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Quel malheur! n'importe. Vous pensez que nous arriverons demain. Aurons-nous besoin de prendre un remorqueur ?
Le vent est tout juste comme il faut, nous irons aussi vite que un FEMONENOUE, outre qu’en ce moment il n’y en a pas à ia balise.
—C'est bien, monsieur le pilote, vons commandez à bord maintenant. Quel est votre nom ?
—Edouard Phaneuf.
Et le capitaine descendit à la cabine pour préparer le manifeste du bâtiment, et un état de la cargaison et des consignations.
Le pilote se promenait de long en large sur le pont répondant d'un ton sec et brusque aux questions qu'on lui adressait.
—Décidément c’est un ours, disait le comte d’Alcantara à Sir Gosford. Il n’y a pas moyen d’en tirer une réponse satisfaisante.
—Il y en a beaucoup comme lui, quoique cependant on en trouve de plus polis, répondit Sir Gosford ; tout occupés de leur métier, ils ne connaissent que
cela. Encore bien heureux quand ils remplissent.
leur devoir avec habileté et qu'ils ne nous échouent pas quelque part sur ces bancs de sable, qui sont si mauvais à l'entrée du Mississipi.
—J'ai envie de lui parler d’autres choses, peut-être aimera-t-il que nous lui donnions des nouvelles, s’il
n’ime pas à nous en donuer ? Si nous lui parlions
des pirates ?...…..
— Faites comme vous voudrez, répondit Sir Gosford: —Savez-vous, monsieur le pilote, lui dit le co nte, que nous avons été attaqués par des pirates, a y a trois ou quatre jours ?
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—Vraiment ! répondit Edouard Phaneuf, et comment ça ?
—Oh ! mais, c'est que nous avons eu une furieuse difficulté à nous en débarrasser ; vous voyez comme j'ai la figure toute brûlée, je ne sais trop par quel miracle j'ai pu échapper à ia mort, au milieu des balles et des couteaux de ces brigands. Dieu merci, nous les avons mis en fuite, après en avoir tué une trentaine et en avoir fait dix prisonniers.
—Vous avez des prisonniers, dit le pilot d’un ton qu’il tâchait de rendre indifférent, mais dont l'émotion n’échappa pas à Clarisse Gosford, qui, sans trop savoir pourquoi, éprouvait une espèce de répugnance à la vue de cet homme à l’air sombre et aux trait: fortement accusés. Et où sont-ils ?
—ÏIls sont enchaînés dans la cale. Nous avons pris
leur chef ; un véritable démon, bel homme d’ailleurs.
—Savez-vous son nom ?
—Ïls l’appellent Antonio Cabrera.
A ce nom, le pilote contracta les sourcils, et se retournant brusquement du côté du timonier, il lui cria :
—Tribord la barre !
—Tribord la barre, répéta le timonier.
—Holà ! en avant là, bordez-moi les focs ! Non pas comme Ça. Et le pilote courut sur le gaillard d'avant où il donna ses ordres, évitant ainsi de se rencontrer avec les passagers. :
Le reste de la journée se passa tranquillement, les natelots occupés à nettoyer le navire et à préparer et ranger les balles de marchandises, les passagers à écrire des lettres et à faire leurs malles,
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Durant la nuit, pendant que le Zéphyr montait à pleine voile, refoulant le courant du Mississipi, Edouard Phaneuf prit un fanal et descendit à la cale, accompagné d’un des matelots du quart. A bruit que fit le pilote en entrant dans la cale, Antonio Cabrera leva la tête et reconnut Phaneuf à la lumière du fanal que ce dernier tenait à la hauteur de son visage. Un signe imperceptible d'intelligence passa entre Phaneuf et Cabrera ; et ce dernier remit sa tête sur un paquet de voiles qui lui servait d'oreiller. Le matelot n'avait pas remarqué que Cabrera avait levé la tête.
—Ne faisons pas de bruit, ils dorment, dit-il à voix basse à Phaneuf. |
—Oui, ne les réveillons pas, quoique des chiens comme eux ne méritent pas même qu’on les laisse dormir.
— Vous êtes bien dur, continua le matelot, ils n’ont que quelques jours à vivre, et quoiqu'ils méritent bien la mort, on doit en avoir pitié.
—Pitié ! et pour des chiens de pirates, répondit Phaneuf en affectant un air de suprême horreur. Allons-nous en, le cœur m'en lève de dégoût ! Preriez le fanal et montez.
Le matelot prit le fanal et monta le premier ; Phaneuf glissa quelque chose à Cabrera sans que le matelot l'aperçût. Ce quelque chose, c'était une lime.
Deux heures après, pendant que la ‘plupart des gens de quart étaient assouvis, un homme se glissa tout doucement le long du passe-avant de babord, montait sur le gaillard d'avant en se traînant sur le ventre, passait par dessus le coltis, et s’aidant des
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cordages de la civadière descendait dans l'eau. De temps en temps, on eut pu voir une tête qui s'élevait au-dessus de l'onde et plongeait, en gagnant la rivedu
fleuve on eut dit un caïman s’éloignant paresseuse-
æent du navire, pour aller s’enfoncer dans les prai- : P
ries flottantes, qui bordent le Mississipi ut ’à son embouchure.
Phaneuf passa la nuità se promener sur le gaillard d’arrière, les deux mains dans les poches de sa vareuse, espèce de blouse que portent la plupart des pilotes du Mississipi.
Quand les premières lueurs de l’aurore commencèrent à blanchir l'horizon, Phaneuf s’approcha de la lumière de l’habitacle et tirant un petit morceau de papier roulé, il le déplia et lut : ‘ Si Pierre de St. Luc ignore la mort de monsieur Alphonsé Meunier vous mettrez un mouchoir blanc ; si au contraire il a appris sa mort (qu'il faut tâcher de lui laisser ignorer) vous mettrez un moucnoir rouge}
—C'est un mouchoir blanc qu'il faut, :se dit-il ; et il jeta à la mer le petit papier, après l’avoir déchiré.
A mesure que le Zéphyr avançait, l'aube r\aissaite &lait en augmentant.
Bientôt Phaneuf put apercevoir L+ 7rer::res habitations. Dejà dans la distance on pouvait distinguer le bois de chènes ve:ts qui se trouve à deux milles au-dessous du couvent des Ursulines. Un mouchoir blanc, attaché sur les haubans de tribord, fottait à la brise.
Le capitaine et les passagers montèrent bientôt sur
le pont. Le
—ÆEh bien, pilot, nous avons fait bien du chemin cette nuit; je vois que dans une couple d'heures
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nous serons au couvent des Ursulines, et avant onze heures, au quai.
—Oui, j'espère.
Vers huit heures, le déjeûner fut servi, et le capitaine invita le pilot à descendre, ce que celui-ci accepta volontiers.
Pendant qu’ils étaient à table, un cartot se détacha du rivage, monté par deux hommes, et alla au devant du Zéphyr.
L’oflicier de quart, voyant approcher un canot qui faisait des signaux, fit jeter des amarres, que les gens du canot empoignèrent.
—Que voulez-vous, leur demanda l'officier du quart ?
— Nous voulons parler au capitaine.
—Attendez, il est à déjeûner— Vous feriez mieux de monter.
— Non, merci, il faut que nous partions de suite. Ve pourriez-vous pas faire appeler le capitaine ?
Celui-ci, averti que quelqu'un le demandait, mon ta sur le pont,
—Qu'avez-vous à me dire, mes amis, dit le capilaine en.s’adressant aux gens-du canot ?
—Etes-vous le capitaine du Zephyr ?
—Oui, mes amis.
—Ebh bien, capitaine, auriez-vous la bonté de venir à terre, à cetie auberge que vous voyez avec des contrevents verts ? Monsieur Meunier nous à envoyés Yous chercher.
Pierre de St. Luc, en apprenant que le père Meu- Mer l’attendait à terre, descendit en toute hâte à la Cabine, recommanda au pilote de continuer sa route sans l’attendre, qu’il allait descendre un instant à
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