‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 118 sur 172 · PLAT. — LE SYMB. DES AP · texte numérisé non relu

PLAT. — LE SYMB. DES AP

ensuite sur une tige rajeunie, tels les arbres reprennent au printemps la parure que la froide bise d'hiver leur avait fait quitter, flores occiditnt et reviviscunt, post senium arbusla frondescunt ; enfin il n'est pas jusqu'à cette chétive bestiole, pourquoi ne pas la nommer, puisque Dieu l'a faite, la chenille, qui n'ait sa place parmi ces résurrections surprenantes dont le monde est plein : œuf d'abord presque imperceptible, puis insecte rampant, à figure hideuse, puis chrysalide endormie dans l'enveloppe de soie dont elle s'est fait comme un tombeau, elle semble avoir perdu toute vie . . . mais attendez, voici que cette coque légère s'entr'ouvre, et il en sort un papillon tout étincelant des plus riches couleurs, se balançant dans les airs sur des ailes radieuses (1) ... 0 réveil ! ô résurrection ! ô reviviscence des corps humains ! En présence de ce que nous voyons se produire dans la nature, je ne conclurai pas, ce serait encore prématuré, que vous vous ferez certainement ; personne du moins ne m'accusera de forcer les prémisses, si j'affirme que vous n'êtes pas improbable.

Non, certes, la résurrection n'est pas improbable, pas plus qu'elle n'est impossible. Mais, en vérité, c'est trop s'attarder à dire le moins ; présentement il est bien temps de dire le plus ; il est bien temps de dire qu'il est convenable qu'elle se fasse, qu'il est juste qu'elle se fasse, et qu'elle se fera en efi"et.

Oui, à n'en pas douter, elle se fera, cette résurrection des corps. C'est la nature elle-même de l'àme qui le veut. L'âme n'est pas tout l'homme, elle n'est qu'une partie du composé humain. Elle a été faite pour le corps, comme le corps a été fait pour elle. C'est pourquoi, si elle en est séparée, autant de temps que dure cette séparation, il lui manque quelque chose. Quoi de plus ! c'est précisément pour cette raison, que la sépa-

(1) De tous les anciens Pères, dont nous avons cité quelques fragments sur celte matière, le plus poétique est saint Pierre Chrysologue. Voici comment il décrit V ensevelissement du grain de blé, puis sa résurrection : Toile triticuni, duc sulcum, fodi terram, fac sepulcrum, sepeli triticum, inspice queinadmodum morte dépérit, humore turgescit, putredine corrompitur, et cum pervcnerit ad totum, subito reviviscit in germine, in herba pubescit , juvenescit in caulc, maturescit in fruge, et ad illam totam quam periisse deflebas, speciem resurgit et formam.

XLVIIl. — LA VIE ÉTERNELLE 119

ration ne sera pas éternelle, mais simplement temporaire ; un jour ou l'autre, elle prendra fin ; et l'ûme qui le sait, parce qu'elle ne peut ignorer ce pour quoi elle fut faite, l'âme attend en toute paix et tranquillité, ce jour heureux, objet de ses plus vifs désirs: Desiderahililer et patienter expectat (1).

Oui, à. n'en pas douter, elle se fera, cette résurrection des corps. C'est la dignité du corps lui-même qui le réclame. Nous le disions déjà dès notre dixième Instruction : le corps de l'homme, n'est-ce pas Dieu, au sixième jour de la création, qui l'a pétri avec un art merveilleux? Nel'a-t-ilpas façonné le plus beau possible — quittons la nature, un instant, pour nous élever jusqu'à un ordre supérieur de choses — parce que son Fils, son Verbe éternel, la plénitude des temps venue, devait revêtir cette enveloppe ? Et, après que, par un désastre inouï, ce corps est devenu chair de péché, caro peccati, Tinslaurateur de toutes choses, Jésus Christ, ne lui a-t-il pas refait une noblesse ? Ne s'en sert-il pas comme d'un instrument de transmission de sa grâce ? Ne l'a-t-il pas fait, c'est le mot de Tertullien, comme le pivot du salut de l'âme, cardo salutis ? C-ontinuons de citer ce grand homme : Quand Tàme est enrôlée au service de Dieu, c'est la chair qui la met à même de recevoir cet honneur ; c'est la chair en effet qui est lavée au baptême, pour que l'âme soit purifiée ; c'est la chair qui est ointe, pour que l'âme soit consacrée ; c'est la chair qui est marquée du signe de la croix, pour que l'âme soit fortifiée ; c'est la chair qui est couverte par l'imposition des mains, pour que l'âme soit illuminée par l'Esprit ; c'est la chair qui est nourrie du corps et du sang de Jésus Christ, pour que l'âme s'engraisse de la substance même de Dieu ... Et cette chair que Dieu a formée à son image, qu'il a animée de son souffle, qu'il a mise en ce monde pour lui en donner l'empire, qu'il a revêtue de ses sacrements comme d'un manteau d'honneur, cette chair dont il aime la pureté, dont il approuve la mortification et ap-

(1) De civil, lib. 13, c. 20 — même doctrine en S. Thomas: Ciçteris paribiis, perfectior est status anima.' in corpore, (iiiani extra corpus, quia est pars totius eompositi. SiippL q. 75. art. i. ad i. — Et dans le Catéchisme Romain: Ac priniuni quidem, etc.

précie les souffrances, cette chair qui est à tant de titres la propriété de Dieu, cette chair ne ressusciterait pas . . . Dieu abandonnerait à une destruction sans retour l'œuvre de ses mains, l'objet de son industrie, l'enveloppe de son souffle, la reine de la création, l'héritière de ses libéralités, la prêtresse de sa religion, le soldat de sa foi, la sœur du Christ . . . non, cela n'est pas, cela ne saurait être : Absit . . . absit (1).

Enfin, et pour épuiser le sujet, s'il est possible, elle se fera , cette résurrection des corps. C'est la justice de Dieu qui l'exige, non moins que la dignité de la chair et la nature de l'âme. Nous l'avons dit tout à l'heure, il faut le répéter ici. Bien que substantiellement distincte du corps, et supérieure au corps qu'elle informe, c'est-à-dire qu'elle vivifie, et contient, loin d'être contenue par lui, l'âme pourtant n'est pas le tout de l'homme ; le corps y entre, non comme quantité négligeable, mais comme partie intégrante, non comme instrument uniquement passif, mais comme exécutant, comme fournissant un appoint, comme associé ou complice, associé pour le bien, complice dans le mal. Sans aucun doute, c'est l'âme qui prie, qui adore, qui rend grâces, qui se repent, qui conçoit et inspire l'œuvre de charité. Sans aucun doute, non plus, c'est le corps qui se prosterne, c'est la langue qui parle, c'est la bouche qui chante, c'est la poitrine qui gémit, c'est la main qui s'ouvre. Du cœur, dit Notre Seigneur, c'est-à-dire de l'âme, sortent les mauvaises pensées, les homicides, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes : et ce sont ces choses, ajoute-t-il, qui souillent, non l'âme seulement, mais tout l'homme : Hfec sioit quœ in<piinant hominem (2) . . . parce que c'est le corps, sous la direction et l'inspiration de l'âme, qui les exécute, la plupart du moins. Dès lors n'est-il pas de la plus élémentaire justice, que le corps soit récompensé ou puni conjointement avec l'âme, dont il aura été l'associé pour le bien, le complice dans le mal (3) ? ... Et comme le plus souvent, sinon toujours, il ne l'est qu'insuffisamment, ou même

(1) De resurred. carnis.

(2) Matth. c. XV, V. 18.

(3) Catecli. Rom. Deinde ciini mails, etc.

Page 1