‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 63 sur 207 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

chez, continua François en s'adressant à Tom ; vous êtes bien sûr de ne trouver personne, car nous avons été ici tout le temps, et je ne crois pas qu'il put y entrer un homme, sans que nous l'eussions vu ou entendu.

Tom retjarda Trim dont la figure annonçait le désappointement. Tom ne savait que penser. Léon et François remarquèrent l'hésitation de Tom et ils s'enhardirent de toute l'irrésolution des autres.

» — Allons, monsieur, reprit Léon d'un ton un peu plus sec, si vous voulez chercher, cherchez ; mais dépêchez-vous, car nous avons des aiïaires.

Trim était confondu dans ses idées et ne savait que faire ; Tom crut qu'ils avaient fait un faux pas et cherchait les moyens de s'en retirer. Déjà il se préparait à faire des excuses et à sortir, quand Trim qui était derrière lui appuyé au cadre de la porte, fit un bond en avant et d'un coup de poing porté au miheu du front, culbuta François. Tom sauta sur Léon, quoiqu'il ne comprit rien à ce que faisait Trim, et le renversa sous lui, comme s'il eut été un enfant.

Tom regardait Trim, qui renversait les tables, les miroirs, culbutait les hts, les chaises, les coffres et tout ce qu'il trouvait dans l'appartement. Il ne pouvait s'imaginer ce que tout cela voulait dire.

)) — Qu'as-tu donc Trim ?

— Mon maître ! mon maître ! cria Trim, il été ici ; moue entendi li, m.oué reconnu son la voix ! mon maître, mon maître !

Trim avait en effet parfaitement distingué la voix de son maître, quoique Tom n'eût absolument rien entendu.

Voici ce qui venait de se passer dans le cachot. Le serpent n'avait pas mordu Pierre de St-Luc, grâce à l'état de complet anéantissement dans lequel l'avait plongé sa défaillance. Le soleil, qui en ce moment entrait par le soupirail du cachot, frappait sur le plancher ; l'instinct du serpent qui lui fait chercher la chaleur, lui fit quitter sa position sur la poitrine de Pierre, et il était allé se baigner dans les flots de lumière et de chaleur que le soleil répandait sur le plancher. Pierre de St-Luc, en sentant disparaître ce poids qui lui pesait sur la poitrine, revint à lui peu à peu et reprit ses sens. En apercevant le serpent qui roulait avec complaisance ses anneaux bleus et gris, aux rayons du soleil, il jeta un cri. C'était ce cri que Trim avait entendu.

Trim ne découvrant rien dans l'appartement d'en bas, s'élança dans l'escaher. La mère Coco venait au secours de ses enfants armée d'une hache, dont elle dirigea un coup sur la tête de Trim. Vif comme un poisson, Trim para le coup, arracha la hache des mains de la mère Coco, et, saisissant la vieille par les épaules, la lança aux pieds de Tom, en lui criant :

» — Prendé soin de c'ti-là encore !

La hache à la main, Trim frappe, brise, défonce tout ce qui peut cacher son maître, qu'il appelle de toute la force de ses poumons. Pierre de St-Luc reconnaît la puissante voix de son Trim, son fidèle Trim ! Il n'ose croire à son bonheur, et cependant il se met à crier de toute sa voix pour guider Trim.

Celui-ci écoute et il entend son maître qui lui crie « de prendre garde à la trappe » ! Cette fois Trim est sûr et certain ; il lâche un indicible cri de joie, tous ses membres tremblent d'émotion. Il a reconnu que la voix vient de dessous le plancher, et il a bientôt découvert la trappe qu'il ouvre. Son maître lui crie de prendre garde au serpent, mais l'œil de

Trim avait déjà découvert le reptile ; il n'hésite pas un seul instant, saisit l'échelle, descend et marche droit au serpent qu'il coupe en deux d'un coup de sa hache. Puis il court à son maître, le saisit dans ses bras, couvre ses mains de baisers. Pierre de St-Luc ne trouve pas un mot à dire, ses paroles semblent s'arrêter sur sa langue. Les membres de ce pauvre Trim frissonnent de bonheur, il pleure et rit en même temps ! Dans un instant il eut coupé les liens et les courroies qui garrottaient son maître. Nous renonçons à exprimer les sentiments qui agitaient ces deux hommes en ce moment. Il est de ces sensations de l'âme pour lesquelles le langage de l'homme ne trouve pas d'expressions. Pierre de St-Luc prend la grosse main calleuse de son fidèle serviteur entre les siennes, et la presse avec une profonde reconnaissance. Trim se croit mille fois trop payé pour ce qu'il a fait, et il tombe à genoux devant son maître, qui le relève avec affection.

Au premier pas que fit Pierre il sentit ses genoux trembler sous lui, ses yeux se voilèrent et il sembla que tous les objets tourbillonnaient dans le cachot. 11 fut contraint de se coucher un instant pour laisser passer cette faiblesse. Après avoir bu un coup d'eau et s'en être baigné le visage, il se sentit assez de force pour sortir du cachot, où il avait enduré tant de douleur morale et supporté tant d'outrages. Trim, qui supportait son maître, fut obligé de le porter pour monter l'échelle. L'air plus pur que Pierre respira, en sortant du cachot, lui donna de nouvelles forces et il s'assit sur une chaise. A mesure qu'il reprenait sa vigueur, il put se rappeler plus clairement les différentes circonstances de son emprisonnement et de sa délivrance ; de nouvelles craintes vinrent l'assailhr, en songeant aux brigands qui l'avaient tenu emprisonné, et quoique Trim lui eut assuré que Tom était à l'étage inférieur, gardant la mère Coco et ses deux fils, Pierre sentit un frisson parcourir ses membres, à l'idée que les Coco pourraient avoir préparé quelqu'embûche dans lequel pouvaient tomber Tom et Trim.

En ce moment il entendit Tom qui appelait au secours, il fit un mouvement pour se lever, mais les forces lui manquèrent et il tomba sur sa chaise.

« — Cours à son secours, Trim, ils vont l'assassiner, cria Pierre ; ne t'occupe pas de moi, je serai mieux dans quelques minutes ».

Trim regardait son maître avec inquiétude et semblait cloué à sa place. Un nouveau cri faible et étouffé se fit entendre, et cette fois Trim fit un bond comme une panthère qui s'élance sur sa proie ; en deux sauts il fut au pied de l'escaher ; ses yeux injectés de sang flambaient, ses lèvres contractées frémissaient, ses narines dilatées respiraient la vengeance, une vengeance terrible, féroce. La nature du nègre si extrême, son tempérament si ardent, ses appétits si animaux, ses passions si brutales, quand elles sont aiguillonnées ou agitées par la torche brûlante de la haine ou de la vengeance, bouleversaient en ce moment l'âme de Trim dont la figure reflétait la convulsive agitation.

Il était temps qu'il arrivât, car François, en reprenant connaissance, était sauté à l'improviste sur Tom, tandis que ce dernier retenait Léon, qui faisait tous ses efforts pour se débarrasser. François, de ses grandes mains osseuses, tenait Tom à la gorge et cherchait à l'étrangler. Tom avait été obligé de détacher une des mains de Léon, pour saisir François par les cheveux, qu'il réussit à amener sous lui. Malgré la force supérieure

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