‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 25 sur 207 · L'ABORDAGE · texte numérisé non relu

L'ABORDAGE

Le reste des passagers se hâta de suivre le capitaine. Celui-ci vit que dans deux heures, tout au plus, la corvette les aurait rejoints, et qu'il était inutile à lui de songer à réparer les avaries qu'avaient éprouvées les mâtures et les cordages de son navire. Sa figure, de gaie et souriante qu'elle était au déjeûner, était devenue sérieuse et sombre. C'était une bien critique situation que celle dans laquelle il se trouvait. Sa vie qu'il allait risquer, il n'y songea pas un seul instant ; ce n'était pas ce qui l'occupait; il pensait au sort bien plus effrayant que la mort qui attendait ses deux jeunes passagères, dont l'une était si aimable dans sa gaieté et l'autre si intéressante dans sa timide mélancolie, si les pirates parvenaient à s'emparer de son navire. Cet homme si fort eut un instant un indicible sentiment de crainte ; mais il sentit instinctiviment qu'à ce moment tout le monde avait les yeux sur lui, et il fit violence à l'émotion qui commençait à le dominer.

« — Faites venir ici le maître d'équipage ! cria-t-il.

En un instant le maître d'équipage fut auprès de lui.

» — Débarrassez-moi le pont de tous ces bouts de cables, d'épaves, de voiles ; serrez-moi tout ça dans les soutes !

— Oui, oui, mon capitaine.

Et le capitaine, qui venait de donner cet ordre bien plus pour rendre à sa physionomie son expression de calme ordinaire, que pour l'urgence de la chose, se tourna vers Sir Gosford auquel il fit signe de s'approcher.

» — Passons ensemble sur le gaillard d'avant, j'ai quelque chose à vous dire et je n'aimerais pas à être entendu de vos enfants, lui dit tout bas le capitaine.

Et ils passèrent tous les deux à l'avant du navire.

» — Sir Gosford, lui dit le capitaine, je n'ai pas besoin de vous le cacher, vous le voyez aussi bien que moi, nous allons bientôt avoir un combat à^mort avec cette corvette, qui nous poursuit avec acharnement. Dans deux heures elle nous aura rejoints. Dans deux heures nous serons peutêtre forcés d'en venir à l'abordage.

— Et croyez-vous qu'il n'y a pas moyen de l'éviter ?

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