‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 61 sur 207 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

— Pis après, pu rien ; moue sauvé, quand vu le docteur se lever ». Les explications de la vieille Marie conlirmèrent Trim dans ses soupçons,

et après avoir recommandé à sa tante de ne pas parler de ce qu'elle venait de lui dire, et même de ne pas mentionner qu'il était venu la voir, il reprit le chemin de son navire, espérant y retrouver Tom, auquel il avait hâte de communiquer ses découvertes.

Quand Trim quitta la vieille Marie, le docteur n'était pas encore de retour. La pluie tombait par torrents et l'orage grondait dans toute sa fureur.

En arrivant à bord du Zéphyr, Trim trouva le gros Tom qui faisait sécher ses bardes dans la cambuse ; il avait parcouru la levée dans toute sa longueur et cherché dans toutes les directions, sans avoir pu rien découvrir qui put le mettre sur la voie. Trim lui raconta tout ce qu'il avait appris, sans néanmoins rien lui dire de ce que Pierrot lui avait confié, à l'égard de la petite fiole de poison, que le docteur Rivard avait oubliée dans la chambre du père Meunier. Après avoir longtemps déhbéré ensemble sur ce qu'ils feraient le lendemain, ils se quittèrent pour aller se coucher, sans en être venu à aucune conclusion satisfaisante.

Avant le jour Trim était sur le pont, impatient de commencer ses recherches. Il alla éveiller Tom qui, de son côté, ne se fit pas prier, et tous les deux se mirent en route.

« — Je crois, dit Tom, que nous devrions commencer par chercher M. Pluchon.

— Oh ! non, pas si bête ; y été trop fin coquin, y découvri tout 1

— Si nous cherchions la mère Coco-Letard ?

— C'est ça, moue y pense ; mais se pas où li demeure, ni se pas non plus où l'y est son l'habitation des champs.

— La vieille Marie ne t'a-t-elle pas dit où c'était ?

— Non, li se pas elle-même, li ma dit que croyé la mère Coco-Letard été une vendeuse de les légumes.

— Eh bien, allons sur le marché aux légumes.

— C'est ça moue y pensé.

Ils se rendirent donc au marché aux légumes. Le temps était devenu frais et serein ; l'orage de la nuit avait purifié l'atmosphère et, à l'exception de la boue dans les rues, on n'aurait pas dit que la ville avait été visitée, quelques heures auparavant, par une aussi violente tempête. Les premières lueurs d'un beau jour commençaient à colorer l'horizon, quand ils arrivèrent. Le marché était désert et les stalles vides. Trim et Tom s'assirent sur un banc en attendant l'arrivée des revendeurs et des revendeuses. Bientôt ils arrivèrent, les uns chargés d'énormes paniers, les autres conduisant des mulets par la bride; ceux-ci apportant de grands pots de café tout chaud, ceux-là traînant de petites charrettes à bras chargées de tous les fruits de la saison. Le marché avait l'air d'une. foire, ou chacun étalait avec ordre et symétrie ses denrées sur sa stalle.

» — Allons prendre une tasse de café, dit Tom, et manger un gâteau ; nous ferons parler la revendeuse.

— Allons ».

Ils accostèrent une négresse qui n'avait pas de stalle, et qui débitait modestement ses tasses de café, assise sur un petit banc de bois portatif.

« — Beau temps ce matin, dit Tom en s'adressant à la négresse d'un air dégagé.

— Oui mossié, beau temps.

— Donne-nous deux tasses de café et des gâteaux.

— Oui, mossié.

— C'é toué conné madame Coco-Letard, lui demanda Trim ?

— La mère Coco ?

— Oui, la mère Coco-Letard.

— C'ti là qui a tout piti fille, pour vendre à son la stalle ?

— Je peux pas dire, c'est la mère Coco-Letard, vendeuse de légumes.

— 0 ben oui, y a pas d'autres. Son la stalle est à l'aute boute du marché. Tu vas conné par son la peti fille, un grand pavillon planté devant son la stalle ; tiens, vois-ti là bas ?

Quand ils eurent pris leur café, ils se dirigèrent vers la stalle que leur avait désigné la négresse. Clémence était occupée à disposer avec goût les légumes, qu'un esclave lui avait apportées dans une petite charrette à bras.

» — Me diriez-vous où nous pourrions voir madame Coco-Letard, dit Tom à Clémence.

— C'est ici sa stalle, Monsieur, répondit modestement celle-ci, en jetant un coup d'œil sur la figure de Tom.

— Va-t-elle venir bientôt ?

— Je ne crois pas qu'elle vienne aujourd'hui ; elle s'est blessée hier matin en tombant ; elle a gardé le lit toute la journée, et si elle n'avait pas eu quelqu'afîaire pressée à l'habitation des champs, elle ne se serait pas levée ce matin.

Trim se rapprocha de la jeune fille et fit signe à Tom de continuer.

» — C'est malheureux vraiment, j'aurais voulu lui parler pour affaires pressantes.

— - Qu'est-ce que c'est, monsieur, dit-elle en regardant Tom d'un air curieux ; ne pourriez-vous pas me le dire ?

Trim, qui vit que Tom paraissait embarrassé, ajouta négligemment : nous voulé acheter deux cents barils d'oranges pour expédier h à St-Louis.

» — Revenez à midi et maman sera ici, j'irai la chercher.

— Nous pas pouvé attendre, continua Trim, c'est dommage, car on nous l'avait dit que madame Coco-Letard gardait toujours les meilleures oranges. C'est égal, nous pouvé aller acheter ailleurs.

Clémence, qui craignait de manquer une si belle occasion, et qui bien plus craignait que sa mère ne la battit pour l'avoir laissé échapper, offrit d'aller de suite chercher sa mère, s'ils voulaient attendre.

Trim fit un signe à Tom, qui reprit :

» — Oh non, ce n'est pas la peine, dites-nous où nous pourrions trouver madame Létard et nous allons y aller de suite.

— Vous ne pourrez pas trouver la place, car elle est allée à son habitation des champs.

— Et où l'est son l'habitation des champs, s'écria Trim un peu vivement. Clémence ne remarqua pas l'expression d'impatience que manifesta Trim

et répondit innocemment :

» — C'est bien loin, derrière le couvent des Ursulines, au milieu de la plaine ; une maison à deux étages entourée d'un jardin. Mais vraiment

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