‹ Une de perdue, deux de trouvées [microforme]Chapitre 75 sur 78 · SE · texte numérisé non relu

SE

parce qu'alors il l'imposera des devoirs à remplir, ;

dont ton cœur seul te dictera l'étendue. à, Pierre,. mon fils Pierre, ne me maudis pas! Ta |

mère, celle qui fut ma femme, vit encore. Et \ elle est la femme d’un autre !......Mon fils, ne juge pas ; ta mère n’est point coupable......Oh1! c’est une bien triste histoire ! ainsi que te l’apprendront ces fragments. Elle m'a cru mort, et elle a subi sa desnée ! obéissant à des ordres injustes et cruels, elle .s’est laissé trainer à l’autel, comme une victime au sacrifice! Pauvre Eléonore !.... C’est moi qui étais coupable. Oh! situ savais tout ce que mon âme a enduré de douleurs et de tourments ; si tu savais les torrents de larmes qu'ont versés mes yeux; situ savais les nuits d’insomnie et d'angoisse que j'ai passées, à genoux auprès de ton berceau, tu n’aurais pas de malédiction dans ton cœur ni d’injures sur ta langue pour la mémoire de celui :qui a tant souffert, parce qu’il avait tant à expier !

‘“ À mesure que tu grandissais, je suivais sur ta figure, dans tes manières, dans tes airs, le développement et l'expression des traits et du caractère de ta mère....…...Ta mère ! Pierre ; un ange de beauté ! un ange de vertu, dont je ne dois prononcer le nom qu’à genoux... Ta mère ! un ange de candeur et d’innocence !..... oh ! pardon ! pardon !.....dont j'ai flétri

. da douce existence !.....Mes pleurs m’aveuglent, mes sanglots me suffoquent l..... Je continuerai demain. J'espère que je serai plus calme ; ma main tremblera

moins Line CRETIIITILILLIITLELLLL

# En écrivant. ce hein, je ne ends pas me justifier, je ne veux qu'établir à es yeux toute.

remplir,

s pas ! Ta Brosses Et ;, ne juge c'est une dront ces bi sa des- ‘uels, elle ictime au moi qui que mon its ; si tu nes yeux; oisse que u, tu n’aud’injures qui a tant

ais sur ta Aéveloppetère de ta

eauté ! un .

nom qu'à

et d’inno-.

j'ai flétri glent, mes

i demain.

técrtroseees

ds pas me |

sh

l'innocence et la pureté d'Eléonore..…...Une barrière insurmontable, sacrée, nous sépare. Toi, tu la reverras ; toi, tu pourras lui dire ce que j'ai souffert, et les larmes cruelles dont j'inondai mon chevet, pendant de longues années. Quand ta tendresse te portait à venir me trouver à ma chambre, la nuit, alors que par mes sanglots j'aitirais ton attention, je pleurais sur cette faute de mon jeune âge, qui, je le sens, mine la source de ma vie et hâte mes pas vers la tombe.

‘“ Que mon exemple te serve de salutaire leçon. Apprends à dompter tes passions, et à étouffer dans ton cœur ces élans fougueux des sens, qui, s'ils ne sont pas réprimés, dans une nature bouillante,laissent à leur suite des souvenirs qui brûlent, des remords qui rongent, qui torturent, qui tuent !..…,

‘Ma mère était morte ; et mon père, Antoine

. Meunier, vivait pauvrement sur une petite terre,

qu’il avait dans la troisième concession de la paroisse St. Ours, dans le Bas Canada. L'homme le plus généreux et l’un des plus respectables de la paroisse, M. de Grandpré, m’avait pris en amitié, et m'invitait souvent à manger à sa table. Trop orgueilleux pour aider mon père dans la culture de sa terre, je passais mon temps dans l’indolence et la paresse, quand je n'étais pas employé par M. de Grandpré, chez qui j'allais régulièrement dîner tous les dimanches.

“ La Saint Martin approchaît; c'était le temps où les censitaires payaient leurs rentes au seigneur. Je

m'étais fait faire des habits neufs, beaucoup trop riches pour les moyens dé mon père, qui prenait sur son nécessaire pour satisfaire ma vanité. 1

‘“ Dans le temps des rentes, je restais ordinaires .

|. ment une quinzaine de jours chez M. de Grandpré.

“ Hi) { PR CERErE j gs TE ÿ DRE NT NES Un FC RE» TT da PE { ol dde Ltée à 6 BAT 10 pe SORA RE RS

SR mr

‘ Un jour, c'était dans l'automne de 1808, Madame Deguise vint de Sorel, où elle demeurait, faire une visite à Madame de Grandpré, amenantavec elle une jeune fille.. J'étais dans l’étude de M. de Grandpré, quand la voiture arriva. Jamais je ne vis de figure: ‘aussi fraîche, aussi rose, aussi expressive que celle de cette jeune personne qui accompagnait Mme Deguise. Je me sentis tout bouleversé ; de nouveaux sentiments se réveillaient en moi; des sensations indéfinies flottaient au devant de mon esprit. J'avais vingt ans !

“ Lé soir, au souper, je me trouvai assis à table vis à-vis de cette jeune personne. J'osai à peine lever les yeux sur elle.

‘“ Je ne dormis presque pas de la nuit; et quand, vers le matin, mes sens succombèrent à la fatigue, j'eus des songes dans lesquels il me semblait voir flotter, dans des nuages de gaze, l'image de cette jeune fille.

“ Elle s'appelait Eléonore de M***. J’entendis le son de sa voix ; elle chanta, en s’accompagnant d’une guitare. Je crus entendre la voix d’un archange! chaque note, si pure, si suave, si douce, vibrait sur les cordes de mon cœur comme une divine harmo: nie |...

‘Je n'avais pas encoré vu de figure aussi. parfaite ; jamais buste si admirable ment sculpté ; jamais coupe de visage; si fine dans ses lignes, si pure dans son contour ! Ses longs cils noirs voilaient ses yeux, baissés sur sa guitare. C'était la réalité de mes rêves, la personnification de-tout ce que mon imagination | ardente s'était figuré de plus aimablesous upe rte humaine ! Lis

Madame faire une c elle une grandpré, de figure:

que celle sait Mme nouveaux sensations rit. J'avais

sis à table peine lever

,; Qt quaud,

la fatigue, mblait voir re de cette

’entendis le gnant d’une

archange !

| vibrait sur vine harmo-

re aussi parhipté ; jamais si pure dans | ant ses yeux; de mes rêves, imagination us une. forme |

DEUX DE :.….OUVÉES. 351

“ Je fus obligé de sortir de la salle, pour aller

baigner mes tempes brûlantes dans l’eau froide de la

fontaine. Je courus ensuite m’enfermer dans ma chambre.

‘ Au bout de deux jours, elle partit avec sa tante, Mme Deguise. Je ne lui avais pas une seule fois adressé la parole, rne contentant de la contempler avec une religieuse admiration. Plusieurs fois nos yeux s'étaient rencontrés, ét à chaque fois, je ne sais comment j'ai pu ne pas déiaillir, sous la violence des battements de mon cœur, qui semblait vouloir s’échapper de ma poitrine... ss ssmesssssses

“ Le 24 décembre, Éléonore et plusieurs autres jeunes tilles se trouvaient réunies chez M. de Grandpré. Il y avait veillée avant d'aller à l’église entendre la messe de minuit. IL était tombé de la neige en abondance. M. de Grandpré fit utteler des chevaux sur des traînes, pour envoyer mener les jeunes filles à la messe. La neige à gros flocons tom: bait silencieusement. Je me trouvais dans la même

traîne qu'Eléonore. Nous étions debout, obligés de

nous tenir aux bâtons de la traîne pour ne pas tomber. |

‘“ Pendant la messe, le vents'était élevé et soufilait avec fureur, amoncelant la neige par bancs dans les chemins. Comme le temps était assez doux et quele trajet n’était pas bien considérable, personne ne s'était précautionné contre la tempête. J'avais pris néanmoins le manteau de M. de Grandpré.

‘* Après la messe, je me trouvai encore dans la même traîne qu'Éléonore. Elle était trop légèrement vêtue pour l'espèce de tempête qu’il faisait alors.

Une sorte de grosse téte de soie moire encadrait

2 £ $ ? rhin # : CE] % 4 4 + ur 1 RU RME ANSE RSR Ne ER AR ASE M a RP AN ASE

son gentil visage. La poudrerie, poussée par le vent, fouettait nos figures. La traine était pleine de personnes, les chemins étaient si remplis de neige que notre cheval n'avançait qu'avec peine. A chaque instant, par le balancement que nous donnions à la voiture en nous tenant debout, nous étions sur le point de verser. La nuit était noire ; nous pouvions à peine nous voir les uns les autres ! Éléonare se trouvait immédiatement devant moi, uñ peu à ma droite. Elle fut obligée de se retourner pour éviter le vent et la poudrerie, qui lui coupaient la figure, Elle n’avait qu’un châle de laine ; elle avait froid, Par un des balancements de la traîne élle tendit la main pour ne pas tomber ; sa main toucha la mienne ! Je me sentis frissonner, et malgré moi je la pressai... Elle ne la retira pas. Je me baissai un peu et je lui dis, mais si bas, si bas, que j’eus de la peine à m’entendre moi-même tant j'étais ému : ‘“ avezvous froid !” Je ne sais pas si elle me répondit, je l'enveloppai dans mon manteau que je jetai par dessus sa tête, pour la préserver dé la tempête...

# Quand nous arrivâmes à la maison, je ne m'étais aperçu ni du temps ni de la distance!

“Jene pus me résoudre à rester pour prendre part au réveillon que Mme de Grandpré avait fait préparer. Je montai à ma chambre, et je me jetai ensuite presque tout habillé sur mon lit.

“ Le lendemain, au déjeuner, je revis encore Éléonore, et, comme si nous eussions été attirés par un aimant magnétique, nos regards se rencontrèrent | Elle était un peu pâle; ses lèvres tremblèrent faible- - ment ét sourirent d’un sourire si plein d'ineffable candeur, que je sentis mes sens se fondre sous lim:

x le vent, e de perneige que À chaque ions à la ns sur le pouvions éonare se peu à ma our éviter t la figure.

vait froid.

e tendit la a mienne !

je la pressai un peu de la peine u : ‘“avezépondit, je tai par deste...

e ne m'étais

pur prendre é avait fait je me jetai

pvis encore 6 attirés par contrèrent | èrent faible- ° d’ineffable x sous lim:

pression de son regard. Je ne la revis plus de la journée.

‘# Le jour suivant, Mme Deguise me deruanda si je voulais la mener en voiture avec sa nièce, chez une de ses amies. Je les conduisis. Je retournai seul avec Éléonore chez Mme de Grandpré. Nous ne nous étions pas encore dit un mot, je ne lui avais adressé la parole qu’une fois, à notre retour de la messe de.minuit. J'étais assis près d’elle dans la carriole. Mon émotion était si grande que j'avais à peine la force de tenir les rênes. Elle était encore plus émue que moi. En arrivant à la maison, je lui offris la main pour l’aider à sortir de la voiture. Son visage était blanc comme la neige ; il semblait qu'elle allait défaillir.

“ Men voulez-vous ? ” lui dis-je d’une voix presqu’inaudible. Sa main trembla dans la mienne ; elle ne répondit pas, et s’élança dans la maison...

‘* Elle resta jusqu’au jour de l'an chez Mme dé Grandpré. Je la vis tous les jours et je lui parlai. Plusieurs fois je là promenai en voiture. J'allai la voir chez sa tante à Sorel, où elle devait passer une partie de l'hiver...

‘“ Notre amour s'était mutuellement développé avec une brûlante intensité. Je ne pouvais plus vivre loin d'Éléonore.

‘ Mon père, trop bon, trop génbtous, trop faible pour me rien refuser, vepdit sa terre pour m'acheter un cheval superbe, que je lui avais demandé. Je regardais peu à la gêne à laquelle se mettait. mon père, à la misère peut-être à laquelle il s'exposait pour gratifier ma folle ambition. Que m’importaient la gène, les privations, la misère, pourvu Li des

MN NA AT Gr tr

Ah para a Het

mon cheval, ma cCarriole et mon harnais argenté, pour aller à Sorel voir Éléonore, et la promener!

“ Un jour, c'était le 6 janvier 1809, la fête des Rois, je proposai à Éléonore d’aller passer la journée à St. Ours chez Mme de Grandpré ; Mme Deguise y consentit, et je partis avec Éléonore. Le temps avait été très doux, depuis le jour de Noël ; les glaces du St. Laurent n'étaient point encore arrêtées; mais celles de la rivière Richelieu étaient solides et les chemins superbes sur la rivière (Ce n’était qu'une glace vive. Mon beau cheval, de pure race canadienne, plein de feu et d'action, secouait d’impatience son épaisse et flottante crinière ondée ; ses haseaux rouges lançaient une vapeur bleue, qui tranchait sur le blanc mat d’ la neige. Le ciel était couvert de nuages vaporeux. Le temps était doux et serein.

“Oh! comme mon cœur palpitait de bonheur d'avoir mon Eléonore à mes côtés, chaudement enveloppée dans une belle robe de bufile toute neuve ! Jn fis claquer mon fouet avec orgueil! Oh ! comme ÿ stait beau mon cheval tout noir, sur le dos duquel reJuisaii son harnais argenté. Retenu par son mors, il frémissait sous les rènes et dansait, en agitant l& bande de petites clochettes attachée à son poitrail Il y avait une foule de voitures qui se promenaient sur la glace. Les jeunes gens couraient leurs chevaux fringants : d'autres s’en allaient du même côtéque nous. Personne ne paraissait craindre la glace, ‘et je m’y embarquai. Je lançai mon cheval à son grand trot,.et bientôt j'eus dépassé toutes les voitures.

“ Nous arrivâmes chez Mme de Grandpré, au mo-

argenté, ‘ner | fète des la jour- Deguise e temps es glaces arrêtées ; étaient ière Ce , de pure secouait e ondée ; eue, qui ciel était tait doux

bonheur udement le toute eil! Oh!

sur le dos ptenu par ansait, en hée à sou ui se proouraient laient du

craindre mon chesé toutes

é, au mo-

ment où l’on se mettait à table pour diner. Après les vèêpres,\je voulus ramener Eléonore à Sorel, où sa tante lui avait fait promettre de retourner ce jourlà. Mme de Grandpré insista pour que nous restassions, pour tirer le gâteau des Rois, au souper.

—]l fera beau clair-de-lune, nous dit-elle, vous partirez après la fèle. 11 faut que vous assistiez au couronnement du roi et de plus je veux envoyer un morceau de gâteau à Mme Deguïise.

“ Il devait y avoir une réunion ce’soir-là chez Mine de Grandpré. Tous les amis avaient été invités, pour tirer le gâteau des Rois. Eléonore accepta ; sa volonté était la mienne ; nous restâmes..............

# Dix heures sonunaient, mon cheval était attelé et attendait à la porte.

—Vous feriez mieux de rester jusqu'à demain matin, nous dit Mme de Grandpré.

—Oh ! non, merci, répondit Eléonore ; ma tante nous attend absolument ce soir.

Combien pensez-vous mettre de temps à vous rendre ? |

—Uné het :e, répondis-je en flattant orgueilleusement la tête de mon cheval, que je tenais par la bride ! Les chemins sont très beaux sur la glace.

—Je vous conseillerais de passer par terre. Je crains que la glace ne ‘soit pas sûre. Les eaux montent, nous pourrions bien avoir une débâcle, nous dit M. de Grandpré en regardant la lune dont le disque était plongé dans une espèce de brume. "fl n'y a pas de danger, lui répondis-je, dans moins d’une heure nous serons à Sorel.

—Je vous le souhaite. Adieu.

“ Je m'étais moqué du conseil que la prudence de M. de Grandpré nous avait donné. Hélas ! j'eus bientôt occasion de m'en repentir.

‘ En embarquant sur la glace, je m'aperçus que l'eau était montée de plus d’un pied. Sur le milieu de la rivière elle était vive et unie comme un miroir ; je me glorifiais d’avoir choisi cette route. J'étais heureux, mon cœur palpitait auprès d’Eléonore. J'étais fier de mener un si beau cheval, dont l'allure si dégagée et si rapide nous entrainait avec la vélo. cité du vent, vers la demeure de ma bien aimée.. Hélas ! je devais bientf* me repentir de n'avoir pas pris le chemin de terre, moins beau mais plus sûr. Un bruit sourd se fit entendre le long du rivage, comme si c'eût été l'effort que faisait l’eau pour rompre la glace ; j'écoutai avec &erreur. Bientôt ce bruit sourd fut suivi, à quelque distance derrière nous, par un éclat clair, net, sec comme le bruit d'un bâton qui se rompt subitement. C'était la glace qui, cédant à la crue constante des eaux, s'était r\mpue d'un travers à l’autre de la rivière. Je tournai la bride à mon cheval et le lançai, au grand galop, vers la côte. La glace craquait hcrriblement dans toutes les directions ! C'était une débâcle du Richelieu.. Déjà la côte se dessinait, blanche et droite devant mes yervx à quelques arpents en avant ; mais, oh désespoir ! la glaces’était détachée du rivage, une mare longue, large, profonde, nous en séparait ‘our le long de la côte. Le morceau de glace, sur lequel nous nous trouvions, descendait, emporté par un courant furieux. Mon cheval, effrayé par ia craquement des glaces, le bouillonnement de l'eau et es cris - uC ,? poussais, pour appeler au sevours, courail à l'épouvante, les oreilles couchées dans les crins.

lence de eus bien-

rçus que e milieu

e un mi-

oute. J'é-

Eléonore.

it l'allure

c la vélo-

n aimée..

avoir pas

plus sûr.

lu rivage, eau pour 3ientôt ce à derrière bruit d'un glace qui, it rs mpue tournai la nd galop, ment dans du Richeet droite ant ; Mais, ivage, une parait ‘our sur lequel 6 par un la craquebau et {65 rs, Courait

les crins.

J'étais debout dans la voiture, tenant les rènes dans mes deux mains et mon fouet entre mes dents. Emporté comme une poussière, je suivis pendant quelques minutes la lisière du banc de glace, espérant trouver quelque chance de sauter sur le rivage. Espoir inutile: quand notre immense glaçon tou-

chait aux glaces du rivage, le choc était terrible ; de.

larges blocs s’en détachaient et, après avoir tournoyé sur eux-mêmes, s'enfonçaient sous l’eau pour ne plus reparaître.

‘“ Je ne voyais plus de chance de salut que sur la rive 0", ssée ; j'y dirigeai mon cheval, que je sangla: de coùps ae fouet pour précipiter sa course déjà si furieuse. Je sentis la voiture c>mme emportée dans l'espace... Nous venions de sauter, sans y toucher, par dessus une crevasse de deux pieds de largeur ! Je fermai les yeux un instant ; puis je les portai sur mon Eléonore, qui s'était couvert la tête de la robe

de buffle, pour ne pas voir. A l’autre côté, même

désappointement, mêmes difficultés, même barrière de glaçons cassés, brisés, broyés ; se choquant, tour: billonnant dans les remous, plongéant, eparaissant pour replonger encore et s’enfoncer dans ces gouffres d'eau et d’écume.

Il n'y avait pas de chances sur cette rive ; je résolus de retourner vers l'autre.La lune sortait en ce moment de dessous un nuage ; je vis le village de Sorel, et je reconnus la flèche de r'église à la réflection de la lune sr son clocher en farblanc. Il n’y avz:t plus à hésiter ; nous deseendions avec une effroyable rapidité. Si je voulais arriver avant d’avoir dépassé les maisons, il me fallait encore pousser mon cheval à toute vitesse. Noble avimal il était tout couvert

d’écume ; il n'avait pas encore fléchi une seule fois, malgré la course désordonnée qu'il venait de faire ! Je lui donnai encore du fouet ; il bondit, et la tête baissée, il courut, dévorant les distances. Nous avions encore .à franchir la même crevasse, que

nous avions déjà si heureusement sautée .…... Mon

cheval aurait-il la même vigueur ? La crevasse se serait-elle élargie 2...

‘ Déjà il me semble l’entrevoir. Elle est affreusemertit agrandie! Poussés en sens contraire par des courants opposés, les deux bancs de glaces se sont

éloignés l......Je saisis Eléonore dans mes bras…...fl

élait temps.....Le cheval, aveuglé par sa course effrenée, fit un bon prodigieux et alla plonger, la tête la première, au milieu de l’onde, qui se referma sur lui. En sautant sur la glace avec Eléonore dans mes bras, mes pieds s’étaient embarrassés dans la peau de buflle, et je tombai mais heureuseinent sans accident. Ce qui avait faill; nous occasionner une chute dangereuse fut peu'-être ce qui nous sauva. Après avoir déposé Eléonore dans un lieu sûr, et l'avoir enveloppé: dans la robe de buffle, :j'allai sur le bord de l’eau jeter un dernier coup d'œil sur mon cheval. Je ne vis rien. Je crus que les eaux l'avaient englouti avec la voiture. Je lui donnai un soupir. Mais bientôt j'entendis le son des clochettes et l'écho des pas d’un cheval qui fuyait Vers le rivage,—c’était le mien. Le noble animal était parvenu à monter sur la glace ; son instinct le guidait vers le dut et la peur l’emportait sur l'aile des vents.

‘ La tête en feu et le désespoir au cœur, je retour nai à mon Fléonore, mon ange, ma bien aimée, ma vie! Je ne savais plus que faire ; je ne voyais plus d'espoir, il ne nous restait plus qu'à attendre le jour.

ile fois, e faire !

| la tête

Nous se, que … Mon vasse se

affreusepar des ; se sont ASou cs ee [l , Course r, la tête rma sur lans mes peau de accident.

ute danès avoir oir envebord de Leval. Je englouti r. Mais écho des c'était le onter sur age, et la

mée, ma pyais plus e Je jour.

e retour:

—f'aut-il donc mourir ? dit-elle avec une navrante expression de douleur. Passer la nuit ici ?

‘ Sans lui répondre, j'ôtai mon capot, mon gilet,

mes gants, et je me mis à courir, pour chercher, encore une fois, si nous ne pourrions pas trouver un passage. Notre banc de glace, rogné par les chocs des autres glaçons et rompu en divers endroits, n’Cffrait plus qu’une superficie de quelques arpents carrés. dJ’en fis tout le tour, mesurant les distances et calculant nos chances avec un froid désespoir. Nous commencions à sentir l'influence des eaux turbulentes du St. Laurent, qui nous eraportaient vers le lac St. Pierre, où nous serions broyés sans ressources. Ruisselant de sueur malgré la pluie fine et glacée qui commençait à témber, les yeux gonflés par la fatigue et l'épuisement, les oreilles me tintaient, les altères des tempes battaient à se rompre ; c'est ainsi que j'arrivai, trempé par la pluie, essouflé, patelant, auprès de celle pour laquelle j'aurais vingt fois donné ma vie, et que je n'avais plus l'espoir de pouvoir sauver.

“Je me revêtis de mes hardes et m'assis sur la glace, à quelque distance d'Eléonore. Il n’y avait plus qu'à mourir, et je me mis à pleurer comme un enfant ! Soit qu’elle ne m'’eut pas entendu arriver, soit qu’elle se fut évanouïe, enveloppée par dessus la tête dans la robe de buffle, elle ne fit pas un mouvement. Au bout de quelque temps cependant, elle souleva la peau ; me regarda sans dire un mot, comme si elle eut pressenti, à ma contenance morne et abattue, qu'il ne nous restait plus qu’à. mourir.

—Vous pleurez ! me dit-elle enfin avec son angélique voix, si douce.

A ES PE Re PNCIN EENEE

—Oui, parceque je ne puis vous sauver, lui répondis-je avec une agonisante expression de désespoir.

—Plus d'espoir !

—Plus rien !

—Eh bien ! dit-elle, avec une énergie dans sa voix qui me surprit, s’il faut mourir, mourons ensemble !

4 Et se levant, elle vint s'asseoir près de moi. A la pluie fine avait succédé une neige épaisse et molle, qui tombait en larges flocons.

“ Une espèce de torpeur morale et d'anéantissement physique avait succédé à l'énergie que j'avais déployée tant que j'eus quelqu’espoir ; j'en fus brusquement tiré par un bruit, qui me parut étrange et que je ne distinguai pas bien d'abord. J’écoutai. C'était les hennissements d’un cheval à une distance peu éloignée. Je courus voir ce que c'était. La neige qui tombait toujours large, épaisse, silencieuse m’empêchait de distinguer ; mais je crus reconnaître mon cheval. Je l’appelai par son nom. Le noble animal se mit à hennir. Oh comme mon cœur palpita.

La giace sur laquelle je me trouvais descendait toujours, et le pauvre animal suivait en marchant sur la lizière du glaçon opposé, qui paraissait arrêté ; j'entendais le bruit de ses fers. Je me serais jeté à la nage, si j'eusse su nager, avec Eléonore dans mes bras. dJ'appelai encore mon cheval le caressant de la voix. J'entendis comme un corps qui plongeait, et bientôt je pus distinguer une masse noire qui luttait contré les flots. ‘C'étais lui, mon chevalt Il essaya de monter sur la glace où j'étais. Ses pieds glissaient, et l’impétuosité avec laquelle nous étions emportk 1e lui permettait pas de se souteuir. Je l'aidai de tv. mes efforts mais en vain ; il n'avait

réponspoir.

sa VOIX #mble !

10ù. A et mol-

antissej'avais 8 brusange et coutai.

istance a neige > m'eMre mOn animal palpita.

cendait.

archant arrèté ; s jeté à ns mes sant de ngeait, re qui it Il s. Ses e nous uteuir.

n'avait

plus ni harnais, ni bride, probablement que le tout avait été brisé! (1) Une idée du ciel vint frapper mon esprit—je courus à Eléonore, je la pris dans mes bras ; je mis une main sur la tête de mon cheval, qui cherchait toujours à monter sur la glace, et m'élançai sur son dos. Le cheval enfonça par dessus la tête ; nous bûmes de l’eau. #

D'une main je tenais ma bien aimée, ferme sur le dos du cheval, devant moi ; et de l'autre je me cramponnais à la crinière du courageux animal, qui se mit à nager vers la glace opposée. En arrivant de l’autre côté, il essaya encore de monter sur la glace, mais le poids qu'il portait génait ses mouvements ; j'aidai Eléonore à y sauter, et je sautai après elle.-Je sentais que la glace était solide et ne remuait pas ; j'offris au ciel à genoux, une prière de reconnaissance. - |

‘“ Après Dieu, c'était à mon cheval que je devais la vie. La pauvre bête, le front tourné contre le courant qui l’entraînait, luttait avec une incroyable vigueur contre la fureur des flots. 11 fit un prodigieux effort ; il sortit presque tout son corps hors de l'eau ; ses deux pieds de devant eur la glace, il cherchait à se cramponner avec ses fers.—Je m'élançai pour l'aider en le saississant à la crinière! Oh! malheur, le pied me glissa et j'allai me heurter contre son front. Le choc m’empècha de tomber à

sn ne

(1) On trouve des extraits extraordinaires de sagacité et d’attachement de la part du cheval.-—En 1787, un cosaque, en traversant le Don, tomba dans une marre d’eau, Son cheval parvient à s'échapper, mais le malheureux cosaque allait misérablement périr, quand son cheval le saisit avec ses dents par son manteau, et le sortit de l'eau.

LanGeLais, Vol. I, page 390.

NOR M ec ARE D pale ss at EE

l'eau, mais lui fit perdre prise. IL fit un plongeon et au moment où il reparaissait sur l'onde, un glaçon le frappa à la tête. Il lâcha un gémissement si plaintif que j'en frissonnai ; il tourna la tête de mon côté, comme s'il eut voulu implorer mon secours, puis elle s'affaissa sous l’eau ; sa crinière flotta un instant, et iks'enfonça sous la glace pour ne plus reparaître ! Je versai une larme sur sa mort! Pauvre animal,si fidèle !

“ Eléonore qui avait vu la.lutte désespérée de la noble bête et sa fin si triste, pleurait aussi. Cependant nous n'’étions pas encore sauvés ; nos vêtements étaient imbibés ; tout le corps d’Eléonore tremblait, ses dents claquaient ! Je lui passai une main sous le bras et je la fis courir dans la direction du rivage, pour la réchauffer. Elle était si faible, qu'elle n'avait pas la force de se supporter. Je l’obligeai de marcher, malgré sa faiblesse, dans la crainte que le froid ne s'emparât de ses membres. Enfin! oh bonheur ! nous atteignimes le rivage! Il y avait une maison auprès. Tout le monde était co'xéné. Je frappe avec violence et on vieut nous ouvrir.—Ces bons habitants, en apprenant ce qui nous était arrivé nous firent boire un verre de rum, mêlé de sucre et d’eau chaude. Eléonore fut couchée dans des couvertes. Quant à moi, après avoir changé de vêtements, je me jetai tout habillé sur le plancher près du poële. |

‘Aux premières lueurs de l'aurore. je me fs conduire au village ; et, aussitôt que je pus me présenter, je me rendis chez Mme. Deguise, Je lui racontai tout ce qui nous étaitarrivé. Elle ft'atteler sa voiture et se hâta d'aller trouver sa chère Eléorore

Ne nu Le

geoun et laçon le plaintif on côté, rs, puis instant, araître | nimal, si

ée de la

Cepentements emblait, ain sous 1 rivage,

qu'elle ligeai de te que le oh bonavait une sé. Je ir.—Ces it arrivé sucre et : des coude vêteher près

me fis me pré- Je lui it'atteler Eléonore

après m'avoir chaleureusement exprimé toute sa reconnaissance dans les termes les plus affectueux.

“ Dans l'après midi je retournai chez Mme. Deguise pour avoir des nouvelles d'Eléonore. Elle était couchée et bien malade. J'y retournai le soir. Ælle n'était pas mieux. J'y retouruai encore le lendemaie ; je voulais la voir, quand ce u’eusse été qu'un instant ; lui dire un mot, quand ce n’eut été qu’un seul.

“ Madame Deguise m'attendait dans le salon, où la servante me fit entrer. Elle me tendit la main avec bonté et me fit asseoir près d'elle. Nous restâmes quelques instants sans prononcer une seule parole. Je tremblais d'appregdre quelque fâcheuse nouvelle, je tenais mes yeux baissés sur le tapis, n'osant les lever sur Mme. Deguise ; elle contemplait mes traits bouleversés. Je sentais qu’elle m’examinait sans que je la regardasse, j'étais embarrassé ; non que j'eusse aucun reproche à me faire ; au contraire, ma conduite vis-à-vis d’Eléonore avait toujours été respectueuse et réservée. J’aimais trop véritablement Eléonore, j'attachais trop d'importance à son estime pour ne pas avoir essayé de la mériter. Le véritable amour est toujours timide vis-à-vis de celle qui en est l’objet, quelque violent qu'il soit dans le cœur de celui qui le ressent. Mon amour pour la nièce me rendait timide vis-à-vis de la tante, et c’est cette timidité qui causait mon embarras.

—Vous êtes bien changé, me dit-elle d’une voix pleine de bienveillance ; Âtes-vous malade ?

“ Les larmes, malgré moi, me montèrent aux yeux à l'accent affectueux de sa voix ; je me sentais entraîné à lui faire l'aveu de mon amour pour sa

Std aie Chr miennes ane

nièce. Je me contins cependant, et je lui dis en m'efforçant de donner à mes paroles un air d'indifférence, qui trahissaient mon émotion et la pâleur de mon visage.

Oh! non, madame ; je suis bien, mais j'étais inquiet pour mademoiselle de M***

—Vous lui portez donc un grand intérêt? me ditelle, en approchant sa chaise de la mienne.

« Je levai mes yeux sur sa figure, et je surpris ou crus surprendre un sourire expirant sur ses lèvres. Un rayon d'espoir et de bonheur illumina mon âme.

—Oh ! je l'aime, je l'aime, lui dis-je. Je sers que je ne puis vivre sans elle. Je n’as pas dormi depuis qu'elle est malade ; ebk je mourrais, si sa maladie s'aggravait.—Oh ! dites, dites-moi comment elle se trouve ce matin.

—Tranquillisez vous, M. Meunier, elle est bien mieux ce matin. Elle a eu un peu de fièvre cette nui!, mais ça ne sera rien. Elle pourra se lever cette après-midi. Venez et vous la verrez.

“ Je me détournai pour essuyer uno larme de joie; Mme. Deguise me vit, et me prenant la main dans les siennes, me dit :

—Mon cher M. Alphonse, je vous estime et vous aime, parceque vous êtes un excellent jeune homme. Madame de Grandpré m'a parlé bien avantageusement de vous ; mais si vous voulez m'en croire, vous renoncerez à un amour inutile, qui ne vous causera que du chagrin, à vous et à Eléonore. Son père ne consentira jamais à vous la donner en mariage.

“Si l'on eut versé du plomb fondu sur mon cœur, on n’en eut pas arrêté plus vite les pulsations ; je me sentis chanceler, et j’eus besoin de m'appuyer

i dis en d'indif:

a pâleur

s j'étais me dit-

rpris ou y lèvres.

on âme.

sens que i depuis maladie t elle se

est bien ette nui!, er cette

e de joie; dans les

et vous

homme.

susement re, vous causera

père ne ge.

on cœur, tions ; je appuyer

sur un des bras du fauteuil dans lequel était assise Mme. Deguise. Je ne pus trouver une parole pour répondre, et au bout de quelques minutes je me levai pour partir. L'excellente tante d’Eléonore eut pitié du misérable état dans lequel elle me vit.

—Ne vous effrayez pas, [me dit-elle, en laissant échapper un soupir du fond de son cœur, je parlerai à Eléonore, et nous verrons ce qu’il y aura à faire. Adieu, venez vers sept heures ce soir.

*{ A sept heures, j'allai chez Mme. Deguise, Eléonore était à demi couchée sur un sofa, encore faible et souffrante. Mme Deguise était occupée dans la cuisine. Au bout d’un quart d'heure, quand elle vint nous rejoindre dans le salon, Eléonore et moi nous nous jetâmes à ses genoux, la priant de vouloir se joindre à nous pour tâcher de fléchir M. de M'**. Eléonore et moi nous nous jurâmes un amour éternel. Mme. Deguise pleurait; oh ! l'excellente femme...

‘ Quelques jours'après, la rage et le désespoir au cœur, je quittais la maison de M. de M***, aux genoux duquel j'avais été demander sa fille en mariage. Il m'avait reçu avec une dédaigneuse hauteur, se moquant de ma présomption à moi le fils d’un roturier ! oh ! comme si toute la noblesse du cœur s'était réfugiée dans la poitrine des seigneurs ! La menace sur le front et l’injure sur les lèvres, il m'avait ignominieusement chassé de sa maison !.................

“Je retournai chez Mme. Deguise ; Eléonore m’attendait avec une fièvreuse impatience. 4 Elle, lut sur ma figure le résultat de ma’démarche auprès'de son père.

—Qu'allons-nous faire, me dit-elle ?

OT GE AC ERA 0 mp

—Ce que vous voudrez, lui répondis-je.

—Je vous suivrai partout où vous voudrez, continua-telle en me tendant la main.

—Marions-nous secrètement, lui dis-je en la pressant sur mon cœur.

Mme. Deguise, qui avait assisté à celte scène êt qui sentait dans son cœur tout ce que nous éprouvions, nous conseilla de modérer notre douleur et notre impatience. .

—Je verrai M. de M***', nous dit-elle ; je lui parlerai. Attendez encore quelques années, vous êtes jeunes tous deux. Le temps change bièn des choses. Vous voulez faire une folie, impossible d'ailleurs ; car aucun prêtre ne voudrait vous marier sans le consentement de vos parents, étant tous deux mineurs.

—Si nous ne trouvons pas de prêtre qui veuille nous marier, repris-je presque sans savoir ce que je disais, nous nous ferons marier par un ministre.

—Absurde ! absurde ! répondit Mme. Deguise, il vous faudrait une licence.

—ÆEh bien, nous irons nous marier dans les Etats.

—Plus absurde encore !

—Qu'allons-nous donc faire ? nous écriâmes-nous eu nous jetant aux pieds de Mme. Deguise. Nous pe pouvons vivre l’un sans l’autre.

—Attendez, attendez ; un an, deux ans, trois ans s'il le faut.

—E£t si mon père, reprit Eléonore en sanglotant, voulait me forcer d’en épouser un autre ? vous. le connaissez, ma tante, sa volonté inflexible ne saurait se soumettre aux désirs des autres, il ne peut souffrir chez qui que ce soit une opinion différente de la sienne, encore bien moins chez sæfille.

rez, conn la pres-

bne et qui rouvions, “et notre

lui parlevous êtes es choses.

ailleurs ; er sans le mineurs.

qui véuille * ce que je

istre.

Deguise, il

s les Etats.

âmes-nous se, Nous

s, trois ans

anglotant,

re ? vous .

lexible ne il ne peut différente le.

“ Je frémis en entendant Eléonore prononcer ces paroles, dont je ne compris que trop bien la vérité. Mme. Deguise se mit à réfléchir. Nous la suppliâmes les mains jointes, de nous servir de mère.

—Mes pauvres enfants, que voulez-vous que je fasse ? Tout ce que je puis, c’est d'écrire à M, de Grandpré et le prier de parler à M. de M‘, qui est son ami. Je lui parlerai aussi. Il ne faut pas désespérer toutà-fait ; je l’attends demain. Quant à vous, mon cher monsieur Meunier, retournez chez vous au plus tôt. Ne venez pas ici avant que je vous fasse savoir de mes nouvelles ; je vous en ferai parvenir bientôt.

“ Les paroles de Madame Deguise nous laissaient encore un espoir ; et quand je quittai Eléonore j'étais plus tranquille.

“Je fus un grand mois, sans recevoir ancune nouvelle. J’attendis encore deux semaines ; enfin n’en pouvant plus d’impatience et d’inquiétude, je me rendis à Sorel. ;

‘ Eléonore n’était plus chez Mme. Deguise ; elle était retournée chez son père. J’appris dans le village qu'il avait résolu de lui faire épouser le docteur G***, jeune médecin de la ville de Montréal, qui

l'avait demandée en mariage. Je résolus de voir

secrètement Eléonore, et je profitai d’un voyage que son père fit quelques jours après, pour la faire consentir à me suivre dans l’état de Vermont, où un ministre protestant de St. Albans nous maria, sans aucune difficulté. Le surlendemain je la ramenai à Sorel, où son père n'était pas encore revenu,

‘ J'élais coupable ; je fus la cause de cette faute qui devait avoir pour nous deux de si tristes résultats. — Pauvre enfant n'ayant point subi la douce influence

ni =

22 2 2 M Em OR

Page 1