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L'ÉPOQUE DU RACHAT

« — Mais, papa, où est donc M. de. St-Luc ? demandait Clarisse Gosiord, avec une imperceptible émotion dans la voix ; il n'est pas venu nous voir une seule fois depuis notre arrivée.

— Il a été si occupé ; et d'ailleurs ce n'est que d'hier soir qu'il est revenu de la paroisse St-Charles. Mais nous le verrons aujourd'hui, j'espère. Il m'a dit avoir quelque chose d'intéressant à me communiquer et qu'il voulait présenter ses respects à sa petite amie.

De vives carnations montèrent aux joues un peu pâles de la charmante enfant ; et son joli petit pied, coquettement chaussé de brodequins de kid noir, s'agita plus vivement sur le tabouret au rebord duquel il était appuyé.

Depuis quelque temps, elle était triste et mélancohque. Les événements, survenus depuis son débarquement à la Nouvelle-Orléans, l'avaient profondément attristée ; et depuis que Miss Sara était partie, il lui semblait qu'elle était seule dans cette grande ville. A la nouvelle que le capitaine Pierre devait venir le jour même, elle sentit un mouvement de joie et de bonheur, comme elle n'en avait pas éprouvé depuis longtemps.

Elle se leva du fauteuil où elle était assise, s'approcha de son père, lui jeta ses deux bras autour du cou et l'embrassa, puis courut à sa chambre faire sa toilette.

Sir Arthur prit le journal, qu'on venait d'apporter, et se mit à le parcourir avec indifïérence, mais quand il eut lu le compte-rendu de la délibération du docteur Rivard, il jeta le journal sur sa table, se leva vivement en disant, assez haut pour que sa fdle qui rentrait put l'entendre, « oh ! c'est une fatalité, c'est ainsi que les criminels s'échappent » !

)) — Qu'as-tu donc, mon petit papa ?

— Rien, rien, mon enfant. C'est le docteur Rivard qui vient d'être mis en liberté — ce pauvre M. de St-Luc doit être bien vexé !

— Quoi ! ce docteur Rivard qui avait voulu faire assassiner M. de St-Luc ?

— Lui-même, ma fdle. Le principal témoin, qui était en même temps un des principaux comphces, s'est échappé hier de prison. On pense qu'il est parti sur le vapeur de la Havane hier soir.

— Avec Sara ?

— Dans le même vapeur. Oui ! dans le même vapeur, continua Arthur en se parlant à lui-même, et marchant à grands pas dans le salon.

Au bout de quelques minutes, il regarda à sa montre, prit son chapeau, et dit en sortant :

)) — Je vais chez M. de St-Luc ; il n'est que que deux heures ; je ne l'attends qu'à trois. — Si par hasard il arrivait avant que je ne le visse, tu le prieras de m'attendre et d'accepter, sans cérémonie, le dîner avec nous ».

Clarisse se mit à la fenêtre, regardant attentivement toutes les personnes qui venaient à l'hôtel ; son cœur battait plus vivement, chaque fois qu'un élégant jeune homme descendait de voiture à la porte de l'hôtel.

Trois heures sonnèrent et personne n'était venu. Elle se mit au piano,

et s'accompagna en chantant quelques romances ; mais chaque fois qu'une voiture s'arrêtait dans la rue, elle courrait à la fenêtre. Il était quatre heures moins dix minutes ; le dîner était à quatre précises. Qu'est-ce qui retardait son père ? Elle entendit quelqu'un qui frappait à la porte du salon. Elle se sentit un peu agitée et dit « entrez ». La porte s'ouvrit, c'était un des serviteurs de l'hôtel qui lui apportait une note. Elle l'ouvrit à la hâte, et lut :

« Ma chère Clarisse, ne m'attends pas pour dîner. Je suis chez M. de » St-Luc en compagnie de plusieurs de ses amis, planteurs de la paroisse » St-Charles, et nous passerons une partie de la soirée ensemble. M. de » St-Luc me prie de te présenter ses respects. Prépare ta malle ; tu vien- » dras avec moi, demain, faire visite à l'habitation de M. de St-Luc à la » paroisse St-Charles.

» Ton père,

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