‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 62 sur 207 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

c'est trop de trouble et je ne crois pas que vous puissiez la trouver.

— Nous la trouverons bien, répondirent à la fois Tom et Trim ; mais Tom, se reprenant aussitôt, ajouta : nous pourrions bien en ellet ne pas la trouver, d'ailleurs peut-être n'aurons-nous pas le temps d'y aller ; dans ce cas nous reviendrons cet après-midi.

— C'est bien mieux », répondit Clémence, qui quoiqu'elle ne soupçonnât même pas cju'il y eut le moindre danger pour sa mère d'envoyer ces deux hommes à l'habitation des champs, sentit que la mère Coco pourrait bien la gronder et peut-être la battre, pour avoir pris sur elle de les y avoir envoyés.

Trim et Tom, au lieu de prendre la direction de l'habitation des champs, se dirigèrent du côté opposé d'un pas lent. Mais aussitôt qu'ils eurent tourné le coin de la première rue, Tom appela une voiture de remise dans laquelle il monta, Trim se plaçant à côté du cocher. Quand ils furent arrivés près du couvent des Ursuhnes, Tom, après avoir donné ordre au cocher d'attendre là son retour, partit avec Trim, suivant la direction que leur avait donnée Clémence.

Il pouvait être alors sept heures du matin. Le temps était calme et chaud. Le soleil brillait avec éclat. Le chant du moqueur, cet oiseau des latitudes méridionales, dont le gosier si flexible lui permet d'imiter à la perfection le chant de tous les autres oiseaux, se faisait entendre de plus en plus mélodieux, à mesure que Trim et Tom avançaient dans la campagne, et sortaient du dédale de petites rues boueuses et malpropres du faubourg Trémé ; Trim était impatient d'arriver ; Tom était rêveur, il craignait encore une déception et une infructueuse recherche.

« — Et si nous ne trouvions rien, dit-il tout à coup, que ferionsnous ?

— Nous cherché toute la maison, la cave, le grenier, les armoires ! répondit Trim.

— Et si nous ne trouvions rien ?

Trim tressaiUit au doute de Tom, mais d'après ce que lui avait dit sa tante Marie, il était tellement persuadé que les Coco étaient les personnes qui avaient enlevé son maître, qu'il répondit avec chaleur :

» — Pas possible ! moue sûr, moue senti en mon tête que chose qui dit mon maître y été là ; moue gage mon le cou !

Tom hocha la tête et continua à marcher, réfléchissant aux moyens d'aborder la question quand ils arriveraient à la maison, que déjà ils commençaient à apercevoir au miheu de la plaine.

» — Moue croyé v'ià l'habitation des champs, s'écria Trim.

— Ça m'en a l'air ; comment allons-nous faire pour entrer.

— Nous cogné à la porte.

— S'ils ne veulent pas ouvrir ?

— Nous cogné pli fort !

— S'ils refusent absolument ?

— Nous enfoncé-li !

— Halte-là et si le capitaine n'y était pas ?

— Moue sûr y l'été, et pis, si l'été pas, moue sûr les Cocos ouvri tout suite la porte.

— Et s'ils ouvrent la porte, que ferons-nous ?

— Nous parlé, nous demandé, nous cherché ; dans tout cas toué faisé

comme moue, moue faisé comme toué ; moue tapé, toué tapé ; moue couri, toué itou.

— Oh ! quand à ça compte sur moi, car nous pouvons tous les deux nous attendre à une partie de coups de poings ; mais ça, ça me chausse » !

A travers la plaine, la vieille Coco avait vu venir ces deux hommes, dont un nègre. A mesure qu'ils approchaient de sa demeure, elle sentait de vagues craintes à l'endroit de son prisonnier, dont elle ignorait la situation en ce moment. Une visite à l'habitation des champs était chose si inusitée ! Ce qui la consolait pourtant, c'était d'abord que le prisonnier ne criait jamais, si ce n'avait été un peu la veille, et que d'ailleurs ses cris pouvaient à peine se faire entendre ; ensuite ils n'étaient que deux contre trois !

Quand les deux visiteurs ne furent plus qu'à une couple d'arpents, elle appela Léon et François, deux puissants auxihaires au besoin, auxquels elle fit part de ses inquiétudes. Après avoir délibéré quelque temps, ils convinrent d'ouvrir la porte sans difficulté si ces hommes venaient à la maison, malgré l'avis de François, qui était d'opinion de ne point ouvrir et de ne point répondre. Mais la crainte que ces étrangers ne découvrissent le soupirail du cachot, ou n'attirassent l'attention du prisonnier s'ils frappaient trop fort à la porte, leur fit prendre une résolution différente de l'avis de François. La vieille Coco courut jeter le tapis par-dessus la trappe, et Léon descendit ouvrir au premier coup que frappa Trim. Il fit un salut à Tom et ne fit pas attention à Trim ; car un nègre à la Louisiane, on ne s'occupe pas de ça !

« — Bonjour, monsieur, lui dit-il, en prenant son ton le plus aimable, y a-t-il quelque chose à votre service ?

Trim et Tom furent un peu déconcertés, eux qui s'étaient attendus à de la résistance.

» — Nous voudrions voir madame Coco-Létard, on nous a dit que c'était ici qu'elle demeurait.

— Qui vous a dit ça ?

— Quelqu'un.

— Ah ! iDien, on vous a trompés ; elle ne demeure pas ici.

— C'est égal ; qui demeure ici ?

— Mon ami, ça ne vous fait rien ; si vous avez besoin de quelque chose, je suis prêt à vous rendre service. La vieille Coco et François écoutaient au haut de l'escaher.

Trim fit un clin d'œil à Tom qui continua :

» — Je cherche quelqu'un qui s'est sauvé, et que nous croyons caché dans cette maison.

— Caché dans cette maison ! répéta Léon, avec un étonnemcnt si bien joué, que Trim et Tom commencèrent à croire qu'ils s'étaient trompés.

— Peut-être ai-je été mal informé, mais pourtant on nous avait bien assurés qu'on l'avait vu venir dans cette direction ; dans tous les cas nous aimerions à visiter la maison.

François, en voyant la tournure que prenait la conversation, descendit à son tour ; la vieille Coco se tenait prête à toute éventuahté.

» — Qu'est-ce qu'il veut donc, ce monsieur ? demanda François à Léon.

— Il cherche quelqu'un qu'il croit caché ici.

— Monsieur est donc un homme de police ? c'est bien, monsieur, cher-

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