‹ Une de perdue, deux de trouvée [microforme]Chapitre 36 sur 72 · LAS · texte numérisé non relu

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mille. Mais tout en cultivant chez ses filles les qualités d'agrément, elle n'avait pas oublié les quelités domestiques. Aussi les demoiselles de St. Dizier étaient-elles très-industrieuses ; elles aidaient leur mère dans tous les soins du ménage, et contribuaient par leur travail et leur économie à supporter dignement leur position dans le monde, sans luxe mais aussi sans trop de privations. À ces vertus se joignaient les plus strictes notions de morale et de piété ; leur mère leur avait enseigné que c’est dans une conduite irréprochable que se trouve la plus grande satisfaction du cœur; et qu’une piété sincère, sans pruderie, est la plus grande consolation aux jours de peine et de chagrin.

Aussi était-ce pour elle un plaisir, comme une douce habitude, de monter tous les soirs, à l’heure du coucher, dans la fraîche et coquette chambre de ses enfants, et là, en ayant une à chaque côté, de faire la prière en commun. Ce devoir, rien ne pouvait le changer, qu’il y eut soirée, ou qu’elles eussen: passé seules leur temps à la maison ; elles ne se couchaient pas qu'elles r’eussent remercié ensemble le bon Dieu de leur avoir accordé une journée de bonheur. La prière faite, M- ‘ame de St. Dizier nequit-

- tait ses deux enfants qu’après les avoir vues toutes

deux reposant leurs belles têtes sur le même oreiller,

les bras enlacés l’un dans l’autre, et lui souriant un

bonsoir en réponse du baiser qu’elle déposait sur leur front pur et virginal.

Quelquèfois c'était dans la chambre à coucher de leur mère, voisine de la leur, qu'elles faisaient ensemble la prière ; alors, elles lui disaient toutes les impressions qu'elles avaient éprouvées durant la

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journée ou la soirée; car elles n'avaient rien de caché pour elle, En effet, dans quel cœur pouvaientelles mieux confier leurs pensées, même les plus intimes, que dans le cœur d'une mère ? Elle était ainsi mieux à même de guider leur jeune inexpé rience, et de leur faire éviter les écueils auxquels elles pouvaient si souvent se trouver exposées.

Au retour du bal qu'avait donné le Gouverneur, Madame de St. Dizier s'était trouvée mieux en respis rant le grand air pur et froid.

—Eh bien! comment te trouves-tu maintenant, ma bonne maman, dit Asile en prenant les mains de sa mère et s’asseyant sur le bord de son lit, tandis qu'Hermine se penchaïit à son chevet.

—dJe suis bien, mes enfants; et vous autres àtesvous fatiguées ‘

—Ta demande n’est pas sérieuse, maman, reprit Hermine ; tu sais bien que je n’ai presque pas dansé; je suis restée avec mademoiselle Gosford une partie dun temps, et l'autre je l'ai assé avec M. de St. Luc.

—Comment le trouves-tu, M. de St. Luc ?

—Dis-nous d’abord comment tu le trouves toimême et je te dirai ensuite ce que j'en pense.

—Mais je le trouve bien, trèsbien. J'aime sa physionomie franche et ouverte.

—Eh! bien, moi aussi je le trouve très-bien; il m'a fait un petit compliment, j'ai cru que c'était par llatterie, mais comme il l’adressait plus particulièrement à Asile, je Lui ai pardonné.

—Comment, mais je ne lui ai pas dit dix mots de la soirée, reprit Aile: et je ne lui ai parlé que quand j'ai été te cherche:

—Justement, il ne te l’a pas dit à toi, mais il me l'a dit en parlant de toi, et comme il m'a ajouté que

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nous nous ressemblons beaucoup, il s'ensuit qu'il nous a fait un compliment à toutes les deux.

—Mais qu’a:t-il donc dit? Asile demanda.

—Que tu étais bien jolie et bien belle,

—Mais c'est un flatteur, n’ost-ce pas, maman ?

Madame de St Dizier sourit.

—Mais ça dépend, mes enfants ; s’il était sincère, ce n'était pas flatterie.

—C'est ce que je crois, reprit Hermine, car d’après cetu’il m'a dit ensuite, je ne pense pas qu'il l'ait fait par flatterie.

—Que t'a-t1l donc dit, dema'ida Asile en mettant sa tête sur l’oreiller de sa mère.

—D'abord, il m'a parlé de la belle réunion de la soirée, il m'a dit qu’il trouvait que les anglaises étaient très-belles, avaient en général un teint plus frais et de plus belles couleurs; ce qui n'était pas très-flatteur, comme tu-vois; mais il a ajouté qu'il préférait le teint plus chaud et plus animé des canadiennes, leurs yeux plus brillants, leur expression

plus spirituelle, leur gaieté plus vive et plus natu-

relle. Je lui ai demandé quelles étaient celles qu'il trouvait les mieux mises. 11 m'a répondu qu'il trouvait les anglaises plus richement mais les canadiennes plus élégamment habillées, montrant plus de goût et plus de fraîcheur dans-leurs toilettes. Je crois qu’il est observateur, car il m'a fait certaines remarques sur des personnes que nous, connaissons et qui étaient parfaitement vraies. Dites-moi, lui aije demandé, quelle est celle que vous trouvez la plus jolie dans le bal et qui vous plaît d'avantage.

—Tu n'aurais pas dû lui faire une telle question, lui dit Asile,

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—C'élait pour voir ce qu’il dirait, et connaître son goût. Il m'a regardé en souriant, j'ai cru qu'ilallait me dire une flatterie, mais non.

—Que l'a-t-il dit ?

— [1 m'a dit, reprit Hermine, qu'il ne m'avait pas encore vue danser, Mais des danseuses, lui dis-je ? il leva lentement les yeux sur les miens et me répondit : je ne veux pas vous le dire ce soir. Il me conduisit ensuite prendre des rafraichissements, et nous causâmes longtemps de choses indifférentes. Il me parla de ses voyages, de l’objet qu’il l’amenait au Canada.

—I1 a dit quel était l’objet de sa visite au Canada ? demanda Asile.

—Pas tout-à-fait, mais à peu près. C'est bien ce que nous écrit Elmire L..., il m'a dit qu’il cherchait quelqu'un. Quelqu'une, lui ai-je ditsans réflexion, Il m'a encore regardée avec attention, je me sentais gênée ; puis il a répondu d’une voix qui m'a paru un peu tremblante : “ Peut-étre.”

—Tu n'aurais pas dû lui dire cela, Hermine.

—Je le sais, maman, et je me le suis reproché tout de suite; mais malgré cela je ne sais ce qui m'a poussé à lui dire : ‘“ Si vous venez passer la veillée chez nous demain soir, vous verrez celle que vous cherchez.”

—Mais, ma pauvre Hermine, où avais-tu la tôle ? Comment ! tu as Ôsé faire une telle démarche sans en parler à maman ?

—Maman l'avait invité, elle-même, à venir, ainsi que Miss Gosford faire de la musique sans cérémo-

. fe demain soir, ou plutôt ce soir ; et c’est parceque

j'ai cru m’apercevoir qu'il y avait un sentiment plus

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profond que la simple amitié entre Miss Gosford et lui, que je lui ai dii qu'il verrait celle qu'il cherchaïit.

—Tu as eu tort tout de même, ma sœur.

— J'en conviens; et je l'assure que ce que je venais de dire, ainsi que l'expression de sa voix quand il dit “ peut-étre;” me mirent dans un bien grand trouble, surtout quand il ajouta : ‘ Savez-vous, Mademoiselle, que la première fois que je vous ai vues, vous et votre sæur, à bord du bâteau, en descendant de Montréal, j'ai éprouvé un indicible bonheur en contemplant votre figure, qui. ” Je n'ai pu entendre ce qu'il a ajouté, tant j'étais troublée. Il est bien heureux que tu sois arrivée à cet instant pour me chercher; cartu m'as tirée d'un grand embarras. |

Madame de St. Dizier sourit de tout ce caquetage, et après quelques observations affectuenses, elle les congédia doucement.

Le lendemain, Asile et Hermine firent visite à Miss Clarisse Gosford, qui se préparait à sortir en voiture quand ils arrivèren:. Comme elles étaient allées à pied, Miss Gnsfar£ . :ista pour qu’elles acceptassent la voiture pour s’en retourner.

Pendant leur absence, St. Luc était allé de son côté, présenter ses respects à Madame de St. Dizier. Celle-ci, pressentant sans doute, avec un instinct de mère, que ce jeune homme aurait une grande influence sur le bonheur ou le malheur de ses enfants, soit qu'elle eut découvert en elles un amour naissant et encore ignoré, ou soit tout autre sentiment, se promit bien de profiter de la circonstance

pour l’étudier. Il fit une longue visite, parla du,

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