‹ Une de perdue, deux de trouvées [microforme]Chapitre 40 sur 78 · LE CACHOT · texte numérisé non relu

LE CACHOT

Pierre de St. Luc avait été laissé dans son cachot, attaché sur son lit de planches, dépouillé de tous ses vêtements et baignant dans son sang. La blessure qu'il avait reçue au front était considérable quoique peu dangereuse, et la quantité de sang qu’il avait perdu l’avait tellement affaibli qu'il perdit connaissance. Il w’avait pas mangé ni bu depuis qu'il était prisonnier. [Il souffrait horriblement de la soif, son palais desséché et son estomac brûlant lui causaient d’insupportables douleurs. Une cruche d’eau

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avait bien été mise près du chevet de son lit, mais il lui était impossible d'y atteindre. Le sang qui s'était écoulé de sa blessure au front avait diminué la fièvre qui brülait son cerveau. Le lendemain matiu, il se réveilla un peu rafraîchi, mais si faible qu'il put à peine remuer son bras que les Coco-Létard, dans leur précipitation, avaient négligé d'attacher. Ce fut pour Pierre, une bien grande satisfaction de pouvoir étendre son bras et de tremper ses doigts dans la cruche pour les porter ensuite à sa bouche.

Vainement il essaya de se remuer: sanglé au lit par une courroie, qui lui passait par dessus la poitrine, il ne pouvait de sa main atteindre aux cardes qui attachaient son autre bras et ses jambes, ni défaire la courroie qui bouclait en dessous du lit.

Il demeura dans cette position jusque vers les trois heures de l'après-midi, temps auquel la mère Coco vint regarder par la trappe. Quand elle aperçut ‘Pierre remuer son bras, elle crut qu'il était parvenu ‘ à se détacher ; elle lâcha nn cri, ferma la trappe et appela François pour lui aider à assujettir fortement les ressorts, et à entasser par-dessus tout ce qu'il y avait de plus pesant dans l'appartement.

— 1] nous arrivera malheur avecce maudit prisonnier ; mon pauvre Jacob, que nous avons en de la peine à transporter à la ville, où il souffre affreusement sous la garde de cette petite idiote de Clémence, a été sa première victime ; je ne sais qui sera la seconde.

Maman, PSE que la seconde victime sera luimême, car je jure que s’il n’a que moi pour lui porter à manger, il mourra bien dé faim.

—Qu'il meure donc comme un chien !

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—C'est ça, attention et vogue la galère, ajouta Léon qui venait d'arriver.

Nous laisserons maintenant les Coco, mère et fils, discutant sur les moyens de défense nécessaires au cas où le capitaine parviendrait à forcer la trappe, et nous nous rendrons sur la levée au pied de la rue Bienville où le docteur Rivard, en cabriolet couvert, attendait Pluchon.

A l'heure fixée, Pluchon arrivait armé de son immense parapluie de coton, car il tombait en ce moment une pluie violente. Le temps était chaud, malgré l'orage.

—Montez vite, M. Pluchon, lui dit le vieux docteur à voix basse, je vais vous conduire à l'habitation des

champs. J'ai appris cette après-midi que le rapport.

du coronaire avait été on ne peut plus favorable ; et je crois qu'il faut de toute nécessité que nous en finissions dès cette nuit avec Pierre de St. Luc. —dJ'ai préparé une liqueur dans cette fiole qu'il faut faire prendre de suite au capitaine. Cette liqueur est un poison prompt et sr, qui ne laisse point de traces. J'en ai obtenu la recette d’un nègre Congo qui m'a dit qu’il était d’un succès merveilleux, ce que j'ai eu déjà occasion d’éprouver par moimème. Tenez, M. Pluchon, prenez la fiole, mettez-la dans votre poche de gilet et prenez bien garde de la casser.

Pluchon prit la fiole et la mit avec précaution dans sa poche. Tous deux gardèrent: ensuite le silence, jusqu’à ce qu'ils arrivèrent à quelques arpents de l'habitation des champs. La pluie tombait par torrents. Pluchon descendit de voiture pour se rendre auprès des Létard. Le docteur Rivard resta

. auquel il avait recommandé de voir lui-même à ce

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sale: petits morceaux de papiers collés sur ces bou-

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dans la voiture, attendant le retour de Pluchon,

que le poison fut administré au capitaine.

Au bout d'un quart d'heure environ, Pluchon revint à la voiture dans laquelle il monta.

—Mauvaise nouvelle, docteur, les Coco jurent qu’ils ne descendront pas cette nuit dans le cachot ! ils sont saisis d’une crainte superstitieuse. C’est ce soir la veille du jour des morts, et ils ne voudraient pas y descendre pour tout au monde. |

C’est bien malheureux, il serait si'important d'en finir dès ce soir !

Et le docteur se mit à réfléchir, tout en retournant vers la ville au pas de son cheval. Au bout de quelques instants le docteur s’écria : ‘* j'ai un moyen; ” et il donna un vigoureux coup de fouet à son cheval en lui disant ‘ marche Balais ;” et Balais partit au grand trot, à travers la boue et au milieu de l’obscurité. |

Au bout de la rue Perdido, qui aboutissait à la cyprière, il y avait sur la lisière du bois une vieille case de nègre. Cette case était habitée par un nègre Congo, qui avait acheté sa liberté de son maître moyennant la somme de quatre mille piastres, qu'il s'était procuré, personne ne put savoir comment. Ce nègre avait un étrange commorce ; sur des tablettes au fond de sa case, il y avait des floles, des bouteilles de toutes grandeurs et de toutés formes, contenant les unes des” poudres, les autres des liquides bleus, blancs, verts, rouges, jaunes, noires. Toutes ces bouteilles étaient hermétiquement fermées. Sur de

teilles-on lisait : poison pour les punaises, pour les

rats, pour les souris, etc. Dans une grande armoire, dont la porte vitrée laissait voir les tableltes,on voyait, rangées suivant leurs grosseurs, des dames-jeannes soigneusement bouchées. Ces dames-jeannes contenaient des reptiles vivants, tels que serpents à sonnettes, serpents sourds, congres, etc. tous reptiles dont la morsure était mortelle. Ce nègre Congo était celuilà même qui avait enseigné au docteur Rivard la recette du poison, dont il avait voulu ce soir même essayer l'effet sur Pierre de St. Luc.

Il pouvait être neuf heures du soir; un feu de charbon brûlait dans une espèce de cheminée, et

répandait une faible lueur dans la cabane, sans l’é

clairer cependant assez pour reconnaître la physionomie d’un gros nègre, assis sur une buche de bois

auprès du feu. La conversation était animée entre .

ces deux individus; le vendeur de poisons refusait obstinément de découvrir à l’autre certains secrets, que ce dernier semblait déterminé à obtenir.

Tu me le diras! dit Trim en se levant, car le visiteur nocturne était Trim ; tu me le diras ou je le jure que je te dénoncerai à la police.

—Chut! répondit le Congo, en baïssant la voix,

j'entends les pas d’un cheval dans la boue.

En effet un cheval, attelé à un cabriolet couvert, approchait de la cabane du nègre, qui était sorti avec Trim sur le seuil de la porte. Avant que la voiture arrivâi, Trim se retira dans l'ombre de la porte.

Un certain sifflement discret avertit le Congo qu'on voulait lui parler en secret. Il s’avança près de la voiture, jeta un coup-d'œil furtif sur les deux per.

sonnes qu’elle contenait, et avançant la tête vers

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