‹ Une dernière passionChapitre 5 sur 8 · LA TOISON D'OR · texte numérisé non relu

LA TOISON D'OR

Au moment où nous trouvons chaque jour dans le récit des bals de la cour ou des autres fêtes de Bruxelles, la mention suivante; Sa Majesté portait f ordre de la l'oison d'Or;; S. A. le prince de Ligne était décorée des insignes de la Toison ŒOr, nous croyons intéressant de donner un aperçu historique de cet ordre célèbre, qui a pris naissance en Belgique, qui jusqu'au moment de l'entrée des Français a été, sans interruption, conféré par les souverains de ses provinces et qui a constamment compté parmi ses chevaliers des membres des plus illustres maisons historiques.

L'ordre de la Toison d'Or fut créé à Bruges, le 10 janvier 1429, par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ce prince puissant que nous devons saluer comme le premier fondateur de la nationalité belge, car ce fut lui qui réunit sous un même sceptre, soit par héritage, soit par suite de négociations habilement menées, les provinces constituant aujourd'hui le royaume de Belgique. Philippe fit proclamer l'institution de ce nouvel ordre de chevalerie, qu'il plaça sous la protection de la Sainte Vierge et spécialement de l'apôtre saint André, patrons de la Bourgogne, pendant les fêtes célébrées, avec grande pompe, à l'occasion de son mariage avec sa troisième épouse, Isabelle de Portugal, fille de Jean 1er, dit le Grand ou le Père de la patrie.

Quelques auteurs ont avancé que le duc de Bourgogne, en instituant la Toison d'Or, n'avait été guidé que par un sentiment de galanterie.

Cette fable ne peut être prisa au sérieux,

car il est impossible de faire agir avec une telle frivolité un prince sage, profondément politicjue, et donc tout le règne fut consacré à accroître sa puissance.

Les véritables motifs que l'on doit assigner à la création de la Toison d'Or sont ceux que le duc Philippe expose lui-même dans le préambule des statuts de son ordre: de favoriser l'honneur et le zèle de la chevalerie, à laquelle il portait l'affection la plus vive, afin que cette chevalerie défendit et protégeât la foi catholique, la sainte Eglise, la tranquillité et la prospérité de l'Etat, les vertus et les bonnes mœurs.

Quant à l'intention qu'a eue le fondateur de l'ordre en lui donnant le uom de Toison d' Or, les historiens ne sont guères d'accord sur ce point; mais, parmi toutes les suppositions, ce qui parait de plus vraisemblable, c'est que Philippe a voulu encourager le zèle et la bravoure de la chevalerie en lui donnant pour exemple la fable célèbre de Jason, ce moiièle de valeur, allant en Colchide conquérir la Toison d'Gr. La première devise de l'ordre fut celle que Philippe le Bon appliqua à son mariage : Aultre n'auray. Mais en 1473, son fils, Charles le Téméraire, lui donna sa propre devise, si énergique: Je Vay emprins.

Ce fut le 30 novembre 143 0, le jour de la Saint André, qu'eut lieu dans l'église collégiale de Saint-Pierre, à Lille, le premier chapitre de l'ordre, et c'est ce jour-là que les premiers clievalicrs prêtèrent serment aux statuts, rendus le 27 du môme mois. Ces statuts, divisés en G6 articles, furent rédigés avec beauconp d'habileté, car, tou'.

SEMAINE LITTÉRAIRE

en ménageant l'orgueil des hauts barons et des autres grands seigneurs, qui jusqu'alors avaient vécu presqu'entièreraent indépendants dans leurs terres, ils leur firent prendre intérêt k la prospérité de l'Etat ; ils les amenèrent à reconnaître le souverain comme la source de toute grandeur, et ils établirent entre les personnages les yilus élevés en rang de la nation une espèce de confraternité, qui soumettait leurs mœurs, aussi bien que leur vie publique, au jugement de leurs pairs.

Le chapitre de la Toison d'Or jouit bientôt d'une si grande considération, que nonseulement on le prenait pour arbitre dans une foule de contestations de la plus haute importance, mais que ses i-einontranees et ses conseils avaient une telle autorité que Charles le Téméraire lui-même, malgré sa violence, et Charles Quint, malgré sa fierté, promettaient de s'amender, quand les chevaliers leur rappelaient les intérêts de leurs peuples et blâmaient leur emportement.

Philippe le Bon, prévoyant sans doute les malheurs de sa famille, avait décidé, par l'article 65 des statuts, que, si la ligne masculine de la maison de Bourgogne venait à s'éteindre, la grande maîtrise de l'ordre passerait au mari de la fille, héritière du dernier souverain. Conformément à cette décision, Maximilien, archiduc d'Autriche, depuis empereur d'Allemagne, fut reconnu chef de l'ordre, lorsqu'il épousa, au mois d'août 1477, Marie de Bourgogne, fille unique de Charles le Téméraire, tué à la bataille de Nancy, le 2 janvier 1477.

A Maximilien succédèrent son fils, Philippe le Beau, et puis son petit-fils, l'empereur Charles-Quint.

Lorsque fatigué de quarante années de gloire, accablé des soucis qui, sur le trône surtout, sont les compagnons inséparables des grandeurs, et s'apercevant que la fortune n'accorde plus que de rares faveurs aux vieillards, ce célèbre empereur espéra trouver le repos dans solitude, ilannonçaau chapitre, qu'il tint dans son palais à Bruxelles, le 21 octobre 1555, qu'en cédant à son fils ses chères provinces des Pays-Bas, il voulait se dépouiller également en faveur du nouveau souverain de sa dignité de chef de l'ordre de la Toison d'Or. Les chevaliers, après

avoir témoigné, en termes touchants, à ce grand prince, adoré dans leur pays, le chagrin que leur causait cette désolante abdication, saluèrent, séance tenante, Philippe II en qualité de leur chef.

Les successeurs de Philippe II : Philippe Iir, Philippe ly et Charles II, continuèrent également à être revêtus de la dignité de chefs et souverains de la Toison d'Or, à titre de souverains des Pays-Bas et de ducs de Bourgogne.

A la mort du bon Charles II, ce dernier roi d'Espagne de la maison d'Autriche, lorsqu'éclata, en 1701, la longue guerre de la succession, Philippe V, appelé par le testament de Ciiarles II à recueillir son vaste héritage, et son compétiteur, l'archiduc Charles d'Autriche, qui s'intitula : Charles- III, roi d'Espagne, et qui plus tard devint empereur sons le nom de Charles YI, se disputèrent la souveraineté do la Toison d'Or, car les plénipotentiaires ne parvinrent pas à obtenir sur ce point la moindre concession, ni de Charles VI, ni de Philippe V.

Charles VI s'est constamment prétendu grand maître de la Toison d'Or en sa qualité de souverain des Pays-Bas, parce que, l'ordre ayant été créé dans ces provincesles princes de la maison d'Autriche s'en sont toujours déclarés les chefs, non comme rois d'Espagne, mais seulement comme possesseurs des Pays-Bas. C'est lui aussi qui conserva l'antique trésor et les archives de l'ordre, qui, aujourd'hui encore, sont à Vienne.

Philippe de son côté soutenait que la dignité de chef de l'ordre ne pouvait appartenir qu'à lui seul, puisqu'il était l'héritier direct et unique de Charles II.

Quoi qu'il en soit, le roi d'Espagne et l'empereur d'Allemagne ont continué de protester contre les prétentions que chacun d'eux s'attribuait.

Depuis lors leurs successeurs ont conféré, les uns et les autres, le collier de la Toison d'Or, et aujourd'hui les chevaliers créés par l'empereur d'Autriche et ceux à qui le souverain de l'Espagne décerne cet honneur sont traités dans les cours de l'Earope avec la même distinction.

Le nombre des chevaliers, qui fut d'à-

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