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thie ne se déclarait pas encore ouvertement, en plein jour ; mais dans les rencontres particulières, le soir, ils en venaient presque toujours aux voies de fait. Des deux côtés ils se recherchaïien' ïies Canadiens n'étaient presque jamais les agresseurs, maïs une fois la lutte engagée, ils en sortaient presque toujours à leur avantage; à moins qu'ils ne fussent forcés de succomber sous le nombre. x
Le Coin Flambant était devenu célebre par les rixes dont il était le théâtre presque toutes les nuits. Trois à quatre maisons, tenues par des personnes d’une réputation plus que douteuse sous le rapport de la morale, attiraient beaucoup de jeunes gens. Un cabaret, où l’on débitait de la liqueur d’assez bonne qualité et où l’on tenait plusieurs tables de jeux, se trouvait juste en face d’une maison peinturée en rouge, qui lui avait fait donner le nom de Coin Flambant que portait le quartier. Cetta auberge, d’assez modeste apparence au dehors, était souvent le théâtre de terribles orgies. C'était là que se rencontraient assez fréquemment les plus turbulents et les plus exallés des deux partis; mais comme il avait été convenu, d’un tacite et commun accord, de regardere ce lieu comme un terrain neutre, on n’y pariait jamais politique ; ce qui n’empêchait pas que sous d'autres prétextes on n'élevât des querelles dont les haines de races était la cause. Une enseigne au dessus de la porte, portait ces mots ambitieux “ Hôtel St, Laurent.”
Un peu plus bas, en descendant la rue St. Constant
vers le Champ de Mars, il y avait une maison, à
deux étages, en bois; on y montait par. un perron de cinq à six marches. C'était une taverne où l’on
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vendait sans licence de la boisson frelatée aux habi-
L. tués. Cette maison était le rendez-vous de ce que la A Il ville renfermait de plus infime dans sa population; : dep } c'était là que s’organisaient les vols, les incendies et obsc | les bris de maison qui, à cette époque, augmentaient | l'atnr 4 d’une manière alarmante. Là, la nuit, on apercevait Qu des figures que l’on ne rencontrait pulle part le 4 chai 1 jour ; vers dix heyges du soir, on commençait à les N'en 14 voir arriver une à une, quelquefois, mais rare : cann 14 ment, deux ou trois ensemble. Quelquefois on y À rons (l voyait des gens des cages qui demeuraient dans le | faubourg ; ceux-là n’y venaient pas pour y faire du À préca
À c mal, ou y rencontrer les malfaiteurs dont nous Æ sous] È ae venons de parler ; mais parce que, ia boisson y était 4 C'é ï vendue à meilleur marché. Les hommes de cage le pre k ou les voyageurs, comme on les appelle, qui visitaient ee le pla L cette espèce de tapis franc, étaient pour la plupart Æ pieds L | des boulés, qui ne reconnaissaient d'autre mérite que Se ily a i celui de la vigueur physique et de la force brutale 4 en ja È On nous pardonnera de conduire nos lecteurs dans Se vaient L ces lieux que l'exigence de notre récit nous oblige de Æ bière visiter. An rangé e Un samedi d'été, vers neuf heures et demie, deut 25 recou\ hommes marchaient rapidement, en remontant k À dont e
grande rue du faubourg St. Laurent ; rendus à h & Dan
rue Lagauchetière, ils tournèrent à droite. A une © planc
trentaine de pas, en arrière, suivait une autre péf D qui vo
sonne qui, de temps en temps, frappait légèrement 2 avait p
le pavé avec une canne, comme pour les avertir qu'il 4 lemps
A les suivait. D QU Pos, —Connaissez-vous bien la place ? disait l’un de cts Une hommes à son compagnon. m'i’
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—Parfaitement. Mais je crois qu’il est un peu up: de bonne heure, pour l'y trouver. L.
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A mesure qu’ils avançaient, les fanaux devenaient de plus en plus rares, et bientôt ils furent dans une obscurité complète. La nuit était noire et chaude, l'atmosphère lourd. |
Quand ils furent arrivés à la taverne qu'ils cherchaient, ils s’arrêtèrent un instant et écoutèren'i N'entendant rien, l’un d'eux frappa un coup, avec sa canne, sur le pavé ; deux coups sees, partis des environs du Coin Flambant, répondirent au signal,
— Entrons maintenant, dirent-ils en montant avec précaution le perron qui menaçait de s’effronder sous leurs pieds.
C'était une salle assez grande ; elle occupait tout le premier étage (rez-de-chaussée) ; elle était basse ; le plafond noir de fumée, n'était pas à plus de sept pieds de hauteur. Dans le fond, en face de la porte, il y avait un comptoir. Quelques barils peinturés en jaune annonçaient, en lettres rouges, qu'ils devaient contenir du rum, du whisky, du gin, de la bière et du cidre. Sur une tablette, au-dessus de la rangée de barils, on voyait plusieurs bouteilles recouvertes d’inscri ns prétentieuses de liqueurs dont elles étaient veuves depuis longtemps.
Dans un des coins de la salle une table longue en planches de pin, entourée de bancs, servait à ce” qui voulaient manger ou boire en conversant. Il. avait pas de chaises ; les bancs servaient en même lemps de sièges et de lits à ceux qui en avaient besoin.
Une seule chandelle de suif sur le comptoir éclairait l'appartement. Malgré la chaleur, les chassis el contrevents étaient fermés. Une épaisse atmos- Phère de fumée enveloppait la table de manière à
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plonger dans une demie obscurité trois personnes
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à ù mi qui l’occupaient, et qui cessèrent de parler à l’entrée ça des deux nouveaux venus. (
Le propriétaire, qui dormait derrière le comptoir, ger sur une vieille chaise empaillée, ouvrit machinale. ! pris ment les yeux sans se déranger ; mais quand il vit etl que ceux qui s’avançaient vers lui, n'étaient point 4 ren!
de la classe de ceux qui fréquentaient sa taverne, il « L Ft “ se leva et moucha, avec ses doigts, la chandelle, dont M «I | le long lumignon attestait que cet homme dormait tocr h depuis assez longtemps. | quit | U —Bonsoir, messieurs, que puis-je faire pour votre 4 - ! di service ? leur dit-il en les regardant avec défiance. 4 drot ; —Nous cherchons un nommé Meunier, homme de 1 faire ; cage ; on nous a dit que nous le trouverions ici. 5 —C'est ici qu'il vient généralement tous les same- he 1S
dis, mais il n’est pas encore venu cette semaine.
—Pensez-vous qu'il viendra ce soir ? nous avons besoin de le voir pour des choses importanies.
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—Je crois qu'il viendra, s’il est en ville. Mais il ne sera pas ici avant dix ou onze heures. Si vous dési- do rez l’attendre, asseyez-VOUS ; Ou plutôt, si vous aimer 4 D | mieux repasser, je lui dirai de vous attendre, s'il 4 et ses
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; : —Merci, nous reviendrons plutôt. 1 on:
| UE 0 —Peut-être le trouveriez-vous à l'hôtel St. Laurent. ! lai | PUR ily va quelquefois; mais rarement, parce qu'il ny: allait :: a que les richards qui vont là. ol à A peine furent-ils sortis, qu’une des trois personnes % reven
qui étaient assises près de la table se leva et dit tout ? bas : ‘* Restez ici, je vais les suivre.” 4 —Tu perds ton temps, P'tit loup ; je connais É
'ReEn 1 A ot DEUX DE TROUVÉES. 123 anes 4 minse, c'est un commis de la Banae du Peuple ; ) trée ça n'a jamais le sou; l’autre je ne sais pas. | el Celui qu'ils appelaient P'tit loup était un dan- | toir, gereux et audacieux voleur, nouvellement sorti de é nale- ! prison. 11 revint bientôt auprès de ses compagnons, il vit et leur dit qu’il les avait vus entrer à l'hôtel St. Lau- | point rent, :
ne, il * L'auberge dans laquelle venaient d’entrer St, Luc dont M et DesRivières, avait une apparence tout à fait aris- 74 ñ rmaîit tocratique auprès de la taverne qu’ils venaient de quitter.
votre’ 1 — C'est mieux ici, remarqua St. Luc, nons attence: drons jusque vers onze heures ; qu’allons-nous ë faire ?
me de
—Je vais d'abord m’informer si Meunier n’est point venu, et donner ordre de nous avertir s'il viént ;
same- qu hj puis nous fumerons un cigare dans la salle voisine, où du moins nous aurons des chaises.
avons —Et du vin, si vousdésirez traiter, M. Deskivières, Re dit un homme en anglais, qui s’avançat du milieu silne . d'un groupe de trois à quatre personnes debout près 8 dési- d'une fenêtre.
a ; DesRivières jeta un coup d'œil rapide sur St, Lue, * si | et lui fit un signe.
St. Luc, sans se préoccuper de ce qui venait d'arri-
ver, passa dans la seconde chambre, et s’assit sur un Rurent ; vieux sofa près d’une table, pendant que sRivières V'ÜNY A dlait parler au comptoir. à
| —Qu'allez-vous prendre, dit celui-ci à St. Luc, en sonnes | revenant avec le garçon qui apportait des cigares. . As jit tout À —-de préfèrerais ne rien prendre pour le moment. . jé
—Je l'aime autant, et mieux même; car je'erois que l’on va me chercher querelle. Ce sont tous des:
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L. P.S. qui sont dans l’autre chambre. Et ce soir, nous avons autre chose à faire que de nous battre. Je serais faché que, par rapport à moi, vous fussiez entraîné dans une difficulté, qui pourrait être sérieuse.
—Portent-ils des armes ? demanda St. Luc.
—Non ; mais ils ont des garcettes dansleurs poches, je pense. |
—C'ést bon, c'est bon; ne nous en occupons pas, dit St. Luc avec la plus parfaite indifférence. S'ils viennent, nous les recevrons. En attendant, garçon, une bouteille de champagne et deux verres!
—Pourquoi pas trois, dit celui qui avait déjà adressé la parole, en entrant dans la salle suivi de ses compagnons.
—Monsieur, je ne vous connais pas, lui dit St. Luc...garçon, deux verres! Et il aluma tranquillement son cigare. |
—Monsieur S........…, lui dit DesRivières en se levant, est-ce que vous venez pour insulter un étranger ? Si c’est à moi que vous en voulez, remettons la partie à un autre jour. Pour ce soir je vous prie de ne pas nous chercher querelle. -
—ÆEh ! bien, payez donc une traite.
—$Si vous n'avez pas d'argent, je vais vous en préter; mais vous m'excuserez de ne pas boire avec vous.
.—Tonnerre ! tu nous insultes, Desrivières, en nous offrant de l'argent; tu me connais, et tu sais que j'en ai de l'argent, dit un des amis de S........en mettant la main dens sa poche et en retirant cinq à six piastres. Tu ne veux pas traiter; et bien, voici
ce que je propose : Nous prendrons les pt tour à
A RTS ms Eu vel ans à SE OU HA te Ï ai A a) Get 1254
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ir, tour, et celui qui restera vainqueur le dernier fera re. | payer la traite au parti vaincu.
iez ; — Et vous êtes sérieux ? dit St. Luce, en riant. j tre ? —Mais oui. pi —Comment; vous êtes cinq, et nous sommes que f deux, et vous croyez que la proposition est juste. Les, | —Eh! bien je vous prendrai, vous .Si vous me battez, je paierai la traite; si je vous bats, vous la as, paierez.
ils —J’accepterai, à une condition, répoædit St. Luc ; on, À c'est qu'après la traite prise, vous nous laisserez trauquilles. | éjà 4 —Accepté, accepté 1 crièrent-ils de bonne humeur | de en détachant de la cloison deux paires de gants de | boxe.
St, Voulez-vous me laisser prendre les gants à votre Île. : place, dit tout bas DesRivières à St. Luc en s’appro- 1 chant de lui. Celui avec qui vous allez vous prendre se est un fort boxeur. C'est le Dr. J...; je lui dois un k an- compte pour une affaire que nous avons eue au “ ons théâtre.
rie . À —Jaissez faire ; je connais passablement l'escrime | et un peu la boxe, aussi, moi ; je veux voir si je n'ai 0 pas oublié.
pré Quand St. Luc eut Ôté son habit et relevé les manvec |! ches de sa chemise, montrant ses bras nerveux et : l'épaisseur de ses muscles, qui se gonflaient rigides ous | et durs au moindre mouvement, DesRivières ne fit
plus d’objection.
Les deur adversaires se sisnbrent. au milieu de la salle, en face l’un de l’autre ; les spectateurs faisaient cercle. St, Luc, bien appuyé sur ses solides hanches … # | :°8 bras repliés en avant, portant haut are ati à 4