SOUBERBIELLE SOUS LA RÉVOLUTION
LA PRISE DE LA BASTILLE. — Toute l’activité politique de Souberbielle dénote un réel enthousiasme pour les idées démocratiques; son rôle lors de la prise de la citadelle qui symbolisait le pouvoir absolu; plus tard ses relations avec les principaux acteurs de la Révolution, son amitié avec Robespierre, Danton, Marat, — et les fonctions publiques au’elle lui valut; sa conduite, plus tard encore, sous la Monarchie de Juillet, quand il fut candidat à la députation ; tout indique son attachement sincère aux principes de 1789 auxquels il adhéra « comme tous les esprits généreux... Il prit une part active à ce grand mouvement; mais en homme de cœur qui comprend que les excès, quels qu’en soient les prétextes, compromettent les plus belles causes. Aussi, son intervention fut-elle toujours dirigée par cet esprit de raison supérieure et d'humanité qui le caractérise... ». On retrouve constamment sous sa plume l’un des titres dont il aimait le plus à se parer, celui de vainqueur de la Bastille.
L'Académie de Médecine possède une relation du fait initial de la Révolution, c’est un manuscrit intitulé: Défaille de la Prise de la Bastille, et dont l’auteur est inconnu. Nous savons seulement, par une annotation de Payen, qu’il fut recueilli parmi les papiers du vieux lithotomiste, qui n’y est d’ailleurs pas mentionné; cela ne veut pas dire que Souber-
bielle n’ait pas participé à l'évènement dont il conservait le souvenir sous la forme d’un mœællon de la Bastille enchâssé dans une caisse d’acajou, surmonté d'un petit drapeau tricolore, couronné par le bonnet phrysien. Bien au contraire, tout à son devoir, il « pansa les blessés sous le feu de cette forteresse ». On peut même lire dans les Souvenirs d'un Médecin de Paris, du docteur Poumiès de La Siboutie, ce récit que lui fit Souberbielle: « Les coups de feu pleuvaient sur nous et nous n'avions que de mauvais fusils. Lorsque la grande porte fut forcée, je faisais partie du groupe qui se précipita à l'intérieur. Je n’ai jamais oublié l’effroi qui s'empara de moi à la vue de ses cours, de ses cachots. Tout y était calculé pour frapper de terreur les malheureux prisonniers. J'ai vu, depuis, toutes les prisons de Paris: pas une n’approchait de l'aspect lugubre et terrifiant de la Bastille. »
Cela lui valut d’être porté comme chirurgien-major sur le contrôle des Vainqueurs de la Bastille.
On lit dans le Recueil des lois relatives aux vainqueurs de la Bastille (1) (19 juin 1790, séance du soir), le décret suivant :
L'Assemblée nationale, frappée d'une juste admiration pour l'héroique intrépidité des vainqueurs de la Bastille, et voulant leur donner, au nom de la Nation, un témoignage public de la reconnaissance due à ceux qui ont exposé et sacrifié leur vie pour secouer le joug de l'esclavage et rendre leur patrie libre:
Décrète qu'il sera fourni, aux dépens du trésor public, à chacun des vainqueurs de la Bastille en état de porter les
(1) Conservé à l'Académie de Médecine.
armes, un habit et un armement complet, suivant l'uniforme de la Nation; que sur le canon du jusil, ainsi que sur la lame du sabre, il sera gravé l’écusson de la Nation, avec la mention que ces armes ont été données à TEL, vainqueur de la Bastille, et que sur l'habü, il sera appliqué, soit sur le bras gauche, soit au côté du revers gauche, une couronne murale: qu'il sera expédié à chacun des dits vainqueurs de la Bastille un brevet honorable, pour exprimer leur service , et la reconnaissance de la Nation, et que, dans tous les actes qu'ils passeront, il leur sera permis de prendre le titre de Vainqueur de la Bastille.
« Les Vainqueurs de la Bastille en état de porter ies armes, feront tous partie des gardes nationales du royaume; ils serviront dans la garde nationale de Paris; le rang qu'ils doivent tenir sera réglé lors de l'organisation des gardes nationales.
« Un brevet honorable sera également expédié aux Vainqueurs de la Bastille qui ne sont pas en état de porter les armes, aux veuves et aux enjants de ceux qui sont décédés, comme monument public de la reconnaissance et de l'honneur dû à tous ceux qui ont fait triompher la liberté sur le despoiisme.
« Lors de la fête solennelle du 14 juillet prochain, il sera désigné, pour les Vainqueurs de la Bastille, une place honorable, où la France puisse jouir du spectacle de la réunion des premiers conquérans de la liberté.
« L'Assemblée nationale se réserve de prendre en considération l’état de ceux des Vainqueurs de la Bastille auxquels la Nation doit des gratifications pécuniaires, et elle les leur distribuera aussitôt qu'elle aura jixé les règles d'après