel et la terre, et le soir, c'est-à dire le commencement du premier jour du récit mosaïque. Le second verset décrit la condition de la terre au premier soir du premier jour. On sait que chez les Juifs le soir était à la fois la fin et le commencement des jours. Ce premier soir peut être considéré comme l'expression du temps indéfini qui suivit la première création, et comme le commencement du premier des six jours, pendant lesquels la terre fut formée et disposée de manière à devenir l'habitation de l'homme. L'expression tohubohu représente le chaos des Grecs, et désigne la destruction et la ruine d'un premier monde ; c'est à ce moment que les périodes géologiques indéfinies sont terfïrinées et que commencent des jours analogues aux nôtres en durée.

L'œuvre du premier matin de cette création consista à appeler la lumière pour dissiper ces ténèbres temporaires qui avaient couvert l'ancienne terre. Le docteur Buckland ne pense pas que la substance du soleil et de la lune ait été créée au quatrième jour, il admet seulement que le soleil et la lune furent alors disposés pour notre usage. Leur création aurait été exposée sommairement dans le premier verset.

«Ici se présente unedifficulté dans le système du docteurBuckland, dit M. Godwin. C'est au second jour que Dieu fit le ciel appelé firmament, vocavit Deus firmamentum cœlum; conséquemment, pendant les époques indéfinies antécédentes, il n'y eut point de firmament, c'est-à-dire de ciel où le soleil, la lune et les étoiles pussent préexis-

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ter.» — M.BUckland n'eût certainement pas été embarrassé de répondre. Ces astres, dans la pensée du docteur, existaient auparavant dans Tespace. Il est évident que Tidée d'espace est à l'idée de ciel ou firmament ce que le tout est à la partie.

«La création de la lumière est pour Buckland, continue M. Godwin, la dispersion des vapeurs qui recouvraient le globe, etle rétablissement de l'action du soleil, de la lune et des étoiles. N'est-ce pas là une violence manifeste exercée sur cette simple et grande parole : « Dieu dit; « Que la lumière soit! et la lumière fut? et Dieu divisa la lumière des té- « nèbres, et appela la lumière jour, et les ténèbres nuit, etle soir etle « matin composèrent le premier jour? » Faut-il penser que ces mots n'expriment que la dissipation d'un brouillard? N'est-ce pas réduire la noble description de la création à une phraséologie indigente, à des mots sans objet? Buckland est obligé d'admettre la préexistence du soleil à l'histoire de la création, parce que les animaux fossiles antérieurs à la création des six jours se montrent doués de l'organe de la vue comme ceux d'aujourd'hui, et que les plantes de la même époque supposent la chaleur du soleil. A la bonne heure; mais pourquoi le même Buckland fait-il disparaître et ensuite repara-ître ce soleil à l'aide d'un brouillard? Cette fantasmagorie est indigne de la science.

« Il faut dire, pour excuser les erreurs de Buckland, qu'à l'époque où il publia son système la formation lente, graduelle et régulière des sédiments du globe n'était point aussi généralement admise ni aussi bien connue qu'aujourd'hui. Les géologues étaient plus disposés à croire à des catastrophes et à des révolutions subites. La théorie de Buckland suppose que l'apparition des races présentes d'animaux et de végétaux a été précédée d'une grande révolution physique : la terre, selon lui, avait été dépeuplée aussi bien des animaux aquatiques que des animaux des continents, et la création de races nouvelles d'animaux et de plantes serait contemporaine de la création de l'homme.

« Cette théorie ne s'accorde aucunement avec les phénomènes observés, et nous la croyons rejetée par tous les géologues jouissant de quelque autorité.

«Voici ce qu'écrivait Hugh Miller en 1857 :

« J'ai cru autrefois, avec Chalmers et Buckland, que les six jours de la création étaient des jours de vingt-quatre heures ; qu'ils pouvaient comprendre toute l'histoire de notre création. J'ai cru que la dernière période géologique était séparée par un état chaotique de notre époque; mais mes études postérieures me forcent à déclarer que je m'étais trompé. De longs siècles avant que l'homme fût créé, le grand nombre des animaux les plus humbles d'aujourd'hui vivaient dans les champs et dans les bois, et habi-

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taieiit l^s mêmes retraites. Des milliers d'années avant l'apparition de ces animaux, les mêmes mollusques habitaient les mers. 1/espace pendant lequel Dieu a accompli Foeuvre de notre création ne peul être celui de sept jours ordinaires; il faut les remplacer par des milliers de siè<*.les. Il n y a point eu d*état chaotique, de mort et de ténèbres séparant Tépoque à laquelle Thounne apparut de celle où existaient les éléphants, les hippopotames et les hyènes fossiles. J'en conclus que les jours dont parle la Bible ne sont pas des jours ordinaires, mais des jours prophétiques, et qu'ils font reculer notre monde dans une éternité passée. »

« Miller sera sans doute regardé comme une aulorilé compétente contre le maintien de la théorie de Chalmers et de Buckland. Le récit mosaïque est défectueux non-seulement par omission, ce qui serait parfaitement conciliable avec la plus stricte inspiration divine, mais ce récit est défectueux parce qu'il raconte des faits erronés : on ne peul le nier qu'en ayant recours à un système de traduction forcée. On dit que saint Augustin et Théodoret ont admis que les six jours de la création pouvaient bien être des espaces de temps indéterminés. Si le fait est vrai, cela prouve que Théodoret et saint Augustin trouvaient déjà le texte incroyable ou douteux dans son sens naturel *.

* Nous trouvons dans VEssai critique sur VHexameron de saint Basile, par le savant Mgr Cruice, aujourd'hui évéque de Marseille, une réfutation péremptoire des doutes de. M. Godwin relativement à Topinion des Pères sur Tinterprétation du mot jour. Après avoir parlé de Tinterprétation mystique des six jours de la création par les docteurs de Fécole d'Alexandrie, Téminent prélat ajoute : « D'autres docteurs de rÉglise, plus attachés au sens littéral, demandaient que ces jours de Moïse fussent prolongés en des époques indéterminées, car évidemment, disaient-ils, les trois premiers jo^rs ne sont pas des jours, puisque le soleil alors incréé reposait dans le néant, attendant Tordre de Dieu pour paraître et marquer aux hommes les divisions du temps. » Le septième jour, qui est le repos de Dieu, dure encore; il a eu son aurore, mais il est encore loin de toucher à son déclin. Quels sont donc ces jours? Saint Gyprien leur donnait une dtirée de sept mille ans; saint Augustin, sans vouloir déterminer une époque quelconque, regardait néanmoins ces jours comme des périodes dont il était impossible de concevoir et de marquer retendue; cette opinion, devenue bientôt générale, se perpétua dans renseignement catholique; et, au douzième siècle, Pierre Lombard, frappé du nombreux concours d'autorités gravés qui se réunissaient pour adhérer à cette interprétation, l'adoptait lui-même, et résumait ainsi les sentiments des docteurs de TÉglise sur cette question : Elementa distinxit Deus.,. qux nm simul, ut quibusdam sanctorum Patrum placuii, sedper intervalla temporum ac sex volumina dierum, ut aliis visum est, {ormàvit.

Il était facile aux commentateurs des troisième et quatrième siècles de justifier ceUe nouvelle explication par le moyen de la philologie hébraïque, et par le rappro^ chement de plusieurs passages des livns saints. Saint Uilaire le comprit : ce vénérable évéque, Tun des contemporains de saint Basile, chassé de son siège épiscopal et relégué en Phrygie par l'empereur Constance vers Tan 357, remarquait que, dans plusieurs endroits de TÉcriture, le mot jour désignait une longue suite d'années :

106 LE KAÏIONAMSME

« Buckland dit que la question n'est pas de savoir si Moïse s'est trompé, mais si nous le comprenons bien. — Le récit hébreu ne présente aucime difficulté grammaticale sérieuse, et il est déraisonnable de supposer que la traduction simple et liltéralc ne soit pas la vraie. »

— Nous ne prétendons point que le système de Rurklandsoitde tout point conforme à la vérité. Néanmoins il nous semble que M. Godwin ne le réfute point absolument. L'apparition soudaine et première à l'horizon du roi de la lumière ne peut ôlre assimilée à la dissipation d'un brouillardordinaire, et celte œuvre de Dieu, quel que soit le moment de la création de la matière solaire, conserve toute sa majeslé.

Il est vrai que les géologues ne trouvent point dans les couches de la terre la preuve d'une calastroplie aussi générale et aussi profonde que le supposait Buckland. Mais les soulèvements et les affaissements successifs dont notre globe garde encore la trace suffiraient pour ne pas rendre absolument impossible le système de Buckland. Si, par suite d'une des révolutions géologiques constatées, la presque totalité des êtres vivants a péri, celle destruction n'a-t-elle pas pu êlre pour Dieu l'occasion d'une nouvelle création, celle précisément qui est racontée dans le preuu'er chapitre de la Genèse? Toutefois, nous le répétons, nous ne voulons point défendre, plus qu'il ne faut, un système aujourd'hui généralement abandonné. Si nous avions une préférence à exprimer, elle serait plutôt en faveur des six grandes périodes de temps indéterminé, relatées par la Genèse.

M. d'Orbigny adopte cette idée dans son Prodrome de paléontologie. Il admet trente périodes distinctes de création dans lesquelles les plantes et les animaux, à des degrés divers de perfection, auraient existé ensemble. Il suppose que Moïse a choisi six de ces époques plus importantes et représentant les autres. Hugh Miller est entré dans la môme voie de conciliation. Voici l'exposition du système de ce savant géologue, entouré en Angleterre d'une juste considéralion. Le lecteur sera satisfait d'en trouver ici Tanalyse.

Biem pro aetale vd lewpore hominis nuncupari solere meminimus cura dicilur : Hem hominis non concupisci; vel rurstis cum Abraham diem Dominl desideravit. Le témoignage de saint Augustin confirme cette observation de saint Ililaire : après avoir ci lé ces paroles du second chapitre de la Genèse : Qtio die fecit Deus cœlum et terram et omne viride agri, ce Père de l'Église ajoute : Superius septem aies numeraniuT, nunc autem unus dicitur dies, cujus dici nomineomne tempus significari bene inteUigitur. Veu de temps après, il écrivait à Hésychius que le mot dies signifie souvent dans TÉcriture une période d'un grand nombre d'années, et, comme preuve, il alléguait une parole de David qui donne au jour divin la durée de mille ans.

Ces mêmes périodes se retrouvaient dans les cosmogonies orientales et dans certaines fables de l'antiquité païenne.

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