‹ Une de perdue, deux de trouvées [microforme]Chapitre 6 sur 78 · RL SU LE VE · texte numérisé non relu

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Les divers groupes de Signors cubains s'étaient. rapprochés peu à peu de l'endroit où se tenaient les deux matelots, que le capitaine Pierre avait laissés en soin de l’embarcation. L'un des curieux s’adressant aux matelots leur avait demandé quel était le vaisseau auquel ils appartenaient.

—Qu'est-ce que cela vous fait, que nous filions 1h écoutes sous un pavillon Français o Aiméricain, Russe ou Danois ? N’en avez-vous douc jamais vu de vaisseaux dans votre trou de port? lui répondit le plus gros des deux matelots d’une voix rude et rauque comme le tuyau d’un orgue en désaccord.

Un homme de haute taille, revêtu d'une blouse grise et d’un. large feutre blanc, voyant que c'était parti pris de ne pas donner de renseignements sur le

navire (lui qui avait ses raisons d'en connaître quel-

que chose,) crutqu’un bon moyen de les faire parler serait de leur faire une querelle et de remuer un peu leur irascibilité. Aussi, s’avançant avec un air de matadore :

—Ah ça, l'ami, vous êtes un polisson, un manant, derépondre aussi grossièrement à ceux qui vous parlent poliment. Nous en voyons souvent des vaissoaux, mais ils n'ont pas peur de se faire voir, comme vous autres, pirates que vous êtes. Vous devriez tous être pendus, c’est ce que vous méritez ; et je ne sais ce qui me tient dete frotter un pou toi, ainsi que ce mijauré qui est assis à tes côlés,et qui ne prend pas même la peine de nous regarder.

. Tronc de Diou ! je voudrais bien vous voir, l'ami,

essayer de me frotter, c'est une partie qui se joue à

deux, celle-là.

‘ —Tom, Tom, lui dit l’autre matelot en se retour-

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nant, ne va pas faire de tapage; tu sais que le capitaine nous a expressément ordonné de ne nous oëcuper en rien du tout de ce qu’on pourrait nous dire.

C'est donc votre capitaine, cette espèce de tourlourou, qui vous donnede ces sortes d'ordres, répliqua le matadore. Eh bien ! moi je vous ordonne de me répondre, entendez-vous ; quel est le nom de votre capitaine et celui de son vaisseau ?

Les deux matelots haussèrent les épaules; l’un d’eux se mit à sifiler et le gros Tom se gratifia d’une énorme chique, qu'il fit violemment naviguer de tribord à babord de sa large bouche, en jetant un coup d'œil de travers sur cet insolent interlocuteur, qu'il avait fort envie de frotter, comme il disait, Mais les ordres du capitaine étaient précis et sans réplique. Nul à bord n'eut osé désobéir.

Les esprits commençaient à s’échauffer et les affaires semblaient prendre une tournure à la guerre ; il s'en serait peut-être suivi quelque violence, si en ce moment quelqu'un n’eut crié :—

—# Voici la garde du maître du Häâvre ! ”.

En effet, le maître du Hâvre à cheval, accompagné de sa garde de service, arrivait au grand trot. Après” avoir fait rapidement l'inspection des bassins il descendit à l'Hôtel d'Angleterre.

En ce moment le capitaine Pierre sortait du consulat, accompagné de deux jeunes demoiselles auxquelles il offrit galamment le bras. A quelques pas en arrière suivait un monsieur d’une cinquantaine d'années,qui parlait ave: animation au consul anglais.

Cependant le matadore, qui voyait avec peine échapper l'occasion d'apprendre ce qu’il désirait et qui avait ses raisons de ne pas se fairs “ee

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ll He du consul anglais, se retira en arrière et se confon- LU ne dit dans la foule : mais non sans avoir jeté une malé- Il 4 | diction au gros Tom et lui avoir promis “ qu'ils se | reverraient peut-être plus tôt qu’il ne pensait.”

Tant mieux, et nous nous frotterons; avait

répondu Tom.

Un instant après, cette bande de curieux s’ouvrit se pour laisser passer le capitaine Pierre et les jeunes | 4 demoiselles.

11 2 —Je vous recommande bien ma chère Sara, Sir ll Gosford, disait le consul au monsieur anglais,elle: | BSLN est nerveuse; j'espère que vous la rassurerez et que

ti M vous lui tiendrez lieu de père. ] Î no. Soyez tranquille, aussitôt arrivé à la Nouvelle- : | || à Orléans, je vous écrirai le résultat de notre traver- ; sée. Elle ne sera pas longue, six jours tout au plus. ‘is EE : Sara et son amie embrassèrent le consul, qui, | Mn ayant échangé un salut d'adieu avec Sir Gosford, | p | ie tendit la main au capitaine en lui recommandant sa À b fille. l | Î Les passagers étant tous hole dans la cha- : p loupe, les matelots poussèrent au large. v —M. de St. Luc! cria le consul, pardon, j'oubliais | de vous donner cette lettre pour. Monsieur Meunier. o —QOui, oui, monsieur. b Adieu mon pèré, cria Sara; et la chaloupe sé. | le F3 lança vers le vaisseau qui, ayant levé l'ancre, lou- la voyait dans le port en courant de petites bordées fe sous son petit hunier, et son grand foc.

En entendant prononcer le nom de St. Luc, b l'homme au feutre blanc et à la blouse grise, fit un Y mouvernent de surprise, regarda le consul anglais, la puis examina attentivement le capitaine Pierre, d’

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Bon! se ditil à lui-même, je suis bien aise de

m'être trouvé ici à temps pour avoir le mot de l'é- -

nigme. Ce vaisseau, c'est-le Zéphyr; ce capitaine, c'est le fameux capitaine Pierre; nous avons déjà fait connaissance, nous la renouvellerons encore, c'est

curieux que je ne l’aie pas reconnu ; le Zéphyr porte.

la: remise que doit faire la maison Munoz & Cie., de Rio, à la maison Meunier de la Nouvelle-Orléans. Un million! Tout ça, c'est bon à savoir. Voyez donc, moi qui n’attendait le Zéphyr que dans une quinzaine de jours, au plus tôt!

Et cet homme qui avait deviné tant de choses par le seul nom de St. Luc, s’élança sur un superbe cheval barbe, qu'un nègre tenait par la bride à quelques pas en arrière, et partit au grand galop. Me le reverrons plus tard.

Maintenant nous prandrons la liberté de sh les passagers de la chaloupe et de monter avec eux à bord du Zéphyr.

La première chose qui frappait, en montant sur le

pont, c'était la propreté et l’ordre admirable qui

régnaient partout.

Le capitaine Pierre aimait son Ziphyr. Tout son orgueuil c'était de le parer ; tout son plaisir de l’embellir. Tout était du goût le plus exquis ; la mâture,

les gréments, les voiles, tout était calculé, taillé avec

la plus minutieuse exactitude pour la plus grande force et la plus grande vélocité. :

La cabine du capitaine était un véritable petit boudoir; tapis de Turquie, divans, fauteuils, glace de

* Venise, rien n’y manquait. Elle avait plutôt l'air de

la maison d’une petite maitresse que de la chambre

d'un matelot; mais si cette cabine avait l’apparence

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