‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 187 sur 207 · CHAPITRE QUARANTE-SIXlÈMi: 32'J · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-SIXlÈMi: 32'J

— Je suis pvis, je suis pvis ! criait M. Edouard en frappant toujours sur la tonne.

— Il est derrière ce tas de barils, dil le second des Daubreville, Ai)rès avoir rei^ardé derrière le tas de barils et de boîtes, qui étaient dans

un coin du ^nenier d'où parlait la voix, ((ui, à leurs oreilles, paraissait être rendue sépulcrale dans le dessein de les effrayer, ils arrivèrent à la tonne.

» — Il est dessous, dit celui qui portait la lanterne qu'il donna à rengainé prenant en échange le seau d'eau ; renverse la tonne.

Au moment où M. Edouard sortait, la tête la première, il lui jeta sou seau d'eau. Celui-ci s'affaissa en poussant un hurlement effroyable et en demandant grâce.

» — Oui ; attends un peu, dit Daubreville ; puis le saisissant par le collet il le tira de dessous la tonne et commença à lui administrer une rude volée de coups de canne. Ah ! tu as voulu faire le revenant ! tu n'y reviendras plus, hein !

— Je vous en pvie, criait le malheureux, ne me massacvez pas ; je ne faisais pas le vevenant.

L'engagé qui, en voyant que le revenant n'était cju'un homme dont la triste et piteuse mine, au lieu de l'émouvoir, lui inspirait une colère d'autant plus grande qu'il en avait eu plus peur, courut emplir le seau qu'il versa de nouveau sur la tête de M. Edouard en accompagnant cette action de coups de pieds sur les jambes et ailleurs. Le malheureux demandait toujours grâce.

— J'étais pvis ; je voulais pvendve les patviotes et ils m'ont pvis.

— Quels patriotes ?

— D... et G... et C... qui étaient cachés dans ce grenier.

— Où sont-ils ?

— Partis !

— Par où ?

— Par cette porte-là, en bas de l'escalier.

— Eh bien ! sauves-toi par la même porte, et cours après eux.

Ils le poussèrent rudement au bas du petit escalier ; et l'un d'eux descendit refermer la porte au verrou ; puis tous les trois s'en retournèrent à la maison.

Le pauvre M. Edouard n'était pas encore au bout de ses tribulations.

Au moment où il était mis à la porte, les gens de police arrivèrent à la partie du clos de bois, d'où l'on pouvait apercevoir le tas de tonnes qui cachait la porte par où sortait M. Edouard.

» — En voilà un, dit tout bas un des hommes de police à celui qui était près de lui, faisant, en même temps, signe aux autres de se tenir sur leur garde.

— Attendons-le ici, derrière cette pile de planches ; si nous nous montrons il se sauvera, et donnera l'alarme aux autres. II faudra le bâillonner, pour qu'il ne crie pas.

— Chut ! le voici ; écoutez, il parle à quelqu'un.

M. Edouard ne parlait à personne, mais il jurait à voix basse que les Daubreville le lui paieraient. Les os lui faisaient mal, il marchait comme s'il eut été sur des charbons, ne s'attendant certainement pas à tomber entre les mains des hommes de police qui le saisirent, le bâillonnèrent,

et lui jetèrent par-dessus la tête des basques de sa redingote, qu'ils lui attachèrent ensuite autour du col, au risque de l'étoufîer. Deux hommes de police le prirent par le bras, chacun d'un côté et le conduisirent à la station, au milieu des huées d'une foule, devenant de plus en plus considérable à mesure qu'il approchait de la station. Le bruit s'était répandu qu'un des chefs rebelles était pris ; et malgré les efforts des quatre hommes de police qui cherchaient à le protéger, plusieurs lui donnaient des coups dans les côtes avec le bout de leurs cannes.

Enfin il arriva à la station où il espérait être mis en liberté, aussitôt qu'il serait reconnu ; mais malheureusement pour lui, que le volontaire, son ami, qui ne l'avait pas reconnu lors de son arrestation, pour la bonne raison qu'aussitôt arrivé au clos de bois il s'était confortablement assis dans la neige, le dos accoté à une pile de planches, où il s'était endormi, n'était pas là pour l'identifier. Le chef de la station n'était pas là, non plus ; et ceux qui s'y trouvaient n'osaient prendre sur eux de le relâcher, quoiqu'ils s'aperçussent bien qu'il ne devait pas être un de ces chefs formidables, pour l'arrestation desquels le gouvernement avait oiïert une récompense.

» — Vous ne pouvez pas me garder, disait-il, je ne suis pas un rebel, je suis M. Edouard. C'est une trompe, une affreuse trompe !

— Quel est votre nom ? lui demanda celui qui commandait à la station en l'absence du sergent de police.

— Je vous le répète encore une fois, monsieur Edouard.

— Quelle est votre profession ?

— Je vis de mes rentes,

— Marchand ? où demeurez- vous ?

— Pas marchand ; rentier. Je demeure rue Notre-Dame.

— Numéro.

— Il n'y a pas de numéro à la maison.

— Mais, monsieur, que faisiez-vous donc pour que l'on vous ait pris ainsi ?

— Je vous le répète, c'est une trompe, une affreuse trompe.

— Où vous êtes-vous ainsi tout mouillé et tout barbouillé ?

— Ce sont ces gredins de Daubreville, qui m'ont mis dans cet état ! C'est assez pour me faire attraper un gros rhume à en crever. Ah ! les gredins, ils me le paieront. Ce n'est pas tout, ils m'ont roué de coups, ils m'ont meurtri, ils m'ont déchiré mes habits. Ah ! les gredins ; je le répète, ils me le paieront !

— Prenez patience, mon ami, nous avons envoyé chercher le sergent de pohce, il ne tardera pas à arriver et l'on vous lâchera.

— Relâchez-moi de suite, vous voyez bien que je suis tout trempé, et que je vais attraper un rhume affreux si je ne change pas de vêtements.

— Impossible. Attendez quelques instants.

Le pauvre M. Edouard, malgré toutes ses protestations et soUicitations, fut obhgé de rester à la station de police plus de trois quarts d'heure. Enfin l'arrivée du sergent de police, qui le connaissait, vint mettre fin à son emprisonnement.

» — Je suis fâché, M. Edouard, lui dit-il, que vous ayiez été l'objet d'une grande méprise.

— Une grande méprise, oh I oui, et une grosse ! Votre police, monsieur,

Page 1