‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 183 sur 207 · CHAPITRE QUARANTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-CINQUIÈME

— Disons à huit lieures précises, au coin de la rue McGill et St-Joseph.

— Où je vous ai vue la première l'ois ?

— Justement : ce sera le lieu du rendez-vous. Nous y arrivons. — Maintenant, séparons-nous jusqu'au revoir. — A tantôt ».

Voici comment M. Edouard se trouvait seul, dans le clos de bois, lorsqu'il fut arrêté. — Quand le volontaire lui eut confié tout ce qu'il avait pu apprendre concernant la retraite des chefs patriotes, il résolut de profiter de ces révélations pour gagner seul la récompense. Il lui dit donc avec un air d'indiiïérence :

« — Mon chev ami, vos venseignements me pavaissent assez bons ; mais comme je vous l'ai dit, il faut de la pvudence et de la discvétion. 11 faut que je sovte un instant ; dans une heuve ou deux je sebvai de vetoufv, — venez à huit heufv. Si je ne suis pas ventvé, vous m'attendvez jusqu'à neuf heufv ; alov nous ivons ensemble. Si je ne suis pas vevenu, vous febvez ce que vous voudvez, c'est que je ne poufvai pas vevenibv. — Tachez d'êtve ici à huit lieuves ; je viendvai juste à cette heuve-là. Il faut absolument les pvendve cette nuit. En m'attendant vous pvendvez du punch et vous fumevezune pipe. — J'ai du bon tabac ; il y a de l'eau suv le poêle ».

Aussitôt que le volontaire fut sorti, M. Edouard prit son casque, endossa une redingote de volontaire, qui avait été laissée dans sa chambre par quelqu'un de ses amis ; et sa canne à la main, il se rendit au clos de bois de la rue St-Maurice, où nous savons ce qui lui arriva. Il avait eu l'intention de reconnaître les lieux, avant d'aller faire sa déposition au bureau de police. La convoitise lui avait fait commettre une fourberie, dont il fut bien puni.

Laissons-le pour le présent sous sa tonne ; s'il n'était pas un homme loyal, ni un homme brave, il était au moins un homme de prudence ; il se résigna donc à rester tranquille et à ne pas faire le moindre bruit.

Page 1