LE RENDEZ-VOUS DES PIRATES
‘On appelle esterre, dans les Iles d'Amérique, une espèce d’enfoncement de la mer daus les terres, le long des côtes.
Quiconque est allé à l’île de. Cuba et a visité la | ville de Matance, a dû remarquer une longue lan- | gue de terre, au côté nord-ouest de la baie, qui s’a-
it ane
vance dans la mer en décrivant une espèce de courbe vers l'est-nord-est. A partir de la ville jusqu’à l'ex: trémité de cette langue de terre, la distance est de cinq lieues; tandisque près de la baie sa largeur n ‘en que de deux petites lieues.
Ainsi l’on comprendra qu'un vaisseau, qui est obligé de doubler cette pointe pour aller vers la Havane ou dans l’ouest, est obligé de faire un circuit de près de deux lieues, que lui aurait évité un canal coupé à travers, la base de cette langue de terre.
Une chaîne de hautes montagnes escarpées venait se perdre au rivage à l’ouest de la base de cette langue de terre, en diminuant graduellement jusqu'à ce qu'elle se confondit avec le sol au niveau de la mer. Cette chaîne formait une espèce de croissant dont les cornes aboutissaient à la mer à l’est et à l’ouest, en décrivant une demie lune assez considérable daus les terres. Une autre chaîne de roches, formait un autre croissant qui se trouvait comme inscrit dans le pre: mier. !
Ces deux chaînes étaient séparées l'une de l'autre par des fondrières impraticables, à travers lesquelles coulait une eau bourbeuse et verdâtre, A l'extrémité nord-est de cette chaîne, un rocher, couvert d'arpres rabougris, s'élevait à une hauteur considérable, et dominait l’affaissement que subissait vers la pointe, le plus grand croissant, de manière que, du haut de ce rocher, on pouvait facilement distinguer la ville de Matance et toute la baie, sui. 4 de l’œil tous les vaisseaux qui en sortaient, et apercevoir, au loin dans la mer, ceux qui passaient au large ou se dirigeaient vers la terre.
W na! Les ax FA 4 1 il UNS PAL NN y MA 2 vu Tan NL de mes jte
En dedans de ce croissant intérieur, la chaine de
EN
Se
fl 20 UNE DE PERDUE À
| roches se divisait et revenait sur elle-même de mauière À laisser un enfoncement en forme de fer à cheval, où la mer formait une esterre ou cul-de-sac, assez grand pour contenir six à sept vaisseaux qui se trouvaient complètement cachés et du côté de terre et du côté de la mer.
L'entrée de cette esterre était si étroite et tellement encombrée de jones et de plantes marines, qu'il eut | été impossible de soupçonner qu'elle existât, à moins
| que par accident quelque canot pêcheur ne se fut adonné dans le tortueux chenal qui après avoir ser- | penlé à travers ces prairies flottantes, aboutissait à un magnifique bassin d'eau. Ce qui était d'autant plus | improbable, qu'aucun canot pêcheur ne s'éloignait |: autant de la baie ou de la ville de Matance, ne #9 dépassant jamais l'extrémité de la langue de terre,
dont la pointe était connue sous le nom de la Pointe aux Cormorans, ainsi appelée en raison des milliers
de Cormorans qui y faisaient leur séjour. Le chenal l te qui était presque caché à son embouchure, allait en | l s'élargissant, et était, ainsi que l’esterre, assez pro- L Î in fond pour laisser flotter aisément un vaisseau qui : C Sn aurait tiré douze à quinze pieds d'eau. d D: : Une plage de sable blanc et fin bordait l’intérieur t
À pot de l’esierre, et offrait comme une lisière blanche | A . tour autour, ayant une couple d'arpents de profon- I que deur, qui allait en s'élevant jusqu'aux pieds des ro- e ne chers qui semblaient surplomber, à une hauteur de ) de, plusieurs centaines de pieds, le bassin d’eau qui gisait g .. leurs pieds. Du haut du rocher on ne pouvait s . apercevoir la lisière de sable qui se trouvait au bas, k U : et l’on eût cru qu’en laissant tomber une pierre, elle | … eut dû toinber dans l'eau. s
ARTE AMATEUR ERREUR, A A ce AMAR
gas sà ti Gin AL ER me Tu 4 He
Des hangars spacieux, contruits en pierre sur la plage, servaient de dépôts aux trésors et aux richesses de toutes sortes, que, depuis nombre d'années, y avaient accumulés ceux qui fréquentaient cette esterre. De grosses et massives portes, renforcées de
barres de fer, des meurtrières pratiquées à l'étage
supérieur de ces hangars et garnies de conleuvrines placées de manière à balayer l'esterre, en faisaient autant de forteresses Une dizaine de maisons longucs et larges, couvertes en lataniers à triple rangs, servaient de demeure à cinq ou six cents personnes de toutes couleurs, de toutes langues et de toutes nations. L’air sinistre et sombrement féroce de la plupart de ces personnes, leurs bizarres costumes, leurs occupations, ‘aurs jurements, tout annonçait que cette société ne devait pas être fort scrupuleuse à l’endroit de la morale.
En effet, cette esterre était le rendez-vous de tous les pirates, qui depuis plusieurs années, infestaient le golfe du Mexique et les mers adjacentes. Ils portaient leurs déprédations aux Antilles, dans les mers
Caraïbes et jusque sur les côtes du Brézil, où plus:
d’une fois leur audacieuse férocité avait laissé des traces et des souvenirs sanglants de leur passage. Cette esterre avait été choisie par le fameux Lafitte, comme étant l'endroit le plus central et élant en même temps le plus sûr. Sa proximité de la ville de Matance, qui aurait semblé en faire un voisinage dangereux, était au contraire la cause de sa plus grande sécurité. Qui eut imaginé en effet que les pirates eussent eu la folle audace de venir se livrer ainsi pieds et maius liés, aux frégates espagnoles qui croi-
saient sans cesse autour de l'ile de Cuba? Attaqués
lé OS w is
dite