XLI. — LA llK.MtSSKlN DKS FKCIIKS .T
Nous croyons qu'en vertu des paroles moines qui le lui con- Cèreiit, le pouvoir do l'Eglise, de remettre les péchés, est absolu, quant au niod(% quant au nomhi'o, quant à la permanence, (le rcITi't. (jiiant au mode: c'est-à-dire qu'elle ne les déclare pas siuipicmcnt remis, non, elle les remet v(''rital)lement elle-même, l'exercice de son pouvoir est un acte judiciaire. Quant au nombre: c'est-à-dire qu'elle les remet tous sans exc<'ption, quelle qu'en soit ou la grièveté ou l'espèce, et qu'anlant de fois If pcclicu)- Il recours ù son trihimal, (iifhdil de fois, s'il se repeyit^ rahsolidio)i lui est dw^ [\). Quant à la iJcrinanenc-c de reflet: c'est-à-dire qu'elle les remet sans retour, ils ne revivront plus désormais, pas plus que ne reviendra jamais à la surface le morceau de rocher qu'on a jeté au fond de la mer, enchaîné <pi'il est aux abîmes par son propre poids (2i. Ils sont effacés, détruits, anéantis, comme le sont les caractères dont une cire molle (Hait empreinte, après qu'elle a été manipulée à nouveau, on qu(^ le rouleau a passé dessus (3). Ajouterai-je (pie cette rémission des péchés est instantanée, et que, c'est le mot de saint Jean (Ihrysostome, moins prompt est un grand feu à dévoi'er une poignée de paille, que la sentence d'acquittement à produire son effet.
Kntin nous croyons que, comme l'Égli.se a été faite seule dépositaire du Baptême, semblablement c'est à l'Église seule qu'appartient le pouvoir de remettre les péchés commis après le lîaptème, et dans l'Église, aux .seuls successeurs des apôtres à qui ce pouvoir a été originairement confié, c'est-à-dire aux Évéques, et par les Évéques aux Prêtres, ù l'exclusion de tous les autres ; ajoutons encore : aux Évéques et aux Prêtres, pour l'exercer uniquement par le moyen des sacrements, auxquels seuls la rémission des péchés est attachée. Sur ce point capital entendez le saint Concile de Trente, et le Catéchisme Romain son interprète autorisé : C'est aux Évéques et aux Prêtres seuls <(ue .lésus Christ a donné le pouvoir de remettre les péchés : Dominus non omnibus, scd episcopis l(i)itii)n el saccrdotibus tam
(1) Cour. Trid- Scss. |.i, rini. '.).
Ci) Micii. c. vil. V. Kl.
(3) Crelieu. in Arl. c. ii:, v. lU.
suncti ynuneria poteslalcni (ledit (!). G'esL par le seul moyen des Sacrements administrés^ chacun selon sa ibrme, que les péchéspeuvent être remis : pa- sacrconcnfa sohon, si eorum forma sert^L'hir, peccata rnniiH possvnt il). Ecoutez toujours : Dans l'Église, ni prêtre, ni évéquc, pas même le Pape, personne n'a hi droit de remettre les pécliés autrement qu'il vient d'être dit: Aliter vero niillum jus a peccatis aolvendi Ecclesifv datiim est (3). r^ourquoi? Parce que l'E.nlise et ses ministres n'étant rien autre chose que les instruments de la rémission des péchés, tandis que Jésus Christ en est l'agent unique, c'est à l'agent unique qu'il appartient non seulement de choisir ses instruments, mais encore de détei'miner dans quelles conditions il veut s'eir servir: Ex quo scquitur, tum sacerdotcs, tnui sacramenta, ad pcccala rojidnjKUidu, vclul iiislrinnoila ralcrr, qiidtiis CIn-istus auctor ipsc et Inrgiior salidh, rciitissicDioii peccatoruni in nubis cfficit (/i).
Vous êtes trop intelligents pour n'avoir pas compris cet enseignement, dans son ensemjjle ; vous ne léserez pas moins pour saisir les conséquences qui en découlent ; conséquences de la plus rigoureuse exactitude, comme de la plus haute importance.
Y a-t-il possibilité de justification et de salut, pour le pécheur qui ne recourt pas au tribunal réconciliateur de l'Eglise,, ou qui, ne le pouvant actuellement, n'a pas la volonté de lefaire aussitôt que l'obstacle sera levé? Non, parce qu'il ne prend pas le moyen ordonné à cette fin, et qu'en dehors de ce moyen il n'y en a aucun autre.
Y a-t-il po.ssibilitê de justification et de salut pour l'excommunié et l'apostat ? Non ; parce que ni l'ini ni l'autre ne font plus partie de l'Église, le premier ayant ét('' retranché de l'Église, par l'Eglise, le second .s'en étant retranché lui-même. Qu'ils viennent à pénitence, ou que, s'ils sont dans l'impossibilité de recourir au pouvoir de l'Église, ils en aient au moins le désir, l'Église les réadmettra. Mais jusque là, elle ne peut l'ien pour eux.
(1) CalerJt. Rom. (3) Calecli. Hoin.
Çl) Conc. Trid. sbss. H, cap. G. (i) lljiil.
XLT. — LA RK.MISSIOX DKS l'KCII KS lîfîl
Y a-t-il possiI)ilit(' de justification ot de salut pour les sdiismatiques et les iiérétiques ? Non ; pour la même raison : (pi'ils ne font point pai'tie de TK-lisc. I.e mot de saint Cyprien que nous avons déjà eit('' retrouve ici sa place : (pie, n'a\ant pas l'Kiilise pour mère, il est impossiljle (pi'ils aient Dieu i)Our père.. . De ce nombre i)ourtant ne sont point ceux que la bonne foi excuse, et qui, étant dans la mauvaise voie sans savoir qu'ils \' sont, nppartiennent, non au corps, mais à l'àme de l'I^i^lise.
Y at-il possibilité de justification et de salut poui' les Infidèles? Non ; toujours pour la mémo raison : qu'ils ne font pas partie de l'Église. Mais hâtons-nous de leur appliquer le b(''né'fice do la réserve que nous venons de faii'e. Si donc ces hommes, nos frères, mais jusqu'ici priv(''S du bonheur de <-roirc en .fi'sus Christ, qu'ils ne connaissent pas, ont poni'tant foi en un Dieu unique, souverain Seiiiiieur de toutes choses , et en sa pi-oviilencc générale sur les liommes i)our les conduire à leur lin ; et (pie d'ailleurs ils vivent conformément aux préceptes de la loi naturelle, gravée par Dieu lui-m("'me dans tous les cieiu's : ils appartiennent, eu\ aussi, non au corps de l'Kglise, mais à son âme, c'est-à-dire à cette société invisilile de .Tustes, qu'à la vérité, aucun lien extérieur ne rattache à l'Eglise, mais qui n'en servent pas moins l'uniipie vrai Dieu, en esprit et en vérité, selon la connaissance qu'ils en ont, et dans la mesure de leurs forces (i). . .
Va\ terminant cette onzième et dernière Inslruclii)n sur l'Eglise, je reprends, pour en faire le mot de la fhi, une conclusion eNi)rimée déjà plusieurs fois, mais qu'un nouveau bienfait rend encore plus vraie et plus l(''gitime.
IJénissons Dieu, (pii nous a doniu'' nue telle mère pour toute
(!) Elles sont l(''i;ioii, clltvs sont iniiomliralilcs, les àmcsiiui, (^"ngagôes dans li^ scliisiuc, on dans l'hrrrsir, s;ins le- savoir, on nirinc Intiilc-Ics jnsqn'ici et cn- •(■orc assises à Toniln-c lie l;i niorl, iKircr (|'i(' la Inniièrr de fKvanuiile ne lésa lias visil('es, a[iiiaitiennenl à l'àme de l"F.y,lise. Dien seul i'(ninaîl ceux i|ni sont à Ini, (';lanl le seul à sonder le-; (d'urs. l!eani-oa|i, dit S. An^Mislin, soni dans l'Église, qui ne sont pas do 1 Éiçlise, et Ijeaueonii n(! sont pas dans l'Église, qui sont di; l'Église : Qiuim milita' oves forts, (iitnin lunlli hiin iiilus! Ap. l'EimoNE. t. n, p. 71:2.
;î()2 LK SYMBOLE DES APOTJVES
la durée de notre pèlerinage ici-ljas. Nous vivons, nous, dans son sein, nous cheminons vers la patrie, couverts de son égide. Cette faveur n'est pas donnée à tous. Que de nations, ou plongées dans l'hérésie, ou assises encore à l'ombre de la mort ! Notre sort est meilleur mille fois. JMais il sera plus demandé à qui aura plus reçu. . .
Remercions Notre Seigneur Jésus Christ d'avoir établi en cette même Eglise, pour notre justification et salut, la Rémission des péchés, et d'en avoir fait une Institution permanente, à la- «piclle nous pouvons recourir: Xon scmcl,scd tofics quoties (1), non une fois, mais autant de fois que nous sentons le besoin de rontrei' en grâce avec Dieu. Cette reconnaissance n'est-elle pas le premier, comme aussi, le plus facile de nos devoirs, surtout si nous prenons soin de nous rappeler ce qu'est la Justification : Un changement surnaturel qui se fait on nous, par lequel, de pécheurs que nous sonmies, nous devenons justes aux yeux de Dieu et dignes du lionlieur éternel. . . (Euvre si excellente, et à ce iioint prodigieuse, que saint Augustin la mettant en parallèle avec la création du ciel et de la terre, ne craint pas de lui donner la préférence : Majus opiis est, ut ex impio Jitiitiis fiât, qitam creare cœlum et tcrram (2). . .
Que vous êtes riche en miséricorde, ô mon Dieu ! Les saintes Kcritures le disent (3), vos œuvres en témoignent hautement, nous ne l'oublierons jamais, et l'Éternité ne sera pas trop longue pour vous en bénir. . .
(I) Coiti. Trid. Soss 1 i, cap. It». (-1) A|i. S. Thom. l-II, (|. cxiii. .Vrl. '.I.
(:}) Ei'HES. C. II, V. i.
nlAIIAXTK DKIXIK.MK l'i'.OXE
L'autre vie. Immortalité de l'àme.
(lirdu. . . ctiniis fi'siirn'cliitin'iii , rihmi n'Ioriiam . .le crois. . . l;i msuiTectioii de \\\ cluiir, la vie ('Icnicllc
Hoc iiiipriniis allrmli'iv (i|iin-telMt, ii"^iiiii'(liiiMi'iii liDiiiinmii, iii hor artil'iilo, cariiis resiirrcclionoiii ajipellaii, ([iiod qiiiileni sim; causa factuin non •■st. Nam (loL'cro voliicrmit Aposloli . (iiioil ncrcssario |ioiiciiiliim est : Auiiiiam esse imiiiortalem.
Caterli. Itoin. <a|i. \t.
Nous commençons aujourd'hui la dernière série de nos Instructions sur le Symbole des Apôtres. Nous l'intitulons : La rie (tprrs la mort ... et à mesure que se développeront les sujets i;roupés .sous ('e titre, il .-ipparaitra clairement combien il est juste et vrai.
0 Dieu ! ô Maître ! ù le seul inspirateur qui soit vraiment sûr ! Xous vous demandons par une i)rière plus fervente que jamais, <le nous aider de votre sainte grâce dans cette nouvelle voie, de nous éclairer des plus pures lumières de votre Esprit, de i)énir un travail qui s'achève, et que nous avons entrepris, vous le savez. Seigneur, uniquement pour la gloire de votre nom, et le salut des âmes ! . . .
La loi est dure, mais c'est la loi : Il laut mourir . . . Qucl- (jue longue qu'elle soit ou puisse être, depuis le jour où le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort ili.
(1) KoM. c. VI, V. ;î-2. :iii:!
toute vie linmaine a un terme. Insister sur ce point, qui n'est contesté par personne, ni ne peut l'être, serait pure superfluité, et perte de temps. Nous mouri'ons, nous mourrons tous, nou.s ne mourrons qu'une fois, l'arrêt en est porté, il est irrévocal)le: Shitiitum est oimiibu!^ Iwminibus sc))tel mori (1).
Mais — et c'est ici que nous entrons plus directement dans notre sujet — autant la mort est certaine, autant elle est partielle . . . ()ui, très certainement nous mourrons ; oui, comme il est venu pour tous ceux qui nous ont précédés dans la carrière, le dernier jour viendra pour nous ; le jour où, dans nos membres raidis par la mort, les fonctions vitales auront définitivement cessé ; le jour où notre corps, désemparé du principe qui l'aiimait, s'altérera d'abord, pour se dissoudre ensuite et devenir ce je ne sais quoi qui n'a plus di:- nom dans aucune langue, comme parle Bossuet. Mais ce sera tout. Encore qu'il soit très exact que l'homme meurt, que la société du corps et de l'âme est dissoute, que la personnalité humaine est rompue, le désastre pourtant n'est pas total. L'un des deux éléments du composé humain reste intact. L'âme, ni ne s'éteint, ni ne s'altère ; elle subsiste toujours, quoique en un état dillerent. Disons le mot qu'il faut dire ici, et qui reviendra à maintes reprises dans tout le cours de cette Listruction, avec preuves à l'apiiui: L'âme est immortelle.
L'âme est immoilelle ; les saintes Ecritures le disent. — Elles disent que : tandis que le corps se mêle à la terre d'où il a été tiré, l'âme retourne â Dieu qui l'a donnée : Bevciiitur pulri^ in teyvum stiam, et sjiiriltis redit ad Deum qui dédit ilhnn (2). — Elles disent que : la mort n'est qu'une apparence trompeuse : r/.s/ .s.v»/ ooilis iiisij}ic]iliinn. )iioi'i (3i ; qu'elle laisse â l'âme sa vie tout entière ; Vii^et ani)iui nicii (4); qu'elle ne fait que rompre les liens mortels du juste, et lui ouvrir l'entrée du lieu de paix: llli aiilon sind in j)(icc iT)!. — Elles disent que: si Dieu est appelé le Dieu d'Abraiiam, d'Isaac et de Jacob, même pkisieurs siècles après leur mort, c'est qu'ils sont toujours \ ivauts
(I) HEii. c. IX, V. 27. (A) P.sAL. cxviii.
{'i) EccL. V. xii, V. 7. (3) Sai>. c. m, v.
(3) Sai'. c. m, V. 2.