XLV. — i.A \ii-: i;ri:iiNKLLK
riche, vêtu de pourpre et do lin, et qui se traitait magnifiquement, tous les jours. Et il y avait aussi un pauvre, nommé Lazare, trisant à la porte du palais, couvert d'ulcères, et qui eût bien voulu se nouriir des miettes tombées de la table du liclie, mais personne ne lui en donnait, et iicmo ci dabat . . . Or, l'homme riche mourut, et il l'ut enseveli en enfer : Movluii^ est iiiitcHi (lires, ci scpultiis rsl in laferno. Entendez ses cris : c'est dans le feu qu'il est plongé, c'est dans ce terrible (Mémcnt qu'il suulîVe d'inexprimables tortures: (Irucior in hoc llmnnia (1 1.
Enfui, pour ne pas prolonger plus que de besoin les citations, il le dit en ce fameux chapitre vingt cinquième de saint Matthieu, qui nous servira de thème, lorsqu'au cours de nos Instructions, nous aurons à vous entretenir du dernier Jugement : Donc, la manifestation des conscieiices étant faite, senblablement étant consommée la séparation des bons d'avec les méchants, après avoir dit aux premiers : Venez, les bénis da^ mon Père, posséder le Royaume qui vous a été préparé . . . s'adressant aux seconds : Retirez-vous de moi, maudits, leur criera le souverain Juge, allez au feu éternel : Disccditc a me, inaledicti, ite in ignem seternum (,2). . . N'insistons pas davantage, Jésus Christ a parlé ; la preuve est faite.
Mais ce feu de l'enfer dont l'existence nous est attestée par le plus irrécusable des témoignages, le témoignage de Jésus Christ ; autrement dit: le feu de l'enfer qui est . . . savons-nous aussi ce qu'il est ; en connaissons-nous la nature, les propriét(''S, les elTets ?
Quelques Auteurs, plus téméraires qu'éclairés, n'ont voulu voir dans les paroles de Notre Seigneur qu'un langage figuré. A leur sens, le feu de l'enfer n'est ainsi appelé que par métaphore : on dit le feu de l'enfer , comme on dit le feu de la colère, le feu de la vengeance, le feu de la cupidité . . . C'est une erreur. A cela près que l'Église ne Ta pas condamnée ; cette opinion n'a pour elle aucun concile, aucun grand docteur, pas un seul théologien de martiue. pas un seul interprè-
(1) Luc. c. .\.\i, V. il.
(2) M.\TT. c. .\xv, V. il.
;Î9() le SYMfiOLE DES APOTRES
te faisant autorité, pas un seul catéchisme. Les saintes Écritures répètent trop souvent ce mot : le feu de l'enfer ... et toute la Tradition l'a entendu trop unanimement dans le sens littéral, pour qu'on soit autorisé à y voir autre cliose qu'un feu réel, véritable, effectif, en plusieurs points diflerent du nôtre, on l'accorde, mais par son essence propre, identique au nôtre, de même nature que le nôtre (1).
D'autres, partant de ce principe qu'ils entendent trop ab.solument : que deux .substances, l'une matérielle, l'autre spirituelle, restent étrangères Tune à l'autre, ont prétendu que le feu d(- Fonfer, qui est matériel, ne peut atteindre l'âme, d'essence purement spirituelle, et conséquemment que ce ne sera qu'après la résurrection générale et le dernier .lugement, lorsque les âmes auront rejoint les corps qu'elles habitaient pendant la vie, que le feu de l'enfer exercera son action . . . C'est une erl'eur. Dès maintenant, nonobstant sa séparation d'avec le corps, l'âme du réprouvé souffre la peine du feu. L'impo.ssibilité que l'on voudrait tirer de la diversité des natures n'est pas absolue, mais relative. Pour Dieu elle n'existe pas. L'âme est de son domaine. Si, au cours de la vie présente, Dieu a pu conjoindre l'âme à un corps, et la rendre plus ou moins dépendante de ce corps ; qui peut l'empêcher, après qu'il l'a rejetée de devant .sa face, de lui donner pour habitation, et si j'ose dire, pour vêtement, l'élément terrible dont il a fait l'instrument de sa juste colère (2) ? . . .
D'autres enfin, allant au delà du vrai, tandis que les précédents sont restés en deçà, ont fait du feu de l'enfer une sorte d'être vivant, discernant lui-même les réprouvés les uns des autres, et infligeant aux uns et aux autres une peine ou plus grande, ou moindre, selon le degré de culpabilité . . . C'est une erreur, pour le moins une exagération. Oui, sans aucun doute, le châtiment n'est pas le même pour tous. Chacun est jugé sur ses œuvres. Autre l'enfer d'un simple villageois qui n'a pu savoir que son catéchisme ; autre celui du chrétien plus favorisé.
(1) HiPr (lootrina (deigiie niateriali cl rorporco) certa est, ita ut in dubimn absiiiic tenieritate vocari iieqiieat. Perrone, t. I.p. 849.
(2) S. Thom. Siippl. q. Lxx, art. 3.
\\A. — LA VIK Kl" K UN KLM-: 'A^[
(jui aura reçu Instructions sur Instructions, sans avoir jamais profité d'aucune. Autre l'enfer d'un séculier qui n'était guère responsal)le que de lui-nièrne; autre celui du prêtre tenu d'oltice de sauver les âmes confiées à ses soins, ow du ministre de la sainte parole, qui disait et ne faisait pas, semblai)le aux poteaux des grandes routes qui indiquent les distances et ne les parcourent pas. Autn; l'enfer de qui aura numériquement et spécifiquement moins péché ; autre celui de qui, pendant une vie longue et toute chargée de responsabilités, aura, au langage de l'Écriture, lui l'iniquité comme l'eau . .. Mais c'est Dieu qui fait ce discernement. C'est lui seul qui mesure à chacun la peini* qu'il doit subir. Le feu n'est qu'un instrument dont il se sert ù cet effet, et rien de plus. Or, un instrument, la raison le dit, agit moins par lui-même que par la vertu et la direction de l'agent qui le met en œuvre (1).
Concluons : Le feu de l'enfer existe ; il est réel, véritable, identique au nôtre ; il exerce dès le temps présent son action sur l'âme séparée du corps, comme il l'exercera plus tard sur le corps et l'âme réunis ; enfin il agit sous l'impulsion de Dieu .qui en modère ou en augmente les ardeurs, dans la mesure où chaque réprouvé a mérité d'être puni . . . Parlons maintenant de l'autre peine, et allons jusqu'au bout de ce redoutable sujet.
Si vous voulez bien vous en souvenir, nous l'avons nommée la peine du dam. La peine du dam... Qu'est-ce donc que la peine du dam ? Le mot dam, d'où ces autres expressions : damné, damnation, vient lui-même du latin : damninn, qui signifie : perte, privation, dommage. Conséquemment, la peine du dam est la peine résultant pour l'homme de la perte qu'il fait en se damnant : la perte de Dieu ... La perte de Dieu, c'est-à-dire la perte dont aucune autre en ce monde, si crucifiante qu'elle soit, ne peut donner la moindre idée, le plus mince aperçu . . . Perdre Dieu, c'est perdre Celui qui est toute beauté, toute bonté, toute perfection, le bien par excellence, le souverain bien, non seulement en lui-même et pour lui-même, mais pour l'homme, le souverain bien de l'homme, la fin der-
(I) S. Tiiosi. 5»/)/)/. (i- xcvu, art. 5, ad ÎJ.
392 LK SYMBOLK DES APOTURS
nière de l'iiomme, le tout de Thomme . . . (roù il suit que, perdre Dieu, c'est tout perdre.
Ah ! je ne le sais que trop ; je sais que, dans les conditions présentes de la vie, nous ne comprenons ni ne goûtons guère ces choses, .le sais que la peine du feu, qui tombe plus facilement sous les sens, par l'expérience que nous faisons chaque jour du feu usuel, nous impressionne mille fois plus que la peine du dam, qui reste en une sorte de vague lointain. Je sais que, dominés par les passions, distraits par les objets extérieurs, éblouis, fascinés, c'est le mot des Écritures (1), par les plaisirs, les honneurs, les biens du présent, nous fermons volontiers les yeux sur les biens à venir.
Heureux encore, si nous ne sommes que froids et indifiérents, sans être railleurs ! heureux, si nous ne disons pas, comme cet insensé dont parlent les Écritures: J'ai péché, peccavi ; que m'est-il arrivé de fâcheux! Cela m'empéche-t-il démanger, de boire, de dormir, de m'avancer dans le monde, de jouir de la considération du public, de rester comme ci-devant l'enfant chéri de la tortune: Peccavi, et ciiùd miJù accidit triste! (2) . . .
Mais attendez; un moment viendra où le charme fatal sera, rompu, un moment où, la mince cloison qui nous sépare de l'éternité étant renver.sée, toutes les réalités de la vie future nous apparaîtront enfin selon tout ce qu'elles sont . . . Quel réveil alors pour l'âme pécheresse ! quelle vue nouvelle des choses ! quel vide ! quelle ruine ! quel dam, (lamnum! Pour elle désormais, plus de bonheur, plus de ciel, plus de Dieu ! Elle était faite pour l'habiter, ce beau ciel, elle ne l'habitera pas ! pour le goûter, ce bonheur à nul autre comparable, elle n'en jouira pas ! pour le voir, pour l'aimer, pour le posséder, ce Dieu, souveraine Beauté, souveraine Bonté, Principe de son être. Centre de son repos, Terme de ses désirs, elle ne le verra pas , elle ne le possédera pas,- elle ne l'aimera pas . . . Tout est fini, sa perte est consommée, elle en mesure l'étendue, elle en sonde la profondeur, et s'écrie : Mon Dieu, mon Dieu ! j'ai perdu mon Dieu ! j'ai tout perdu !
Voilà la peine du dam, c'est-à-dire la peine résultant de la
(1) S.\p. c. IV, V. 1-2. (-2) EccL. c. V, V. i.
XIA". — LA \IK K'niKNF.I.LK ;>i):>
|)ortedc Dieu. Et oroyez-nioi, ou plutôt ci-uyoz-on les saintes Kcritures qui lo disent, l'Église qui l'enseigne, les grands Docteurs (jui ont écrit sur cette matière et Font ai)])rofondi(' : Cette peine du dam sera plus terrible, plus torturante; que la peine elle-même du feu. Les pleurs de l'âme seront plus amers que les pleurs des yeux. L'iMiler du cœur sera plus dur, plus crucifiant que l'enfer du corps. Autant Dieu est grand, autant sera grande la peine que l'on ressentira de l'avoir perdu : Separari Il Deo est fituta pcT)i((, (JkkhIks est ipso Deus. En parlant du mauvais riche de la parabole qui fut enseveli en enfer, et qui du fond de cet abime pousse ce cri de douleur désespérée : Je souffre dans cette flamme : Crucior in Jiac flumnia . . . un des ['ères les plus éloquents de l'Église latine, saint Pierre Chrysologue s'écrie : Ah ! il est encore plus tourmenté par l'image toujours présente du bonheur dont il est déchu, que par l'horreur des supplices qu'il endure; ce qui le brûle, c'est moins l'tnifer où il est, que le Ciel où il n'est pas: Plus tnrquefur dœlo qi(a))i Infeyno (1) . . .
Et maintenant, pour remplir tout notre cadre, comme ik)us nous r(''tions proposé dès le début, il faudrait dire quelle sera la durée de l'une et de l'autre peine, de la peine du sens et de la peine du dam. .Nous le dirons en efTet, plus tard, quand, au cours de ces Instructions, nous aurons à traiter du dernier article du Symbole. Mais, dès maintenant, qui donc l'ignore? Qui ne sait que ce ver rongeur de l'àme fixée désoi'mais dans le mal, ne meurt point, vcnnis corum no)i ynoritiir (2), que ce feu, toujours 'ravivé par le souffie de la colère divine, ne s'éteint jamais, if/nis non cxtinguitur (3) ? Qui n'a pesé chacun des mots de cette redoutable sentence : Allez, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le démon : Disceditc, maledlcti, ite in i>/nem œtenimn qui paratus est diabolo (4) . . . Bossuet les a commentés avec un(> éloquence presque égale à la grandeur du sujet : Allez ... Et où iront-ils, les malheureux? Où, en s'éloignant du souverain Bien, sinon au souverain mal? Où, en s'éloignant de la lumicrc (''tcrnclie, sinon à ces ténèbres extérieu-
(I) In Luc. (3) Ibid.
(i) M.\nc. c. ix. (j) Mattii. c. xxv, v. 41.
;i94 LE SYMBOLE DES APOTRES
l'es, ténèbres affreuses, plus palpables que celles de l'Egypte ? Où, en perdant la joie éternelle, si ce n'est aux pleurs, au désespoir, à la rage, au grincement de dents, à l'éternelle fureur? Allez, maudits ... Vous avez voulu la malédiction, et elle est venue, elle vous est attachée comme votre habit, comme la ceinture qui vous environne, elle a pénétré la moelle de vos os. Allez au feu . . . arbre infructueux qui n'êtes plus bon qu'à brûler. Allez au feu éternel . . . nulle goutte de rosée, nul rafraîchissement ne viendra jamais sur vous. Allez à ce feu qui a <''té préparé au démon . . . allez en sa détestable compagnie, imitateurs de son orgueil et de son impénitence. Puisque vous avez voulu vous mettre dans son esclavage, portez éternellement ce joug de fer, vous qui avez refusé le doux joug de Notre Seigneur (1) . . .
Arrêtons-nous. Après les paroles que l'Évangile nous donne à lire, et les commentaires autorisés qui en ont élé faits, il n'y a plus qu'à se taire, et à méditer dans le silence d'aussi graves en.seignements. Puissent ces enseignements v^ous être salutaires! S'il se trouve des hommes qui ne s'éveillent pas | au bruit de ce tonnerre, dit saint Augustin, c'est qu'ils n'ont plus la foi, ou que, l'ayant encore, ils n'ont pas de cœur: Fidcm nou habcnt, aut si habent, cor non habent . ■ ■ Veuille le Seigneur Dieu, que nous ne soyons ni de ceux-ci, ni de ceux-là ; mais que, croyant aux peines éternelles de l'enfer, et ayant une volonté non moins ferme que la foi, nous évitions cet irréparable malheur . . .
(1) Médit, dernière semaine. ',)7'' jour.
QUARANTE SIXIEME PRONE Le Ciel.
Credo ((Uiiis rcsiirrediuKein, vildni œtcnunn.
.lo crois... la résurrection dr- la chair, la vie cternollc.
Danda erit opéra ut, (|iuv fidelos stiiiimœ illiiis felicitatis adipisccndiP cii]iiditatc iiiflanimare iiotcnint, lircviter
et ddiicide explicentiir.
Catecli. Rom. cap. 13.
L'œil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a point entendu, son cœur ne saurait comprendre, quelle abondance de biens Dieu réserve à ceux qui l'aiment (i). C'est ainsi que saint Paul parle des âmes justes qui sont au ciel et du bonheur qu'elles y goûtent ; ou plutôt c'est en ces termes qu'il nous fait comme toucher du doigt l'impuissance à laquelle nous sommes réduits, d'en parler comme il faut. Et pourtant le Catéchisme Romain prescrit aux pasteurs d'expliquer avec le plus grand soin, brièvement, à la vérité, mais aussi clairement qu'ils le pourront, breviter et dilucide., tout ce qui est de nature à exciter, dans le cœur des fidèles, le désir d'arriver un jour à la possession de cette souveraine félicité ... En présence d'une telle injonction, et d'un aussi noble devoir à remplir, malgré la pauvreté des conceptions humaines et l'indigence du langage, nous n'hésitons pas, dussions-nous ne faire que bégayei", et n'avoir d'autre mérite que celui de l'obéis.sance. Dieu nous aide de sa grâce ! . . .
Pour mettre quelque ordi^e dans le difficile, mais si intéressant sujet que nous altordons aujourd'hui :
(Ij I Cor. c. Il, V. y. o'.ir»
;înO I.K SY.MHOLK DES Al'OTRES
Nous disons d'abord, qu'autant il est certain qu'il y a un lieu lie tourments pour les âmes perverses, après la mort ; autant <î'est une vérité de foi, que, pour les âmes justes qui auront (juitté la vie, en grâce avec Dieu, il y a un lieu de suprême félicité. Le premier est appelé : L'Abîme . . . l'étang de feu . . . la terre de misère et de ténèbres . . . l'enfer. . . (Jii nomme le second: La sainte cité. . . la Jérusalem céleste... la terre des vivants., . le paradis. . . le ciel il) . . .
Nous disons en second lieu, qu'autant il est certain que les âmes perverses commencent à subir le châtiment, dès le moment où elles quittent le corps, témoin le mauvais riclie qui mourut, et le même jour fut enseveli dans l'enfer (2) ; autant c'est une vérité de foi — les saintes Écritures le disent (3) et l'Église l'a défini (4) — que les âmes justes sont mises, sans aucun retard, en possession du Bienlieureux Séjour, soit qu'elles aient toujours persévéré dans la justice, soit que leurs péchés, si elles en ont commis, effacés quanta la coulpe, soient acquittés quant â la dette. Nous l'avons dit déjà, et nous le répétons : Le sommeil dans lequel, selon certains novateurs, elles resteraient plongées, pour n'en sortir qu'à la llésurrection générale, n'est rien autre chose qu'une pure fiction.
Nous disons en troisième lieu, qu'autant il est certain que les âmes perverses sont punies dans l'enfer, les unes plus, les autres moins, à ce point, comme le fait remarquer un savant théologien, qu'il n'y a peut-être pas deux réprouvés qui se ressemblent (5) ; autant c'est une vérité de foi que dans le ciel les âmes justes sont inégalement récompensées, selon la diversité des mérites : Pro mcritorum divcrsltate. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père, dit Notre Seigneur : In Domo Patris mei mansioucs miiUx sunt (G) . .. Saint Paul exprime différemment la même pensée : Qui sème moins, recueille moins, qui sème beaucoup moissonne dans l'abondance : Qui parce soiiinat, [Utrce et metet, et qui seminat in bencdictionibus,
(1) In Scrip. piissim. (3) II Cor. c. v, v. (5, 7. el alibi.
(2) Luc. c. IX. (-i) Conc. LikjiI.
(5) Cardinal Gousset. Théol. Doymat. t. 2. p. lOl.
(fi) JOANN. c. XIV, V. 2.
xr.vr. — ■ LA VI I-: i';ii;i!Nkij.i-; :îi>7
de bencdicliotiihus cl metri (li .. . Est-ce (loue à iliri-, (lu'aii cifl il y ait ce qui no se voit que trop sui* la terre: l'ivalité, cf»nii)étitiûii, jalousie ? Non, certes; la plus parfaite charité unit tous les cœurs : Nono l,i'(litti)\iras,-ilHr )ic))W (2i; le tioi et h' rnioi sont des mots inusités dans la langue que parlent les Bienheureux : Nemo invidct, cupiditas nidUi exardcscit (3). Il y a plus, et peut- ('tre serai-je amené, au cours de cette Instruction, à vous dire (jue chacun ne se réjouit i)as moins du honheui- (raulnii ([Ue du sien propre.
Enfin nous disons — et c'est snr cette considération que nous allons nous étendre davantage — qu'autant il est certain que les âmes perverses, dans l'enfer, sont malheureuses par la privation de tous les biens, et la réunion de tous les maux; autant il est de foi que les unies justes, dans le ciel, sont heureuses par l'exclusion de tous les maux, et la tranquille jouissance de tous les biens (i).
Quels vastes horizons s'ouvrent devant nous ! Quelle leiigue carrière à parcourir, si le Catéchisme Romain ne nous recommandait d'être court !
Au ciel, plus d'indigence, ni aucune des privations qu'elle traîne à sa suite : C'est ici le lieu du rassasiement dans l'abondance : liicbriabunttir ab Kbcrtalc Dunins Iupp (5).
Au ciel plus d'infirmités, plus de larmes, ni plaintes, ni cris de douleur, ni mort: C'est ici le lieu de l'impassiljilité absolue : Xcqm' mors, ne'ixe liictxs, nequr clanwr, neaui' dolur crif ultra : (juia prima abierunt (6).
Au ciel, plus d'ignorance, plus d'opinion mal fondée etsujette à erreur, ni même ce demi-savoir qui s'arrête à la superficie des choses , sans pénétrer dedans : C'est ici le lieu de la science parfaite et totale ; ignore-t-on encore (juehiue
(1) II Cor. c. IX, V. (i.
{"2} V. BÈiiK. lirer. Hoin. lui. Oc. omii. Saïut. (3) ihid.
(i) -EleiiKO vita' félicitas, ut Saiicli Patrt-s tr.uiiilcnmt, oiiiiiiiiiii iiialomm liberalione, et omnium lioiiorum adi'jiliouc (iel'micnila esl. Calech. liom.
(Ô) PSAL. XXXV.
(6) .\poc. c. XXI, V. i.
chose, quand on sait celui qui sait toutes choses: Quid nesc'uml , qui scicntcm onitiia sciunt (\)^.
Au ciel, nulle crainte désormais, nulle appréhension, comme en la vie présente où nous souffrons des maux,' avant mèuie qu'ils ne viennent, non moins, trop souvent, que lorsqu'ils sont venus. Les heureux habitants du céleste Séjoui* ne doutent pas plus de l'interminable durée de leur félicité, que de la parole de Dieu qui la leur assure : C'est ici le lieu delà sécurité, au sein de l'opulence, dans un repos plein de douceur : Sedebitpopulus meus in pulc]iriti(di)ic pacis,et in tabcmaculis fiducia^ et in requie optdcnta (2).
Au ciel, on ne pèche plus, parce qu'on ne le veut plus, et on ne le veut plus, parce qu'on ne peut plus le vouloir : C'est ici le lieu de l'impeccabilité. Est-ce donc à dire que le libre arbitre soit éteint '? Non, certes, répond saint Augustin : Non ideo iherum arhih'ium non habebnnl, quia peccata eos delectare non poterunt. Il sera d'autant plus libre, qu'en échange de l'attrait de pécher, il en a l'eçu un autre qui annule le premier : l'invincible attrait de ne plus pécher : Magis quippe erit liberum, a delectafione peccandi usque ad. delectcUionemnon peccandi liberatum{3).
Au ciel . . . Mais quoi ! Ce n'est pas assez de décrire le ciel en se tenant à distance, en ne l'apercevant que de loin, et si J'ose dire, trop en gros. Il faut approcher de la cité sainte, entrer dedans, s'il est possible, et dire des choses plus substantielles, plus intimes.
Un jour, à quelqu'un qui revenait de Rome, — Rome, c'est la sainte cité terrestre — on demandait s'il avait vu le Pape? — Si j'ai vu le Pape ... si j'ai vu le Pape . . . aller à Rome, sans voir le Pape, ce serait comme aller en Paradis, sans voir le Bon Dieu (4). Admiraljlo réponse, que je tiens pour bien j^lus tlH''ulogique encore, qu'elle n'est Une et ingénieuse . . ,
li) Saint ('.rÉ(;oirk.
{i) ISAIE, V. XXXII, C. 8.
{'•'>} De Civil. Lib. î22. c. xxx. — Loin d'ôtre de l'essence de la. liberté, le |iunvoir de pécher en est rinfirmité, et mieux: encore la corruption et l'abus : Voluntas. . . quando (juidciuani a|)pctat quod a recta ratione dissideat, inquinat libertalcm, cadcnique perverse utitur. Léon XIII. jbe libertate himana.
(îj Rome, pur Edmond Lafond, t. I. p. 23.