‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 49 sur 207 · LE RAPPORT DU CORONAIRE · texte numérisé non relu

LE RAPPORT DU CORONAIRE

C'était le 30 octobre 1836, à midi, que le Dr Rivard avait été nommé tuteur de l'orphehn Jérôme : le jour même que Pierre de St-Luc tombait victime du guet-à-pens qui lui avait été tendu à l'habitation des champs. Ce jour-là, le docteur ne prit son dîner qu'à quatre heures de l'après-midi, ayant en face de lui à sa table le petit Jérôme, qui, les yeux ébahis et ne comprenant rien à tous ces changements, n'osait manger.

Le docteur avait eu soin de ne pas s'informer à l'hospice du paquet étiqueté, appartenant à Jérôme, quand il l'alla chercher.

Pendant que le docteur était encore à table, buvant du bon vin et se régalant de viandes savoureuses, en dépit du régime d'abstinence dont il avait édifié le crédule juge de la Cour des Preuves, quelqu'un sonna à la porte d'entrée. La négresse courut ouvrir et peu après introduisit monsieur Pluchon dans la salle à dîner.

« — Bonne nouvelle, docteur ! dit Pluchon en entrant.

— Prudence !... Voici mon pupille, M. Pluchon, répondit le docteur en appuyant l'index de sa main droite sur le bout de son nez ; pauvre orphelin dont j'ai accepté la tutelle ce-jourd'hui.

— Ah ! c'est un charmant enfant.

— Oh ! oui, et bien bon, quoiqu'il ait été fort maltraité à l'hospice des Aliénés, où l'on voulait le faire passer pour fou, quoiqu'il soit loin de l'être, je vous en assure. Je l'ai doté de trois mille dollars aujourd'hui même. — Vous dites que vous avez des nouvelles, tant mieux 1 buvons un verre et nous passerons dans mon cabinet.

— Eh bien ! qu'est-ce que c'est, monsieur Pluchon, continua le docteur, quand ils furent entrés dans le cabinet ? Je vous attendais à dix heures ce matin ; n'avez-vous pas reçu ma note hier soir ?

— Je n'ai pas été chez moi depuis hier matin ; j'ai été jusqu'à la balise, et j'arrive à l'instant de l'habitation des champs.

— De l'habitation des champs 1

— Oui, et le Zéphyr est arrivé en ce moment au port ; le capitaine est bien et dûment prisonnier à l'habitation des champs, sous la garde des Coco- Letard I P'ameux garçons, que ces Coco 1 et la mère Coco donc ! Vraie actrice, dans le drame, celle-là, par exemple. Si vous l'eussiez vue toute échevelée, toute débraillée, quand elle est venue demander du secours pour son pauvre Jacob ? Tenez, moi, qui connaissais la farce, sans toutefois savoir le rôle qu'y devait jouer Jacob, je crus un instant que son pauvre fils s'était véritablement blessé. Elle était subhme, la vieille, dans sa maternelle désolation ! Le capitaine, comme de raison, donna dans le

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