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surpris à leur tour. Les choses sont arrangées pour leur faciliter l’abordage par l'avant; nous leut avons allumé un fanal et tendu des amarres : c'est par là qu'ils monteront et nous saurons où les prendre. Silence, mes enfants, et attention. Quand je vous donnerai le signal, vous vons jetterez tous à plat-ven. tre et nous essayerons sur eux l'effet de ces deux
Canons à mitraille, que nous avons braqués à l’ar-
rière.
En ce moment une figure montait de la cabine, Cette figure c'était celle du comte d’Alcantara, qui, ayant entendu tous ces préparatifs et voyant quatre hommes armés ‘ans la cabine, ne put résister à son envie d’alier sur le pont voir ce qui s’y passait. Par précaution il s'était armé de deux pistolets à six coups chaque, espèce de revolvers nouvellement en usage, qu’il mit dans les poches de son paletot. En arrivant sur le pont, son premier soin fut de regarder tout au tour de lui, puis ne voyant rien, n’entendant rien, il s’assura que la brise dormait et qu’il n’y avait pas de vaisseau à craindre, alors il se hasarda à faire un pas
“en avant. Ayant appris que le capitaine était en ce
inoment près du mât d'artimon, il passa à l'avant. A mesure qu’il avançait, sa résolution et son assurance faiblissaient en voyant tous ces hommes silencieux, qui se baissaient pour ne pas se montrer au-dessus des bastingages.
—Mais, est-ce que je rêve, se dit-il en se frottant les yeux et les écarquillant ? Sont-ce des hommes
ou des spectres ? Et il allongea la main potr juger par lui-même si c'était une réalité ou une illusion, : Fa eut peur, et il retourna à la cabine, La porte était
tu
bres entre les dents. De ler
Il se retourna vers un matelot et lui demanda ce que tout cela signiflait.
Silence, répondi’ la sentinelle, on ne parle pas
—Allons, se dit-il à lui-même, décidément je ne
+ comprends plus rien. Il paraît que je joue le rôle de
Télémaque, descendant sur la rive de l'Achéron, et ne rencontrant sur ses pas que les ombres de guerriers muets. Si on ne parle: pas, on marche du moins ; et encore une fois il se dirigea vers le gaillard d'avant. |
A peine futil arrivé vis-à-vis le mât d'artimon qu'un cliquetis, comme celui de fusils que l'on arme, se ft entendre sur toute la longueur des passe-avants. Le premier mouvement du comte fut de se sauver à
la cabine, mais il se souvint que la porte en était fer:
mée et gardée, et il s'’élança dns les haubans du mât d'artimon. 11 ne put parvenir sur la huue, craignant de se hasarder dans les haubans de revers; il se blottit du mieux qu’il put, n'osant ni descendre ni monter,
En ce moment les pirates arrivaient, nageant sans bruit et lentement ; ils firent le tour du vaisseau et passèrent à la proue. Tout était dans le plus profond silence et la plus grande obscurité, seul le fanal du beaupré jetait une faible lueur sur le gaillard d'avant. Bieniôt on vit une tête s'élever au-dessus du coltis et regarde? avec précaution, puis un homme se hissa sur le beaupré et fit un signe. En un instant vingt pirates grimpèrent par les amarres, tenant leurs s8-
—On n'entre pas, lui dit une voix sourde et gutturale. ”
mains ils ont
saisi le beaupré; déjà leurs pieds touchent les bastingages, la lame de leurs sabres brille au reflet de la lümière du fanal, ils se baissent pour sauter sur le pont, quand tout à coup on entend une voix qui crie :
— Feu!
Et la délonation d’une trentaine de mousquets re-
tenitit dans le silence de la nuit ; les balles sifflent et cinq à six pirates culbutent à la mer, frappés à mort ;
d’autres tombent blessés sur le pont.
—Bien, m°s enfants, cria le capitaine, en avant maintenant !
Les marins du Zéphyr s'élancent sur le gaillard ; le
capitaine ordonne de mettre le feu au chaudron, et une immense flamme s’élance et répand au loin sa lumière sur les eaux. Ce fut alors une, horrible mélée. Les pirates montent par les amarres, se hissent les uns sur les autres ; ils lancent leurs grapins dans les cordages et grimpent dans toutes les directions. Une voix retentit qui les encourage. C'est Cabrera, Antonio Cabrera leur chef. Il est sur le gaillard d'avant avec une dizaine des siens, repoussant l'attaque et favorisant l'abordage des pirates. Le tumulte est à son comble. Tout est confusion. Pirates et Zéphyr sont confondus. C'est une lutte acharnée, homme à homme ; tout se culbute et se relève pour rouler
: étse culbuter encore. Les fusils ne $ervent plus; les
pistolets sont déchargés. Le sang ruisselle et rend
‘le pont glissant. Tous les pirates sont maintenant montés. Le gaillard d'avant est trop petit pour les: } contenir. Les Zéphyrs sembient céder sous les efforts :
prodigieux de Cabrera et de ses gens. La flamme
… bleuâitre de lalcogl et et des combustibles, qui drhlent |
dans le chaudron, répand une lueur blafarde sur- RU leurs figures, couvertes de poudre et de sang. Ils VA
sur sont serrés en masse compacte et pressent devant j qui eux les Zéphyrs qui reculent pied à pied, mais en 1 :| ordre. a ei { Le capiai.. Pierre n’est pas avec eux, il est à l'ar- 4 s r'e- rière,.debout sur son banc de quart, son porte-voix à Er ntet * ! la main; ilsuit avec sang-froid la lutte qui rugit à CA ort; l'avant du navire. Il voit ses Zéphyrs qui cèdent je | peu à peu ; il ne craint rien, car il sait que c'est une LÉ | vant manœuvre qu’ils exécutent afin d'amener les pirates . 1 sous la portée de ses deux canons. Arrivés près du a 1 ; le mât d’artimon, les Zéphyrs déchargent leurs der- Hs n,et niers coups de pistolet ; les pirates hésitent, s'arrêtent 1 10 insa ! et se pressent en masse serrée. a | mè- —Ventre à terre! cria le capitaine à travers son Or porte-voix. de —Feu ! |
Et les deux canons partent ensemble, enfilant le pont de bout en bout, à la hauteur de poitrine d’hom me ; la mitraille balaye et fauche à travers les rangs des pirates qui sont restés debout. Ceux qui ne sont pas tombés, se retirent précipitamment vers le beaupré pour sauter dans les chaloupes. Mais Cabrera est là, il les arrête de sa voix :—* Je tue le premier qui recule, crie til, en avant! suivez-moi!” Et il s'élanre encore une fois à la tête des siens. Mais cette fois Pierre est aux premiers rangs de ses braves Zéphyrs. La mort suit leurs sabres qui tranchent et fauchent dans les rangs des pirates. Cabrera a reconnu Pierre, et c'est sur lui que se concentrent toute sa rage et toute sa fureur. Il fait des efforts
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‘mène la mort devant lui, la mélée est trop affreuse,
des masses d'hommes le séparent de celui qu’il voudrait tenir sous sa main.
Déjà les pirates cèdent au nombre ; ils hésitent, ils reculent ; Cabrera en in les exhortent à le suivre, quand tout à coup un cri perçant retentit dans les airs; une masse tombe du mât d’artimon dans le baril de goudron, le baril roule sur le pont sous le poids qui l’entraîne, cette masse se redresse et relombe dans le chaudron de combustible pour s’en relever tout en feu. C’est un homme! Les combattants s'arrêtent et s’étonnent à ce phénomène “inattendu ; les flimmes l’enveloppent de langues de feu, la douleur lui arrache des cris qui ne sont pas humains.
Il ne voit plus, il se précipite partout, se darde à travers les range des pirates ; ses pistolets à six coups ont pris feu et partent d'eux-mêmes, tuant et blessant à droite et à gauche ceux qui l'entourent.
. Le capitaine, qui a compris et reconnu l’infortuné
come d’Alcantara, profite de la confusion et pousse’
les pirates le sabre dans les reins. Le pont est jonclié
- de cadavres ; tous ceux qui échappent à la mort sau.
tent à la mer. ‘Cabrera, qui voit que tout est perdu, s'élance pour sauter par-dessus le bord, mais -une main de fer le saisit par le collet de son habit, et lui erie dans les oreilles :
—Ah! ah! c’est vous qui avez voulu me frotter à Matance, rous allons ‘voir ; c'est à mon tour maintenant.
Mais à peine Tom a-t-il le temps de lui porter une couple de coups de poing, que trois à quatre Zéphyrs se jettent sur Cabrera et le font prisonnier. Aver
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Cabrera finit le combat, qui avait duré près d’une demi-heure avec un épouvantable acharnement.
Ou est parvenu, non sans peine, à s'emparer du comte d’Alcantara et à éteindre le feu qui le dévorait. Il est grièvement brûlé. On le transporte dans la cabine où les suins les plus empressés lui sont donnés par Sir Gosford. Heureusement qu'il ue s'est fait aucun mal dans sa chûte. Après avoir lavé ses blessures, on lui applique du coton en ouate pour soutirer le feu de ses plaies, qui le font souffrir cruellement, quoiqu'’elles n'aient rien de dangereux.
Pendant ce temps-là, Pierre est sur le pont. Cinq
pirates sont prisonniers et étroitement liés. Les
matelots du Zéphyr sont rangés sur le pont et répondent à l'appel. Le résultat de l'appel fait voir qu'il y a eu trente deux blessés et cinq morts. Les pirates ont laissé treize morts sur le pont, sans compter ceux qui tombèrent à la mer sous le feu de la première décharge, et dix prisonniers y compris Cabrera. Les autres avaient sauté par dessus le bord dans l’espoir de regagner leur navire.
Quand le capitaine eut assisté au pansement de ses blessés, et qu'il eut vu que tout avait été remis en ordre sur le pont, il descendit à la cabine pour changer ses vêtements couverts de sang et en lambeaux. En le voyant entrer dans la cabine, Clarisse fondit en larmes ; elle voulut parler, mais son émotion était trop forte. Son amie, assise sur le sofa, n'avait pas la force dé se lever et ne trouvait pas une parole pour exprimer au capitaine tout ce qu'élie ressentait de reconnaissance. Sir Gosford vint tendre la main à Pierre et lui dit : “ Vous êtes mon ami ! ”
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—J'accepte ; maintenant permettez que j'aille changer de toilette, dit le capitaine, en montrant sa chemise tachée de sang et son gilet en lambeaux; et si vous le voulez bien, nous prendrons un réveillon ensemble.
Trois quarts d'heure après, un splendide réveillon iut servi par le maître d'hôtel Le champagne et
. toutes les richesses de monsieur Lafond, le maître
d'hôtel, furent mis en réquisition, et contribuèrent puissamment à bannir les sombres reflets, qui restaient encore, des scènes dont le Zéphyr avait été si récemment le théâtre. La conversation roula tout naturellement sur les évènement qui venaient de se passer et plus particulièrement sur ce qui était arrivé au malheureux comte d’Alcantara.
—]1: paraît, capitaine, que le chef de ces brigands est en ce moment prisonnier et en vos mains, demanda Sir Gosford.
—Oui, monsieur, et c’est un terrible homme: C’est dommage qu’il se soit laissé entrainer à ce genre de vie, il aurait pu jouer un rôle dans la société.
—Et que pensez-vous qu'on en fera ?
—Oh: ils seront pendus lui et les autres prisoniers, c’est le sort qui les attend.
—Je serais bien curieux de le voir.
--Eh bien ! si vous le voulez, suivez-moi. Ils sont en ce moment sur le pont, liés et gnaron és auprès du câbestan. «
Clarisse et Sara se pressèrent contre Sir Gosford et suivirent le capitaine.
Quands ils arrivèrent auprès du cabestan, Cabrera retourna fièrement la tête vers les nouveaux arrivants. Sara pressa convulsivement la main de Cla-
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risse, lâcha un cri déchirant et tomba sans connaissance dans les bras de Sir Gosford, en murmurant le SE à nom ‘ d’Antonio.” UE |
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