‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 109 sur 172 · XLII. — LA liKSlini'.l'-.CIloX \)K LA (.IIAII'. .'W · texte numérisé non relu

XLII. — LA liKSlini'.l'-.CIloX \)K LA (.IIAII'. .'W

(hms la meilloiire pailio de hiuv être; Dieu n'est pas le Dieu do «•0 qui n'est plus, mais de ce (]ui est et sulisisle devant sa faee: Drus (tidem non cxl DidrlKoru))!, srd rironnii : oiiincs ruhn vlvimt «;/(Ii. — l']iles disent: qu'à la vérit('', l'âme est dans le eorps qu'elle habite, niais à la manière d'un voyageur loin de son pays, et que le jour où elle la (piitte, celte terre étrangère, pour aller habiter chez le S(^igneur, est le jour désiré : Bonam voliuttatcin Iiab(')}nis inagix percyrinari a corpore, et prirscnlcs esse ad Doinunim {%. — Elles disent . . . mais (juoi ! il faudrait les citer toutes, depuis la première ligne jusqu'à la dernière. C'est par plusieurs centaines de fois, que, dans les Anciennes Ecritures, le Schéol ... et dans le Nouveau Testament, le Royaume des <'ieux, le sein d'Abraham, les Enfers . . . sont nommément exprimés, ou implicitement désignés, conmie étant les différents séjours des âmes après la mort, selon leurs mérites ou démérites pendant la vie.

L'âme est immortelle ; l'Eglise l'enseigne... Consultez, si vous en avez le loisir et l'attrait, les organes autorisés de son Enseignement: les grands Conciles, les grands Docteurs, les grands Théologiens ; presque à chaque page, du moins en cent endroits divers, vous trouverez^ l'immoi'talité de l'âme, la vie future, ou affirmée si nettement, ou ])i'ècliée si éloquemment, on démontr(''e si clairement, ou nii'mi^ simplement supposée comme vérité évidente de soi, qu'aucun doute désormais ne doit plus subsister dans l'esprit. Que si le temps ou l'attrait vous manque^ [lour faire ces longues oi patientc^s recherches, regrettez-le, mais ne vous en affligez cpi'autant qu'il convient.

N'avez-vous pas le Catéchisme, enseignement ])opulaire de l'Eglise, qui (exprime substantiellement, dans un langage simple, tout ce qu'il nous importe de savoii' sur nos drstiii('i>s futures? Vous y lisrz : Que c'est Dieu (pii :i créi' noire âme : qu'il l'a faite innnortelle ; (pi'unie au cori)s, mais dislincle du corps, elle survit au corps, pour aller, de celle maison terrestre, tombée en ruines, au ti'ibniial de .îésus Christ, subir W jugement particidier, coonne nous aunuis à le dire dans la

(1) l.uc. 0. XX, v. :]».

(-2) I! Cou. c. V, V. G cl 8.

prochaine Instruction ... N'avez-vous pas les Symboles, l'ini que vous récitez chaque jour, l'autre que vous chantez chaque dimanche, tous les deux, autre enseignement populaire de i'Élilise, non moins substantiel, mais plus succinct encore, et d'un usage plus facile que le Catéchisme lui-même ? Dans le premier, l'Église vous apprend à dire : Je crois la résurrection de la chair, la vie éternelle : Credo carnix rcsurrcctioitem, ritam fi'tcDiaiii ... et dans le .second : J'attends la résurrection des morts, et la vie du siècle à venir : Expccto rcsiirrectionrm mortiiorum, et ritam voiliiri siBcuIi. . . Quoi de plus! N'est-ce pas l'enseignement de limmortalité de Tàme et de la vie l'uturc, direct et indirect tout à la t'ois, conséquemment le plus complet possiljle ? Quand l'Église nous met à la bouche : Je crois la vie éternelle... l'enseignement est direct. Quand elle nous fait dire : Je crois la résurrection de la chair... l'enseignement est indirect. C'est en effet la très judicieuse remarque du Catéchisme Romain : Qu'afin qu'il n'enti'àt dans la pensée de personne que l'a me mourait avec le corps et ressusciterait avec lui, les Apôtres ont inséré au Symbole qui porte leur nom, la résurrection, non de tout l'homme, mais de la chair seule, parce que c'est la chair seule qui ressuscitera, et non l'âme, pour la raison bien simple: que, n'ayant pas perdu la vie, Tàme n'aura point à la reprendre : }sc qiiis forte anbnmn slniid ciim corpore intii'iissc, iitntmqKe iii ritam revoeari ej-istimarct, oh eain rem cand^ ta^ilum suscitaïuhv jneutio facta estii)... Et le contingent de preuves à fournir par l'Église n'est pas encore épuisé. Aux deux en.seignements par le Catéchisme et les Symboles de foi, \ient s'ajouter celui de la Liturgie; c'est le troisième enseignement de l'Église sur la question capitale qui nous occupe, identique aux deux autres, plus populaire encore, parce qu'il arrive à l'esprit" par la voie des sens. Je la vois, l'Église, agenouillée au chevet des mourants, et je l'entends dire : Partez, âme chrétienne, proficiscere, auima eliristiaiut, partez de ce monde, au nom de Dieu le Père tout finissant qui vous a faite, au nom de Jésus Christ, Fils du Dieu

(Ij Ce texte fail suilr à cehii i|iie nous avons mis en tèle de eelte Iiistnie tioii.

xrji. — r.A Ri':srr.iii;<;'rF(i.\" dk la ciiaii! ))()7

vivant qui vous ii rachetée, au nom du Saint Esprit qui vous a sanctifiée d) .. . Qu'est-ce cela ".' La mort est donc, non un anéantissement, mais simplement un cliaugement de donn'cile, non le terme, mais un départ ! Je la vois, l'KLj-lise, et je l'entends prier officiellement pour les âmes des morts, le premier jour, le troisième joui', le huitième jour, le trentième jour de Vohil, sans omettre non plus de le faire chaque dimanche, au prône de la messe paroissiale... Qu'est-ce cela'.' Elles sont donc quelque part, ces âmes ; e'tlà où elles sont, elles vivent, on ne prie pas pour ce qui n'est plus ! Je la vois, l'ÉgUse, tout au long de Tannée liturgique, célébrer avec magnificence les fêtes de ses Saints, de ses Immortels ; et le jour où elle les réunit tous sous une seule invocation, dans une même communauté d'hommages, je Fentemls chanter son Évangile des Béatitudes : Bienheureux les pauvres d'esprit . . . Bienheureux les afTamés de justice . . . Bienheureux les doux . . . Bienheureux les purs de cœur . . . Bienheureux les miséi'icordieux. . . Bienheureux les pacifiques ... Bienheureux ceux qui pleurent .. . Bienheureux ceux ((ui souiïrent pour la justice ... le Royaume; des cieux est à eux. .le la vois et je l'entends, me montrer et chanter tout enseml)le : La cité .sainte, .ses beaux iiai'vis, ses demeures étincelantes, et ceux qui les haliitent : Les Patriarches et les Prophètes, les Apôtres et les saints Pontifes, les glorieux Martyrs tout empoui'prés de lei>r sang, purpurati Marli/res, et les l)lanches phalanges de Vierges : Chorea casita Virijunim (2) . . . tous, heureux possesseurs de l'inniiortalité, et preuves vivantes de cette grande vérité : qu'après Ja vie présente, il en est une autre. .. Oh ! qu'ils sont admirables, et non moins sûrs qu'admirables, les enseignements de l'Église ! Mais il faut finir.

L'âme est immortelle ; la raison elle-même le démontre, tout en restant dans suii ordre . . . (Jue le corps se dissolve et périsse, il est facile de le comprendre. Le corps est matière. Le corps est un composé de parties, qui, si bien liées qu'elles

(I) Rihiale Itoni. Onlo jiivainli morieiitcs. ("D In fesl. o»ni. Sitnct.

.■5()H LI>: SY.MHOLK DKS Al'OTRES

soient, sont pourtant séparahles ; et quand ce composé a fonctionné pendant un temps plus ou moinslong, il est usé, il s'arrête forcément, il périt. Le corps est mortel de sa natuj'e.

Pourl'àme, il en va tout autrement. L'âme est de pure es- .senee spirituelle ; c'est une substance simple, immatérielle, sans parties, sans quoi que ce soit qui donne prise ; conséqueniinent, elle est indivisible, indécomposable, inusable; elle écliappe à toute saisie, aucun agent destructeur n'a d'action sur elle. L'âme est immortelle de sa nature.

^lais ce n'est pas tout. Si de la nature propre de l'âme on conclut très légitimement à son immortalité : l'excellence de ses opérations, et rinfmi de ses aspirations conduisent au même l)Ut, par un chemin ni moins direct, ni moins sûr.

Les opérations de l'âme, et leur excellence . . . (Jn l'a dit maintes fois, nous l'avons dit nous-meme dans la première série de nos Instructions, d'autres le diront après nous et n'épuiseront pas encore la matière : L'homme est le plus bel ouvrage sorti des mains de ])ieu ; il n'est rien de comparable dans la création, les Anges seuls exceptés ; c'est le chel-d'ceuvre. . . ]Mais ii ne peut y avoir de méprise : C'est surtout par son âme que l'homme est ce que nous le voyons être. . . par .son âme, qui imagine, qui sent, qui pense, qui raisonne, qui réfléciiit, qui compare. . . par son âme, de toutes les créatures terrestres, la seule à savoir qu'elle est ; la seule à avoir conscience de ses actes ; la seule à rendre au Créateur un hommage intelligent et libre. Et cette âme serait d(Hruite, anéantie ! L'homme qui n'est grand que par elle, mourrait tout entier ! Il n'aurait d'autre destinée que celle de l'animal qui traine ses chars, ou de l'insecte qu'il foule aux pieds ! 11 durerait moins que ses ouvrages, moins que les monuments qu'il élève, moins que les maisons qu'il construit, moins ({ue les arbres qu'il a plantés ! Il passerait sans retour du lierceau â la tombe ; et de tant de grandeur â janjais déchue, il ne resterait qu'un peu de poussière, elle-même bientôt dissipée ! Non, cela n'est pas, ni ne saurait être. La raison se refuse à admettre, même comme possil)le, une aussi misérable fin faisant suite â tant de grandeur.

Après les opérations de l'âme, ses aspirations. . . Je ne sais

Xr.ll. — F.A HKSUIÎKECTION l)K LA CIIAIH 30!)

si elles ne sont pas plus étonnantes encore qu(; h!s opérations elles-mêmes ! Qui ne les a étudiées? Qui surtout ne les a ressenties? . . . Quelle soif inextinguible de bonheur! Avec quelle infatigable ardeur, je me mets à sa poursuite ! .le le veux plein, absolu, sans mélange ; s'il n'est que partiel, il amuse ma faim, et ne la rassasie pas ! Je le veux interminable, ind(''fectible, infini en durée ; si je prévois qu'il doive s'évanouir un jour, tout aussitôt il m'échappe ! Et ce que j'éprouve, vous l'éprouvez vous-mêmes ; la maladie qui me travaille, vous en souffrez comme moi ; elle est générale; tout homme en est atteint, elle nait avec nous, et ne nous quitte plus ! Mais quoi ! Si l'àme périt avec le corps ; s'il n'y a pas une autre vie — car pour celleci l'expérience est faite depuis longtemps ; quand, il y a trois mille ans, l'Ecclésiaste disait : Vanité des vanités, et tout est vanité cl ). . . il exprimait une chose déjà très ancienne. — Si, dis-je, il n'y a pas une autre vie, il ne sera donc jamais guéri, ce mal du désir ? Elle ne sera donc jamais étanchée, cette soif de bonheur? Nous sommes donc le jouet d'un mirage trompeur? On a donc fait pour nous, selon un mot connu, la brassée plus longue que le bras, puisqu'on nous donne à saisir un objet que nous ne pouvons étreindre ! . . . Non, cela, non plus, n'est pas, ni ne saurait être. Vous être trop sage et trop bon, ô mon Dieu, pour vouloir que l'homme soit toujours avide, et jamais satisfait. La raison toute seule suffirait à me le dire : que des jours plus heureux nous attendent dans un monde meilleur.

Et ce n'est pas seulement au nom de la sagesse de Dieu, et de son infinie bonté, mais de sa justice elle-même, que l'àme aspire à des jours plus heureux dans un monde meilleur. La justice de Dieu, qui ne voit qu'elle n'a point ici- bas son plein exercice ! Que de coupables épargnés ! Que de justes mis en oubli, ou même sacrifiés ! Ne fai-sons point la peinture de ce qui a été avant nous, ni même de ce qui est sous nos yeux; elle serait trop au dessous de la réalité. Pour tel nombre de crimes restés impunis, que nous connaissons : coinliicn d'antres que nous ne connaissons pas, que nous soupçonnons à peine ! Pour tel nombre d'actions vertueuses, que nous savons res-

(1) EccL. c. I, V. 2.

PLAT. — LE SYME. DES A P. — ti.

tées sans récompense : combien d'autres, en nombre dix foi& plus grand, écliappent ù nos calculs ! En présence d'un pareil renversement d.e choses, et d'une anomalie si étrange, que faire ? Nous écrierons-nous, comme ce Romain succombant aux plaines de Philippes : O vertu, tu n'es qu'un mot '? Ou bien, écartant ce souvsnir païen, serons-nous scandalisés, comme David, et nous seutirons-nous défaillir, en voyant rorgueilleiise prospérité des méchants, et les afflictions imméritées des justes : Mei autam penc moti siint pales, pcne eff'itsi sunt gressus mei, pacem peccalorum vidcnsii)'! Ni l'un ni l'autre; pas plusle désespoir du Romain, que le trouble du cbvin Psalmiste.

Non, la vertu n'est pas qu'un mot. Non, la prospérité des. méchants, et l'affliction des justes ne sont point éternelles. Non, l'ivraie ne restera pas toujours mêlée au bon grain. Non, le rai ne demeurera pas toujours coiifon{lu avec le marc, quoiqu'il paraisse présentement qu'ils portent le poids du mè)nc pressoir (2). . . Je vois un jour où se fera certainement le discernement du juste et de l'injuste. Je vois un Juge incorruptible qui tient un conqDle exact de toutes nos actions. Je vois le terme où la justice de Dieu, toute boiteuse qu'elle est, comme on l'a dit, arrivera malgré ses lenteurs, et rendra à chacun selon se.? œuvres. . .

Telle est notre foi ; et l'Apôtre nous avertit de chercher, dans les Enseignements qu'elle nous donne, le plus ferme appui de nos espérances : Itaque consolamini invicam in rcrhis istis (3). . ,

(1) PSAL. LXXII.

(^2) BossuET. Sermon ]wur le 3"" Dim. ap. Pâq. (3) 1 TiiESS. c. IV, V. 18.

QUARANTE TROISIEME 1>J10NE Le jugement particulier.

Credo... caruis ref^vrrcrtiotici}) , rilam œterimm. Je crois. . . la rcsurrcctioîi do la diair, la vin ('ternollo.

Duo lenipora ol)scr\;)ii(la suiit. ..

primum est, cuni iiiiusf|iiis(|iie iiostnim migraverit c vila ; iiam statim ad Dei tribunal sislitur, ibiquc de omnibus justissinia quicstio Iiabcliir, quax'umquc aut egerit, aut dixoril, aul rogilaverit Tuiquani ; at(|iio hoc piivatuni judicium voratur.

Ciitedi. Ho»}, cap. 8.

Nous l'avons domoutré clans la préccdentc Instruction : rame est immortelle. Les saintes Écritures, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, le disent, l'Église l'enseigne par ses grands Conciles, ses grands Docteurs, ses grands Théologiens, qui forment son enseignement supérieur ; par ses catéchismes, ses symboles de foi, sa liturgie, qui sont son enseignement populaire, identique au premier, mais plus à la portée de tous. Enfin la raison le prouve par la nature propre de l'âme, rcxceFlence de ses opérations, l'infini de ses aspirations, non moins que par la nature même de Dieu et la notion vraie que nous avons de sa justice.

Mais si l'âme ne meurt pas ; si elle survit à la dissolution du composé humain, que devient-elle ? Où va-t-elle après cette rupture ? Nous allons le dire dans l'Instruction d'aujourd'hui. Dieu nous aide de sa grâce ! . . .

C'est une vérité aussi universellement professée que la foi

<'lle-méme en une autre vie: qu'après la mort, l'àme, séparée du corps qu'elle animait, comparait devant le tribunal de Dieu, pour être mise en jugement, et entendre prononcer sur son avenir éternel. Ne parlons point des croyances païennes, pourtant si significatives à cet égard, quoique défigurées, au cours des âges, par l'imagination des peuples. Ne citons même pas les Docteurs de l'Église, ni aucun des organes autorisés de son ^Miseignement, ce serait inutile : la Tradition tout entière est l'écho fidèle de cette parole de saint Paul : c'est un arrêt porté contre les hommes, de mourir une seule fois ": après quoi vient le Jugement : Statutum est hominibus semel mori ; post hoc uiilcm Jiidicium ()).

Mais ce Jugement que, dès à présent, nous savons devoir être ; quand, et oîi se fera-t-il '? Quels en seront l'objet, la procédure, l'issue ?

Quand ? . . Les catéchismes le disent, et avec i^kis d'autorité qu'aucun autre le Catéchisme lîomain : Aussitôt après la mort, statim . . . nul intervalle entre la séparation de l'àme d'avec le corps, et sa comparution devant son Juge : Statim ad Tribunal Dei sistilia- (2). II y a longtemps déjà que l'Église et le bon sens ont fait justice de je ne sais quels hérétiques, au dire desquels l'àme, seule désormais, était plongée en une sorte de léthargie, et n'en devait sortir qu'au jour du Jugement universel .

Où? ... A la rigueur, la raison jjourrait le dire d'elle-même; aidée de la foi elle le dira plus sûrement encore. On se figure trop souvent, faute de réfléchir assez sur la nature propre des esprits^ et sur l'ubiquité de Dieu, que l'àme, au sortir du <-orps, va traverser des espaces immenses, parcourir des régions inconnues et ténébreu.ses, avant d'arriver devant le Souve- T-ain Juge. . . Détrompons-nous ; Dieu est partout à la fois, entre lui et nous il n'y a qu'une mince cloison, qu'un rideau, qui le 'dérobe à nos perceptions ; et quand la mort la renverse, cette oloison, ou le déchire, ce rideau : en un instant, en un clin <rœil, en moins de temps que je n'en mets à vous le dire, sans

(1) Hi:i!. c. IX, V. ;27, (-) Loc. jaiii cit.

XLirr. -^ LA VIK KTKUNKLLK '.iT.i

chaiifïor de place, sans faire aucun trajet, l'ànic se trouve en sa divine présence, sous son regard pénétrant, enveloppée de sa lumière que le corps seul l'empèciiait de voir . . . c'est-àdire que dans l'appartement même où vous rendrez le dernier soupir, alors que la chaleur naturelle n'aura peut-être pas encore quitté vos restes mortels, déjà votre âme a comparu devant le Tribunal de Dieu, et entendu prononcer sa sentence.

L'objet ? . . . Trois textes pris aux meilleures sources vont nous le faire connaître — Je vous dis en vérjté, que toute parole, même oiseuse, qui aura été dite, il en sera demandé compte, au jour du Jugement: Dico autem vobis quoniam omm^ vcrhiim oliosum quod locnti fuerint hommes, reddent ratîonein in die ji(dicii{i): c'est le texte de Tftlvangile. — Toutes les actionsbonnes et mauvaises, même parmi ces dernières celles qui n'auront été faites qu'avec une demi volonté, conséquemment excusables par quelque endroit. Dieu les appellera en jugement : Et cuncfa quse fiunt adducct Dchs injudicinm, pro omni errato,^irc bonum, sivc nudiayi illud sitCi) : c'est le texte derEcclésiaste. — Le troisième servira de commentaire aux deux autres : En cette comparution de l'àme au Tribunal de Dieu, il sera traité, avec la plus sévère justice, de tout ce qui aura été ou fait, ou dit, ou pensé durant la vie : Ihique de onuùhun justissima quœstio hahehitur, queecianque aut er/erit Jiomo, aiit dixerit, aut cogitaverit unquam (3) : ainsi s'exprime le Catéchisme Romain. Quoi donc! se peut-il concevoir un examen plus rigoureux, plus exact, plus circonstancié? Où trouver une lumière plus vive, plus pénétrante que cette lumière divine, qui, éclairant l'àme jusque dans ses retraites les plus cachées, la révélera elle-même à elle-même, et lui montrera distinctement, un par un, tous ses actes.

La procédure ? . . . Mais y aui-a-t-il seulement une procédure ? C'est encore l'imagination qui fait l'àme tenter de se justifier, et Dieu lui répondre. — Par exemple : l'àme dira : qu'elle connut ses devoirs trop Imparfaitement pour les remplir, et que si sow

(1) MaTTH. C. XII, V. o().

(2) ECCL. c. XII, V. li.

(3) Calecli. Rom. hic. jani rit.

374 Li>: svAiiîoLK des apôtres

ignorance ne la justifie pas entièrement, elle l'excuse du moins en partie . . . Dieu répondra : qu'il n'était pour elle rien de plus facile que de s'instruire, qu'avec les lumières de la conscience elle avait celles de l'Évangile et l'enseignement des Pasteurs. — L'àme dira : que les passions étaient vives, les tentations pressantes, et les occasions de chute trop nombreuses pour n'y pas succomber... Dieu répondra: que pour soutenir sa faiblesse et renouveler ses forces, il avait multiplié les grâces comme à l'infini, et qu'il ne tenait qu'à elle d'en faire un bon et fructueux usage. — L'àme dira : qu'emportée par le tourbillon des affaires, le temps lui manqua pour penser à ses destinées fulures, et s'assurer la possession des biens éternels . . . Dieu répondra: que l'Église, par l'organe de ses IMinistres, n'avait cessé de lui rappeler qu'une seule chose est nécessaire, le salut de l'àme, et que, vint-on à gagner l'univers entier, si l'àme se perd, tout va à la ruine, et périt avec elle. — L'àme dira : qu'elle suivait le courant, et que, faisant ce qu'elle voyait faire, elle se croyait en sûreté dans les rangs du grand nomlire... Dieu répondra : qu'il l'avait mise en garde contre cette trop commode illusion, en l'avertissant que c'est le grand nombre qui se damne, que des deux roules, l'une spacieuse, l'autre étroite, la première conduit à la mort, la seconde à la vie, et que c'est cette dernière qu'il faut prendre, quelles qu'en soient les incommodités. — L'àme dira . . . mais non ; il est temps de mettre fin à cette fiction. L'àme ne dira rien. Nous traitons les choses divines d'une façon trop humaine. Nous transportons trop facilement dans l'autre monde les manières de faire usitées en celui-ci. Dans la réalité, il n'y aura ni allégations d'une part, ni réponses de l'autre. Le jugement de Dieu ne 'se Classera ni en raisonnements, ni en discours alternés. 11 consistera bien plutôt en une vue claire, nette, précise, des «'hoses. Sans discussion préalable, sans qu'il soit besoin d'établir un compte, article par article, l'àme connaîtra la situation que ses actes lui auront faite. Elle se verra, à l'instant strictement premier de sa comparution, ou bien repoussée loin de Dieu et déjà fixée dans la damnation, si elle est venue aux pieds du souverain .luge, avec ses péchés non remis, désormais irrémissibles et inexpiables ; ou bien pleinement justifiée, et digne du ciel.

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