COMMENT SE CONCILIENT LA BIBLE ET LES FAITS CONSTATÉS PAR LA GÉOLOGIE
Telles sont les idées de M. Godwin sur le premier chapitre de la Genèse, Selon lui, le récit de Moïse est donc en opposition avecla science. Mais, si l'on recherche en quoi consiste cette opposition supposée, on voit qu'elle se réduit à la différence qui existe entre le langage froidement exact de la science et le langage imagé et populaire de la Bible ; entre une classification méthodique, n'omettant rien, ne déplaçant rien, et un récit prophétique de la création , où l'idée morale d'un Dieu créateur et bienfaiteur exclut toute intention , dans l'écrivain, d'une leçon de cosmologie. Qu'on lise le dernier chapitre du Traité sur la géologie^ écrit par le regrettable et savant M. Beudap, membre de l'Institut, et l'on verra h quoi, d'ailleurs, se réduisent les différences entre la science et le premier chapitre de la Genèse, Nous en extrayons ici quelques passages :
(' Une seule géogénin mérite notre attention : c'est celle qui se trouve exposée dans le livre de Moïse, et qui, après plus de trois mille ans, se présente encore, d'un ( ôlé, connue l'application la pins îielte des théories les mieux
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établies, et, de Tautre, comme le résumé le plus succinct des grands Faits géologiques.
« Quoi de plus rationnel, en effet, et de plus conforme à l'état même de nos corm.jissances actuelles, quand il s'agissait de mettre de Tordre dans la confusion générale des choses» que de créer le véhicule au moyen duquel les phénomènes de la lumière, de la chaleur, etc., pouvaient se mani^'ester et porter la vie partout; que de rassembler de toutes parts les éléments dispersés, en certains groupes espacés entre eux ; que d'établir çà et là des centres d'attraction autour desquels tout pût graviter suivant une loi immuable, etc. ? C'est cependant ce qu'on trouve, en tepmes brefs et vulgaires, mais intelligibles à tons, dans les premiers versets de la Genèse, qui nous offrent clairement trois grandes opérations parfaitement distinctes. En effet on y trouve, en résumé : Deus fecit lucem (le fluide de la lumière, de la chaleur, etc.), firmamentum (l'espace et toutes les masses qui s'y Irouvent disséminées), solem et stellas (les centres d'attraction), etc.
(( Quant à la création organique, elle se partage en quatreépoques successives, tout aussi rationnelles. La première établit la vie végétalive, qui se manifeste non-seulement dans les plantes, mais encore dans ces animaux inférieurs où l'on trouve à peine autre chose que les phénomènes de nutrition, d'accroissement, etc. Vient ensuite la vie de relation, où la sensibilité, l'instinct, l'intelligence, la volonté, se joignent successivement, en diverses proportions, aux phénomènes de pure existence. Cette vie nouvelle prend d'abord un certain développement dans les poissons (comprenant sans doute les reptiles), puis dans les oiseaux, qui constituent ensemble la seconde époque de création. Elle acquiert une nouvelle extension dans les mammifères, qui paraissent à une troisième époque; et enfin elle parvient au plus haut degré dans l'homme, qui termine l'œuvre du Tout-Puissant, en recevant une âme à son image, pour le distinguer de tous les animaux. • (( Cet exposé de la création nous offre sans doute un admirable exemple de combinaisons organiques successives ; mais ce qui n'est pas moins remar-. quable, c'est précisément aussi l'ordre dans lequel se présentent successivement tous les débris ensevelis dans les dépôts sédimentaires des différents âges. Ceux que nous rencontrons dans les couches que nous regardons commelesplus anciennes sont les dépouilles calcaires de certains polypiers, les moules, quelquefois le test même de quelques mollusques acéphales, les crustacés trilobiles, et les débris végétaux, dont l'accumulation a formé l'anthracite des terrains dévoniens. L'abondance, l'étendue, Tépaisseur de ces matières combustibles, annoncent une grande puissance de végétation,, qui conduit à croire que les plantes existaient déjà depuis longtemps, et que peut-être leurs premiers débris ont disparu dans les métamorphismes profonds qui ont modifié les dépôts dans lesquels ils pouvaient être.
« Les poissons ne paraissent pas avoir existé avant l'époque des terrains dévoniens, el c'est seulement dans la période de formation des dépôts de calcaire carbonifère qu'ils ont acquis une puissance d'organisation qui se perd dans les dépôts suivants, et qu'on ne connaît même plus aujourd'hui sur ce globe. Les reptiles ont laissé leurs dépouilles dans les terrains pénéons qui viennent ensuite, el les oiseaux, dont la Gmhe place aussi la
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création è la même époque, quoique en second lieu, ont laissé pour la première fois les empreintes de leurs pattes sur ces dalles des grès de la formation triassique.
u Les mammifères terrestres ne viennent que longtemps après; si Ton en trouve déjà quelques faibles traces dans la grande oolithe, ils appartiennent aux ordres les plus inférieurs de la classe. Ce n*est que dans les terrains tertiaires que leurs débris de toute espèce se présentent en abondance, et les couches les plus modernes sont même les seules qui renferment des éléphants, des chevaux, des singes, etc.
« Les débris organiques deThommenese sont jusqu'ici montrés dans aucune des couches qui ont été soulevées du sein des eaux, et qui font aujourd'hui partie de nos continents ; d'où il suit que Têtre privilégié de la création générale n*a paru sur ce globe que longtemps après ces animaux les plus modernes dont nous trouvons aujourd'hui les ossements fossiles ; il ne peut dater que d'une époque relativement très-récente, qui paraît se placer géologiquement après le soulèvement des Alpes principales, dont, (^n conséquence, l'événement remonterait au moins à six mille huit cent treize ans, suivant les chronologies généralement admises. C'est unique- Il ent, en conséquence, dans les dépôts formés sous les eaux depuis cette grande catastrophe, qu'on peut espérer de trouver des restes humains; ils n'apparaîtront dès lors, dans la série des couches géologiques, que quand de nouvelles catastrophes auront pu transformer en continents les sédiments qui se trouvent encore aujourd'hui sous les mers.
« On voit évidemment, parles réflexions qui précèdent, que Texposé rapide de rhistorien sacré se trouve entièrement conforme aux généralités géologiques qui ont été le plus soUdement établies : seulement, les observations minutieuses auxquelles on s'est livré de nos jours nous font connaître un grand nombre de détails, inutiles sans doute pour la plupart des hommes, mais qui intéressent du moins ceux qui se livrent à l'étude, s'ils ne sont même destinés peut-être à éclairer leur croyance religieuse.
« L'ensemble des données que nous possédons aujourd'hui en géologie nous conduit à reconnaître que chacune des créations particulières indiquées brièvement dans la Genèse, à l'exception de celle de l'homme, n'a pu avoir lieu d'un seul jet ; qu'elle a été faite, au contraire, successivement, dans un espace de temps considérable, et à jnesure que ce globe terrestre était luimême façonné.
« Les détails que l'observation des circonstances géologiques permet d'ajouter au récit de la Genèse sont en harmonie générale avec les faits qui s'y trouvent brièvement émis, et dont ils ne sont que le développement; la seule difTicultè qu'ils puissent présenter est relative au mot jour, qui, heureusement, d'après les autorités les plus éininentes de l'Église, depuis saint Augustin jusqu'à nous, peut être interprété dans un sens différent de celui qu'on lui attribue vulgairement. On peut penser, en effet, que cette expression fut employée dans un sens figuré, sans limites fixes, pour faire comprendre et surtout retenir avec facilité l'ordre et la succession des faits qui nous étaient révélés. Il est clair, en effet, que des détails minutieux établis catégoriquement par des chiffres qui satisferaient la cnriosité d'un petit
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nombre d'émdils ne seraient ni saisis ni compris par le coniinun des hommes, qui cependant ont droit aussi à cet important enseignement. Nous prenons souvent nous-mêmes des voies plus détournées pour nous faire mieux entendre de tous : c'est ainsi que nous disons le lever et le coucher du soleil, Tarrivée de cet astre au méridien, au solstice, etc., quoique nous sachions bien que c'est à la terre qu'il faut allribuer des mouvements inverses.
a Suivant les observations géologiques, cette expression vulgaire de jours parait devoir signifier des époques, qui présentent de longues périodes de temps dont la durée nous est tout à fait inconnue et relatives chacune à un certain système de création durant lequel il y a eu diverses formations d'êtres organisés, comme aussi des extinctions successives de ceux qui avaient existé les premiers. Chaque période connnence à une date particuUère nettement déterminée et marquée par une catastrophe qui bouleverse plus ou moins l'ordre de choses établi précédemment sur la terre ; elle se prolonge pendant plus ou moins de temps, quelquefois à travers les époques suivantes, et souvent jusqu'à l'apparition de l'homme lui-même. 11 s'est ainsi pa^sé, suivant les conjectures de la science, un temps immense entre la formation des premiers sédiments et celle des derniers, sans compter ce qu'il a fallu pour la consoUdation et le premier refroidissement des masses planétaires. C'est dans cette longue série de siècles, qui ne sont qu'un instant dans l'éternité, que la terre a été façonnée comme nous la voyons aujourd'hui par les mouvements de toute espèce du sol, par les dépôts sédimenlaires de diverses sortes, et préparée enfin aO séjour de l'homme, pour lequel Dieu avait tout disposé. »
Tel est le langage de la science impartiale ; mais ne suffirait-il pas à 1 homme intelligent et sincère de comparer la cosmogonie de Moïse avec celle de tous les autres peuples, je ne dis pas pour absoudre la Genèse j mais pour faire naître un sentiment profond d'admiration à la lecture de Thistoire de la création biblique des six jours? Qu'est-ce que la cosmogonie des Chaldéens, telle qu'elle est décrite par Bérose?
« Bel coupe en deux Markaia, la dominatrice des ténèbres et des ondes. Une moitié de cette femme forme le ciel, une autre moitié forme la terre. Bel se coupe ensuite la tête et laisse les autres dieux former l'homme avec les gouttes de sang mélangées de terre. » (Euseb. Chron, a^m. I.)
Qu'est-ce encore que les mythes cosmogoniques de Phénicic com: parés au sublime récit de Moïse?
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« Lorsque l'air devint brillant, la chaleur de la terre et de la mer produisit les vents, les nuages, les pluies, les éclairs et le tonnerre. Au l3ruit de ce dernier, les êtres vivants s'éveillèrent effrayés, et sur la terre ferme comme dans les eaux s'agitèrent en tous sens les hommes et les femmes. » (Euseb. Prœp, ev. I, 10.)
Chez les Égyptiens, c'est la terre échauffée par le soleil qui produit les animaux, et, suivant que le soleil les pénétra davantage de ses rayons, et que l'élément aqueux fut en moindre ou en plus grande proportion, les animaux devinrent poissons, quadrupèdes ou oiseaux. Les théories d'Hésiode ne sont guère plus sages. Toutes les cosmogonies orientales révoltent le bon sens par leur absurdité. La Bible seule nous fournit un récit sobre et raisonnable, sublime dans sa simplicité.
L'œuvre de la création nous y est représentée telle que l'intelligence aime à la comprendre, telle que les entrailles de la terre nous la découvrent. Moïse s'élève du simple au composé, de l'imparfait au plus parfait, dans un ordre que la science a consacré; il ne personnifie point les forces de la nature. Le monde, sous la main puissante de Dieu, se forme, s'organise, s'embellit pour devenir la demeure de riiomme; et la science, après dix-huit siècles, voit, dans le premier chapitre de la Genèse, h consécration de ces grandes lois. Il y a plus, dans la distinction génésiaque de la lumière et dû soleil, la physique constate une de ses grandes découvertes. En présence de ces signes évidents de vérité qui forment le caractère général de la création biblique, il faut aimer la dispute pour concentrer son attention sur des détails restés obscurs, et pour ne pas se dire intérieurement sous rimpression générale du récit : Digitus Dei est /itc, la vérité de Dieu est là.