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LA POURSUITE

Après renlèvement de Miss Sara, Cabrera et Phaneuf s'étaient rendus, au galop de leurs chevaux, jusqu'à Carleton, d'où ils renvoyèrent mener la voiture à la Nouvelle-Orléans. Après avoir traversé le fleuve, ils prirent le sentier du bayou Goglu, où ils espéraient trouver une pirogue ; n'en ayant pas trouvée, ils furent obligés d'y attendre le jour, n'osant se hasarder dans la cyprière, qu'ils ne connaissaient pas assez, durant la nuit.

L'état de Miss Thornbull était vraiment déchirant ; supplications, pleurs, évanouissements, rien n'avait pu adoucir la féroce détermination du pirate. Le matin, quand ils purent distinguer le sentier qui conduisait du bayou Goglu au bayou Latreille, Cabrera avait pris dans ses bras l'infortunée Sara, et quand ils arrivèrent chez le père Laté il la déposa sur un lit, où il fallut la frotter avec de l'eau-de-vie pour la rappeler de son évanouissement.

Elle eut beau se jeter à genoux, elle eut beau pleurer, il fallut qu'elle embarquât dans une des pirogues, où Cabrera et Phaneuf la conduisirent de force. — Durant le trajet, elle fit plusieurs tentatives pour se jeter à l'eau ; la surveillance qu'ils eurent à exercer pour l'empêcher d'accomplir son sinistre dessein, retarda beaucoup leur célérité, de manière qu'ils n'arrivèrent à la Grande Ile qu'une couple d'heures avant la rencontre de Lauriot avec les jeunes gens.

Lauriot, ayant communiqué à Tom ce qu'ils venaient d'apprendre, ils avancèrent avec précaution jusqu'au coude que faisait le bayou, quelques arpents plus loin ; à cet endroit le bayou s'élargissait subitement, et s'ouvrait en éventail, laissant voir à trois milles au large, l'île sur laquelle étaient rassemblés les pirates. Une talle de mangliers à l'abri desquels ils débarquèrent, les cachait à la vue de ceux qui étaient sur l'île, tandis qu'ils pouvaient les apercevoir, et veiller surtout les mouvements de la chaloupe, qui était tirée sur le rivage en dehors de la pointe de l'île. La pirogue dans laquelle Cabrera et Phaneuf s'étaient rendus, était en dedans de la pointe, du côté de la baie.

Après avoir discuté quelque temps sur ce qu'ils devaient faire, les opinions se trouvèrent à peu près divisées. Sir Arthur voulait aller les attaquer immédiatement, Tom et une partie de ses gens de police était du même avis. Lauriot était d'opinion qu'il valait mieux attendre la nuit, qui leur permettrait d'approcher de l'île sans être vus.

Trim, qui s'était traîné sur le ventre à travers les herbes, pour avoir une meilleure vue de ce qui se passait au large, revint bientôt leur annoncer qu'il n'avait pu rien distinguer, et que les navires dont on avait parlé n'étaient pas visibles dans le rayon que ses yeux avaient pu embrasser de l'endroit où il s'était mis pour faire ses observations.

« — Que penses-tu que nous devions faire, Trim ? lui demanda sir Arthur ; devons-nous attendre la nuit ou aller de suite les attaquer, avant qu'ils ne s'embarquent et ne nous échappent.

— Moue pensé valé mieux attendre la nuit.

— Mais pour quelles raisons, Trim ?

— Parce que moue croyé il l'été une vingtaine, et nous yin qu'une

dizaine ! moue pas peur, mais n'aime pas allé faire casser mon la tête comme ça en plein jour pour rien. Moue sûr mouri plusieurs.

— Mais s'ils allaient partir ?

— Pourquoi partir, si voyé pas nous ? ne savé pas y où l'été la frigatte à li, ne savé pas y où cutter ; non, li pas parti si voyez pas nous, mais si voyez nous vini, un, deux, trois, pirougues plein le monde, alors moue cré ben il poussé chaloupe au large et li partir.

— Tu as raison, Trim, cria Tom en lui donnant avec force un coup de plat de sa main sur l'épaule ! Tu es un vieux buck ! et moi je vote pour attendre la noirceur.

Les raisons de Trim décidèrent la question et sir Arthur, quoique à regret, se résolut à attendre la nuit. En attendant, ils préparèrent un souper de viandes froides, n'osant pas faire de feu, de crainte que la fumée n'attirât l'attention des pirates. Ils convinrent aussi d'attendre que la plupart se fût livrée au sommeil, afin de les prendre à l'improviste, de se saisir de la jeune fille et de l'enlever avant qu'ils eussent eu le temps de faire aucune résistance organisée, remplissant par là le principal but de l'expédition, sans s'exposer aux dangers d'une défaite.

Ce plan, quoique généralement adopté comme étant le meilleur, ne satisfaisait pas l'impatience de Sir Arthur, qui voulait tout risquer ou périr, plutôt que de laisser un seul instant de plus Miss Thornbull au pouvoir de ces scélérats.

Quand la nuit fut entièrement tombée, la plus grande obscurité enveloppait la Grande Ile.

Sir Arthur et Lauriot conversaient avec animation, les hommes s'étaient divisés par groupes ; Tom était venu s'asseoir auprès de Trim.

Après un assez long silence, Trim, se tournant vers Tom, lui dit à demi voix :

» — Moue envie d'aller à l'île pour voyé que li faisé là-bas. Voulé ti vini ?

— Je ne demande pas mieux, mais il faut prévenir Lauriot.

— C'est bon ; allons parlé à h.

Ils communiquèrent ce projet à Lauriot et à Sir Arthur, qui l'approuvèrent. Sir Arthur voulait les accompagner, mais Lauriot, qui craignait quelqu'imprudence de sa part, lui fit observer qu'il valait bien mieux qu'il se tînt prêt à se mettre à la tête des gens de sa pirogue, au cas où il serait nécessaire de pouser au large.

Il fut donc convenu que Tom et Trim partiraient seuls ; qu'ils approcheraient aussi près de l'île que la prudence le permettrait, et, qu'après avoir observé les mouvements des pirates et s'être assurés de leur force, ils reviendraient immédiatement faire leur rapport.

Les pirates venaient d'allumer un feu sur la pointe de l'île, autour duquel ils se chauffaient, en attendant leur souper. Ils avaient formé une espèce d'écran du côté de la mer, pour empêcher la lumière d'être aperçue de ce côté, au cas où il plairait au cutter de venir leur faire une visite. Comme ils n'avaient aucune inquiétude du côté de l'intérieur, ils ne s'en étaient pas occupés.

De l'endroit où Lauriot était avec ses gens, on pouvait apercevoir les pirates quand ils passaient devant le feu, mais sans pouvoir ni compter leur nombre, ni distinguer ce qu'ils faisaient à quelque distance du cercle lumineux.

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