‹ Une de perdue, deux de trouvées [microforme]Chapitre 18 sur 78 · KO · texte numérisé non relu

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heure le temps était À peu près calme ; le navire cependant continuait à plonger à la lame, et tanguait considérablement.

En un instant toutes les soutes aux cordages, aux voiles, aux mâts de rechanges, furent ouvertes. La plus grande activité régnait sur le pont, qui avait changé son apparence de guerre pour celle d’un vaste atelier où cent bras étaient activement employés.

Le capitaine, qui se sentait soulagé d’une immense responsabilité, descendit à la cabine.

—Eh bien ! capitaine, quelle nouvelle ?

Le vent est tombé. Si le calme peut durer vers

les trois heures de l'après-midi, nous aurons réparé

nos avaries, jumeié les mâts, remplacé nos voiles, et après cela qu'il souffle tant qu'il voudra, nous sommes sauvés.

—Et vous croyez que le calme tiendra ? ?

—]l y a toute apparence.

. Cette nouvelle fut reçue comine une bénédiction du ciel, puis chacun s’empressa de monter encore une fois sur le pont, où un spectacle bien différent de celui qu'ils y avaient vu une heuré auparavant, vint frapper leurs regards. A l'arrière, la corvette, uni peu en dehors de la portée de canon, se balangait lourdement et s'élevait sur les lames, ayant loutes ses voiles dehors. Le Zéphyr aussi portait ses voiles, qui clapotaient sur les mâts à chaque roulis du vaisseau.

__ Le temps était chaud, le soleil dardant à pie ses. | rayons brûlants ; quelques nuages ris resta (gro au firmament, et sem co - ces in vaisseaux las à s'en

n’attendaïient qu’un souffle de vent pour commencer leur œuvre de destruction et de carnage.

A mesure que le calme durait, la sérénité prenait dans l'âme de tout le monde la place des sentiments si naturels -d'appréhension et de crainte, que l'on éprouve à la-veille d’une bataille et surtout d'u..e bataille sur. mer, où il n’y a pas de retraite possible. Sur mer, la mort vous environne de tous côtés; sur le vaisseau le fer, le feu, les balles ; hors du vaisseau la mer et ses abimes. La mort, partout la mort |

Les heures s'écoulèrent ainsi, chacun parlait peu mais pensait beaucoup, jusqu'à ce que la clochette du maître d'hôtel, encore une fois, vint annoncer que le diner était servi.

Sur les quatre heures de l’après-midi,la mer était tout à fait calme ; les avaries du Zéphyr était complètement réparées ; des mâts de rechauge avaient été substitués à ceux qui avaient été brisés, de nouvelles voiles avaient remplacé celles qui manquaient. Quand le dernier cordage eut été-fixé dans les poulies, un hourra s'échappa simultanément de la poitrine de tout l'équipage. et à bord tout sembla rentrer dans les habitudes de routine journalière. Il semblait que la corvelte n'était plus là, à leurs talons. Le Z4.

phyr avait toutes ses voiles maintenant et pouvait se jouer de la corvette ! A la profonde sollicitude avait succédé une espèce de folle et insouciante sérurité. Les tribordais descendirent dans la batterie, et les babordais faisaient nonchalamment leur quart.

Le reste de là journée se passa ainsi et le soleil : descendit dans la mer où il s’engloutit lentement comme un globe de feu.

ie lé souper, l'atmosplière était lourd et le | 1

de 88 UNE DE PERDUE

temps bas et sombre. Aucun souffle de vent ne riee dait la surface des eaux. Le timonier avait quitté la | sa barre et regardait, par-dessus le couronnement de M poupe, la mer qui phosphoresçait lorsque quelque : poisson venait soudre à la surface de l'eau. Les gens de quart, assis par groupes, conversaient entre eux el a , fumaient.

Il n'y avait pas d'apparence. de vent. Tout annonçait | une nuit tranquille. Peu-à-peu les passagers descen- * dirent'à lenrs cabines et se couchèrent,. ] Le capitaine Pierre fit le tour du navire, examina ; I | t €

soigneusement toutes choses, fit mettre les canons en serre, après quoi il appela l'officier de quart. —Vous aurez soin, lui dit-il, de tenir constamment

une vigie à la hune d'artimon, et de veiller stricte- l ment les mouvements de la corvette à l'arrière. Au 6 moindre signe de brise, faites-moi éveiller. Surtout, | u veillez la corvette. | à

« Oui, mon capitaine. l Le capitaine Pierre descendit se coucher, non sans ; 4

quelqu’inquiétude à l'endroit des pirates.

Quatre coups viennent d’être piqués sur la cloche. Les passagers dorment profondément ; le capitaine 1 ‘ronfle; le Zéphyr est immobile, comme une senti. | € nelle des horse-grards à Londres; le matelot qui vient de piquer la cloche fait entendre son monotone

refrain ‘* à l’autre bon quart ! Tout repose àberd du vi Zéphyr” | | | q Cependant tout ne reposait pas à bord de la cor- .vette. Qui eut pu voir ce qui s’y passait et entendre ce qui s'y disait, eut entendu beaucoup de choseset : le

vu beautoup de mouvements et d'activité. Il eut vu dm rt des EE à et toutes les ans

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dela corvette descendre tranquillement à l'eau ; il les eut vues remplies de figures féroces ; il eut vu des pistolets et des poignards à leurs ceintures, et il eut lu dans leur physionomie ‘ mort et carnage ; ” il eut vu les embarcations glisser rapidement et sans bruit sur la surface liquide et se diriger vers le

Léphyr.

Parmi l’un des groupes qui causaient nonchalamment et fumaient à bord du. Zéphyr, il y avait un homme qui n'était pas de quart, mais qui veillait parce qu’il ne pouvait nas dormir. Cet homme c'était le docteur Trim. le docteur était très-aimé des matelots pour ses contes, qui les amusaient, et ses chansons de nègre, qui les faisaient rire. Or Trim leur racontait, en ce moment, une des plus intéres santes histoires de nègres marrons, et il en était à une scène qui les faisait rire à cœur-joie, quand tout à coup Trim se redressa, fit un signe du doigt et leur cria ‘ chut,” IL écouta encore de toutes ses

- oreilles.

—C'est rien, dit-il, moué cru entendi qué chose. —Qu'as-tu entendu ?

—Moué sé pas, pit-être la raté pit-être la lame li

clapoté, pit-être rien.

— Allons, continue. - Trim continua son histoire, la réprenant où il l’a.

vait laissée. 11 eut à peine dit quelques paroles,

qu’il s'arrêta tout court. .

—Chut! moué entendi qué chose, c'est sûr. C'est

pas la lame, c'est pas la brise. Allons voir par dessus le bord.

mais ils ne virent rien,

Tout le groupe alla avec : Trim; ils regardèrent.

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\ —Ecoutez, dit Trim, entendez-vous ? moué enni téndi qué chose ; moué sé pas quoué, mais entendi . toujou.. Ils prêtèrent l'oreille et n’entendirent nu:

—Tu rêves, Trim, viens nous rachever ton histoire ou bien vas-t-en rêver dans ton hamac.

—Non, moué pas rêve: dans tout cas moué va

fe aller rêver comme vous di, non pas dans mon l’ha-

mac, mais dans la zune.

Trim monta dans la hune d’artimon à côté de la vigie qui s'était endormie, et qui se réveilla en entendant monter dans les haubans. "CR —Trim, est-ce toi ? que viens-tu faire ici ? | | —Y fairi trop chaud èn bas, et moué vini prendre | | l'air en haut; et pis encore moué cri avoir enteudi qué chose, sé pas quoué, comme le bruit des rames lg sourdes, écoutons, regardons. Ah! moué entendi s encore.

+ Le matelot en vigie mit sa grosse main goudronnée + derrière son oreille, en forme de cornet acoustique, rs et écouta.

cp —Je n’entends rien, rien du tout.

na —Eh bien, moué entendi bien à c't’heure; Ah! me ce tiens, regarde du côté de l'arrière, là bas, vuis t’y qué DA chose qui brille sur l’eau ?

En —Sur l’eau, non; ah; oui, arrête; mais ce n'est à rien; quelques gros poissons qui dorment à lasur- face, et qui agitent l'onde et la font étinceler avec leurs nageoires.

Trim regarda et écouta encore quelques instants, et quand il eut 6t6 satisfait de son examen:

+ —Vois-ti et entends-ti maintenant ?

vs —Je n’entends rien, et je ne vois rien, si ce n’est : # di de temps en temps l’eau qui étincelle, quand quelque ; poisson vient l’agiter.

—Uh non, n’est pas poisson qui agite l’eau, trop ré. "6 gulier pour ça; moué voyé bien longue trace co de. | nuelle et de chaque côté itou des étincelles co Va : des rames qui plongent. Tiens, regarde, y a un, deux, La- trois, quatre embarcations... Moué sûr, moué des- | cendi avertir officier de quart. | MN!

la —Eh bien, va; je vais veiller de mon côté. a: fi Trim descendit et alla faire part à l'officier de quart Dh de ses soupçons. L'officier de quart, après s'être satisfait par lui-même qu'en effet il y avait quelque re È chose qui remuait et faisait étinceler l’eau à une di grande distance encore dans la direction de la cores velte, descendit réveiller le capitaine.

di —Capitaine, capitaine. : :

—Ek bien, qu’ yat? ; ro és “à —Je ne sais trop, on aperçoit au loin, à l'arrière ‘ e, e du navire, la mer qui étincelle comme si elle élait . frappée par quelque chose comme le mouvement ré- , gulier de rames. Le docteur Trign m’assure qu'il h! entend le bruit de rames.

dd :—Trim dit-il qu’il entend le bruit de rames ? —Distinctement.

—C'est bien, retournez; dans un instant je vous ) suis.

Le capitaine à la hâte s’habilla et monta sur le pont, Les divers groupes de matelots s'étaient levés et regardaient par dessus les bastingagés. Trim était

: remonté à la hüne d’artimon où le capitaine le we ' tenant à la main 8. longue-vue de nuit. | :

—Eh bien, Trim, que vois-tu ?

Le mener

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—Cinq chaloupes, mon maitre, là-bas.

Et il étendit la main dans la direction de la corvette.

—Et entends-tu quelque chose ?

—Qui, mon maître, la plonge régulière de rames dans l’eau et leurs contrecoups contre les tolets.

—L£s-tu sûr ?

—Bien sûr.

Le capitaine, qui connaissait l'extraordinaire développement des organes visuels et acoustiques de son

nègre, crut qu’il était prudent de prendre ses précau-

tions, quoique lui-même ne put rien entendre, et qu'avec sa longue-vue il put à peine distinguer la phosphorescence, régulièrement interrompue e: renouvelée de la mer, dans la direction que Tran lui avait désignée. Il fit en conséquence appelèr tout l'équipage sur le pont, fit carguer toutes les k voiles et les focs, et re:ommanda le plus grand si et la plus stricte attention. Il fit placer au pied du mât de misaine un chaudron qu'il remplit de combustible et d'alcool, atin de donner de la lumière sur l’avant en cas de besoin. Un baril de goudron fut défoncé et pfacé auprès afin d'alimenter la flamme, s’il était nécessaire. Les armes furent distribués, deux canons furent tirés de leurs embrasures, chargés à mitraille et placés sur le gaillard d'arrière à tribord et à babord, de manière à enfiler lé pont de

bout en bout. La plus grande obscurité régnait sur

le pont; le capitaine ft éteindre tous les fanaux, un

us fut allumé et suspendu au beaupré. Il fit soi-

teusement enlever et retirer toutes les amarres qui ent le long du navire, excepté celles qui pen-

1 du. beaupré. Puis quand toutes ces opérations

furent terminées, il alla à l'arrière du vaisseau. Ap-. puyé sur le couronnement de poupe il pouvait aJors clairement distinguer les chaloupes par leur sillage phosphorescent. Il entendait aussi le bruit sourd que faisaient les rames rembourrées sur leurs tolets. Î n'y avait point à s’y tromper, quoique les chalou-" pes et les pirates fussent enveloppés dans la plus profonde obscurité. Grâce à l'extrême finesse de l’ouie du docteur Trim, une surprise n’était plus possible de la part des pirates. Les écoutilles furent fermées, le grand hublot de la cabine cloué, trois hommes et Trim, furent placés au pied de l’escalier de la cabine, armés de pistolets et de sabres. Trim avait préféré s'armer d’une énorme barre de fer quarrée, qui semblait en ses puissantes mains comme une baguette légère. Les gabiers de combat étaient placés sur les hunes avec leurs carabines et des provisions de grenades ; tout le long des passe-avants se tenaient cachés ces hardis marins du Zéphyr, dont le capitaine avait raison d’être si fier. Le capitaine était partout, examinant et ordonnant tout par lui-même. Son pas lèger et actif, sa parole vive et animée, ses manières posées et assurées, tout annonçait chez lui la plus grande confiance dans les dispositions qu’il avait prises pour recevoir se3 nouveaux hôtes. A chacun il adressait un mot bienveillant et une parole d’encouragement.

—Remercions la providence, mes enfants, leur disait-il, de ce que nous avons été avertis à temps pour pouvoir faire à ces gens-là une réception digre de leur visite. Ils ont cru nous prendre à l'improviste et nous trouver plongés dans les bras du sommeil ; ils pensaient nous a et Île vont être bien

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