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CHAPITRE VINGT-HUITIÈME

— Non, pas fille ; mais vois-ti cti pied-là ? y l'été pu petit que l'autre, pourquoi l'y été plus enfoncé ? D'y portait que chose, peut-être inamselle Sara ?

— C'est possible, Trim, mais c'est pas sûr ; qu'allons-nous faire ?

— Nous va allé droite à la cabane du vieux Laté ; son la cabane y l'été sur bord du bayou Latreille.

Ce vieux Laté était un pêcheur qui avait fixé sa demeure à l'entrée du bayou Latreille. Il avait toujours quatre à cinq pirogues à l'usage des chasseurs et des jeunes gens qui venaient passer quelques jours en partie de pêche, desiquels il était généreusement payé pour l'hospitaUté qu'il leur donnait ou pour les pirogues qu'il leur prêtait. Trim savait bien cela, et c'est ce qui lui causait quelques doutes, à l'égard des marques de bottes qu'il avait découvertes ; elles pouvaient être celles de quelques chasseurs ou pêcheurs, qui auraient récemment visité le vieux Laté.

» — Nous n'avons pas besoin de tant nous embarrasser de ces empreintes de pied, dit Tom ; nous n'avons qu'à nous informer du vieux Laté, il nous dira s'il a vu passer par ici un homme et une jeune fille.

— Vieux Laté, pas dire rien, reprit Trim ; lui conné comment gardé son langue, quand payé pou pas parlé !

— Eh bien, nous le payerons pour qu'il parle.

— Whist ! continua Trim en clignant un œil, vieux Laté fin renard. Lui pas dise si Cabrera l'été passé ; non, moue conné trop ben vieux Laté, lui l'été un contrebandier.

— Dans ce cas, en avant et marchons, nous prendrons d'autres moyens. Bientôt Trim, qui avait pris le devant et marchait au pas accéléré,

s'arrêta pour donner le temps à ceux qui le suivaient d'approcher.

» — Voyez-vous ti c'te lumière à travers le bois ? c'est là été cabane du vieux Laté.

— Voici ce que nous allons faire, dit Tom à voix basse : Trim et moi nous irons droit à la cabane, dans laquelle nous entrerons ; vous autres, vous vous placerez de manière à ne laisser personne sortir de la cabane ou en approcher, sans que vous puissiez examiner leurs mouvements.

— C'est bon ça, continua Trim, surtout faut li veiller à les pirogues, pou que personne emmené li. Les pirogues li l'été sur bord du bayou, à la porte de la cabane.

Tom et Trim prirent ensemble les devants, marchant avec précaution pour ne pas faire craquer les branches sous leurs pieds ; les quatre autres suivaient à une douzaine de pas par derrière. Quand ils débouchèrent du bois, la cabane n'était qu'à un demi-arpent, dans une espèce de défriché ; on pouvait la distinguer à la demi-clarté que répandaient les étoiles, qui brillaient sur un ciel pur et serein.

» — Ah ! dit Tom, on peut voir ici au moins ; ce n'est pas comme dans ce maudit bois, où il fallait tâter son chemin pour ne pas se briser la tête sur les arbres.

— Chut ! pas parlé si fort ! il été bon nous voyé par la fenêtre si y avé beaucoup personnes, dedans cabane.

Trim regarda quelques instants par la fenêtre, et après s'être assuré qu'il n'y avait que le vieux Laté et sa femme, tous deux assis auprès d'un bon feu de cheminée, il dit à Tom : « Entrons ».

« — Bonjour, monsieur Laté ; bonjour, madame.

— Bonjour, monsieur. Tiens, c'est toi, Trim ! et où vas-tu donc ? Asseyez-vous, monsieur, dit Laté, en présentant un banc à Tom, et montrant à Trim un quartier de bois au coin de la cheminée.

— Nous allons faire un tour à la chasse, monsieur, continua Tom ; on dit qu'il y a bien des canards ?

— Mais oui, pas mal.

— Avez-vous eu beaucoup de visites dernièrement ?

Le vieux Laté jeta un coup d'œil rapide sur Tom et Trim et répondit avec assurance :

» — Non, nous n'avons eu personne depuis une dizaine de jours.

— Mais si fait, ajouta la vieille avec cette indiscrétion si particuhère au sexe ; tu oublies ces deux messieurs qui sont venus ce matin, avec cette jeune...

Le vieux Laté lança à sa femme un regard qui l'arrêta tout court.

La vieille reconnut qu'elle avait fait une bêtise, et croyant la réparer, elle ajouta :

» — Ah ! c'est vrai, c'était la semaine passée !

Tom regarda Trim, qui lui fit un clin-d'œil.

» — Mais, s'il n'est venu personne depuis plusieurs jours, continua Tom, comment se fait-il qu'il y ait tout près de la cabane, des marques de bottes encore fraîches ?

— De bottes ?

— Oui, de bottes ! Il y en avait deux bien distinctes, l'une plus petite que l'autre.

— Vous me surprenez, répondit le vieux Laté avec une indifférence assez bien jouée ; il faudrait qu'il fut venu quelqu'un pendant que nous étions allés à la pêche, ma femme et moi ; car je vous assure que je n'ai pas vu une âme depuis plus d'une semaine.

: — Quand donc êtes-vous revenus de la pêche ?

— Ce soir tout tard. A propos, vous me faites penser à aller chercher le poisson, que j'ai laissé dans la pirogue ; excusez-moi un instant.

En disant ces mots, le vieux Laté se leva pour sortir. Tom tisonna le feu dans la cheminée, et y jeta quelques branches sèches. Trim, qui soupçonnait quelque chose dans la sortie du vieux Laté, le suivit presqu'aussitôt qu'il fut hors de la cabane. Il remarqua qu'il avait pris un bout de planche, qu'il traînait après lui. L'idée vint à Trim que le vieux cherchait à eiïacer quelque chose, à la manière particulière dont il dirigeait la planche, et rentrant aussitôt dans la cabane, il en ressortit avec un tison allumé. En deux pas il fut auprès des pirogues; promenant son tison en l'agitant pour lui faire donner plus de clarté, il put distinguer l'empreinte toute fraîche encore d'un petit soulier de femme.

» — Ah ! Ah ! M. Laté, dit Tom qui avait suivi Trim, et qui avait aussi remarqué l'empreinte du petit soulier, à côté de celles des bottes, voici les mêmes traces que nous avons vues dans le bois, seulement qu'il y a aussi celles d'une femme ou d'une fille ! Pourquoi nous avez-vous dit qu'il n'était venu personne ?

— Je vous assure que je n'en ai pas vues ! et ces traces, je ne les avais pas remarquées.

— Vraiment ! allons, pourquoi faire tant de mystère ? Est-ce que par hasard vous auriez intérêt à cacher leur visite ? Allons donc ! ne dirait-on

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