LE SYSTÈME PROPOSÉ PAR M. HUGH MILLER
Miller commence par remarquer que les classes des plantes et des animaux retrouvés dans les profondeurs des couches terrestres se succédèrent dans un ordre analogue à la classification de la ilore et de la faune modernes.
D'abord se présentent les thallogènes, végétaux sans fleurs, n'ayant à propiement parler ni tiges, ni feuilles, classe renfermant toutes les algues. Ensuite les acrogènes, plantes sans fleurs aussi, mais ayant déjà des tiges et des feuilles, comme les fougères. En négligeant une classe de végétaux sans importance, plantes parasites incapables de se conserver à l'état de fossiles, on arrive aux endogènes, plantes monocotylédones et portant des fleurs, classe renfermant les palmiers, les liliacés et plusieurs autres familles caractérisées par des feuilles parallèles. Négligeant encore d'autres tribus de végétaux peu importantes, on arrive aux gymnogènes, végétaux polycotylédons, représentés par les conifères et les cycadacés. Enfin s'offrent les dicotylédons exogènes, classe à laquelle appartiennent nos arbres fruitiers et forestiers, et tous ces végétaux qui font la richesse et la beauté de nos jardins et de nos prairies.
Or voici Tordre dans lequel Hugh Miller trouve les végétaux dans les terrains stratifiés :
Dans les terrains siluriens les plus bas nous trouvons seulement les thallogènes, et dans les terrains siluriens supérieurs les acrogènes. Les gymnogènes apparaissent prématurément, on peut le croire, dans les grès rouges anciens; et les endogènes (monocotylédons) viennent après eux dans les terrains carbonifères. Les dycotylédons exogènes viennent à la fin de la période oolitique et arrivent à leur plus grand développement dans les terrains tertiaires.
A leur tour les classes animales se présentent absolument dans Tordre de classification établi par Cuvier. Dans les couches siluriennes apparaissent simultanément les invertébrés, les radiés, les articulés et les mollusques. A la fin de cette période se montrent les poissons et les animaux vertébrés inférieurs. Avant la fin de la période des anciens grès rouges existaient les reptiles. Les oiseaux et les mammifères marsupiaux se montrent dans la période oolique. Les autres mammifères apparaissent dans les terrains tertiaires. Knfin, et le dernier de tous, apparaît Thomme.
« Ces fails, dit M. Godwin, s'accordent dans une certaine mesure avec le récit de Moïse, qui nous montre les poissons et les oiseaux au cinquième jour, les mammifères au sixième, et la création de l'homme couronnant l'œuvre entière. L'accord toutefois est loin d'être complet. Les reptiles, d'après les faits géologiques les Hiieux constatés, ont existé de longs siècles avant les oiseaux et les mammifères; or, dans le récit biblique, la création des oiseaux est placée au cinquième jour, et les reptiles au sixième. Ici reste toujours la difficulté insurmontable des plantes et des arbres dont Moïse place la création au troisième jour, c'est-à-dire un jour avant les poissons, ce qui ne s'accorde pas avec les faits do la géologie.
« Il n'y a donc qu'une ressemblance superlicielle entre le récit de Moïse et les découvertes de la science; mais, de plus, à quels étranges résultats ne conduit pas Ihypolhèse qui transforme en périodes séculaires les jours proprement dits de Moïse?
«Chacun des jours de Moïse consistait en un soir et un matin : il y aurait donc eu un intervalle séculaire de ténèbres et un intervalle à peu près égal de lumière. Mais alors que seraient devenues les plantes créées au troisième jour pendant le soir qui commence le quatrième jour? Les soirs, nous l'avons déjà dit, précédaient les matins dans les jours des Hébreux. Si l'on suppose seulement un demi-siècle de ténèbres absolument sans soleil (car il n'existait pas, n'ayant été créé qu'au matin du quatrième jour), est-ce que toutes les plantes n'auraient pas dû périr au milieu des plus épaisses ténèbres régnant sur le globe pendant cinquante ans? Un tel état de choses eût complètement détruit le monde végétal, et cependant le récit de Moïse suppose les végétaux existant au sixième jour, et servant de nourriture à l'homme et aux animaux. Il suffit de substituer le mot siècle à l'expression jour employée par Moïse pour voir que l'écrivain n'a point voulu dire un jour séctilaire. Il est vrai, le mot jour exprime quelquefois, en hébreu et dans toutes les langues, un espace de temps plus long que vingt-quatre heures; mais alors le contexte détermine le sens moins rigoureux qu'il faut attacher à ce mot. Ainsi, quand dans le chap. xxxix, vers. 11, de la Genèse^ il est dit dans ce jour^ on comprend tout de suite que jour exprime ici l'idée générale de temps; mais trouve-t-on quelque chose de semblable dans le premier chapitre de la Genèse? Au contraire, au chap. xx de VExode^ les jours de la création sont assimilés aux jours de la semaine. Enfin, dans l'hypothèse des jours séculaires, ne faudrait-il pas donner au septième la même durée qu'aux six autres jours? Alors la durée de la vie d'Adam eût été mille ans plus longue que l'Écriture ne le suppose. Si l'on fait des six premiers jours six siècles, et si l'on ne donne au sabbat qu'une durée de vingt-quatre heures, ne faut-il pas convenir
EN ANGLETfcftl.K. 109
que le procédé de traduction est tout ce que l'on peut imaginer de plus arbitraire, les mots changeant de signification à chaque ligne?» — Hugh Miller a prévu les difficultés de M. Godwin. Il pense que Moïse n'a voulu décrire les phénomènes que suivant leurs afiparences, La lune nous paraît le plus grand des astres après le soleil : cela suf- -fisait pour que Moïse l'appelât un grand luminaire. Le soleil et les autres astres, se révélant tout à coup, apparurent su quatrième jour; c'est assez pour que Moïse ait été autorisé à dire qu'ils ont été faits ce jour-là même, bien que Miller suppose les astres existant longtemps avant la création. Moïse a eu des visions par lesquelles Dieu lui révélait 1 histoire du monde. Il les a décriles; chacune d'elles lui a représenté un jour. Il n'a point prétendu écrire une cosmogonie physique et scientifique. Comment M. Godwin snppose-t-il que M. Miller admet une nuit de cinquante années? Les jours de Moïse sont des époques pendant lesquelles des nuits nombreuses pouvaient succéder à des jours tout aussi nombreux, si toutefois les mois matin et soir ne doivent pas être interprétés dans un sens métaphorique. Il n'est nullement nécessaire que ces jours aient été égaux en durée. Le géologue, continue M. Miller, cherchant à concilier la Bible avec la science, n'a réellement à expliquer quetrois des six jours de la créalion : la période de la création des plantes, la période de la création des grands monstres marins et des reptiles, la période des grands animaux terrestres. Il s'agit uniquement de concilier les trois créations avec les vestiges et les fossiles retrouvés par la géologie. Or tous les géologues divisent en effet la création en trois grands phénomènes. On peut sans doute aussi discuter sur les systèmes de formation, mais les grandsordres de phénomènes dans lesquels la viese manifeste sous des types essentiellement différents se réduisent à trois : la paléontologie, c'est-à-dire les plus anciens fossiles; les fossiles secondaires, elles fossiles tertiaires. Nous trouvons, il est vrai, les coraux, les crustacés, les mollusques, les poissons et quelques reptiles dans les couches supérieures des terrains de la première époque. Mais ce n'est pas l'existence de ces animaux qui constitue le grand caractère du moment où ils apparaissent. Ce qui distingue cet âge, c'est la végétation gigantesque. C'est la flore qui absorbe ici toute l'attention, les végétaux grandioses se reproduisant chacun suivant son espèce. Jamais le monde n eut une flore pareille. La jeunesse de la terre fut marquée par une végétation îmmense,parde gigantesques forêts dont les arbresentrelacés couvraient au loin le sol d'une luxuriante verdure : les pins sublimes, les araucarias majestueux, les roseaux et les fougères grands comme des arbres, etc. Sur les continents, au sein des lacs, dans le lit des rivières, des côtes glacées de l'île de Melville, dans les régions de l'étoile polaire, jusqu'aux plaines embrasées de l'Australie, s'étendait
partout une végétation couvrant la lerre d'un manteau de verdure épaisse et gigantesque. Ainsi Moïse a révélé le trait caracléristique de celte époque, c'était l'époque des plantes croissant chacune suivant son espèce.
La seconde époque représente un temps où la végétation s'était amoindrie et n'élaitplus le grand phénomène de notre planète. Cette période avait aussi ses coraux, ses crustacés, ses mollusques, ses poissons et même des mammifères inférieurs. Mais le grand phénomène de celte époque, celui dont l'imporlance effaçait tout le reste, c'était les reptiles crocodiliens, sauriens, etc., les monstres énormes de l'abîme et les gigantesques oiseaux dont les incroyables pieds ont laissé leur empreinte sur la pierre. C'était le temps des ovipares ailés et non ailés; celui des énormes baleines, non de la classe des mammifères comme celles d'aujourd'hui, mais de la classe des reptiles; l'époque des ichthyosaures, des plésiosaures, des cétosaures, la terreur des abîmes où ils vivaient; des crocodiles, des téliosaures, des mégalosaures, des iguanodons. Quelques-uns d'entre ces derniers étaient aussi hauts que Téléphant, et l'emportaient sur lui par leur masse: ils paissaient dans les forêts ou hantaient les rivièies innombrables de cette période géologique. L'empreinte des pieds des oiseaux de ce temps est dix fois plus Is^rge que celle du cheval et du chameau. Ainsi la seconde période géologique révèle l'existence de reptiles merin§ de la taille des baleines et de reptiles amphibies presque aussi gigantesques. Dç cette manière se trouve justifiée la parole de Moïse plaçant à cette seconde époque la création des. poissons el des oiseaux.
La troisième époque a aussi son phénomène dominant. La flore semble n'avoir rien de plus remarquable que celle de notre époque présente; les reptiles marins n'occupent plus qu'une place très-subordonnée, mais les animaux des champs arrivent à un développement merveilleux : parleur taille aussi bien que par leur nombre ils surpassèrent tous les animaux terrestres qui, jusqu'alors, avaient vécu sur le continent. Les mammouths, les mastodontes, les rhinocéros, les hippopotames, les énormes dinothères, les mégathères colossaux, effacent par leurs proporlions énormes les plus grands des mammifères qui avaient jusqu'alors paru; et leur nombre était considérable. La faune de l'île de Bretagne, dit un Anglais naturaliste, était bien riche alors ; des tigres, aussi gros et aussi forts que ceux de l'Asie, guettaient leur proie à l'entrée de leurs cavernes, ou cachés derrière les épais haUiers; des éléphants, deux fois plus gros que ceux qui existent aujourd'hui en Afrique et dans l'île de Ceylan, erraient en troupeaux; enfin, deux espèces de rhinocéros se frayaient ^es voies à travers les forêts primitives; les lacs et les rivières étaient
habités par (les liippopotames aussi gros que ceux d^Afrique, porlanl des défenses plus redoutables qu'eux. Les ours massifs el les hyènes apparlenaient à ce groupe formidable; on distinguait enfin deux espèces de grands bœufs (bos longifrons, bos primigenius) ^ des chevaux, des élans hauts de dix pieds quatre pouces. En vérité, ce troisième âge, le dernier des grandes périodes géologiques, était particulièrement le temps des grands animaux de la terre. 5d reproduisant d après leur espèce. — Tel est le système proposé par Miller pour accorder le récit de Moïse avec la science. Les hommes religieux et instruits l'ont reçu avec faveur en Angleterre; et cette faveur nous paraît méritée. C'est, selon nous, parmi les conciUations proposées jusqu'ici, la plus large et la plîis satisfaisante. Elle a toutefois ses inconvénients, et M. Godwin se charge de les relever. Mais celui-ci ne détruit pas ce qu'il y a de vraisemblable dans lidée principale du système de M. Milner.
« C'est, dit-il, en ne parlant pas des animaux sans vertèbres, en ne comptant presque pour rien les premiers poissons et reptiles de la période paléontologique, regardés comme insignifiants; c'ealen mettant en avant la végétation luxuriante de l'époque carbonifère suivante, que Hu^h Miller établit l'existence d'une première période. C'est en rangeant les reptiles de terre ferme parmi les habitants des mers, parce que Moïse ne mentionneles animaux terrestres qu'au cinquième jour; c'est en ne disant pas que les reptiles terrestres ont précédé l'apparition des oiseaux sur la terre, que le même géologue crée une seconde époque, puis une troisième, triple division thîiologique qui répond passablement au troisième , au cinquième et au sixième jour de Moïse. Ces choses furent représentées au législateur des Hébreux, selon Hugh Miller, par des visions, et il les raconta sommairement dans la Genèse. L'hypothèse de Miller est, à la vérité, assez d'accord avec les résultats de la science, mais il est bien difficile de la découvrir dans le récit de Moïse, qui, évidemment n'y pensait paS; Si l'on disait que le premier chapitre de la Genèse rapporte les spécula tiens de quelque Copernic, ou de quel(|ue New ton de ces âges antiques, imaginant un plan de la création, aussi rapproché du vrai qu'il était alors possible en l'absence d'observations exactes et de l'assistance surnaturelle, nous admirerions cet effort d'un génie qui s'approche de la vérité, sans toutefois pouvoir l'atteindre. Nous ne nous étonnerions pas des imperfections et des erreurs desesspéculations; mais les défenseurs de la Bible ne supposent rien de pareil. On nous demande de croire que la Genèse raconte une vision de la création, accordée par Dieu luimême à un écrivain inspiré, dans le dessein de le mettre en état d'informer le genre humain des origines des choses. Ces visions, ce nous semble, auraient dû répondre mieux au dessein dç Dieu. Si réellement
la Bible a exposé dès le commencement, à tous les regards, les découvertes nouvelles de la géologie, les hommes , il faut l'avouer, ont eu bien de la peine à les y découvrir.
« Peut-on, en outre, continue M. Godwin, méconnaître que l'écrivain sacré représente toute la végétation comme devant servir à la nourriture de l'homme et des animaux? Il faut avouer que Moïse a bien mal compris la vision, car le monde végétal du troisième jour consistait en végétaux destinés au chauffage plutôt qu'à la nourriture. C'est de la période carbonifère que Hugh Miller a dit, forcé par la vérité : « La végétation de ce temps ne pouvait que faiblement servir à (( la nourriture des animaux. Les fougères, les pins et leurs congé- «r nères pouvaient-ils nourrir les herbivores? Les mousses (club-mos- « ses)^ quoique employées en médecine, sont positivement délétères. « Les insectes eux-mêmes ne touchent point aux fougères. Les sapins « sont délaissés par les herbivores. Le but que se proposa le Créateur K en produisant les végétaux primitifs était différent et se rapporc( (ait à Téconomie générale de la nature. Les animaux, s'ils avaient « été mullipliés et alors répandus partout, eussent été dans une « grande indigence au milieu du luxe de la végétation. »
« Miller n est pas plus heureux quand il décrit l'apparition de la lumière, il suppose que le prophète a entendu, pendant sa vision, ce commandement de Dieu : «t Que la lumière soit! » qu'aussitôt un jour pâle se répandit de l'Orient, plaçant dans une lumière douteuse les espaces recouverts par les eaux et les brouillards, et s'étendit graduellement vers l'Occident ; un jour ténébreux et sans soleil représente la création de la lumière; ce jour languissant s efface et fait place à de nouvelles ténèbres. Le second el le troisième jour ne sont pas moins tristes, et cependant c est le temps de la végétation luxuriante ; le monde végétal, si puissant, n'a pas encore vu la lumière du soleil. Le quatrième jour seulement est un jour brillant. Miller se délecte dans la peinture du spectacle splendide offert alors par la nature. Mais, puisque dans son système les astres existaient avant le quatrième jour, pourquoi nous condamne-t-il à ces trois périodes de ténèbres?
« En réalité, les théories de Hugh Miller, de Buckland, se ressemblent : toutes démontrent que le récit mosaïque ne s'accorde pas avec les faits. Le premier chapitre de la Genèse ne serait qu'une suite d'énigmes dont la science moderne seule a pu dire le mot. Il serait difficile d'abandonner plus complètement ce qu'on voulait défendre, à savoir la véracité du récit mosaïque. Chacun des apologistes prend du reste le soin de réfuter les explications de ses rivaux, et croit seul avoir découvert la vérité. Comment peut-il en être autrement quand on fait violence aux textes, quand on s'attache à rendre obscur
uri récit si clair dans sa simplicité naïve, en le remplaçant par le système compliqué des sciences modernes? La tâche que se sont proposée ces estimables écrivains est à la fois pénible et humiliante, ils succombent à la peine ; leur gêne et leur embarras sont dignes de pitié : ils luttent avec le bon sens !
« Revenons à la vérité : Dieu n'a point voulu révéler 5 Thomme les vérités que celui-ci devait conquérir lui-même par l'étude et le travail, par Texercice de ses facultés naturelles. Les écrivains sacrés parlent dans le langage de leur temps ; et leurs erreurs physiques ne compromettent pas les hautes vérités morales qu'ils annoncent. Notre mal est d'avoir exagéré les limites de l'inspiration biblique. Dieu s'est servi d'hommes pieux et non de savants pour nous enseigner les vérités morales : pourquoi refusons-nous d'admettre une vérité si simple? En prétendant que les connaissances physiques des écrivains bibliques égalent chez eux la science des vérités morales, on .compromet également les unes et les autres. Le progrès est d'ailleurs la loi de l'humanité, et la vérité se dégage seulement avec le temps des ombres de l'erreur.
(( Dieu a choisi le peuple hébreu pour établir la vraie religion sur la terre. Il a conçu ce dessein selon sa sagesse, et non pas comme l'homme l'a compris. Cherchons à découvrir comment Dieu a réellement agi, sans prétendre lui imposer nos propres vues. On a supposé que, puisque laBible porte le cachet de l'autorité divine, elle a dû être en tout parfaite et infaillible ; et des difficultés insurmontables sont nées de ces préjugés. On a procédé en théologie comme on procédait dans les sciences avant remploi de la méthode expérimentale et inductive, lorsque l'homme prétendait inventer des lois et y soumettre Dieu lui-même et la nature, au lieu de se laisser humblement et patiemment enseigner par les faits. Le dogmatisme, les théories à priori^ ont pris la place des modestes recherches chez ceux qui font par état profession d'humilité et de soumission. C'est le renversement des choses. Le vrai disciple de la vérité n'est pas celui qui, s'asseyant dans les écoles des rabbins et des Pères de l'Église, et acceptant tous ledrs principes, y ramène toute chose de gré ou de force, mais celui qui, écoutant humblement la voix de Dieu dans sa conscience et dans la nature, s'y conforme sans murmurer contre la divine économie, et sans s'indigner contre son ignorance. La mission du peuple hébreu n'est-elle pas assez grande et assez puissante dans l'humanité, sans qu'il soit nécessaire de la surfaire ? Si nous regardons le premier chapitre de la Genèse comme la spéculation de quelque Descartes ou de quelque Newton hébreu, écrite de bonne foi comme le résumé de l'histoire delà création de l'univers par Dieu, nous assurons au récit mosaïque une dignité et une valeur queles controversisles lui font perdre.
ili LE KATIONALISME
« Mais comment se fait-il, dira-t-on, que l'écrivain affirme si solennellement des faits qu'il ne pouvait connaître par lui-même et que Dieu ne lui avait point révélés? — Le langage affirmatif et solennel était celui de l'époque de la Genèse. C'est la science seule qui a rendu l'homme moins confiant et plus humble. L'historien sacré avait saisi une grande vérité : Tunité du plan du monde, la subordination de l'univers à son législateur et à son créateur. 11 s'est trompé dans les délails et les preuves, mais debonne foi ; et il a affirmé comme certain ce qu'il aurait dû, si la manière d'écrire de l'époque s'y fût prêtée, reconnaître seulement comme probable. Il ignorait la forme et la constitution de notre globe, le rang et la place qui lui ont été assignés dans la création; il ne iîonnaissait pas les espèces diverses d'animaux et de végétaux qui peuplent la terre, la mer et les continents ; mais il savait que tout a été créé en vue de l'homme, et la bonté (le Dieu élait par lui profondément sentie. L'histoire de la création, telle que la Genèse la rapporte, a suffi à l'instruction du monde pendant longtemps, et, aujourd'hui que cette histoire est insuftîsante, elle n'en est pas moins digne de nos respects. Elle n'est pas la parole de Dieu, mais la parole de l'homme dont Dieu s'çst servi pour l'accomplissemçnt de ses desseins proyidentiel^. »