‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 100 sur 172 · XXXIX. — r.A SAINTK KdLISK CAII KX.IOL'K TWH · texte numérisé non relu

XXXIX. — r.A SAINTK KdLISK CAII KX.IOL'K TWH

loi ne déraille pas; f.'est pourquoi, quand tu .st-ras coiiverU, . confirme tes frères (1) . . . Quelles paroles ! Et qui n'en saisit la [)ortée ! Jésus Christ l'annonce: Elle sera assaillie de toute part, persécutée sans relâche, passée au crible, pour conserver l'expression du Sauveur, cette Église actuellement représentée par le Collège apostolique. Or, en prévision de ce qui doit arriver, que lait Jésus Christ? Il prie; non pour tous, ce qui cependant eût été très naturel, puisque tous allaient être en p(''ril, mais pour un seul en i)articulier, pour un seul avec distinction, i)Our Pierre et ses successeurs en tant ([u'ils ne font avec lui qu'une personne morale. Qu'est-ce à dire? Est-ce que le salut de tous les autres lui serait moins cher que le salut de cet unique? Non pas, s'écrie ici saint Léon, mais parce que, en an'ermissant celuici, il affermissait ceux-là, et que le salut des subordonnés sera mis en sûreté par cela seul que l'Ame de leur Prince n'aura pas été abattue : Spccialis a Domino Pétri CKrasKscijAtu)', et pro Pclri ficle propyie SKpplicdtu)', tavipiam (ilionon slafiis cniior sit fiiliirus, si nie))fi Principis vicia non fnerit (2|.

Nous avons rapporté les paroles de Jésus Christ ; récapitulons maintenant la tradition qui les a interprétées.

Quelle abondance de témoignages, et quelle concordance ! A moins que les mots ne soient pas l'image fidèle des choses qu'ils expriment : Elle est infaillible cette Chaire apostolique, chaire de saint Pierre et de ses successeurs, chaire présidente, chaire unique, chaire d'où découle l'épiscopat et toute son autorité, chaire qui est l'invincible lien de l'unité, chaire en laquelle se trouve l'entière et vraie solidité de la religion chrétienne, chaire à ce point suprême qu'elle ne peut être jugée par aucune autre, et que l'ien ne doit être examiné ni admis avant iprelle n'en connaisse d'abord, chaire enfin qu'on n'abandonne jamais sans abandonner l'Église elle-même: Qui cothedi-nni Pcln siipcr fjKani fandala est Ecclesia tlcse)'it, in lù'clesia se cs-sc non confuial (3) . . . Elle est infaillible, l'Église de Rome tant célébrée par les Pères, cette Église racine et matrice, mèic et maitresse do toutes les autres, cette Église que les grands ApcJlres

(I) Lit., c. XXII, v. ;i;'.

(i) \y. i>i:uu(iM:, I. ii, i>. I,(>ii.

{''<) S. Cypr. ap. I.ii;ioi;i. Iimc' ilr I.cijUnts. ii. IIJ.

.')40 Î.K SVMHOLI'. KKS Al'OTKKS

ont imprégnée tle toutes leurs tloctrines et de leur sang, eette Kglise il laquelle, h cause de sa principauté suréminente, il est nécessaire que le monde entier ait recours, cette Église en dehors de laquelle (juiconque inange l'Agneau est un profane, et dans le sein de laquelle il faut rester si on ne veut pas être submergé par les eaux du déluge, cette Église toujours pure, toujours immaculée, toujours vierge de toute erreur, cette Église enfin qui parle, et les causes sont finies, tant il est hors de doute que s'il s'élève des questions touchant la foi, elles ne peuvent être tranchées que par son jugement : Sic, si quru de fidc si(t)07^t.!v fuerint quœstioncs, siio dcbe)U judicio definiri (l).

Mais c'est assez parler du Siège, comme si nous faisions abstraction de celui qui l'occupe. Cette subtilité n'est plus de saison aujourd'hui ; trop usitée en d'autres temps, elle a cessé de l'être dans le nôtre. Et c'était justice. Le Siège, abstraction faite de celui qui l'occupe, n'est rien autre chose qu'un être privé de raison, c'est-à-dire une fiction. Con.séquemment, le seul infaillible, ce n'est pas l'Église de Rome, mais l'évêque de lîome, ce n'est pas le Siège de Rome, mais le pape qui y est assis : le seul infaillible, c'est le pape. . .C'est du pape, être non abstrait mais persoruiel, qu'il faut affirmer tout ce que la tradition affirme de l'Église qu'il régit, et du siège qu'il occupe ; c'est du pape, être non abstrait mais personnel, qu'il faut répéter tout ce que les grands Docteurs et les grands Conciles en ont dit ; avec saint Léon : qu'il est le patriarche universel ; avec saint Cyprien : qu'il est élevé au faite apostolique : avec .saint .lérôme : qu'il est le confirmateur delà foi des chrétiens ; avec saint Jean Chrysostome : qu'il est la bouche qui parle au monde et lui suffit ; avec saint Rernard : qu'il est le porteclef de la maison de Dieu, le pasteur des pasteurs, le pontife appelé à la plénitude de la puissance ; avec saint Thomas : qu'il lui appartient de déterminer finalement ce qui est de foi. parce que la foi de toute l'Église devant être une, il n'y a que la sentence définitive d'un seul qui puisse la rendre telle (2) :

(1) Conc. LiKjd. II. .\|nul cunul. n. W'I.

(2) Ad ejus aiictoritatem pertinet finaliter dctenninarc ea qiur. smil l'nlci iit ab oniiiiljiis inconcussa fidc teiicantur . . . qiiia uiia fidos débet esse toliius ecclc-

XWIX. I.A SAINIi; Kiil.lSI-: <:.\ IIMM-Mjl !•; iiil

;ivcc. I(! Concile (1(! Clialcéddiin' et ses six lîeiits évitqiirs : iiu'il t'st le Père (les Pères, révèque d(3S évèques, le potitife siipn"'iiie, le prince siégeant sur le trône Apostolique, et (jue ce qu'il .1 défini, il faut le tenir pour légitimement dè-lini ilj : avec le Concile de Florence : qu'il est le vrai Vicairr^ du Clirisl. la tète de toute l'Église, le Père et le Docteur de tous les chrétiens, qu'à lui en la personnne du Bienheureux Pierre, a étt'; remis par Notre Seigneur Jésus Christ le plein pouvoir de paître, de régir et gouverner l'Eglise universelle ; enfin avec le très grand, très saint, très œcuménique Concile du Vatican : que, quand il parle ex cathedra, c'est-à-dire que, quand reml)lissant la charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il déflnit qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être crue par l'Église universelle, il jouit pleinement, par l'assistance divine qui lui a l'té promise dans la personne du Bienheureux Pierre, de c'ette infailliljilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Eglise fût pourvue en définissant la doctrine touchant la foi et les niouirs ; et par conséquent, que dételles définitions du Pontife romain sont irréformables d'elle-mèmes, et non en vertu du consentement de l'Église (2).

Il est donc infaillible, le pape. . . La preuve était faite déjà, elle l'est maintenant avec surabondance. Mais il reste à dire pourtant; il reste à dire en quel sens, par quelle vertu, et quand il est infaillible.

Vax quel sens ...Disons tout de suite que l'infaillibilité dont nous traitons en ce moment, n'a absolument rien de comnmn avec l'impeccabilité, telle qu'elle est entendue communément. Autre chose est d'être infaillible en matière de foi, autre chose

siit', quod servari non potest nisi quicslid ilo li(li> cxoila ilctn miiicdir, par ciim uni loi! ecclosite pnpcst. '2, "1, ^[. 1, ail. lU.

(I) Oinnia ab co (papa) defiriitu toncaiitiii- laïuiiiaiii a Vicaiio apostulici tliroiii. Ap. LuaiORi. loc. jatn cit. n. ll!2.

(!2) Pour rargiiment de Tradition, dans lo développement duquel chaipu; nio( |ires(iue répond à un texte, voir ces textes in extenao avec indication des s(i\nii's, ap. 6'o«c. Valic. — S. Lir.i'ORf. Dixsert.dc Itoni. Pontif. infallihilitdle t'I aitcloritate. [n tract, de Iciiibus. — Pkrroni-;. De dotil>. prim. — (".orssEr. Théologie Dogmatique, t. 1. — dkMaistre. Du l'ape.

d'être impeccable dans les actes qui relèvent de la conscience. Le pape est infaillible, il n'est pas impeccable, le pape peut pécher, et il pèche, il pèche, vraisemblablement moins que vous et moi, mais il pèche comme vous et moi, il pèche tous les jours, il frappe sa poitrine tous les jours, le pape se confesse, soyez-en sûrs, à des époques très rapprochées. Le pape, c'est-à-dire Celui à qui, en la personne de saint Pierre, a été confié, dans toute sa plénitude, le pouvoir d'absoudre, a besoin, comme le dernier des chrétiens, de se confesser pour être absous lui-même. Lorsque j'ai vu, disait naguère un religieux célèbre, lorsque j'ai vu Pie IX agenouillé à mes pieds pour se confesser et recevoir l'absolution, lorsque j'ai vu cette première Majesté de la terre dans l'humble attitude du pénitent, devant le dernier de ses prêtres : embarrassé, étonné, ému jusqu'aux larmes, je me suis dit: Elle est divine la confession, elle est divine, puisque le Vicaire de Jésus Christ lui-même, en tant qu'homme et chrétien, est obligé de passer par cette dure loi (1).

La première question est résolue : Le pape est infaillible, non impeccable.

Mais par quelle vertu l'est-il? Je l'ai dit dans une précédente Instruction : il n'y a que Dieu seul qui, par l'infinie perfection de sa nature, soit infaillible, et si en dehors de lui il se trouve quelqu'un, être collectif ou individuel qui le .soit, ce ne peut être qu'en vertu du don qu'il en aura reçu (2). La réponse est faite. Le pape est infaillible, mais cette infaillibilité est un don, rhavisma, c'est un don qui lui vient d"En-Haut, charisma divinitus collatum, c'est un effet de l'assistance divine, per assistentiani divinam (3). Cela vous étonne. Accoutumés que nous sommes à faillir, à prendre le faux pour le vrai, le vrai pour le faux, parce qu'en effet tout homme se trompe : Omnis homo mendax (4); entendre dire qu'il y a un homme qui ne se trompe pas, un liomme garanti contre l'erreur, nous sommes surpris, tentés même de nous récrier et de conclure à l'impossibilité de lacho-

(1) Ventura. Conférences précitées à Paris en 185i. t. 3, p. 57. {-î) Prône 32">'^.

(3) Conc. Vatic. pastor /Eternis. cap. 4.

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