‹ Une crise religieuse en AngleterreChapitre 7 sur 19 · LES CONCLUSIONS DE M. PATTISON · texte numérisé non relu

LES CONCLUSIONS DE M. PATTISON

Il ne nous reste plus qu'à exposer les conséquences déduites par M. Pattison de Thistoire de la théologie en Angleterre pendant le dix-

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huitième siècle. Ces conclusions d*un€ histoire partialement écrite n'ont, à nos yeux, d'autre valeur que celle d'indiquer nettement le but que poursuivent les auteurs des Essais et Revues.

L'histoire de la théologie au dix-huilième siècle servira principalement, dit M. Pattison, à montrer ce que le raisonnement peut ou ne peut pas en matière de religion. Il est peu important de rechercher si les objections des déistes et des sociniens furent réfutées victorieusement ou non par les apologistes chrétiens. Peut-être ne serions-nous pas très-éloigné de la vérité en disant que la défense, à tout prendre, valait l'attaque; que, même sur le terrain du raisonnement, les preuves du christianisme peuvent être arrangées de manière à balancer devant la raison Timprobabilité du surnaturel; que même « il y a trois chances contre une pour la révélation. » Il est certain que si les événements politiques n'avaient pas donné à la pensée une nouvelle direction, la controverse entre déistes et chrétiens eût duré indéfiniment. On aurait pu continuer bien longtemps à faire l'objection et à donner la réplique. Car les uns et les autres ressemblaient en ce point aux bergers de Virgile :,Ei cantare pares, et respondere parati.

Toute l'utilité du débat a été dé convaincre les esprits que le problème, tel qu'il était posé, restait insoluble : ou bien le christianisme n'est qu'un mot, ou bien il faut l'établir autrement que par le raisonnement, la critique et l'histoire. L'argument social et utilitaire, tout aussi bien que les preuves d'authenticité et de véracité du Nouveau Testament, appliquées à la religion, l'abaissent jusqu'à la transformer en une théologie bourgeoise et vulgaire ,home baked theology. Les prédicateurs du dix-huitième siècle ont donné la mesure de leur impuissance en prenant celte conclusion définitive : « Il est prudent de croire à Dieu et à Jésus-Christ; car, si Dieu existe, il pourra nous punir éternellement d'avoir nié son existence et méconnu son envoyé. » Vraiment, si la religion avait pour mission d'abaisser au lieu d'élever les esprits, elle ne parlerait pas autrement.

Sans doute le dix- huitième siècle a réussi à renforcer les vérités de la morale naturelle par des arguments que le stoïcisme antique n'avait point trouvés. Mais le dix-huitième siècle n'a pu aller au delà. Quand il a voulu prouver que le christianisme était surnaturel, là a commencé son embarras et s'est déclarée son impuissance. Il dut se résigner à rejeter le surnaturel au dernier plan, et à ne l'appuyer que sur des arguments boiteux et insuffisants. La raison a fait son œuvre en dressant un code de morale. En voulant faire plus, elle a montré, par son insuccès, la nécessité d'un moyen plus puissant qu'elle pour établir une religion. La carrière parcourue par l'école apologétique, ses succès lorsqu'elle a exposé la morale du christianisme, ses défaites quand elle a voulu établir le surnaturel, oht enrichi l'histoire de

b^ LE RATIONALISME

la théologie d'une expérience concluante et d'une leçon péremploire .^

Ni les preuves externes, ni les preuves internes du christianisme, n'appartiennent à la vraie théologie. Procéder par elles dans l'appréciation du christianisme, c'est à peu près comme si on se plaçait le plus loin possible d'un objet afin de mieux l'apercevoir. La théologie la plus haute est un procédé contemplatif et spéculatif par le moyen duquel l'esprit s'élève dans un monde supérieur au nôtre; c est une sorte de vision, on dirait la vision béâlifique. Ce n'est point une aride et inutile argumentation. A son degré inférieur, la théologie est la morale elle-même réglant la vie des hommes dans leurs relations temporelles et transitoires d'ici-bas.

C'est pour avoir méconnu sa natui*e et ses limites que la théologie en Angleterre était tombée au dernier degré de décadence et de radotage au commencement de ce siècle. Coleridge Ta relevée; devant lui, les apologistes anciens ont tout à coup cessé leurs démonstrations, arrêtés comme par la baguette d'un enchanteur. La théologie a recouvré une seconde jeunesse.

La conclusion de tout Tarticle de M. Pattison est donc qu^l est impossible de prouver par l'autorité" de la raison et de Thisloire le fait de la révélation chrétienne. La théologie peut tout au plus, en se servant des Évangiles, construire un code à peu près convenable de morale sociale ; au delà, elle est impuissante.

Nous voilà donc condamnés à vivre ici-bas sans religion.

Non, dit M. Pattison. Il existe une hante théologie^ un procédé contemplatif et spéculatif par le moyen duquel V esprit s élève dans un monde supérieur et jouit déjà^ sur la terre^ dune sorîe de vision béatiftque. M. Coleiidge a proclamé cette religion nouvelle, qui ne s'appuîe ni sur le raisonnement, ni sur V histoire; il a magiquement réduit à l'immobilité la théologie surannée de l'Angleterre.

— Un système religieux qui n'est ni une févélation positive et générale, ni le résultat du raisonnement, n est point un fait nouveau dans l'histoire, c'est le mysticisme. C'est la religion très-ancienne des théosophes de l'Orient et des néo-platoniciens. Est-ce donc à ce rêve que nous*ramènent Coleridge et son école?

Nous n'osons le dire. La logique nous le ferait supposer ; et cependant la phrase par laquelle M. Pattison termine son travail jette l'esprit dans un vague qui n'autorise qu'une conclusion, à savoir, que le recteur de Lincoln ne le sait pas lui-même.

« Il faudrait, dit-il, rechercher sur quelle base doit désormais re- « poser la religion. Est-ce sur l'autorité ou sur la lumière intérieure ? « Est ce sur la raison ou su r l'Écriture? Est-ce sur la combinaison de ces « quatre éléments? Cette recherche serait aussi difficile que profitable. »

Chercher et douter, en matière de religion, jusqu'à plus ample

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iaforrné, telle est donc la conclusion dernière du recteur du collège de Lincoln à Tuniversité d'Oxford. j

En présence du scepticisme des nouveaux théologiens anglais qui détruisent tout et n'édifient rien^ laissant l'esprit sans lumière et le cœur sans espérance, nous nous retournons vers Celui qui, il y a dixhuit siècles, a apporté la foi au monde sceptique et mourant. Son regard attristé semble dire aux chrétiens demeurés fidèles en ce siècle, trop riche en scandales : Vous aussi, voudriez-vous m abandonner? — Seigneur, répondit autrefois le chef des Apôtres, vers qui pourrions-nous aller ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Les chrétiens d'aujourd'hui, en s'atlachant aux pas du même Maître, marcheront à la lumière <Je l'histoire et de la raison, en compagnie des plus nobles et des plus belles intelligences qui pendant dix-huit siècles ont honoré l'humanité. Ils ne quitteront point la route splendide par laquelle leurs pères ont marché, le cœur ferme, à leurs immortelles destinées ; ils ne se jetteront pas dans les voies désolées et sombres du scepticisme et du néant. Numquid et vos vultis abire? — Domine, ad quem ibimu^; vei^ba vitx seternx habes.

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