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d’un temple de Vénus, il y avait bien aussi quelque chose qui trahissait la présence du dieu Mars. Des pistolets, des sabres, des haches d’abordage, des Es piques, des couteaux de chasse, symétriquement RS arrangés, formaient sur la cloison des ronds, des Hill à . carrés, des losanges, des soleils et diverses autres ! figures. Et aussi, si vous souleviez les coussins de velours cramoisi qui recouvraient deux espèces de faux buffets, vous aperceviez les culasses de deux ‘énormes pièces de trente-six, qui, appuyant leurs mu-
| HE .. seaux sur les sabords percés à la poupe, semblaient
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dormir en attendant leur quart. Les escaliers et les planchers, en bois de chêne, étaient frottés et cirés | “ .. tous les matins ; les cuivres étaient polis et luisants, | D Par courtoisie, le capitaine avait cédé sa cabine à | 1 ses deux jeunes passagères. 3 | En avant de cette cabine se trouvait la salle à | Hs dîner, qui servait én même temps de salon, le jour, | ré et de chambre à coucher, la nuit. Une table ronde | È
occupait le milieu de la salle : de chaque côté s’éle- 1: vaient des lits en étagères, que cachait des rideaux ; | (1 de serge rouge. | ' Lis Sur le pont huit canons de dix-huit, quatre à tribord | | et quatre à babord, montraient leur nez à travers autant de sabords. Deux longues et immenses pièces de quarante huit, fixées sur des pivots sur le gaillard d'avant, pouvaient se mouvoir facilement en tout sens. Le capitaine Pierre les avait baptisées des noms | tant soit peu classiques, de Démosthène et de Cicéron. Le En effet, c'était deux fameux parleurs quand ils s'y mettaient !
Ce qu’il y avait encore de remarquable à bord du : Zéphyr, c'était l'immense bordure de ses voiles et de
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sa brigantine, dont le gui dépassait les bastingages
.des deux tiers de sa longueur. Aussi la marche du
Zéphyr étaitelle supérieure. Il n'y avait dans toute la marine américaine qu'une seule frégate qui put lui disputer le prix de la marche quand il ventait bon frais, et pas un navire pouvait l'approcher quand il s’agissait de naviguer au plus près.
Le Zéphyr avait été originairement construit à Bal® timore pour une compagnie de marchands Brésiliens et destiné à la traite des nègres sur les côtes d'A: frique. Le père Meunier en avait fait l’acquisition sur les instances réitérées de son ‘ gueux de Pierre,” quelque temps après que l’un de ses navires fut devenu la proie des pirates dans le golfe du Mexique. Cette acquisition avait 6t6 faite plutôt dansla vue de satisfaire le désir de Pierre que par spéculation, les dépenses de chaque voyage se’ montant à beaucoup plus que les profits.
L'équipage était considérable et toujours au grand complet, sur le pied. de guerre ; car ses ennemis au Zéphyr, c'étaient les forbans qui infestaient, à cette époque, toutes les mers par où il devait passer. C'était un équipage choïsi, composé d'hommes forts, vigoureux et d'une bravoure éprouvée.
Nous remarquerons, en passant, le gros Tom, que nous connaissons déjà un peu. 1l faisait à bord les fonctions de Bosseman, veillait au détail des ancres,
des câbles, des orins, et exerçait son commandement .
sur le gaillard d’avant. D'une force: prodigieuse, il disait qu'il n’y avait que le Docteur Trim qui put le renverse à la lutte, et que. le capitaine Forte qui put le battre à coups de poings.
Un autre personnage qui, quoiqu’ exerçant à bord
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une fonction inférieure, n’en était pas moins d’une grande importance, c'était le Coz, cuisinier en chef et seigneur de la Cambuse. Son nom était Trim; les matelots l'avaient honoré du titre de Docteur. Le Docteur Trim donc était un nègre, du plus hel ébène, à la tête de bœuf, au nez écrasé, aux lèvres en bourrelets, avec un Col où les nerfs se dessinaient comme des cordes, des épaules d’une gigantesque envergure, des bras et des noings conrme des massues, des cuisses énormes, des jambes tellement bombées en dehors, qu’elles pouvaient sans difficulté, quand elles étaient rapprochées, donner passage à un boulet de quarantehuit. | Trim était l'esclave du capitaine Pierre. Je dis esclave, oui, esclave bien plus par la volonté que par la loi. Viugt fois le capitaine lui avait offert la liberté et viugt fois Trim l’avaitrefusée, Trim n'aurait pu vivre loin de son maitre ; il l'avait accompagné en France, en Angleterre et partout, Depuis quinze ans qu’il lui appartenait corps et âme, il ne l'avait pas quitté deux jours de suite. Trim lui était attaché de cet attachement qui ne s'explique pas, mais qui existe ; c'était l'attachement du chien pour son maître ! Trim aimait autant les coups que son maîtré lui aurait donnés, que les taresses ou les amitiés qu’un autre lui aurait faites. Non pas que Trim fut insensible aux bons traitements, ou que son maître le maltraita jamais; au contraire, jamais maître ne traita mieux ‘son serviteur. Le caphaine aurait dit à Trim : “ jettetoi au feu,” "et Trim. s'y fut jeté sans hésiter, sans mêmé chercher à savoir pourquoi son maître lui donnait cet ordre. Trim avait les organes de la vue et de l'auïe développées à un point extra-
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ordinaire. De plus, Trim était doué d’une rare intel-
ligence et d’une exquise finesse, cé que l’on aurait 0
été bien loin de s'attendre à trouver sous une si rude + CR
enveloppe. Trim était un homme précieux ; aussi le capitaine savait-il l’apprécier à toute sa valeur.
En attendant, jétons un coup-d’œil sur les passagers du Zéphyr, nous retournerons ensuite à terre, où nous trauverons d’autres choses pour nous occuper.
D'abord il y avait mademoiselle Sara Thornbull, la ; fille du consul anglais à Matanzas. C'était une jolie blonde de vingt ans, un peu nerveus° et mélanco- AT
lique. (PS Sa compagne, Clarisse Gosford, était bien la plus ee | gentille et la plus aimable jeune fille que l’on put
: voir de son âge. Elle n'avait que seize ans. De
| beaux cheveux noirs s'échappaient en boucles de des-
: sous son chapeau rond de paille. Ses grands yeux noirs et vifs, son teint frais, ses lèvres d’un vermeil de bouton de rose, une certaine expression mutine, lui donnait l’air le plus coquettement espiègle et
- agaçant que l’on peut imaginer. Une robe de mossseline blanche et une ceinture de ruban bleu emprisonnait sa légère taille. Ses petits pieds étaient enfermés dans deux souliers de maroquin noir.
A côté de Clarisse, était son père, sir Arthur Gosford, cousin de lord Gosford, Gouverneur des Provinces de l’Amérique Britannique. D’un carañtère grave, d'un cœur sensible et plein de philantropie, il revenait d’une visite qu'il avait faite dans les possessions anglaises, à la suite de l’acte d'émancipation, pour y examiner le sort dés nègres, dauis le but d'améliorer leur sort. a
Enfin, venait le comte d'Aleantars, noble Brésilien :
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d'origine Portugaise, C'étair un vieux garçon d’une cinquantaine d'années. D’une taille au-dessous de la moyenne, il portait d'immenses talons de bottes pour se grandir. D'un teint de pomme cuite et avec un nez en virgule, il avait encore des prétentions à la beauté. C'était un galant de première volée.Al prétendait à de grandes connaissances militaires, du moins il ne parlait que guerres et batailles. De pluail se croyait marin !
Déjà le Zéphyr était sorti de la rade et la brise du large, qui commençait à enfler ses voiles, le faisait gracieusement incliner à babord. Léger comme une hirondelle, il semblait courir sur les vagues, qu'il asait de ses vergues immenses.
Laissons-le poursuivre sa route et retournons au rivage pour suivre l’homme au feutre blanc, qui s'était élancé ventre à terre, à travers les bois d’orangers et de bananiers qui bordent les alentours de la ville de Matance ou Matauzas, comme les Espagnols l’appellent. ”