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pour en pi'cndi'o possession tout du suite, si, au cours de la vie, ses péclics ont élé elTacés quant à la coulpe, acquittés quant à la dette ; ou bien, assurée du bonheur éternel, mais iivec retard en la jouissance, si, pour ses péchés, remis, à la vérité, mais insuffisaminent expiés, elle est encore redevable à Ja Justice divine. Voilà l'issue . . .
Et maintenant, quelle conclusion tirerons-nous de ces prémisses? GalIc-ci : Pensons dès à présent à ce jour redoutable. Les Saints en faisaient le sujet de leurs méditations les plus assidues. Quand on prêche le Jugeaient général, (jui se fera à la fin des siècles, comme nous aurons à le dire, au cours de ■ces Instructions, il est peut-être tel auditeur, trop disposé à répondre: que nous vent ce visionnaire? Les choses dont il nous menace no s'accompliront pas do sitôt : In tcmpora longa iste prophclat (1) . . . Mis à part, en ces paroles, ce qui sent trop l'incrédulité railleuse, c'est vrai. Si des esprits sérieux et clairvoyants, je veux bien le reconnaître, croient apercevoir quelques signes de fin prochaine, il est très permis pourtant de suivre l'opinion contraire, et do penser que le monde vivra en- <.'ore de longs siècles. Mais si le Jugement universel est remis à des temps éloignés, in Icmpova lunga, en est il de même pour le Jugement particulier? Entre ce Jugement et nous, qu'y a-t-il? une année? un mois? une semaine? un jour? une heure?. . . Nous ne savons que trop, ([ue la mort nccompte, ni par année, ni par mois, ni par semaine, ni par jour, ni même par heure; mais que, rapide comme l'éclair, elle peut nous frapper soudain, et nous jeter tout étourdis du coup, aux pieds du souverain Juge, qui prononcera sur notre avenir éternel . . . vous entendez : sur notre avenir éternel ... 11 n'y a en Dieu ni changement, ni succession, ni besoin de quelqu'autre nouveau et plus ample informé, ses sentences ne sont point sujettes à l'évision ; et encore que le Jugemunt dernier soit ■nécessaire pour des raisons d'ordre général, connue nous xiurons à l'expliquer en son lieu, ce Jugement au fond ne .sera ([ue la promulgation du premier la confirmation du pre-
(1) F,/E(;ii. c. xii, V. 27.
mier, rampliation du premier ; absous ou condamné au premier, on i-estera al^sous ou condamné au second.
Je !e répète donc: Pensons au Jugement; et j'ajoute: surtout, préparons-nous y . . . Une parabole de l'Évangile va nous dire l'urgence de cette préparation, et nous indiquer les moyens de la faire.
Quel est le roi, qui, se disposant à aller faire la guerre à un autre roi, ne réfléchit pas, avant de se mettre en campagne, pour se rendre compte s'il peut, avec dix mille hommes seulement, marcher contre son adversaire qui vient à lui avec vingt mille. Autrement, tandis que l'autre est encore loin, il envoie une ambassade et demande à faire la paix cl).
Avez-vous compris? Ces deux rois sont : Dieu et l'homme. L'homme, roi de la terre, roi de rang inférieur, par conséquent vassal, fait la guerre, trop souvent, hélas ! à Dieu, son Seigneur suzerain, à Dieu le Roi du ciel, le Seigneur des seigneurs. Mais, comme dans la parabole, et plus encore que dans la parabole, les forces sont inégales. Qu'importe que nous ayons, ou que nous croyions avoir dix mille prétextes à mettre en ligne de bataille, pour nous justifier de nos révoltes, si Dieu a devers lui vingt mille bonnes raisons pour nous confondre, et nous réduire, par une déroute complète, à l'impossibilité de guerroyer désormais contre lui. . . Que faire donc? La réponse est tout indiquée : comme dans la paraljole. Celui qui n'était pas le plus fort, suppléa par l'habileté à ce qui lui manquait. Lorsque son adversaire était encore loin, adhuc illo longe ngente, n'espérant pas l'emporter de haute lutte, mais sûr d'être vaincu par lui, il fit des ouvertures de paix, il envoya des ambassadeurs pour en établir les préliminaires: Lcgatio)iemmiltcns rogat ca quse j^ctcis sunl ... Et quoique le texte évangélique reste muet .sur la marche et l'issue des négociations, il n'est pas douteux que la paix demandée ait été obtenue à des conditions acceptables, ou même avantageuses.
Vous avez compris, cette fois. Malheureux que nous sommes, encore plus ingrats qu'impuissants, nous marchons en guerre contre Dieu. Chacun de nos innombrables péchés est une pro-
(1) Lie. c. .\iv, V. 3f et seq.
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vocation. Qu'espérons-nous donc? Est-ce que nous l'ctnportcrons? Est-ce que nous prétendons devoir rester vainqueurs, en cette Journée formidaljle, durant laquelle, comme le ciiante la liturgie : le juste lui-même aura de la peine à se croire en sûreté'.' Ce serait folie de le penser. Nos mauvaises troupes ne tiendraient pas un instant, devant celles de Dieu, qui sont excellentes ...
Eh bien, alors ! déposons les armes, entrons en néoociatioii ; les messagers de paix ne manquent pas.
Le Prêtre-Pasteur, ;i qui la garde de votre âme a été plus spécialement confiée, votre curé, fait tout exprès pour vous absoudre de vos fautes, vous conduire dans les voies difficiles de la justice, vous diriger plus sûrement vers le ciel, parce qu'il a reçut grâce et lumière en vue de ce liut à atteindre . . . messager de paix.
Les bonnes oeuvres, qui coûtent si peu, et rapportent tant ; les aumônes qui couvrent la multitude des péchés, c'est le mot (les Écritures (1), et si propres, c'est un autre mot des Écritures, à nous rendre le souverain Juge propice, parce que ceux-là oiitienc Iront facilement miséricorde pour eux-mêmes, qui auront fait miséricorde à autrui (2) . . . messagers de paix.
Un grand nombre de saintes âmes — il yen a peut-être dans votre entourage, et sous votre toit — qui vous connaissent beaucoup mieux que vous ne les connaissez vous-mêmes, qui [)rient pour vous qui ne priez pas, qui font pénitence pour vous qui ne le faites pas, qui s'intéressent nuit et jour à votre .salut, pendant que vous le négligez si obstinément . . . messagers de paix.
Messagers de paix, les Saints du ciel, meiiU'Ui's encore et plus pui.ssants que les saints de la terre, tranquilles désormais sur leur sort, mais toujours inquiets sur le nôtre (.'Il . . . Messager de paix, celui d'entr'eux, cpii, au jour de votre baptême, vous fut donné pour protecteur, non moins que comme modèle . . . Messager de paix, l'Ange que Dieu a d(''tacli('' de sa Cour, pour
(1) PKTR. C. IV, V. S.
(2) M.VTTH. c. V, V. T.
(3) 8t Cvpuikn. I!r('i\ Rom. inl . Ocl. Omni. Siincl.
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renvoyer près de vous, avec mission d'y rester jusqu'à votre dernier soupir . . . l\Iessagère de paix surtout, et i^lus accréditée qu'aucun autre auprès de Dieu, la Heine des Anges et des Saints, Marie . . . Rrarie, l'avocate des pauvres péciieurs, la douce médiatrice entre un père irrité et des fils coupables, la mère de la divine gràca, inclinant toujours à la miséricorde et au pardon ; Marie qui est particulièrement secourable aux mourants, qui calme leurs douleurs, répand la paix dans leuràme. et leur prépare facile accès auprès du souverain Juge.
O Marie, comme il a été fait pour tant d'autres, parmi vos serviteurs, qu'il soit fait de même pour nous.
0 Marie, priez pour nous, maintenant, nttuc, et plus encore à l'heure de notre mort, in horn tnovtis nutih-rr.
O IMarie, quand elle aura soinié, cette heure redoutable, venez recevoir noire pauvre âme, tout éperdue en entrant dans un monde si nouveau pour elle, et la porter dans vos douces mains, jusqu'aux pieds du Très-Haut.
0 Marie, je la fais pour moi, et pour tous mes frèi'cs, cette prière que l'Église nous met sur les lèvres : Afin qu'elles ne soient point notre partage, les flammes éternelles — ces flammes dont nous aurons à parler bient(jt — soyez, Vierge sainte, notre défense au jour du Jugement :
Flainmifi ne iirar succcnsus.
Per te, ViFf/o, sim clefensus, In (lie Judicii (1).
(1) Slrofilic du Slabat.
QUARANTE QUATRIKM1<: PRONE
L'enfer. Existence de l'enfer.
Crctlo. . . cariih resiD'rcclioucin, rifam, œleruani.
Je crois. . . la résuiTcclioii do la chair, la vie élernclle.
Par crut, liuiiis [n'aMiiia, iiii|ir(iljis suiiplicia, iii t'iitiiro sa'ciili) coiistiliii.
Cnlech. l'iom. cap. 8.
Nous l'avons dit : Au .lup,('mont particulier qui suit la mort ininiOdiatement, les àmcs se verront clairement, et à l'instant strictement premier de leur comparution : ou bien rejetées loin de Dieu et dcjù fixées dans la réprobation, si elles sont venues aux pieds du souverain Juge, avec leurs péchés non remis, désormais irrémissibles et inexpiables ; ou bien pleinement justifiées et dignes du ciel, pour en prendre possession tout de suite, si au (iours de la vie leurs pôcliés ont été effacés quant à lacoulpe, acquittés quant à la peine ; ou bien enfin assurées dn bonheur éternel, mais avec retard en la jouissance, si ])ar leurs péchés, remis, à la vérité, mais insuffisamment expiés, elles sont encore redevables à la Justice divine.
Or, ce sont ces trois différents états dosâmes, après leur séparation d'avec les corps, qui vont nous occuper présentement. Nous les exposerons métliodicfuement, et en autant d'instructions qu'il conviendra, jusqu'à ce que la matière soit éi)uisée. Dieu nous aide de sa grâce ! . . .
Et d'abord, pour conserver l'ordre énoncé déjà dans la précédente Instruction, et que nous laissons le même en celle-ci: parlons des âmes qui, â cause de leurs péchés non remis au
;î80 le symbole des apôtres
cours de la vie, et désormais irrémissibles, se voient rejetées loin de Dieu : Que deviennent-elles ? à quoi sont-elles réservées? quel est leur sort?... Énonçons, nous développerons ensuite. Tous les peuples, en quelques temps et lieux qu'ils aient vécu ; toutes les Pieligions, si différentes les unes des autres en beaucoup de choses, mais unanimes sur ce point; tous les Philosophes vraiment dignes de ce nom , et qui forment comme l'élite de l'humanité ; plus autorisées mille fois que les précédents, les .saintes Écritures, et l'Église divinemont instituée pour les interpréter ; enfin la raison elle-même, tant qu'elle n'est pas aveuglée par les passions, le disent : Elles vont en enfer . . .
Tous les peuples le disent . . . Suivez-les dans les phases diverses de leur existence: parcourez leurs annales ; lisez leurs liistoriens, leurs orateurs, leurs poètes : C'est partout la même foi. Les lîoinains croyaient à l'enfer ; les Grecs croyaient à l'enfer ; les Égyptiens croyaient à l'enfer : les Juifs croyaient à l'enfer. On chercherait vainement une seule tribu de la grande famille humaine qui n'ait pas cru à l'enfer.
Toutes les Religions le disent. .. Je le répète, leur unanimité sur ce point est d'autant plus étonnante, que leurs divergences presque sur tout le reste sont plus accusées. Les Catholiques croient à l'enfer ; les Protestants croient à l'enfer ; les Schismatiques d'Orient croient à l'enfer ; les Musulmans croient à l'enfer ; les Païens du Nouveau ]\Ionde croyaient à l'enfer. Le jour où Christophe Colomb i)rit possession du Nouveau Monde, un vieux Cacique vint à .sa rencontre et lui dit : Tu nous as épouvantés en descendant parmi nous . . . mais souviens-toi qu'il y a deux routes pour l'âme au sortir de la vie ; l'une, claire et l)rillante, mène au Grand Esprit, ceux-là la prennent qui procurent la paix à leurs frères ; l'autre, obscure et ténébreuse, conduit à l'enfer, ils la suivent ceux qui leur apportent le carnage et la mort. . . ne l'oublie pas (ii.
Tous les grands Pliilosophes le disent . . . Écoutons les plus autorisés d'entr'eux : Les grands coupables, dont l'âme perverse amérité dene plus jamais guérir, sont réduits à servir d'é-
(1) RoHRB.iCHER. llisl. lie l'KijIisc, Li\ . 83.
XLfV. — LA VIE KTKIJNKLLK ^ÎSI
potivantail ; et leurs touniionts, qui li^s cliùtient sansles rendi"»; laeillcurs, ne sont utiles qu'aux témoins (U; leur efl'royahlo et douloureuse Éternité . .. Et ailleurs : Les âmes qui ont commis des crimes plus «''normes, sont précipitées dans un ahîme qu'on appelle l'enfer, ou d'im nom semblable... Ainsi s'expriment Socrate, le plus sage des Grecs, et Platon dont l'éloquence était réputée divine (i).
Les saintes Écritures le disent... Les saintes Écritures, qui l'emportent de toute la hauteur du ciel sur la sagesse humaine. Ne citons ni Moïse, ni Isaïe, ni David, ni saint Paul, mais Celui qui, plus ancien que les Patriarches, plus voyant que les Prophètes, plus pénétrant que les Apôtres, connaît, sans qu'aucun lui échappe, tous les secrets de l'autre monde : Ils seront jetés, dit Jésus Christ, dans les ténèbres extérieures ; c'est là qu'il y aura des grincements de dents et d'irrémédiables douleurs : Ejicicntiir foras ni totcbras cxtcnorcfi : ibi erit flrtiis et stviilnr ilc)iiin)n{2) .. . Quelle parole révélatrice, suilout quand c'est un Dieu qui la prononce ! Et il y en a vingt autres semblables.
L'Église le dit ... l'Église divinement instituée pour nous apprendre toute vi''rit(''. Elle l'en-seigm^ par tous ses Docteurs, elle le prêche dans toutes ses chaires, elle l'exprime par sa Liturgie, ses symboles de foi, ses catéchismes. Elle est allée plus loin : elle a prononcé l'anathème contre les téméraires qui ont tenté d'adoucir les peines qu'on y souffre, en en abrégeant la durée (3) ; et autant de temps qu'il y aura des oreilles pour les e'ntendi'c, c'est-à-dire jusqu'à la consommation des siècles, elle redira ces paroles, graves comme les choses qu'elles expriment : Ceux qui auront fait le bien iront dans la vie éternelle; et ceux qui auront commis le mal, dans le feu éternel: Qui bona cç/criinl, ibuitt hi rilam œfcriHon ; qui rcro mula i)i igiicm œto'iium (4i. Ajjrès une déclaration si nettement formulée, qui pourrait se ni(''prendre encore sur les réalités d'au delà de la tombe ".'...
KnOn la raison elle-même le dit . . . la i-aison qui se met si facilement d'accord avec la foi, tant (lu'elle reste saine et
(I) Livre des lois, vi Cnnjias. {',]) Oric.knk cl li's Origriiislcs.
(;2) Matth. c. vin, V. 12. (i) Sunih. dr SI Atlianase.
exempte de préjugés. Elle dit, que l'état actuel des choses est fort défectueux; que l'ordre y manque; que tous les crimes n'y sont pas punis, et ne peuvent l'être ; que toutes les bonnes actions n'y sont pas récompensées, et ne peuvent l'être ; qu'il n'arrive même que trop souvent, que les plus méchants hommes sont les mieux traités, et les plus vertueux les moins considérés, quand ils ne sont pas l'objet des mépris et de la persécution ... Et alors, elle conclut, en toute assurance, à l'existence d'une autre vie où chacun recevra, selon ses œuvres, la rémunération, si elles ont été bonnes, le châtiment, si elles ont été mauvaises : Par crat, bonis prsemia, improhis supplicia, in fiitiu-u sœci'lo rcscvrari (1). Autrement l'inexorable logique vous poussera, veuillez-le, ou ne le veuillez pas, à confondre le bien et le mal, le juste et l'injuste, la vertu et le vice . . . Elle ira jusqu'à vous faire nier Dieu lui-même. Un Dieu qui abandonnerait ses créatures aux caprices du sort, serait-il autre chose qu'un vain simulacre? En quoi diffèrerait-il de ces idoles du cinquième psaume des Vêpres, qui ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent rien, des pieds et ne marchent jamais ?
El maintenant que la raison a parlé, que l'Église a parlé, que les Écritures ont parlé, que les philosophes ont parlé, que ( toutes les religions et tous les peuples ont parlé . . . qu'importe que l'on rencontre quelques hommes qui nient l'enfer? Ils le nient parce que c'est commode de le nier, ijarce que c'est l'étiquette des sociétés qu'ils fréquentent, parce qu'en telle circonstance il faut se donner pour esprit fort et libre-penseur . . . Qu'impoi'te aussi que certains philosophes impies aient nié l'enfer ? Plus d'un d'entr'eux s'est rétracté à une époque ou à une autre de sa vie, et presque tous au moment do la mort. Le père de l'incrédulité moderne, je veux bien le nommer. Voltaire, croyait à l'enfer plus qu'il n'eût voulu. Un de ses contemporains, son émule en impiété, lui écrivant : Je crois avoir enfin trouvé la preuve qu'il n'y a pas d'enfer ... Il répondit ; Vous êtes bien heureux, vous, pour moi je n'en suis pas là. . . Qu'importe enfin que l'on renouvelle contre l'enfer je ne sais
M ) Calech. Iloin. 1. c.