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LA TOISON D'OR

qord fixé à trente et un par Philippe le Bon, fut porté par Charles-Quint, à cinquante, au chapitre de 1516. Plus tard, le nombre devint illimité, et maintenant encore, tant en Autriche qu'en Espagne, l'usage permet au chef de l'ordre d'élever à cette dignité autant de personnages marquants qu'il le juge convenable.

Tant que l'Espagne fut gouvernée par les princes de la maison de Bourgogne, sous le règne de Churlcs-Quint, et même au commencement de celui de Philippe II jusqu'en 1559, année où fut tenu à Gand le dernier chapitre général, les chevaliers de la Toison d'Or étaient élus dans le chapitre à la pluralité des voix. Mais depuis cette époque, Philippe II ayant transporté définitivement le siège do sa résidence en Espagne, plusieurs chevaliers ra3'ant suivi dans ce roj'aume, d'autres étant morts dans les troubles de religion qui désolèrent les Pays- Bas, il ne fut plus guère possible de réunir un nombre assez imposant de chevaliers pour tenir un chapitre général. Cependant Philippe II ne vo^'ait qu'avec chagrin s'éteindre cet ordre, auquel ses pères avaient donné tant d'éclat. Aussi songea-t-il à le restaurer, et, à cet eflet, il eut recours au pape, afin d'obtenir l'autorisation de remplacer, sans tenir chapitre, les chevaliers décédés. Le bref du pape déférant à son désir lui ayant été concédé en 1577, le roi nomma les nouveaux chevaliers en 1581.

Ses successeurs ont imité son exemple et ont conféré, liors chapitre, en vertu d'une concession qu'à leur avènements au trône ils sollicitaient du chef de l'Eglise, les colliers aux grands seigneurs qu'ils jugeaient les plus dignes.

Aujourd'hui, le chef de la maison d'Autriche et celui de la maison de Bourbon d'Espagne continuent de nommer, directement et en vertu de leur autorité souveraine, les chevaliers de la Toison d'Or.

Conformément aux statuts de fondation, quatre officiers, qui devaient être nobles de naissance, éta'cnt attachés à l'ordre; c'étaient le chancelier, qui était ordinairement un évoque, le trésorier, le greffier et le roi d'armes, dit : Tolmn d'Or.

Ce dernier ne devait pas seulement veiller à ce que les armoiries des chevaliers et

leurs privilèges ne fussent pas usurpés, mais devait également dresser les généalogies de ces chevaliers, qui furent tous, jusqu'au commencement de notre 19e siècle, pris exclusivement parmi les gentilshommes de nom et d'armes et de noblesse militaire.

Actuellement encore, l'ordre, tant en Espagne qu'en Autriche, à conservé ses quatre antiques charges d'officiers.

Toujours les chevaliers de la Toison d'Or ont joui de grandes immunités. Ainsi, pendant tout le temps qu'existèrent les privilèges en matière d'impôts, les chevaliers et les officiers de l'ordre ont obtenu l'exemption de la plupart des impôts auxquels étaient assujeitis les autres nobles. Bien plus, une ancienne fondation leur attribuait deux j)Ols de via Qi dix llards dejyciii^, chaque fois qu'ils étaient en cour ou en mission pour le service du souverain.

Aujourd'hui encore, outre le premier rang qu'ils occupent dans les cours, les chevaliers de la Toison d'Or ont conservé entre autres privilèges concédés par une bulle du pape Léon X, en 1516, celui de pouvoir, ainsi que leurs femmes et leurs enfants, recevoir du chancelier de l'ordre, ou de tout autre prêtre approuvé par celui-ci, l'absolution des cas majeurs réservés au saint-siège, et celui d'avoir un autel portatif et d'y faire célébrer la messe et d'autres offices divins, même quelque temps avant le jour et peu après l'heure de midi . Comme signe distinctif de leur dignité les chevaliers portent, aux occasions solennelles, dans les cérémonies publiques, et à la grande fête de l'ordre, qui est célébrée chaque année le jour de la Saint-André ou, si ce jour tombe dans la semaine, le dimanche suivant, le bijou de la Toison d'Or, suspendu à un collier fornié de fusils et de cailloux émaillés^ d'où sortent des étincelles de feu. Dans ces circonstances ils sont revêtus d'un costume fort imposant, donné par Charles le Téméraire, au chapitre de 1473, et composé d'une robe on velours cramoisi doublée de taffc-tas blanc, d'un long manteau également on velours cramoisi, mais doublé de sa'Jn blanc et bordé d'une riche broderie composée de fusils, de cailloux, do toisons et do la devise de l'ordre : je Vajj

SEMAINE LITTÉEAIRE.

emprins ; et d'un chaperon, cussi en velours cramoisi, auquel est suspendue une longue bandcroile de la même étoffe tombant sur la poitrine et relevée sur l'épaule droite.

Les officiers de l'ordre ont le même costume, mais sans broderies, et ne portent pas de collier, à l'exception toutefois du roi d'armes, qui a un énorme collier, nommé 2J0tence, formé de cinquante-deux écussons sur lesquelles sont gravées et émaillées les armes des maisons qui ont fourni le plus grand nombre de chevaliers de la Toison d'Or.

Lorsque les chevaliers et les officiers assistent aux grandes cérémonies funèbres, leurs robes, leurs manteaux et leurs chaperons sont en velours noir sans broderies: la robe doublée de taffetas noir et le manteau de satin noir.

Dans le monde, les chevaliers portent la Toison d'Or suspendue à un ruban de soie cramoisie.

Il est à remarquer qu'à la mort de chaque chevalier, sa famille doit restituer le collier et le bijou de la Toison d'Or au chef et souverain de l'ordre, et que les colliers et bijoux conférés par l'empereur d'Autriche sont prfîsqu'en tous points semblables à ceux décernés par le roi d'Espagne; la principale différence consiste en ce qwe la Toison de l'ordre autrichien est attachée au collier ou au ruban par une plaque en émail bleu sur laquelle sont gravés les mots: pretiumlahorum non vile, et l'ordre espagnol par une plaque sur laquelle figurent deux branches de chêne.

Autrefois, à l'époque des chapitres généraux, chaque fête de l'ordre durait plusieurs jours. Le premier jour qui était le plus solennel, les chevaliers se rendaieut en grand costume à l'égUse où on célébrait la messe en l'honneur de saint André. Le second jour était consacré à la mémoire des morts, ei les membres de l'ordre pai-aissaient aux cérémonies revêtus de leur costume do deuil. Le troisième jour était dédié à la sainte Vierge, et les chevaliers entendaient la messe sans manteau, vêtus seulement d'une robe de damas blanc et de leurs chaperons cramoisis. Enfin, les autres jours étaient consacrés aux élections, à l'examen

de la conduite et des mœurs des chevaliers^ à la discussion et àl'aplanissement des différends soumis à l'arbitrage du chapitre et H toutes les affaires relatives à la dignité, aux intérêts ou aux finances de l'ordre.

De nos jours, la veille de la fête de la Toison d'Or, des vêpres sont chantées dans la chapelle du palais impérial, à Vienne, et dans celle de la cour, à ^fadrid. Le jour de la fête, le souverain de l'ordre procède, dans la salle des chevaliers, richement décorée de tentures et d'ornements en velours cramoisi et or, à la réception solennelle des membres nouvellement nommés, et, après cette récei)tion, la noble assemblée se rend en cortège dans la chapelle, où l'on célèbre une messe pontidcale.

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