‹ Une crise religieuse en AngleterreChapitre 17 sur 19 · M. WILSON : L ÉGLISE DE L AVENIR · texte numérisé non relu

M. WILSON : L ÉGLISE DE L AVENIR

Il y a quelques années ont eu lieu à Genève des séances dites historiques^ dans le but de raffermir l'Église calviniste ébranlée jusque dans ses dernières assises par le mouvement rationaliste. Zurich , l'un des centres du radicalisme religieux en Suisse, et dont rUniversilé peut, à bon droit, être considérée comme Tune des succursales de Tubingue, a conquis à ses doctrines une partie de la jeunesse genevoise. Le vieux calvinisme s'est inquiété et il a tenté de réorganiser son Église sur une base évangélique. Pendant plu-

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sieurs années on a public une série de brochures auxquelles on donnait le nom de séances historiques. C'était en efTet à l'histoire que les écrivains demandaient les principes nouveaux d'après lesquels ils voulaient restaurer leur Église ruinée. On s'accordait assez bien au début lorsqu'il s'agissait de montrer les caractères divins du grand fait de l'établissement du christianisme; mais, lorsqu'on arriva à la chute du paganisme occidental,, les calvinistes commencèrent à ne plus s'entendre; ils différèrent absolument sur un point essentiel. Selon le comte de Gasparin, l'Église devait reposer sur Viîidividua- Usine. Constantin, en rattachant le christianisme à l'État, introduisit dans l'Église le principe faux et tout païen du mullitiidinisme. En d'antres termes, M. Gasgarin proclama la nécessité de la séparation totale de l'Église et de l'État. M. Bungener, quoique très-sévère aussi à l'égard de Constantin et de son œuvre, défendit le principe des Églises nationales.

M. Wilson prend occasion de cette querelle pour traiter la question. Il ne demeure point neutre au milieu du débat, et il se prononce sans hésitation pour les Églises nationales; il veut surtout maintenir celle d'Angleterre. L'œuvre matérielle d'Henri VIII et d'Elisabeth doit rester debout; le symbole de la foi doit seul disparaître.

Il faut avouer que c'est là de la part des auteurs des Essais une singulière prétention et une élrange inconséquence. Si le christianisme repose sur des faits que le critique ne peut admettre, s'il consiste dans des dogmes inconciliables avec la raison, s'il reconnaît une hiérarchie usurpée, on doit conclure, comme les philosophes du dixhuitième siècle, qu'il faut le détruire. Il faut, en ce cas, anéantir avec le catholicisme toutesies Églises nationales. Je comprends mieux dans son énergie brutale cette parole de Voltaire : Écrasons ï infâme! que celte parole inconséquente du livre des Essais : Maintenons V Église nationale de l Angleterre.

On voudrait supposer que l'ancien vicaire de Great-Staughton professe des doctrines moins opposées au christianisme que les autres auteurs des Essais^ et que c'est au nom de principes plus chrétiens qu'il établit sa thèse. Car enfin il serait honteux de demander le maintien d'une Église placée en dehors de la vérité, uniquement à cause des avantages matériels qu'elle procure à ses ministres. M. Wilson ne songe pas assez à l'idée que fait naître la thèse qu'il soutient chez ceux qui, comme nous, ne connaissant point son désintéressement personnel, se demandent le motif secret d'une inconséquence manifeste.

Il est vrai que M. Wilson traite parfois avec honneur l'Église nationale d'Angleterre, et qu'il cherche, en toute occasion, à séparer sa cause de l'Église de Calvin, vouée, selon lui, à la destruction.

l'iO LE RATIONALISME

« L'Église de Genève, dil-il, ne peul présenter au monde les litres de rÉglise d'Angleterre. Les raisons de celle-ci pénètrent profondément dans l'histoire de la nation la plus libre et la plus civilisée du monde. Son passe fait bien augurer de son avenir. L'Église d'Angleterre a vécu sous le rude Saxon, elle a échappé aux rapines des Normands, à l'oppression sanguinaire des barons ; elle a survécu à la tyrannie des Tudors, triomphé des attaques des fanatiques, confondu la perfidie des Stuarts ; elle a résisté à la fois à la haine et au patronage corrupteur, à la barbarie et à la mollesse des mœurs. Non, une Église qui a traversé de telles épreuves ne doit pas périr. »

Il ne peut être question que de la réfornier.

Mais la réforme d'une Église ou d'une institution quelconque suppose qu'au milieu des erreurs et des abus il y a assez de vérité et de bien pour qu'on puisse les dégager du mal et du mensonge, absolument comme la restauration d'un édifice suppose des parties saines, bonnes à conserver. Cependant tes Essm condamnent tout ce qui fait l'essence et le fondement du christianisme, les trente-neuf articles, aussi bien que les conciles de Trente et de Nicée. Que reste-t-il donc à réformer? A la place d'un symbole ils mettent une vague sentimentalité et nient tout le reste. On ne peut construire avec des éléments négatifs ou une matière essentiellement inconsistante.

COMMENT M. WILSON ENTEISD LA RÉFORME DE l'ÉGUSE NATIONALE d' ANGLETERRE.

Loin de dégager de la confession anglicane quelque dogme au moyen duquel on pourrait peut-être conserver encore son nom, M. Wilson semble avoir cherché ce qui avait échappé à la critique destructive de ses collègues. Ainsi la nécessité de la foi chrétienne pour le salut lui paraît une absurdité rendue palpable par la considération du grand nombre de ceux qui sont restés étrangers au christianisme, soit en Amérique pendant quatorze siècles, soit aux Indes ori^tales, soit dans la Chine et dans l'Océanie. Ce fils des colons et des navigateurs anglais se raille des apôtres et des évangélistes qui s'imaginaient que de leur temps la bonne nouvelle avait été portée jusqu'aux confins du monde. (Rom., x, 18; Col.j i, 23.) «Le peuple anglais, dit-il, qui le dimanche entend ses ministres exposer ces erreurs derÉvangile, ne peut qu'en rire le lundi dans ses comptoirs d'où il correspond avec des peuples entiers, avec de grandes nations qui, au temps du Christ, avaient déjà bâti des villes, rédigé des codes de lois sociales et domestiques, exercé l'agriculture et le commerce, établi des sacerdoces, honoré les

morts et connu la sainteté des serments. Quelle relation existait-il entre FÉvangile et ces millions d'êtres humains? Leur ignorance leur est-elle donc imputable? Quand on entend parler en chaire de grâces accordées gratuitement à ceux-ci , refusées gratuitement à ceux-là, peut-on penser à autre chose qu'à un déni de l'égale justice qui convient à l'Être suprême*? Les apôtres et l'Évangile ont ici substitué à la vérité leurs conceptions inadéquates; ce n'est point là l'esprit de Dieu : Dieti est vérité^ mais Ihomme est mensonge ! »

Enfin, M.Wilson nie Tauthenlicité des quatre Évangiles et en particulier de celui de saint Jean. — Ehbien, soit, lesapôlres se sont trompés, les Évangiles sont des traditions et des opinions humaines; le Christ a erré, ou bien ses enseignements sont perdus : que faut-il en conclure? L'impossibilité démontrée du christianisme. Ainsi le veut la logique.

M. Wilson, par une contradiction étrange, veut néanmoins conserver rÉglise anglicane. Elle n'aurait besoin, selon lui, que d'être réformée! Comment en entend-il la réforme?

Les réformateurs de tous les siècles, orthodoxes ou hérétiques, se sont toujours proposé de séparer dans l'Église ou dans les institutions particulières qu'ils voulaient restaurer les élémenls de vérité, de justice et de vertu, des éléments contraires. Écarter Terreur, le vice, le désordre ; réunir et grouper ensemble les hommes d'une même pensée et d'une même volonté, afin de les préserver : telle a été la méthode suivie dans l'œuvre de toutes les réformations. Le bon sens, en effet, n'en indique pas d'autre. Est-ce ainsi que M. Wilson entend la réforme de l'Église anglicane? Il adopte une marche absolument contraire. Selon lui, les législateurs de l'Église unie d'Angleterre et d'Irlande ont donné à l'édifice une base trop étroite; il faut plus de largeur. Toutes les opinions comme toutes les passions doivent désormais trouver place au foyer de l'anglicanisme. L'Église ne doit rien

* La justice de Dieu ne foblige pas à être également libéral envers tous les hommes. La Providence départit les biens temporels inégalement et suivant une loi mystérieuse qui nous échappe : il en est de même des biens spirituels. Il suffît que Dieu soit bon envers tous. Non-seulement Dieu ne punira pas les infidèles qui auront involontairement ignoré le salut apporté par son Fils à la terre, mais encore il récompensera, suivant saint Thomas, leurs vertus naturelles. Juste envers tous, il lui plaît d'être libéral envers plusieurs. Le vicaire de Great-Staughton devrait mieux se rappeler cette parole du Christ aux ouvriers murmurateurs récompensés également pour un travail inégal : « Parce que je suis horij faut-il que vous soyez mauvais? i Quant à l'expression de saint Paul, confins de la terrCy elle indique les limites du monde connu des anciens. Nous ne voyons pas ce qu'elle a de répréhensible dans la bouche de Tapôtrequi parlait comme tous ses contemporains. S'il fallait rire ici, ce ne serait pas de saint Paul, mais de l'ancien vicaire de Great-Staughton et des mis de comptoirs anglais.

exclure, ni des fantaisies de l^esprit humain, ni des caprices de la volonté. Dans cette nouvelle Babel, la confusion des langues et des systèmes sera l'état normal et permanent. Chose étrange! la primitive Église fournit à M. Wilson l'idéal d'une pareille société religieuse. Rien ne montre mieux le degré d'aberration où peut conduire la falsification systématique de l'histoire en usage dans la nouvelle école. Nous citons les incroyables paroles de M. Wilson :

« Nous en appelons,' dit-il, aux plus anciens souvenirs de Thistoire ecclésiastique, aux Épîlres elles-mêmes de saint Paul, pour montrer que la primitive Église n'avait rien de commun avec le faux idéal de pureté de doctrine et de sainteté qu'on s'en est fait plus tard. Les vices des premiers chrétiens et les différences profondes de leurs croyances sont exposés par TApôtre lui-même. Le symbole de leur foi avait une élasticité que ne soupçonnent point ceux qui ne veulent le voir qu'à travers les symboles ecclésiastiques de nos jours.

« Les écoles Ihéologiques prétendent que les dogmes qu'ils défendent ont été ceux des âges apostoliques. Les luthériens, par exemple, soutiennent que la foi justifiante est une doctrine prêchée par saint Paul, quoique bientôt méconnue et abandonnée après lui. Il est certain qu'aucune fraction considérable de l'Église ne la adoptée avant la réformation Un grand

nombre de théologiens, parmi lesquels il faut citer le jésuite Pétau, étabhssent que la foi de Nicée ne se trouve explicitement dans aucun des Pères, et qu'on ne saurait la prouver par les textes de l'Écriture.

« L'état des croyances des premiers chrétiens ne répondait certainement guère à la haute idée qu'on s'en est faite. On s'imagine qu'ils ont été des modèles admirables de foi et de soumission, et que, plus on remonte vers la source chrétienne, plus les eaux delà doctrine sont hmpides et pures. Il faut penser tout le contraire. La foi est d'autant plus indéterminée qu'elle est plus ancienne; si l'on compare le Nouveau Testament auxÉpîtres, on trouve déjà les paroles des apôtres beaucoup plus dogmatiques que celles du Christ. Les évangiles ne contiennent que des préceptes moraux, si l'on excepte toutefois celui de saint Jean, écrit pour combattre les valentiniens et les montanistes, peut-être vers Fan i40. 11 ne faut point se représenter le Christ comme un législateur, promulguant un ensemble de préceptes positifs, mais comme rempli sans mesure de l'esprit de Dieu qu'il répandait autour de lui et spécialement sur ceux qui écoutaient sa parole. Il en appelait à la conscience de chacun pour que celle-ci, dans sa liberté, devînt un élément actif pour l'ordre général du monde.

« On peut comprendre ce qu'était la primitive Église sous le rapportmoral et doctrinal par les paroles de l'apôtre saint Paul dans les Épîtres aux Corinthiens (xv, 12) et à Timothée (n). Il est évident qu il y avait alors, dans la communauté chrétienne, des fidèles qui ne croyaient pas à la résurrection. C'étaient probablement des saducéens qui entraient dans l'Église avec leurs doutes, et même avec le refus de croire la résurrection des corps. La synagogue les admettait aussi bien que les pharisiens. Le Christ,

il est vrai, avait expressément enseigné la résurrection et combatlu les saducéens ; mais il ne les avait jamais traités comme des étrangers et surtout comme des excommuniés dans Israël, bien qu'ils n'admissent point ce dogme consolateur. Loin de là, il se montra beaucoup plus sévère contre les hypocrisies dos pharisiens que contre les erreurs de doctrine des saducéens. 11 nous est difficile aujourd'hui, avec nos habitudes exclusives, de croire qu*un chrétien puisse continuer d'être membre de rÉghse, s'il nie le dogme de la résurrection. 11 n'en fut pas ainsi dans ces premiers temps, ainsi que Findiquent ces paroles de lApôtre : « Il en est « parmi nous qui ne croient pas à la résurrection des morts. » Les apôtres admettaient dans leurs réunions, au nombre des fidèles, des saducéens, ou môme des païens nourrissant les préjugés qui éclatèrent dans Taréepage, à Toccasion de la prédication de saint Paul. Le même apôtre assure, il est vrai, aux fidèles de Corinthe que le dogme de la résurrection est la pierre angulaire de la foi chrétienne ; mais, malgré cela, il n'exclut pas les saducéens de la communauté chrétienne, il se borne à combattre et à réfuter leurs difficultés.

u D'autres fidèles vivaient et restaient aussi dans l'Église avec des mœurs dépravées. (I Cor.^ xv, 19, 52.)

« Ainsi la tolérance de TÉglise s'étendait alors à deux classes de chrétiens : à ceux qui étaient répréhensibles dans leur foi, et à ceux qui étaient répréhensibles dans leurs mœurs. Quelle fut la conduite de l'Apôtre? Il n'excommunia pas ceux qui niaient la résurrection. H est vrai qu'il porta cette peine contre l'incestueux de Corinthe; mais ce ne fut que dans un cas extrême d'immoralité. Il faut reconnaître cependant que c'étaient là deux genres de très-mauvais chrétiens. La conversation de ceux qui causaient ainsi des divisions par le vice de leur foi ou par l'immoralité de leur vie devait être évitée ; mais ils n'étaient point chassés de l'Église. On leur accordait toujours le nom de chrétiens. Les Églises formées par saint Paul admettaient donc au milieu de ceux qui étaient fidèles jusqu'au martyre ceux-là même qui formaient, avec les premiers, par leur foi et leurs mœurs, le plus étrange contraste. Faudrait-il, de nos jours, organiser des Églises nationales sur des bases plus sévèrement limitées? La sentence judiciaire de l'excommunication était extrêmement rare dans les âges apostoliques. H y avait sans doute une distinction entre les bons et les mauvais chrétiens; mais ce n'était point l'autorité ecclésiastique qui prononçait judiciairement sur ces différences par un acte public. La conscience et Topinion de chacun déterminaient cesjugements. »

Avons-nous besoin de dire que cette étrange peinture de la primitive Église est démentie de la manière la plus formelle par le frais et beau tableau de mœurs chrétiennes tracé par saint Luc; n'est-ce pas dans les épitres de saint Paul lui-même, et notamment dans les épîtres citées par M. Wilson, que la théologie catholique trouve précisément la justification de l'excommunication en usage dans TÉglise, pour cause d'hérésie ou de crime notoire? Nous ne pouvons entrer

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dans ce genre de discussion. Il nous suffit d'avoir la pensée de M. Wilson.

Nous comprenons maintenant Tidéal qu'il se fait d'une Eglise nationale sous le rapport de la foi, et de la pureté des mœurs. Rien assurément ne semble plus absurde.

Laissons M. Wilson développer à son aise le plan de l'Église qu'il a levée.

Il faudrait, selon lui, réduire beaucoup l'élément hiérarchique, essentiel sans doute à toute société, mais beaucoup trop développée môme au sein du protestantisme.

« Une Église nationale ne doit pas être nécessairement hiérarchique dans h} sens extrême et superstitieux du mot. Le principe hiérarchique doit être tempéré par une large dose d'individualisme. C'est la combinaison de ces deux éléments opposés qui peut maintenir une société dans l'état d'une vigoureuse santé. Trop d'importance attachée à l'ordre hiérarchique conduira aux superstitions romaines, touchant la succession apostolique, la grâce du ministère et l'influence sacramentelle et surnaturelle. ï/individuahsnie tout seul, confondant ensemble le fidèle et le ministre, détermine un spiritualisjne sans direction comme sans vie. C'est une juste conciliation de ces deux éléments, tempérés l'un par l'autre, qui étabht des rapprochements harmonieux entre le fidèle et le ministre. Ni l'un ni l'autre n'est transformé en hiérarque souverain des idées et des mœurs, et la société chrétienne ne redoutera pas plus les excès de la démocratie que ceux d'un sacerdoce en soutane, enorgueilh de l'onction sacramentelle, prétendue ineffaçable. On arriverait à cet accord parfait de deux éléments rivaux, en s'affranchissant des liens d'un dogmatisme trop étroit. »

Mais où sera le lien de la société chrétienne transformée en république par M. Wilson? Sera-ce la Bible? Non ; car, selon lui, la Bible . n'est point inspirée. Semblable à un bon livre quelconque de morale, elle contient la parole de Dieu ; mais elle n'est pas cette parole. Le vicaire de Great-Staughton combat avec une véritable passion l'idolâtrie anglaise de la Bible, qu'il appelle scripturalisme,

(( Une tradition protestante semble, dit-il, avoir prévalu parmi nous, d'après laquelle les mots de TÉcriture seraient pénétrés d'une vertu surnalurelle à l'aide de laquelle le vrai sens des mois se révélerait tout seul à ceux mêmes qui, par leur défaut d'éducation, seraient incapables de le saisir. Il n'y a pas de livre, à la vérité, si riche en expressions qui s'adn ssent à toutes les intelligences; mais, malgré cela, il est difficile de distinguer les passions et les erreurs qui forment comme la croûte grossière de la Bible, d'avec la pure lumière que cette croûte enveloppe. Qui discernera avec certitude l'élément humain et 1rs erreurs multipliées qui sont renfermées dans la Bible, de la doctrine éternelle qu'elle contient? »

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La loi de la sociélé chrétienne ne sera pas non plus ni les trenteneuf arlicles, ni le rituel des prières de l'Église anglicane.

« Les définilions de foi, dit M. Wiison, imposées aux ministres anglicans, conslil lient un réseau dont les mailles sont trop étroites pour arrêter la subtilité d'esprit du théologien moderne. Pourquoi, d'ailleurs, la liberté religieuse accordée au clergé serail-elle au-dessous de la liberté laissée, en pareille matière, aux citoyens sur le sol généreux de la Grande-Bretagne? Un ministre en sait plus en matière de théologie que la grande majorité des laïques les mieux informés. C'est d'ailleurs méconnaître étrangement la nature de l'esprit humain, que d'ignorer que deux ministres anglicans ne s'entendront jamais complètement. Est-il possible même qu'un esprit qui pense conserve la même manière de voir en religion pendant les diverses périodes et les tiansformations inévitables de la vie? En tout cas, il est clair qu'il est nécessaire aujourd'hui de faire disparaître plus d'une entrave à la pensée dans le sein de l'Église anglicane. »

M. Wiison discute, l'un après l'autre, ceux des trente-neuf articles qui paraissent les plus embarrassants pour le libre penseur qui les a jurés, et montre, par des commentaires artificieux, comment on peut en décliner le sens naturel et obligatoire. Finalement, il émet le vœu de l'abrogation de toute confession de foi imposée, afin, dit-il, de ne point priver l'Église nationale de l'appui que lui apporteraient en y entrant les ministres de toutes les sectes chrétiennes présentes et futures. Ainsi l'Église nalionale proposée par M. Wiison est une sociélé religieuse sans symbole fixe, sans hiérarchie positivement constituée, sans livres inspirés, sans rituel obligatoire, une Babel dont personne n'est exclu, ni pour cause de doctrine, ni pour cause de mœurs. C'est ce pêle-mêle saqs nom que le vicaire de Great-Staughton appelle une Église, Ainsi il ne devrait rien rester de l'œuvre d'Henri VIII et d'Elisabeth. Noua nous trompons : M. Wiison veut la continuation d'une importante chose, nous voulons dire celle des gros bénéfices et des traitements du clergé anglican. L'Église nationale de l'avenir doit toujours être largement dotée. M. Coleridge, le père de \É(jlise large^ l'avait ainsi compris. « Il faut, dit-il, que rusufruil de la nationalité circule librement parmi toutes les familles de la nation. »

« On a fait, dit M. Wihon, des objections contre le budget du clergé. On a dit que les traitements nuisaient aux rapports désirables entre le peuple et le ministre, en rendant celui-ci trop indépendant de celui-là, et en tarissant les sources delà libéralité. Il serait difficile peut-être desavoir quel serait le plus grand mal pour un ministre d'être en toutes choses indépendant de ses paroissiens ou d'en dépendre absolument; mais il est faux de dire que la dotation du clergé le reridc indépendant. Il est sujet de la loi ecclésias-

lique, et surtout de l'opinion. Le ministre non doté est dans une triste sujétion; il dépend, non seulement de Topinion publique, mais surtout des dispositions variables de ses coreligionnaires. Qui n a entendu les lamentations fréquentes qui transpirent parmi les non-conformistes, à l'occasion du peu de fixité de leur position et de l'incertitude de la rémunération de leur clergé? Laissez à l'Église d'Angleterre sa magnifique dotation, qui allège l(^s charges du peuple, en le dispensant presque entièrement de contribuer à nourrir son clergé. On a dit que l'Église du Royaume-Uni était la plus riche de l'Europe, ce qui probablement n*est pas vrai; mais, quoi qu'il en soit, c'est l'Église où le peuple contribue le moins à l'entretien du culte, et où chacun est le plus libre de diriger le cours de ses Hbéralités du côté des malheureux. »

Il est triste qu'un livre aussi fier et aussi indépendant que celui des Essays conclue en demandant la continuation des scandaleux traitements des opulents dignitaires de l'Église anglicane. Il est vrai que la question menace, dit-on, d'être sérieusement agitée dans lef Parlement de la Grande-Bretagne. Mais un peu moins de souci de la question d'argent n'aurait point déparé un manifeste aussi libéral. « L'usufruit de la nationalité doit largement circuler, dit M. Coleridge, parmi toutes les familles de la nation.» Cette phrase nous a fait penser aux pauvres catholiques irlandais, bon gré, mal gré, associés à la nationalité anglaise et si déshérités de ses avantages. Ce serait trop, assurément, que de proposer à messieurs de l'Église anglicane de partager avec leurs frères d'au delà du canal Saint-Georges l'or abondant qui circule dans leurs mains ; mais j'aimerais les voir revendiquer la liberté de conscience avec le désintéressement dont les catholiques anglais leur ont doimé, dans tant de circonstances, un mémorable exemple.

Ne discutons point les titres de YÉglise large aux privilèges qu'elle réclame. C'est l'affaire du gouvernement anglais, dont elle veut s'affranchir, de s'enquérir des services qu'elle est à même de rendre en propageant dans le peuplç le scepticisme de sa doctrine *.

* Nous ne savons ce qu'il adviendra du traitement réclamé par VÊglise large. En attendant, deux procès sont, dit-on, intentés en ce moment contre les auteurs des Essays : l'un contre M. William au nom de Tévêque de Salisbury; Tautre contre un autre écrivain des Essays au nom d'une réunion de laïques alliés pour combattre la nouvelle hérésie. Le tribunal ecclésiastique devant lequel ils auront probablement à comparaître est appelé Cowr/ of arrhes. D'unepart,une spiisci iplion est ouverte pour suhvonir aux fiais considérables des procès d'une part par les orthodoxes, et dautre pari pnr les hétérodoxes. Un procès ecclésiîfslique est excessivement dispendieux en Angleterre, et il f;iut être très-riche pour avoir raison en mnlière de dogme.

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