TA
lesquelles ces gratifications doivent être accordées à ceux qui ont fait de généreux sacrifices pour la défense des droits et de la liberté de leurs concitoyens.
« Le täbleau remis par les Vainqueurs de la Bastille, contenant leur nom, et celui des commissaires choisis parmi les représentants de la Commune qui ont présidé à leurs opérations, et qui sont compris dans le présent décret avec les Vainqueurs, sera déposé aux archives de la Nation, pour y conserver à perpétuité la mémoire de leur nom, et pour servir de base à la distribution des récompenses honorables, et des gratifications qui leur seront assurées par le présent décret. »
Souberbielle a donc été nommé chirurgien-major des Vainqueurs de la Bastille en 1780. C’est à ce titre qu'il rédigea l’un des deux certificats qu’on va lire et qui ont déjà été publiés (1) :
Nous soussignés, chirurgiens commissaires nommés pour la visite des vainqueurs de la Bastille certifions à qui il appartiendra avoir visité le nommé Michel Beïzier «et lui avoir trouvé le bras droit luxé dans son articulation avec l’avant-bras, laquelle luxation n'ayant pas été réduite dans le temps de son traitement a formé adérence et par là est devenue incurable. Il laisse le dit Beizier estropied pour la vie nous certifions que d'après les renseignements que nous avons pris le dit Beizier eut le bras luxé par une chute dans les fossés de la Bastille lors du siège de ce forts.
En foy de quoi nous lui avons livrés le présent certificat pour lui servir ainsi que de raison à Paris, le $s septembre 1700.
DEMARQUE DULEAUD Vinqueur de la Bastille ch. major
de la garde nationalle parisienne section des 13-20.
(1) Chronique Médicale, 1896, page 185.
Je soussigné chirurgien-major et commissaire des vainqueurs de la Bastille certifie avoir examiné l'avant-bras droit du nommé Michel Beizier, que j’ai trouvé luxé à son articulation avec le bras, laquelle luxation n'ayant pas été réduite lors de son accident je la regarde aujourd’hui comme incurable et le dit Beizier étant estropié pour le restant de ses jours et par conséquent incapable d'exercer son métier de cordonnier en foi de quoi je lui ai délivré le présent pour lui servir et valoir, ce que de raison.
À Paris, le 21 novembre 1700.
SOUBERBIELLE
Par une loi du 25 août 1792, l'Assemblée nationale décréta que les citoyens qui s'étaient distingués le 14 juillet 1789 ei dont les noms figuraient sur la liste déposée aux Archives nationales seraient admis à former des compagnies de gendarmerie à pied. Ces compagnies ne pouvaient être formées que paï les citoyens inscrits sur la liste déposée aux archives. Voilà donc Souberbielle chirurgien-major de la trente-cinquième division de gendarmerie.
Parmi les victimes du 10 août, Souberbielle examina le citoyen Couvert et lui délivra le certificat suivant :
Je soussigné chirurgien major de la 35° division de Gendarmerie de la République française, certifie avoir donné mes soins au citoyen Alexandre Jean Marie Eugène Couvert ci devant garde française pour une contusion au côté droit de la poitrine accompagnée d’un crachement de sang qu’il me déclara avoir reçu dans l'affaire du 10 aoust au château des Tuilleries, il ressent dépuis cette époque une douleur dans la poitrine qui lui gêne la respiration, surtout dans le changement de tems, il ne peut même se coucher sur le dos ni sur le côté droit, sans éprouver
beaucoup de gêne, tout cela l’oblige à ne pouvoir dormir que sur le
côté gauche, incommodité qu'il n'avait jamais éprouvée avant ses blessures du dix aoust à Paris ce 5 Xbre 1792, l'an 1° de la République française. SOUBERBIELLE,
Chirurgien major.
Le blessé était certainement fort mal en point. On peut voir aux Archives Nationales l'attestation d'un de ses amis affirmant l'avoir vu en piteux état; aux dires de la victime, Couvert aurait été piétiné au cours de la bagarre. Il reçut pour sa contusion une indemnité de trente sols par Jour pendant son traitement, qui dura deux cent dix-huit jours. Le total se monte à trois cent vingt-sept livres.
Souberbielle lui rédigea encore ce certificat :
Je soussigné chirurgien major de la 35° Division de Gendarmerie de la République, certifie que le Citoyen Alexandre Couvert cy devant garde française ressent toujours des douleurs dans la poitrine et aux reins, il y a un peu de tems qu'il n’a craché du sang son état n'exige à présent qu'un régime exact en foi de quoi je lui ai délivré le présent certificat
à Paris ce 15 mars 1703 l’an 2° de la République. SOUBERBIELLE, Chirurgien major.
Au cours de l’année 1792, Souberbielle avait été nommé chirurgien-major de l’armée révolutionnaire.
LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. — Nous ne voulons pas retracer ici l'histoire du Tribunal révolutionnaire; ce serait nous éloigner par trop de notre sujet. Mais il nous paraît impossible de parler du rôle qu’y joua Souberbielle sans donner quelques précisions sur l’origine et le fonctionnement de cette juridiction « extraordinaire ».
Un tribunal fut créé pour juger les crimes commis dans la journée du 10 août, ef auires crimes y relatifs, circonstances et dépendances. I] devait juger en dernier ressort et sans appel. Ce « premier essai de Tribunal révolutionnaire (1) » fut appelé Tribunal du 17 Août. Il dura moins d'un an; en effet, le o mars 17093, au cours d'une séance particulièrement orageuse, la Convention décréta « l’établissement d’un Tribunal criminel extraordinaire, pour juger sans appel, et sans recours au Tribunal de Cassation, les conspirateurs et les contre-révolutionnaires ». — « Est contrerévolutionnaire, disaient les sectateurs du Père Duchesne, iout ce qui ne pense pas comme nous. » Le projet d’organisation fut voté le lendemain, et le Tribunal fut installé le 29 mars. Un médecin et deux chirurgiens y furent attachés, « c’étaient Jacques-Ambroise Laubry, Bernard Naury et Joseph Souberbielle, qui réunit quelque temps après à ses fonctions de chirurgien celles de juré (2). » Souberbielle fait souvent état de cette fonction d’officier de santé du Tribunal révolutionnaire et des prisons. Il n’a jamais négligé de la mentionner auand il sollicita la Légion d'Honneur, quand il brigua un fauteuil à l’Académie de Médecine. — « Juré au Tribunal révolutionnaire, dit la biographie anonyme que Payen ne voulut pas laisser paraître, Monsieur Souberbielle ne vota jamais, qu'en pleine connaissance de cause et après avoir très scrupuleusement apprécié tous les faits imputés aux prévenus. Il prouve que s’il a pu errer, sa conscience l’absout. Pour quiconque connaît sa franchise et sa sévère probité, cette déclaration mérite créance et doit être acceptée. »
(1) THIERS, Histoire de la Révolution française. (2) E. CaMPARDON, le Tribunal révolutionnaire de Paris,
ER es
Un ancien fermier-général, Kolly, comparut devant le Tribunal, avec sa femme et deux personnages, Beauvoir et Bréard. Ii va sans dire qu’ils furent condamnés à mort; les trois hommes furent guillotinés le 3 mai 1703. Mais la femme Kolly, se disant enceinte, demanda un sursis; sur les réquisitions de l’accusateur public, un examen médical fut ordonné : Naury et Souberbielle, assistés d’une sage-femme du nom de Paquin, rédigèrent le rapport suivant qui est entièrement de la main de Souberbielle :
Nous soussignés, chirurgiens du Tribunal Criminel Révolutionnaire établi au Palais, à Paris; par la Loi du ro mars mil sept cent quatre vingt treize l’an 2° de la République française, nous sommes transportés ès prison de la Conciergerie en vertu du jugement de ce jour, rendu par le susdit Tribunal sur le réquisitoire de l'accusateur public assistés de Marie Françoise Paquin, matrone jurée de la susdite prison à l'effet d'y visiter et constater, si, Madelaine Françoise [Joséphine Derabec femme Kolly est enceinte; après lui avoir fait plusieurs questions relatives à l’état de grossesse dans lequel, elle se dit être ; la ditte Derabec femme Kolly nous a répondu quelle était âgée d'environ trente-quatre ans, quelle avait eu sept enfants et quelle était enceinte depuis le vingtsix ou le vingt-huit février dernier dun huitième enfant, quelle était d'autant plus fondée à le croire, quelle a ressenti depuis cet époque, les mêmes simpthômes quelle a toujours éprouvés au commencement de ses précédentes grossesses. Nous l'avons ensuite visitée et touchée, et d'après le plus scrupuleux examen, nous n'avons apperçu aucun signe apparent de grossesse attendu qu’à cet époque, ils ne se trouvent jamais assés sensibles, pour pouvoir prononcer affirmativement. Nous estimons en conséquense, qu'il faut attendre un époque plus reculé pour laisser
le tems nécessaire aux simpthômes de se développer, à l'effet de pou-
voir porter un jugement certain, à Paris ce quatre mai mil sept cent quatre vingt treize l’an second de la République française. NAURY SOUBERBIELLE,
PAQUIN. chirurgien.
L’exécution fut différée. En juillet, le Tribunal ordonna un nouvel examen pour savoir à quoi s’en tenir au sujet de la grossesse de la condamnée. Souberbielle fut à nouveau commis pour l'expertise ; on peut lire aux Archives Nationales
(carton W 260) la copie du deuxième rapport :
Nous soussignés médecin et chirurgiens assermentés au tribunal révolutionnaire établi au palais de justice à Paris par la loi du ro mars dernier, en vertu de l’ordonnance dudit tribunal rendue le trente juillet dernier sur le réquisitoire de l’accusateur public portant que les médedecin et chirurgiens dudit tribunal assistés de matrones se transporteront en la maison d'arrêt de la petite force à l'effet d'y voir et visiter de nouveau Magdeleine Françoise Joséphine de Rabec femme Kolli et de constater si elle est réellement enceinte lesquels dresseront du tout procèsverbal, nous sommes transportés en laditte maison d'arrêt accompagnés de Marie Françoise Paquin veuve Prioux, demeurant rue de la Lanterne, section de la cité et Jeanne Bellamy, demeurant rue St-Antoine, section de la maison commune, y étant arrivés nous nous sommes fait présenter la dit Kolli et sur ce que nous lui avons demandé si les symptômes de sa grossesse étoient plus sensibles que lors de notre première visite faite le 4 mai dernier, elle nous a répondu qu’elle alloit nous dire la vérité, (qu'effectivement le 4 mai dernier elle croioit être enceinte mais que s'étant apperçu depuis qu’elle ne l’étoit point elle s’était mise dans le cas de l'être vers le 8 ou le o du présent, et qu’elle étoit actuellement convaincue de sa grossesse parce que ses menstruës, qu’elle attendoit
le 15 de ce mois n’avoient point parues et qu'’enfin elle avoit tous les
symptômes de grossesse depuis 3 semaines), Nous procédâmes néanmoins de suite à l'examen, le plein et le coloris du visage nous a paru être dans l’état de santé parfaite ainsi que le poulx, qui ordinairement indique quelqu'altération au commencement des grossesses, la région du bas-ventre au toucher ne nous a offert aucun signe de grossesse ainsi que la matrice. Nous étant retirés particulièrement et aiant requis les matrones de nous donner leur opinions sur l’état actuel de la ditte Kolli d’après l'examen qu’elles venoient d’en faire, elles nous ont répondu qu’elle n’étoit point grosse à moins que sa grossesse ne fût très récente cette opinion étant conforme à la nôtre, nous concluons que malgré qu’il n’y ait point de symtômes apparents et sensibles, cependant vue l’époque récente qu'elle indique, il serait très possible qu'elle fut
enceinte, fait à Paris ce 4 aoust 1793 L'’an 2° de la République Française.
[Signé] THERY NAURY SOUBERBIELLE PAQUIN BELLAMY.
Il est manifeste que la condamnée essayait de gagner du temps et de faire reculer le plus possible l'échéance fatale. Fouquet-Tinville s’en doutait bien un peu et ne se gênait pas pour le dire; cependant, était-il sincère, quand il s’étonnait qu’une femme pût devenir enceinte après plusieurs mois de détention ? On en doute quand on sait comment les prisonniers des deux sexes voisinaient, à une époque où les maisons d'arrêt étaient presque trop petites pour les malheureux qu'elles abritaient. Quoiqu'il en soit, le sursis fut encore accordé à la détenue qui fut l’objet d’une nouvelle expertise e 4 novembre 1793 (14 brumaire an Il). Les chirurgiens Naury et Souberbielle, les citoyennes Paquin et Bellamy, matrones, conclurent encore à l'incertitude. Mais Fouquier- Tinville, cette fois, fit la sourde oreille : la veuve Kolly fut exécutée {18 novembre 1793).
Entre temps, Souberbielle avait été commis auprès de Marie-Antoinette. Celle-ci occupait alors à la conciergerie une chambre sordide et malsaine. Sa santé, de plus, était précaire : « Elle était, écrit Campardon (1), épuisée par des pertes de sang; le 31 août, elle avait perdu deux fois connaissance, et l'officier de garde avait écrit à Fouquier pour que l'officier de santé du tribunal vint lui rendre visite. Cet officier de santé était Souberbielle, honnête homme et républicain sincère ; il ordonna à la reine du bouillon de poulet ». Voici, d’après le Nouveau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie (Paris, 1792), cité par Durieux (2), la préparation de ce remède : « Quand un poulet est cuit dans une plus grande quantité d’eau qu'il n’en faut pour faire du bouillon, comme dans quatre pintes, on a une espèce de tisane qu’on appelle eau de poulet et que l’on regarde comme un très bon remède dans la chaleur des entrailles, les fièvres aiguës, la sécheresse de la langue, l’inflammation des parties internes, les maux aigus des reins, de la vessie, le choléra morbus, la colique. On y faisait entrer les semences froides, le riz, l’orge, les têtes de pavots ».
Souberbielle obtint de plus que la reine fût transférée dans une autre cellule.
Les 14 et 15 octobre, Marie-Antoinette comparut devam ses juges. Fouquier-Tinville avait choisi quinze jurés « soli des » dont il était sûr. Parmi eux se trouvait Souberbielle ; il voulut se faire récuser, objectant les soins qu’il avait donnés à la reine : « Si quelqu'un avait à te récuser, répliqua Her-
(1) Le Tribunal révolutionnaire de Paris.
(2) Près de la Reine Marie-Antoinelte,
man, qui présidait, ce serait l'accusation, car tu as soigné l'accusée et tu aurais pu être touché par la grandeur de son infortune ». Souberbielle s’inclina.
Tout le monde connaît l’abominable accusation portée par Hébert contre la malheureuse reine; comme elle n'avait pas répondu, un juré en fit la remarque et insista; il s’attira cette fière réponse, la seule possible en présence d’une telle ignominie : « Si je n’ai pas répondu, c'est que la nature se refuse à une pareille inculpation faite à une mère. J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ! » Cet inquisiteur curieux ou scrupuleux, était-ce Souberbielle ? C'est possible, mais rien ne le prouve. L'abbé Soulavie, cité par Cabanès, rapporte que Souberbielle aurait murmuré : « Bah ! une mère comme toi ! » Cabanès ajoute : & Mais quel fonds peuton faire sur un propos raconté par un homme, renégat de la Révolution, dont les écrits, plus passionnés que véridiques, ont été si souvent l’objet des plus vives controverses ? » Il est de fait que le propos ne se trouve nulle part ailleurs; il ne figure même pas au compte rendu officiel du procès. On peut donc, en toute certitude, décharger Souberbielle de l’accusation portée contre lui par Soulavie, accusation qui, si elle était exacte, serait plus immonde encore que celle d'Hébert contre la veuve Capet. Mais il vota la condamnation de l’infortunée reine; s’il est une excuse à son acte, c’est bien celle que donne Funck-Bretano dans La Mort de la Reine : « Les jurés exprimaient leur opinion publiquement, et chacun d’eux savait que s'il se fût avisé de se prononcer pour l'innocence, il eût été guillotiné lui-même ». Souberbielle avait déjà risqué sa tête en dénonçant l’état de faiblesse de Marie-Antoinette et l'insalubrité de la cellule qu’elle occupait; même pour un ami
de Robespierre, il eût été dangereux de récidiver en votant l’acquittement.
Le 16 octobre, au matin, Marie-Antoinette était exécutée. Un nommé Maingot s’approcha et malgré les soldats présents se glissa sous l’échafaud et trempa son mouchoir dans le sang de la reine. Aussitôt appréhendé, il fut fouillé et déshabillé ; on constata sur lui des « marques » qui furent prises pour les signes de ralliement d’une Société monarchiste secrète; Théry et Souberbielle furent immédiatement requis pour les expertiser. Hs rédigèrent un rapport où ils déclarèrent avoir trouvé « sur sa peau différents stigmates et notamment sur la poitrine « en sautoir un cordon bleu à l’extrémité duquel est un cœur « auquel prend une croix; sur le côté droit une médaille de «vétéran: Surde cœur’les lettres G. T. (ou G: C. ?) sur les « bras un J. H. S. un crucifix et deux épées en croix les- « quels signes sont stigmatisés en bleu et en rouge et portant « sur le bras gauche l’année 178; en chiffres ». Au dire des témoins, c'étaient des tatouages comme on en voit souvent chez les soldats. Cependant, Fouquier-Tinville n’en voulait pas démordre et observait, avec, avouons-le, une certaine logique, que « les militaires ne s’amusent pas ordinairement à « se faire empreindre des croix sur le corps, qu’au contraire « ils se font empreindre quelques devises ou caractères rela- « tifs au souvenir d’une maîtresse, de leurs camarades ou des « actions auxquelles ils ont coopéré ». Le tribunal se rendit aux raisons de Théry et de Souberbielle et ne retint contre Antoine-François Maingot que la prévention de s'être glissé sous l’échafaud de la veuve Capet, après son exécution, et d’avoir trempé son mouchoir dans le sang, les marques constatées sur son corps étant antérieures à la Révolution et ne
pouvant être considérées comme des signes de ralliement. Le malheureux Maingot fut donc réintégré à la maison d'arrêt de la Conciergerie pendant huit jours durant lesquels l’accusateur public devait prendre « des renseignements sur le compte de l'accusé pour être par lui requis ce qu'il appartiendra ».
Souberbielle faisait partie de la catégorie des jurés qualifiés « solides », c'est-à-dire de ceux dont la sentence était acquise par avance à l’accusation; parmi eux Trinchard, Renaudin, Desboisseaux, Fiévé, Thoumain, Chrétien, Lumière, Ganney, Baron, Sambat, Besnard, Nicolas, Antonelle, Devèze siégeaient avec Souberbielle au procès de Marie-Antoinette. Quelques jours après, au procès des Girondins, nous retrouvons Souberbielle, en compagnie des mêmes Trinchard, Renaudin, Fiévé, Thoumain, Lumière, Ganney, Baron, Sambat, Antonelle, Devèze et Nicolas, en plus desquels se trouvaient Aigoin, Laporte et Brochet. On sait combien ce procès fut long pour l’époque : il dura du 24 au 30 octobre 1703. Au cours des débats, un des accusés, Vergniaud, avait par son éloquence, remué profondément l'auditoire. La condamnation, « quoique commandée, ne semblait plus irrévocable. « Les débats avaient duré plusieurs jours; les Jacobins, indi- « gnés des lenteurs du tribunal, adressèrent une nouvelle pé- «tition à la Convention pour accélérer la procédure. Robes- « pierre fit rendre un décret par lequel, après trois jours de « discussion, les jurés étaient autorisés à se déclarer suffisam- « ment éclairés et à procéder au jugement sans plus rien « entendre. Et pour rendre le titre plus conforme à la chose, «il fit décider que le nom du tribunal extraordinaire serait
« changé en celui du tribunal révolutionnaire ». Thiers, à qui nous avons emprunté ce passage (1), ajoute que les jurés n’osèrent pas se servir sur-le-champ du décret qui venait d’être rendu. Ils déclarèrent n'être pas suffisamment éclairés, « mais le lendemain ils usèrent de leur nouveau pouvoir d’abréger les débats, et en demandèrent la clôture ». Cela se passait le 30 octobre 17093. Le 6 novembre, le duc d'Orléans, Philippe- Egalité, était à son tour traduit devant le jury, composé des citoyens Gauthier, Camus, Jourdeuil, Gémont, Picard, Martin, Chatelet, Trinchard, Ganney, Nicolas, Antonelle, Devèze et Souberbielle. L’accusé fut condamné à mort et exécuté le 8 novembre.
Un soir de janvier 1794, Danton, Souberbielle et Camille Desmoulins sortaient ensemble du palais de Justice. « La jour- « née avait été sanglante rapporte Lamartine dans l'Histoire « des Girondins. Quinze têtes avaient roulé le matin, sur ia « place de la Révolution; vingt-sept avaient été jugées à mort « dans la séance ». Les trois hommes marchaient en silence, dans la nuit sombre et froide. Sur le Pont-Neuf, Danton se tourna soudainement vers Souberbielle : « Sais-tu bien, lui « dit-il, que du train dont on y va il n’y aura bientôt plus de « sûreté pour personne ! Les meilleurs patriotes sont confon- « dus, sans choix, avec les traîtres. Le sang versé par les gé- « néraux sur le champ de bataille ne les dispense pas d’en « verser le reste sur l’échafaud. Je suis las de vivre. Tiens, « regarde ! La rivière semble rouler du sang. — C’est vrai, « répondit Souberbielle, le ciel est rouge, il y a bien d’autres « pluies de sang derrière ces nuages ! Ces hommes-là avaient
(1x) Histoire de la Révolution française.
ÆE ob =
« demandé des juges inflexibles et ils ne veulent plus que des « bourreaux complaisants. Quand je refuse une tête innocente « à leur couteau, ils appellent ma conscience scrupule. Mais « que puis-je, moi ? Je ne suis qu’un patriote obscur. Ah ! « Si j'étais Danton ! — Danton dort, tais-toi, répondit le « rival de Robespierre. Il se réveillera quand il en sera temps. « Tout cela commence à me faire horreur. Je suis un homme « de révolution, je ne suis pas un homme de carnage ». Robespierre était inquiet, jaloux même de la popularité croissante de Danton. Il hésitait cependant à agir contre le tribun. Les Jacobins hésitaient moins. « Couthon, Lebas, « Saint-Just étaient les témoins des irrésolutions de Robes- « pierre. Il semblait vouloir que la violence morale lui arra- « chât un consentement qui ne pouvait sortir de sa bouche. « Un soir même, il rentra chez lui avec un visage rayonnant « de la sérénité d’un homme qui a accompli une résolution « magnanime : « Je leur ai arraché une grande proie, dit-il « à Souberbielle, peut-être un grand criminel; mais je suis « le juré du peuple, comme toi,, ma conscience n'était pas « assez éclairée ». Souberbielle comprit plus tard qu'il s’agis- « sait de Danton (1) ». Cependant vint le procès de Danton, quelques mois plus tard. Il commença le 2 avril (13 germinal an 11). Il fallait absolument avoir la tête des accusés: on recourut à de nombreux stratagèmes. D'abord, aux Dantonistes Hérault-Séchelles, Camille Desmoulins, Philipeaux et Lacroix on joignit d'autres accusés : Chabot, Bazire, Delaunay, Fabre d'Eglantine, accusés de faux; Junius et Emmanuel Frey, beaux-frères de Chabot; Espagnac; le général Westermann, accusé d’avoir partagé la corruption et les complots de Dan-
(1) LAMARTINE, Histoire des Girondins.
ton ; enfin deux étrangers, l'Espagnol Gusman et le Danois Diederichs. Thiers explique : « Le but du comité, en faisant « cet amalgame, était de confondre les modérés avec les cor- « rompus et avec les étrangers, pour prouver toujours que « la modération provenait à la fois du défaut de vertu répu- « blicaine et de la séduction de l'or étranger ». En second lieu, le jury étant autorisé à clore les débats le troisième jour, en vertu du fameux décret rendu au cours du procès des Girondins, le tribunal n’ouvrit la séance qu'à onze heures au lieu de huit : c’étaient toujours trois heures de gagnées. Enfin, Fouquier-Turville choisit lui-même les jurés. Cette fois, il fallait vraiment des solides. Nous avons trouvé aux Archives nationales la liste de ceux qui avaient été convoqués : ils étaient au nombre de treize. L’accusateur public en évinça sept, dont Topino-Lebrun, qui avait lui-même refusé de « broyer du rouge », et ajouta Souberbielle qui n'avait pas été désigné tout d’abord. « N'ayant estimé sûrs que sept jurés, « on avait réduit le jury à ce minimum. Parmi eux, s’aperce- « vaient des ennemis déclarés de certains prévenus. Une dé- « position au procès Fouquier apprendra que ces jurés al- « laient tous les jours chez Robespierre (1) ». On retrouve-là Trinchard, Renaudin, Desboisseaux, Lumière, Ganney, Souberbielle, qui avaient siégé au procès de la reine, et le citoyen Leroy, dit Dix-Août.
Mais le peuple aimait Danton : Danton essaya de le soulever. Les débats menaçaient de tourner mal pour Robespierre et la Convention quand Fouquier-Turville eut recours à une quatrième ruse qui n’est qu’une infamie de plus à son actif.
(1) Louis MADELIN : Danton,
QU
Sentant les jurés fléchir sous la poussée populaire, il pria Herman, qui présidait, de faire suspendre la séance. Il écrit alors le billet suivant et le fait porter au Comité de salut public : « Un orage terrible gronde sur le tribunal; les accusés réclament l'audition de témoins à décharge; ils en appellent au peuple tout entier; le tribunal est décontenancé et sollicite un décret qui mette fin à cette agitation dangereuse ». Un décret est immédiatement rendu, qui met les accusés hors des débats. Les jurés n’ont plus qu’à se retirer pour délibérer. « La majorité semblait indécise, écrit Lamartine. Des collo- « ques sinistres s'établissaient entre eux pour s’arracher les « uns aux autres la vie ou la mort de ces hommes. Souber- « bielle, ancien ami des accusés, hésitait entre tous. Il aimait « Danton; il craignait Robespierre; il adorait par dessus tout « la république. Dans l'agitation de ses pensées, il se prome- « nait à pas interrompus dans un corridor qui précédait la « salle des délibérations. Un des collègues de Souberbielle, « Topino-Lebrun, l’aborde. « Eh bien, Souberbielle, lui dit « Lebrun, que fais-tu là ? — Je médite sur l'acte terrible « qu’on veut obtenir de nous », répond Souberbielle. Et moi, j'ai médité », reprend le juré. « Qu'as-fu décidé ? » lui « demande Souberbielle. « Je me suis dit, réplique le juré : « Ceci n’est pas un procès, c'est une mesure. Les circons- « fances nous ont portés à une de ces hauteurs où la justice « s’évanouit pour ne plus laisser dominer que la politique. « Nous ne sommes plus des jurés, nous sommes des hommes « d'Etat. — Mais, dit Souberbielle, y a-t-il deux justices ? « Une pour le vulgaire des hommes, une autre pour les hom- « mes supérieurs ? Et l'innocence en bas deviendrait-elle un « crime en haut ? — Bah ! dit le juré, il ne s’agit pas de
« ces arguties, mais de bon sens et de patriotisme. Nous « sommes où nous sommes. La république est à une de ces « extrémités où le jugement n’est pas une justice, mais un « choix. Danton et Robespierre ne peuvent plus s’accorder. Il « faut pour sauver la patrie que l’un des deux périsse ! Eh « bien, interroge-toi en bon patriote et réponds-toi en cons- « cience : lequel crois-tu le pius indispensable à la républi- « que, de Robespierre ou de Danton ? — Robespierre ! » « répond sans hésiter Souberbielle. « Eh bien, tu as jugé », « reprend Topino-Lebrun, et il s'éloigne ».
Ce passage de l'Histoire des Girondins ne manque pas de certaines inexactitudes et c’est en réalité tout le contraire qui a dû se passer. Topino-Lebrun n’était pas juré : il s'était lui-même récusé. D'autre part, Souberbielle n’aimait pas Danton. Poumiès de la Siboutie a rapporté cette opinion qu'il tenait de Souberbielle lui-même : « Pendant le procès de « Danton, avec lequel j'étais très lié, je n’osais le regarder. « J'étais décidé à le condamner, car j'avais ia preuve cer- « taine qu’il méditait le renversement de la République dont « il était l'ennemi implacable ». I] est donc plus que probable que le véritable dialogue fut celui que rapporte Louis Madelin et qui est également cité par Cabanès : « Arrivé dès le « matin au Palais de justice, Souberbielle y trouve un de ses « bons amis, juré comme lui, qui pleurait à chaudes larmes :
— Eh ! quoi, lui dit-il, d’où te vient ce chagrin ? Pour- « quoi pleures-tu ?
— Eh ! quoi, lui répond son interlocuteur, ne vois-tu
« pas que nous allons avoir à juger aujourd’hui un patriote « comme Danton, un des fondateurs de la République, un
« homme que nous avons eu à notre tête dans toutes les gran- « des journées ?
— Voyons, voyons, mon ami, de répliquer Souberbielle,
« écoute-moi, l'affaire est bien simple. Voilà deux hommes « qui ne peuvent pas vivre ensemble; Robespierre et Dan- « ton; lequel est le plus utile à la République ?
— C'est Robespierre, dit l’ami sans hésiter.
— Eh ! bien, il faut guillotiner Danton. Tu vois, c’est simple comme bonjour ! »
Un soir, vers onze heures, Souberbielle sortait du Club des Jacobins auquel il était affilié. Il remarqua, stationnant devant la porte de la cour, une voiture occupée par deux individus conversant avec plusieurs citoyens qui se tenaient auprès de la portière. Ils venaient, disaient-ils, chercher Ronsin et Vincent, récemment arrêtés, et pensaient que la société des Jacobins les feraient effectivement sortir. Leurs propos ne laissaient point de doutes sur leurs intentions; les deux « patriotes » en faveur de qui ils intervenaient étaient, à les entendre « vexés par les aristocrates »; il fallait « épurer la Convention ». Souberbielle, surpris de leur langage, leur dit que les Jacobins n'avaient le pouvoir de faire sortir personne, qu'ils avaient émis leur opinion sur les détenus, qu’enfin la Convention avait seule le droit de se prononcer sur leur sort. La voiture fut saisie et conduite au corps de garde des Feuillants ; les deux occupants descendirent. C’étaient des membres de la section de Marat. L'un d'eux, nommé Harmé, « électeur », était président et membre du comité révolution-
des sabots, un bonnet rouge et un bandeau sur l'œil » et pa-
Jr
raissait « pris de vin ». Après avoir montré leurs cartes, ils quittèrent le corps de garde et remontèrent dans la voiture, « où se trouvaient deux femmes et un jeune enfant ». La voiture se dirigea vers le faubourg Saint-Honoré.
Cet incident fit l'objet d’un rapport à Coffinhal, juge au tribunal révolutionnaire. L’original porte les signatures de Coffinhal, de Souberbielle et de Josse, commis greffier. Il est daté du 24 ventose an II (14 mars 1794). Lorsque, le mois suivant, s’ouvrit le procès des Hébertistes, Souberbielle en témoigna (2 germinal an II, soit le 22 mars 1704) et aussi Lubin, président du conseil général de la Commune, dont Souberbielle avait fait consigner le nom dans son rapport. Devant le tribunal, Lubin déclara avoir vu une voiture devant les Jacobins, dans laquelle étaient des individus qui parlaient de Ronsin et Vincent et qui disaient: « Si d’ici à deux ou trois jours, ils ne sont pas en liberté, nous trouverons le moyen de les faire sortir ».
Souberbielle à son tour déposa et « dit avoir vu, entendu « et suivi les individus qui étaient dans cette voiture, qu'ils di- « Saient: il faut épurer la Convention, un 3: mai, et que le « peuple se lève ».
Chose curieuse, sa déposition n’est pas mentionnée au dossier du procès d’'Hébert (Archives Nationales, carton W 339, dossier 617). Elle figure par contre au carton F7 4438, et Tuetey la signale (1). Les deux listes de témoins ne concordent d’ailleurs pas exactement.
Un an à peine s’est écoulé ; les juges Deliége, Delaporte,
(1) TUETEY : Ville de Paris, Publications relatives à la Révolution française, Tome XI.
Foucault, Maire, Scellier, Harny, Garnier-Launay et Naulin, l’accusateur public Fouquier-Tinville, les jurés Lohier, Trinchard, Leroy dit Dix-Août, Renaudin, Pigeot, Aubry, Vilate, Duplay, Prieur, Chatelet, Brochet, Chrétien, Girard, Trey et Ganney sont à nouveau réunis au tribunal, ce 8 germinal an III (28 mars 1705). Mais ils sont au banc des accusés. Quelques jours après sept autres comparses viendront les rejoindre, au milieu desquels on retrouve l’ancien président Herman. Ce procès monstre, qui groupe trente-trois accusés, se terminera seulement le 17 floréal (6 mai), après l'audition des quatre cent dix-neuf témoins qui se prolongera plus d'un mois. Parmi les témoins, quelques anciens jurés, entre autres Souberbielle, « officier de santé et ex-juré du Tribunal révolutionnaire, présenté par Fouquier ». Il viendra, le 8 floréal (27 avril), déposer en faveur de l’ancien accusateur public ; il est le trois cent trente-septième témoin. L’avant-veille, son maître « Pierre-Joseph Dessaux (Desault), chirurgien, présenté par Lohier » a témoigné le deux cent soixantequinzième. Le lendemain o floréal, on entend Cambacérès, le futur duc de Parme. Que dirent-ils, tous trois ? Et en queis termes Souberbielle défendit-il Fouquier ? Le dossier du procès est muet à ce sujet ; les dépositions n’ont pas été consignées en regard du nom des témoins; c’est infiniment regrettable.
Ici finit l'existence judiciaire de Joseph Souberbielle. Au tribunal nous l’avons vu tour à tour médecin, juré, témoin; s'il y était allé aussi comme prévenu, sa belle et brillante carrière en aurait été bien probablement écourtée .
L'ÉCOLE DE Mars. — Revenons à 1704. Malgré toutes les rigueurs, les unes légales, les autres consacrées par l’u-
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Sage, il fallait mieux encore. Les plaidoiries étaient inexistantes : elles paraissaient encore trop longues à certains. Fouquier-Tinville avait déjà dit: « Je veux qu'on se passe de té. moins ». Aussi fit-on voter le 22 prairial an II (19 juin 1704) une loi, fameuse enire louies par son iniquié, bien qu’elle ne fit que « sanctionner et légaliser un état de choses déjà exisiani (1) ». Elle édictait: que iout citoyen a le droit de saisir et de conduire devant les magistrats, les conspirateurs et les contre-révolutionnäires : il est tenu de les dénoncer dès qu'il les connaît. — que ia formation de l'interrogatoire préalable est supprimée comme superflue; — que s’il existe des preuves, soit matérielles, soit morales... il ne sera point entendu de témoins, à moins que cette formalité ne paraisse nécessaire pour découvrir des complices; — enfin, la loi établissait pour unique règle des jugements la conscience des jurés éclairés par l'amour de la patrie; la défense était supprimée ; ei pas de demi-mesures: en cas de culpabilité, la guillotine. Le seul fait d'être traduit devant le tribunal équivalait donc à un arrêt de mort. On conçoit bien qu'un semblable résultat ne pouvait être obtenu sans modification de la liste des jurés; on élimine donc tous les faibles, c'est-à-dire tous ceux qui ont encore une conscience. Les solides seuls resteront à leur poste, et on leur en ajoutera d’autres, plus solides encore s'il est possible. Sur la nouvelle liste, relevée par Fouquier-Tinville le 14 thermidor an IT (2 août 1704), ne figure plus Souberbielle. Depuis prairial, il a quitté le banc des jurés. Ïl occupe maintenant des fonctions médicales: il est chirurgien en chef à l'Ecole de Mars. Quand ce poste lui fut offert, il
(1) G. LENÔTRE, Les grands Jours du tribunal révolutionnaire,
le déclina; « il n’avait jamais exercé la médecine en grand dans les établissements publics ; il ne voulait mettre contre lui ies professeurs de médecine et les médecins des hôpitaux ». La réponse fut nette: « on ne voulait introduire dans cet éta- « blissement aucun système de l’Ecole, on y voulait une mé- « decine simple, naturelle. On voulait faire de l'Ecole de Mars «un établissement modèle pour comparer les avantages qui « résulteraient entre les malades traités dans la maison avec « ceux qui seraient soignés sous les tentes et près du camp. » C'était un ordre impératif; Souberbielle obtempéra.
Qu'’était-ce que l'Ecole de Mars? « Elle était établie au « Camp des Sablons, entre Paris et Neuilly. Une païtie du « bois de Boulogne et de la porte Maillot était comprise dans « l’enceinte du camp (1). » Elle comprenait de trois à quatre mille jeunes gens de seize à dix-huit ans, de famille patriote, le plus souvent, venus de tous les points de la France pour être exercés aux manœuvres de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie. Paris fournissait un contingent de quatre-vingts élèves et chaque district devait en envoyer six. Ceux-ci étaient divisés en milleries, centuries et décuries et avaient un uniforme à la romaine. Un général commandait l'Ecole.
Peu après son arrivée à l'Ecole de Mars, le 4 messidor
an I] (22 juin 1794), Souberbielle envoya à Fouquier-Tinville la lettre suivante :
Citoyen et Ami, J'ai le plaisir de t’apprendre que le comité de salut public vient de nommer le citoyen Fouquier, ton cousin, élève de santé à l'hôpital de l'Ecole de Mars; je te ferai passer sa lettre de nomination, Si tu as
(1) CABANÈS, loc. cit,
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occasion de voir les citoyens Lumière et Ganney, je te prie de leur dire que les citoyens qu'ils m'avaient désignés pour infirmiers sont aussi
nommés.
L'alimentation, à l'Ecole de Mars, était composée de soupe, « la principale nourriture du soldat dans les camps » ; elle était faite avec de la viande salée, provenant d’un convoi de vivres enlevés aux Prussiens; dans les grands jours, les élèves touchaient du veau ou du bœuf. Le pain était du pain de munition noir. La boisson consistait en eau acidulée de vinaigre ou en tisane de réglisse.
Les hommes couchaient sur la paille; chacun d'eux en recevait six livres à cet effet.
Peu après la création de l'Ecole, une épidémie de dysenterie se déclara. Souberbielle en a laissé une relation très intéressante, qui parut en 1832 sous le titre: Observations sur l'épidémie dyssentérique qui a régné à l'Ecole de Mars, au Camp des Sablons, l'an II de la République (1793), avec l’indication des moyens employés pour la combattre (1). On peut tout d’abord remarquer l’erreur de la date: l'épidémie eut lieu en 1794. Elle s'explique assez facilement : l'an II commença le 22 septembre 1703 et finit le 21 septembre 17094. D'ailleurs, Souberbielle, dans l'énoncé de ses titres et fonctions, place toujours son passage à l'Ecole de Mars en 1704; il n’y a donc là qu’une erreur d'importance minime.
Léon Souberbielle, dans la biographie inédite de son oncle, consacre plusieurs pages à l'épidémie; nous lui ferons quelques emprunts. « Les dehors des palissades qui entouraient le
(1) Académie de Médecine, Mélanges, 50.025.
camp étaient colorées de sang par les évacuations alvines ». L’alarme fut chaude à Paris; le Moniteur répandit la nouvelle de deux cents décès! Souberbielle démentit immédiatement. Le premier décès eut lieu vers deux heures du matin, la nuit même où l’article tendancieux fut donné à l'impression. L’information était donc fausse en tout point, l'unique cas de mort n'ayant pu être connu du rédacteur.
Comment était organisé l'hôpital, « le quartier de santé » comme dit Souberbielle ? Les malades étaient divisés par tentes de trente lits, avec un malade par lit (il y avait à cette époque six malades par lit à l’Hôtel-Dieu). Les tentes étaient dans le bois de Boulogne; elles avaient quarante-cinq pieds de long sur vingt-quatre de large. Entre les lits, les intervalles étaient sablés, et l’herbe y poussait à un pied de hauteur sous les lits. On réunissait autant que possible les malades affectés du même genre de maladie. Hors des tentes, de distance en distance, se trouvaient les latrines; eiles étaient constituées par une fosse creusée dans le sol « avec une boîte à l’extérieur et un couvercle, comme dans les lieux d’aisance ordinaires. » Un factionnaire en surveillait ia propreté; on y faisait jeter du sable et on ies renouvelait quand ii y avait nécessité. Un reçut deux mille trois cents malades à l'hôpital, parmi lesquels on compta sept à huit cent galeux. Il y eut en tout douze cenis dysentériques, dont dix seulement moururent; il mourut aussi un charretier du camp, « d'une hydropysie assyte causée par une exquirosité du foy ».
Nous extrayons des Observaiïions sur l'épidémie dyssentérique le passage suivant :
Les malades étaient saisis tout à coup de frissons et de coliques à se plier en double, avec un abattement général, et
de douleurs de tous les membres au point de ne pouvoir se tenir debout et ce n'était qu'avec beaucoup de peine qu'ils pouvaient faire quelques pas pour se rendre à l'hôpital, étant soutenus par leurs camarades: la tristesse était peinte sur leur visage qui avait une teinte plombée, les yeux éfaient enfoncés, larmoyans. Les évacuations alvines, excepté les premières qui étaient excrémentielles, étaient nuancées de grisâtre, de jaune, de noir, de verd, ou poirassées, et accompagnées de tranchées et de ténesmes, et plus ou moins teintes de sang. La langue était en général terne, le pouls plus ou moins fiévreux, misérable, la peau plus froide que chaude.
La médication consistait à leur donner d’abord de l’eau de veau, dans laquelle on jetait de la laitue, de la poirée, de l'oseille et du cerfeuil. Un julep calmant composé: d’eau de laitue idem pariétaire sirop diacode eau de fleurs d’orañger
Lorsqu'il y avait rareté d'urine on y ajoutait demi gros d'esprit de nitre duicifié, de l’eau de riz; lorsqu'il y avait trop de faiblesse on y ajoutait du vin et du sucre; pour calmer les douleurs du bas ventre, on y faisait des frictions avec de l'huile de camomille camphrée, en y ajoutant un gros de laudanum par once, et des cataplasmes de mie de pain et de farine de graine de lin par dessus, qu'on répétait plus ou moins souvent, selon l'intensité des accidents. Quelques malades éprouvaient des nausées et des vomissements, rendaient des matières de toutes les nuances, semblables à celles des évacuations alvines et analogues à du mucus grisâtre. Lorsque ces moyens ne suffisaient pas, nous avions recours au lauda-
; deux onces.
une once.
So
num de l'abbé Rousseau, selon la préparation de frère Côme; c'est un moyen héroïque pour ces sortes d'affections et en général pour calmer l'irritation. Ensuite, nous faisions faire aussi usage de la décoction blanche, de thériaque dans du vin une ou deux fois par jour et même plus souvent dans le besoin.
Nous avions remarqué deux nuances bien distinctes dans cette épidémie: dans l’une, la langue était sèche et ferrugineuse avec soif ardente, le pouls serré, concentré, la peau sèche, la parole brève et délirante avec des mouvements spasmodiques ou convulsifs; nous considérions cet état comme participant de ce qu'on appelait fièvre maligne, aujourd'hui adynamique, affectant plus particulièrement le système nerveux et annonçant l'inflamation du sang. Dans ces cas-là, nous insistions sur l'usage du petit lait, des émulsions, des révulsifs et des sinapismes, et du diascordium. L'autre nuance se distinguait par un grand abattement ou affaisement comateux, le teint jaunâtre, les yeux caves et larmoyants, la langue blafarde, épaisse, avec affluence de salive, le pouls assez plein et mou, la peau plus froide que chaude. Cet état nous paraissait participer de ce qu'ond appelait autrefois fièvre putride. Alors nous administrions 24 ou 30 grains d'ipécacuanha en deux doses égales, qui, en provoquant quelques vomissements, dégagaient ies premières voies, et les malades se trouvaient beaucoup mieux: il arrivait assez souvent que les malades en vomissant rendaient de gros vers et même des petits par paquets, et lorsque, deux ou trois jours après, ils retombaient dans l'assoupissement, cela indiquait qu’il y avait complication d'affection vermineuse. Nous réitérions Le vomitif, ils rendaient encore des vers, et la maladie prenait une marche
plus heureuse: nous leur faisions prendre de la thériaque dans du vin pour la rendre plus fortifiante ; on leur donnait aussi de l'esprit volatil huileux de Sylvius à la dose de six, huit, dix gouttes et même plus, dans une tasse d'infusion de fleurs de camomille, de tilleul et de fleurs d'oranger, afin de donner du ton à la fibre et de réveiller l'oscillation des vaisseaux.
Souberbielle insiste, avec juste raison, sur la salubrité de l'installation ; les malades sont en plein air, et ne sont pas incommodés autant qu’ils le seraient dans une salle d'hôpital, par les odeurs et les « émanations infectes ». Cette situation lui semble avoir eu les meilleurs effets et il lui attribue une part dans les guérisons. Nous ne sommes pas loin de partager son avis. Les avantages du grand air et du « camping » ne sont plus à faire. N'oublions pas qu’à l’époque, le bois de Boulogne n’était pas, comme aujourd’hui, aux portes de Paris; les villages de Pass: et d'Auteuil n’étaient pas encore réunis à la grand’ ville; ils constituaient alors de petites agglomérations peu peuplées, entourées de jardins, de pâturages, de champs. Que l’on compare la constitution des jeunes soldats traités au camp des Sablons avec celle des malades des hôpitaux! Les uns en plein bois, au frais, respirent un air pur; ils ont de plus un confort inaccoutumé: ils ont chacun leur lit. Les autres, au contraire, confinés dans des salles, tassés les uns contre les autres, exposés à toutes les contagions, dans une atmosphère empuantie par l’odeur des déjections, des suppurations, sans aucune espèce d'hygiène ni d’asepsie, et cela, par une chaleur torride. Ce n’était pas comparable.
Il faut ajouter un trait bien particulier de la sollicitude
lie) og
que témoignait Souberbielle à ses malades. Il le rapporte luimême, avec cette candeur qui lui est familière: « Je ne dois
pas oublier une autre chose qui nous a servi aussi beaucoup, c'est la musique, en portant de la distraction dans l'esprit des malades. Nous avions près de l'Ecole de Mars une musique militaire composée de plus de trente musiciens: m'étant aperçu que le matin, lorsqu'elle se faisait entendre, les malades démontraient beaucoup de contentement, cela me donnait l’idée de demander au chef de vouloir bien, en revenant sur les neuf heures de leurs études, passer par le quartier de santé (c’est ainsi que nous désignions l'hôpital), pour égayer nos malades, ce qu'il fit avec beaucoup de grâce ; aussi je prescrivis qu'il serait délivré tous les matins un verre de vin à chaque musicien, en venant faire leur promenade musicale, dont tout le monde était très satisfait.
« Je crois que si l’on faisait de même aujourd’hui entendre de la musique dans la cour des hôpitaux et sur les ponts de l’Hôtel-Dieu, une ou deux fois par jour, rien au monde ne serait plus capable de distraire les malades de leurs maux, surtout dans cette circonstance où le moral joue un si grand rôle. Je me rappelle qu’un élève, que je Soignais pour une affection cérébrale, en entendant la musique, sortit de son lit et de la tente et se mit à danser au milieu d’une pluie battante; il alla de mieux en mieux et quatre jours après il rentra dans le camp.
« Il y a plus de 15 jours que j'ai indiqué ces moyens à M. le Préfet de la Seine, je ne sais s’il jugera nécessaire
d’en faire usage. »
L'idée n’était pas mauvaise, assurément. Nous voyons
aujourd’hui surtout dans les hôpitaux d'enfants, des fêtes or-
ganisées avec le concours d'artistes réputés. Mais, heureusement, ces réjouissances n’ont pas lieu aussi souvent que le souhaitait Souberbielle ! Elles ne tarderaient pas à devenir fastidieuses et atteindraient bien probablement un but tout opposé à celui que visent les organisateurs.
Souberbielle eut pour collaborateurs à l'Ecole de Mars des hommes dont plusieurs s'illustrèrent par la suite : le professeur Fouquier, « l’un des premiers médecins de ‘a Charité », qui fut plus tard membre de l’Académie de Médecine ; le pharmacien Néret, qui avait fait la guerre d'Amérique; Bézu, devenu par la suite pharmacien de l'hôpital de Bourbonne-les-Bains et correspondant de l’Académie de Médecine ; Planche, également membre de l’Académie, et professeur au Collège de Pharmacie ; enfin et surtout Lallement, ancien élève de Desault, qui devint professeur à la Faculté de Médecine et chirurgien de la Salpêtrière, et Gavard; également élève de Desault, Gavard était un anatomiste fort distingué et avait établi à l'Ecole de Mars des démonstrations d'anatomie.
Souberbielle reçut à l'Ecole la visite de Chaussier, qui le complimenta sur la tenue de l'hôpital et se fit donner quelques détails sur l'épidémie et son traitement. À une question de Chaussier sur la nature et les propriétés de l'esprit aromatique de Sylvius, Souberbielle répondit que c'était « un alcoolé aromatisé » qu’il donnait pour « ranimer l’action du « système nerveux, donner plus de mouvement à l’oscilla- « tion des vaisseaux, et dans les affections comateuses, les « coups, chutes, etc... les affections rhumatismales invété- « rées ». Chaussier opina que c'était un remède héroïque et « demanda : « Tu t’en trouves bien ? — Oui. — Continue ».
A quoi Souberbielle attribuait-il l'apparition soudaine de
la dysenterie ? À ce fait que « les élèves s'étaient rendus à « Paris, de tous les points de la France, pendant les plus for- « tes chaleurs de l'été, par des marches plus ou moins longues « et forcées, quittant tout à coup leurs habitudes ». Il faisait aussi une large part à l'alimentation particulièrement car rencée : « La soupe était la principale nourriture du soldat dans les camps, à l'Ecole de Mars elle était faite avec de la viande salée ». Ces observations sont très judicieuses ; on sait maintenant le rôle que jouent le surmenage et la mauvaise alimentation dans l’étiologie de la dysenterie bacillaire; ces deux conditions étaient réalisées au camp des Sablons, et, n'eût été l’hygiène toute particulière de l'hôpital, l'épidémie aurait fait certainement plus de ravages; n'oublions pas que, sur les trois ou quatre mille élèves, il n’y eut que douze cents atteints, dont dix seulement moururent. L'observation clinique est intéressante à plus d’un titre; outre le tableau qui ne saurait prêter à aucune confusion possible, on voit très bien le rôle de l’helminthiase, qui détermine des troubles gastrointestinaux parfois analogues à ceux de la dysenterie.
La thérapeutique doit nous arrêter un instant; nous y voyons des médicaments dont beaucoup sont tombés dans l'oubli; d’autres, encore employés de nos jours, ne trouveraient plus leur indication dans la dysenterie, que l’on traite aujourd'hui, indépendamment de la sérothérapie, par des purgatifs salins, le sulfate de soude et le calomel le plus généralement, à doses faibles et souvent répétées. On leur adjoint, quand les selles sont gangréneuses, des produits bactéricides (nitrate d'argent ou permanganate de potasse) administrés en lavements. Au temps de Souberbielle, la dysenterie était encore considérée comme une diarrhée et traitée comme telle: c’est
pourauoi les opiacés tiennent une si grande place dans les prescriptions. Ces remèdes, d'usage encore courant, ne motivent pas ici une étude particulière; nous dirons cependant quelques mots du laudanum de Rousseau, que tend de plus en plus à remplacer le laudanum de Sydenham : il contient le double d’opium et le safran ne figure pas dans sa composition. Souberbielle précise : le laudanum de l’abbé Rousseau, selon la préparation du frère Côme; nous devons reconnaître que nous n'avons retrouvé nulle part la modification apportée par Jean Baseilhac à la formule de Rousseau. Nous nous étendrons davantage au sujet des médicaments tombés en désuétude; mais il nous paraît utile de rappeler auparavant la valeur des anciennes mesures de poids :
PA VE ES DES en umo 489 gr. 503; HONCEN DO SAIT ME ne PM re 30 gr. 594; I STD DOS ER ee nm 2 DR T 024 RÉOOTAINE DOSA EME nt ne 091-058;
la drachme équivalait au gros.
L'esprit de nitre dulcifié était un diurétique composé d’une part de deux livres de salpêtre et de six livres d’argile pulvérisée, constituant l'esprit de nitre dont on prenait six onces auxquelles on ajoutait le double de poids d’esprit de vin.
La décoction blanche (de Sydenham) était très utilisée « dans les diarrhées chroniques, les dysenteries vers leur déclin, et après les empoisonnements qui ont irrité les intestins (1) ». On l’administrait à la dose de un verre par heure. La substance active en était la corne de cerf calcinée à la-
(1) CADET DE GASSICOURT Formulaire magistral, 1816.
quelle on attribuait autrefois « les vertus les plus suspectes, sinon les plus ridicules (1) ».
On a vu que Souberbielle avait fait un grand usage de la thériaque. L'origine de ce médicament remonte à la plus haute antiquité. Mithridate avait fait préparer un électuaire, dit électuaire mithridate, constitué de cinquante-quatre substances et qui avait la propriété, croyait-il, d’être l’antitode de tous les poisons. C'est de cet électuaire que s’inspira Andromachus, médecin de Néron, en y ajoutant plusieurs ingrédients, parmi lesquels se trouvait la chair de vipère, pour composer son électuaire. Celui-ci, d’abord destiné à guérir toutes les morsures venimeuses, fut bientôt considéré comme propre à combattre toutes les maladies.
La composition de la thériaque a varié avec les époques ; chaque médecin en voulut imaginer une qui portât son nom. D'après Galien, le fils d’Andromachus en avait composé vingtquatre contre les seuls maux d'oreilles.
Du point de vue thérapeutique, la thériaque était censée consoler la nature, la remettre dans tous les cas de langueur, de faiblesse, de tristesse : réveiller les fonctions de l’estomac, toujours en faute dans les maladies ; réussir dans mille cas qui semblent opposés parce qu’elle avait mille côtés favorables à la santé. En réalité, à la fin du siècle dernier, on ne lui reconnaissait plus guère d’autres vertus que celles de l’opium. Elle réussissait bien, d'après Ernest Labbée, contre les affections douloureuses ou irritations des voies digestives.
Il n’est pas possible de parler du séjour de Souberbielle
(1) DELIOUX DE SAVIGNAC, article corne de cerf, in Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.
à l'Ecole de Mars sans rapporter une anecdote qu'il avait luimême consignée dans ses notes : « Je n'eus, dit-il, qu’une seule altercation au camp; ce fut à l’occasion d’un désordre qui s'était passé au quartier de santé ». Un élève, qui se conduisait « d’une manière vexatoire et inconvenante envers Îles infirmiers », fut vertement corrigé par ses camarades; il porta plainte auprès de Gavard, son médecin, qui fit une enquête. Le coupable ne s'étant pas dénoncé, « tous les malades de ja tente furent punis de la privation de vin ». Gavard en référa à Souberbielle; celui-ci se rendit dans la tente, et demanda quel était le fautif : « Je ne demande pas qu’il soit dénoncé, « mais je veux qu’il se présente lui-même... Je suis père, « moi aussi je punis mes enfants quand ils le méritent et je « conserve leur amitié parce que je suis juste. Personne ne « se présente ? Je croyais mériter davantage votre confiance ». Un jeune homme se présenta alors; il déclara que son camarade était très désagréable, qu’il appelait les infirmiers et quand ceux-ci étaient près de lui, il les « mortifiait » en leur disant de voir s’il n’avait pas une paille à son derrière. Souberbielle infligea au coupable la punition cu'il méritait et rendit aux autres malades leur ration de vin. L'’incident, certes, n’est pas d'importance ; mais n'est-il pas curieux que Souberbielle l’ait mentionné ?
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