‹ Une de perdue, deux de trouvée [microforme]Chapitre 48 sur 72 · L-vous que · texte numérisé non relu

L-vous que

j'en abuse ? vous me jugez mal ; vous n'avez pas le droit de me craindre ni de me mépriser.

En entendant ces paroles, l’inconnue leva les yeux au ciel, un léger frémissement agita ses lèvres dant qu’une larme brillait à sa paupière.

La figure grave et belle de St. Luc, qu’éclairait en plein la lumière de la lampe, réflétait la loyauté de son caractère.

—Vos paroles, lui dit-elle, en lui tendant les mains, me brisent le cœur. Vous interprétez mal mes pensées, si vous croyez que j'éprouve de la crainte, de la défiance, ou tout autre sentiment que ceux de l’estime et de la reconnaissance. Oh! oui, une reconnaissance bien profonde pour tout ce que vous avez fait pour moi ; et je ne sais comment vous exprimer

tout ce que j'éprouve, et pourtant, il faut encore que : je vous supplie de me quitter. Croyez qu’elles sont

bien grandes, les raisons qui m’obligent d'en agir ainsi.

L'émotion gagnait St. Luc; au lieu de lui répondre, il contemplait son visage animé et ses yeux humides et brillants, qui le suppliaient avec tant d’anxiété. La situation cominençait à devenir embarrassante ; l’inconnue tressaillit et dit d’une voix émue :

—Me refuserez-vous ?

Cette question si simple rappela St. Luc à lui:

—Ah! madame, répondit-il, je me ferais un cruel reproche, s'il vous arrivait encore quelque malheur.

… Vous êtes seule ; vous avez été insultée par des bri-

gands, vous pourriez l'être encore. Si vous le désirez absolument, j je me retirerai ; mais, je vous en supplie à mon tour, permettez que je vous suive, d'assez loin

pour que je ne puisse vous voir mais d'assez près pour que je puisse entendre vos cris, si vous aviez encore besoin de mon secours.

Vous le promettez ?

Je le jure sur mon honneur.

La jeune fille marcha alors rapidement jusqu'à la première rue, puis, tournant encore à gauche, prit le milieu du chemin. Cette rue était sombre. Des maisons basses, en bois, de distance en distance, étaient bâties de chaque côté. Les volets étaient fermés et l’on n’apercevait aucune lumière.

St. Luc était complètement égaré ; il n’était jamais venu dans ce quartier. Il avait beau examiner, il ne reconnaissait rien, il ne voyait rien et n’entendait rien, sinon le sifflement du vent. Il marcha ainsi une dizaine de minutes, écoutañt le moindre bruit. Arrivé au bout de la rue, il lui sembla être déjà venu à cet endroit dans la soirée. Il regarda à droite et à gauche sans savoir de quel côté diriger ses pas.

—Où suis-je, pensa-t-il ; il me semble que cette rue est la même que celle d’où je suis d’abord sorti avec ‘elle. Pourtant non, il n’y avait pas cette lanterne allumée. Comment retrouverai-je cette rue demain ? Car il faut absolument que je découvre ce mystère. Je pourrais bien prendre des informations; mais il y a peut-être là-dessous quelque grande infortune, et j'exposerais cette personne, soit à de grands malheurs, soit à de cruelles mortifications, si je confiais à d’autres une découverte qu’elle semble avoir tant d'intérêt à cacher. Pauvre jeune femme, quelle crainte elle avait d'être suivie ! Quelle énergie dans ses supplications,quel feu et quelle modestie en même temps

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dans son regard | J’ai vu une larme dans ses yeux et un frémissement sur ses lèvres. Allons, moi qui m'ennuyais à ne rien faire dans cette ville, me voici plongé dans une aventure mystérieuse, dont je veux avoir la fin ; je la découvrirai seul. Si je ne puis en venir à bout, j'emploierai seulement Trim, de ia discrétion duquel je suis sûr.

Tout en faisant ces réflexions, il avait continué son chemin et il se trouva bientôt en face de la porte du collége qu’il ne remarqua pas. Il tourna à gauche, et arriva bientôt à la rue McGill, où il prit un charretier qui le conduisit à son hôtel. La neige avait cessé de tomber. Trim arrivait en même temps et se trouvait à la porte de l'hôtel.

—Tu me réveilleras avant le jour, Tran, s’il ne neige plus durant la nuit, lui dit St. Luc ; si au contraire il neigeait cette nuit ou demain matin, tu me laisseras dormir.

Le lendemain, à la pointe du jour, Trim montait à la chambre de son maître pour le réveiller; St. Luc, qui toute la nuit avait rêvé à son inconnue, était déjà debout quand Trim entra.

—Quel temps fait-il ? Trim.

—Froid d’chien ! pas neigé.

—C'est bon; tu vas venir avec moi. Penses-tu reconnaître l'endroit où nous avons rencontré ces brigands ?

—Cré qu'oui.

—Vas t’habiller ; tu m'attenderas à la porte de sortie,

St. Luc prit la rue Notre-Dame qu’il suivit jusqu’à la rue McGill. Là il s'arrêta un peu pour s'orienter. “ C'est d'ici, se dit-il, que je l'ai aperçne tournantà

de punir les brigands lui monta à la tête. Il mit

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droite, et suivant la rue en face.” Il traversa et con-

tinua dans la rue St. Joseph. Arrivé à la première

rue à gauche, il examina de nouveau. ‘Elle a descendu cette rue, suivons,” et il la suivit, examinant attentivement. Il commençait à faire grand jour.

Une cinquantaine de-pas plus loin, il vit une rue à

droite, qui courait perpendiculairement à celle où il se trouvait; ‘ce doit être la rue dans lequelle j'ai entendu les cris,” pensa-t-il, et il entra dans cette rue. Un peu plus loin, à gauche, il vit un clos de bois, où de nombreuses piles de planches couvraient une grande étendue de terrain. Une ciôture en piquets de cèdres la séparait du chemin ; la porte ou plutôt la barrière, par laquelle on entrait dans le clos, consistait en quelques baïrres en bois, qui avaient été jetées à côté le long de la clôture.

-— C'est ici, dit Trim, qui s'approcha de son maître et lui montra l'entrée du clos de bois.

—Je le crois; entrons.

St. Luc fit quelques pas et, entre deux hautes piles de planches, qui laissaient entre elles un espace suffsamment large pour le passage d’une voiture, il vit à ne pas s’y tromper, que c'était là qu’avait eu lieu la lutte. |

Après avoir bien examiné les localités, il allait reprendre le chemin qu’il avait fait en compagnie de linconnue, quand il aperçut quelque chose de blanc que la neige avait recouvert en partie. (C'était un mouchoir de batiste, sur l’un des coins duquel étaient brodées les lettres “ X. D.” Il secoua le mouchoir pour en ôter la neige et remarqua une tache de sang. ‘‘Ils l'ont blessée 1” dit-il, et un désir violent

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le mouchoir dans sa poche ; puis se retournant vers Trim :

—Qu'as-tu fait de ces deux bandits, hier soir ?

—Livrés à patrouille.

—C'est bien ; je n’ai plus besoin de toi. Tu vaste rendre à la police et voir à ce qu’on ne les laisse pas échapper avant que je n’y sois allé.

St. Luc, ayant bien calculé tous les détours qu'il avait dû faire la veille, commença ses recherches d'un pas assez assuré. Arrivé à l'endroit où son inconnue, après s'être découvert le visage, l'avait prié de ne pas la suivre plus loin, il reconnut la lanterne au-dessous de laquelle elle s'était arrêtée. Mais ici il ne se rappelait plus si elle avait pris immédiatement la rue St. Maurice, ou si elle avait tourné l’autre coin, un peu plus loin. Il prit, à tout hasard, la rue St. Maurice ; il arriva bientôt au clos de bois. ‘“ C’est la même rue, se dit.il, ce ne peut être ici.” 1l retourna sur ses pas, jusqu’à l'endroit où l’inconnue avait cessé de s'appuyer sur son bras ; puis il s’avança jusqu’à la rue voisine. ÆElle le menait au collége. “Il faut que ce soit la rue St. Maurice,” pensa-t-il ; et il retourna reprendre la rue St. Maurice, examinant avec le plus grand soin tout ce qui pouvait mériter son attention. Il y avait plusieurs maisons de chétive apparence. ‘Elle ne peut être entrée dans aueune de ces maisons-là,pensa-t-il ; mais encore qui sait ? ” 11 était bien certain qu’elle ne devait pas y demeurer.

Nous le laisserons continuer ses recherches.

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