V. — LK l'KRE TOUT PUISSANT
(«tant ce qu'il est et qu'il ne peut pas ne pas être, à savoir : l'Être parfait, l'Être par excellence, l'Être souverain, de qui tout relève, et pour répéter un texte déjà connu : l'Être infini, une infinité de fois infiniment infini, dans ses perfections infinies : il résulte qu'il est tout puissant. La toute-puissance lui appartient en vertu de la perfection de son être. Dire de Dieu ce que nous venons de dire, en épuisant toutes les ressources du langage, n'est-ce pas l'affirmation la plus large, la plus universelle, la plus absolue? Comment Dieu serait-il l'Etre des êtres, une infinité de fois infiniment infini, dans ses perfections infinies, s'il n'était aussi infiniment puissant qu'il est infiniment bon, infiniment saint, infiniment sage, infiniment juste? Ne poussons pas plus loin cette démonstration ; la toute-puissance de Dieu porte sa preuve avec soi ; c'est assez . de l'énoncer, et le mot de TertuUien est exact : Qu'on ne peut croire en Dieu, qu'à la condition de le croire tout puissant : Deus non alla lege credendus est, nisi id omnia passe credatur l'i).
Et maintenant, de ce point de doctrine solidement établi, que de clartés vont jaillir comme d'un foyer lumineux! Autrement dit et sans figure : étant donnée la toute-pui.çsance de Dieu, comme il devient facile d'acquiescer aux enseignements de la foi!
La foi m'enseigne que Dieu a fait tout de l'ien, sans eOort, sans travail, d'un seul mot, par un seul acte de sa volonté, et comme en se jouant, ludens in orhctcrrarum (2). Il a dit, même sans dire, il a voulu : et tout a été fait, le ciel, la terre, les océans, les choses que nous voyons et celles mille fois plus nombreuses que nous ne voyons pas : Dirit et facta sunt, ipse mandavit et creata sunl (3). Serais-je tenté de m'en étonner? . . . Dieu est tout puissant.
La foi m'enseigne que ce vaste univers et tout ce qu'il renferme, n'a point épuisé la vertu créatrice de Dieu ; que, de même que le potier, c'est l'ingénieuse comparaison de saint Basile après avoir artistement façonné un vase, reste avec la faculté d'en produire beaucoup d'autres : de même, s'il le voulait, Dieu
(1) De yesurvect. cani. c. xi.
(2) Prov. c. vin, V. 'i\.
(3) PsAL . 32.
pourrait faire dix mille mondes aussi facilement qu'un seul (i). Serais-je tenté de m'en étonner? . . . Dieu est tout puissant.
La foi m'enseigne qu'il y a une merveille non moins étonnante peut-être que la création du monde : sa conservation. Depuis plusieurs milliers de siècles que ce mécanisme si compliqué fonctionne, pas une seule pièce ne s'est dérangée, pas uîi seul ressort ne s'est brisé, aucune étoile ne s'est éteinte, aucun des corps immenses qui roulent dans l'espace n'est sorti de son orljite, les jours succèdent aux jours, les saisons aux saisons, cette Horloge ni ne s'arrête ni ne varie, tout se fait dans un ordre parfait et immuable. Serais-je tenté de m'en étonner ? . . . Dieu est tout puissant.
Si, de Tordre naturel, nous j^assons dans l'ordre surnaturel infiniment supérieur au premier, c'est mieux encore, et l'étonnement redouble.
La foi m'enseigne que Dieu est venu sur la terre, qu'il a pris notre nature, c'est-à-dire un corps et une âme semblables aux nôtres; qu'en vertu de cette union, la plus étroite qui puiss(! être, de la divinité et de l'iiumanité, il est vrai de dire en toute exactitude de doctrine : que Dieu s'est fait bomme, lui, le Créateur des bommes ; qu'il est né, lui, l'Éternel, qu'il a .souffert, lui, l'Impassible; qu'il est mort, lui, l'Immortel ; qu'il est
(1) Noire faculté d'imaginer et de concevoir, si féconde et .>*{ étendue soilellc, ne donne pas encore la mesure de la puissance de Dieu. Au delà de noire iinaçimable et.de notre concevable, Dieu reste ce qu'il est, encore et toujour.-i tout puissant. 11 n'y a d'inipossil)le à Dieu que ce qu'il ne peut pas vouloir : Deo iiihil impossihile, niai qiiod non viilt ( Tertul. de cam. Christ, c. 13 ). Dieu ne peut pas vouloir ce (jui est mal, comme : mentir etc. Dieu ne peu! pas vouloir ce qui est absurde et im|)lique contradiction, comme : faire uu cercle carré ; ou faire qu'une chose soit et ne soit pas, en même temps et sous le même rapport. Dieu ne peut pas ce qui serait contre la perfection de son être, comme : être faillible, mourir. Ces choses, dit saint Tho.mas, il est plus convenable de dire qu'elles ne peuvent être faites, que de dire (pie Dieu ne peut pas les faire ( 1. p. q. xxv, art. 3 ). Et saint Algistin : Dieu est tout puissant ; et parce qu'il est tout puissant, il ne peut mourir, il ne peut se tromper, il ne peut mentir, et, comme dit i'ApcMre : il ne peut se nier lui-même (II TiM.c.n), Combien sont nombreuses les cho.ses qu'il ne peut pas! Eh quoi, il est tout i>uissant ? C'est précisément parce qu'il ne peut pas ces choses-là, qu'il est tout puissant ( Sijnib. ad Catech. cl).