‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 14 sur 172 · V. — LE rKIÎI-: TOUT PUISSANT · texte numérisé non relu

V. — LE rKIÎI-: TOUT PUISSANT

ressuscité, lui, qui possède l'être et ue saurait le perdre ; qu'il est monté au ciel, lui, qui ne l'a jamais quitté. A la vérité, je ne comprends pas ; non, je ne comprends pas l'inénarrable mystère de l'incai-nation. Mais je crois. . . Dieu est tout puissant.

La foi m'enseigne, appuyée sur le témoignage de l'histoire, que ce Dieu fait homme, Jésus Christ, au cours de sa vie mortelle, a opéré des prodiges aussi surprenants que nombreux: qu'il a ciiangé l'eau en vin à Cana ; qu'il a multiplié quelques pains au désert en assez grande quantité pour nourrir cinq mille hommes; qu'il a ressuscité le fils de la veuve de Naïm qu'on portait en terre, et Lazare qui y était déjà depuis quatre jours; qu'il a guéri d'une seule parole ou par un simple attouchement, même sans parole ni attouchement, ici un paralytique de trente huit ans, là un aveugle de naissance, et combien d'autr(}s ! Cette fois encore, je ne comprends pas; mais je crois... Dieu est tout puissant.

Parmi les institutions de ce même Dieu fait homme, il en est une particulièrement prodigieuse : je veux parler de l'Eucharistie, qui est moins un miracle qu'une série, et comme on l'a dit: une pléiade de miracles (i). Jésus Christ, aussi véritalilement présent dans l'Eucharistie, qu'il est véritaijlenient présent dans le ciel, quoique sous un mode dilTérent... un miracle. La transubstantiation, c'est-à-dire le changement de toute la substance du pain au corps de Jésus Christ, de toute la substance du vin en son sang, de telle sorte que du pain et du vin il ne reste absolument plus rien que les espèces ou apparences, et qu'en leur lieu et place, c'est le vrai corps de Jésus Christ, le vrai sang de Jésus Christ, et par concomitance nécessaire, son âme et sa divinité... encore un miracle. La totalité de Jésus Christ, c'est-à-dire son corps, son sang, son âme, sa divinité, présents sans division ni partage, sous chaque espèce, et encore présents sans division ni partage, sous chaque fraction si petite quelle .soit, de chaque espèce, si bien qu'au jour heureux où il communie, le Fidèle reçoit l'Immense, l'Éternel, l'Infini, le Tout-Puissant, tout son Dieu. Je comprends de moins en moins, ô mon Dieu, mais je crois, parce que vous

(1) Facku. Le Saint Sacrement.

avez dit que cela est, et que vous êtes assez puissant pour que cela soit. . . puisque vous êtes tout puissant (1).

Et le sujet n'est pas encore épuisé. Ce n'est pas seulement la foi, mais toutes les vertus chrétiennes qui sont affermies par la croyance en la toute-puissance de Dieu.

Ayez foi en la toute-puissance de Dieu... et vous prierez mieux; sachant, comme le dit admirablement saint Paul, dans son Épitre aux Éphésiens: que Dieu peut faire toutes choses au delà de ce que nous demandons, même au delà de ce que nous pouvons concevoir: potcns est omnia facere superahondanter quant pethnus, aut intelligimus (2). Qui doute que Dieu ne puisse transporter une montagne d'un lieu dans un autre? Eh bien ! l'Évangile nous assure que Dieu le ferait, s'il élait nécessaire, et que, pour l'obtenir, nous eussions gros de foi commo un grain de sénevé (3).

Ayez foi en la toute-puissance de Dieu. .. et vous aurez la seule crainte qu'un Chrétien doive avoir, la crainte d'offenser ce Maître des maîtres, assez clairvoyant pour suivre de l'œil toutes nos actions, nos pensées elles-mêmes, et assez puissant pour en tirer vengeance, si elles sont mauvaises. Les deux beaux vers suivants qu'un grand Tragique français met dans la bouciie d'un de ses personnages sont connus:

Soumis avec respect à sa volonté sainte,

Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.

Plus autorisée mille fois, et de beaucoup plus utile à savoir est la parole de Jésus Christ, disant: Ne craignez point les hommes qui tuent le corps, et, cela fait, ne peuvent plus rien ; mais craignez Celui qui, après avoir tué le corps, peut jeter l'àme

(1) Nous n'avons fait que développer la pensée du Catécliisnie Romain. Il faut citer ce beau texte: v Prœterea nitUa res tant ad /idem confinnaiulam valet, qiiain si fixiiin in aiiimis iiostris Icneanius, iiiliil non fteri a Deo posse, quidquid deinccps credere oporteat, quamvis maqnuni et adtnirabile sil, rerumque ordinein ac modum superet, illi lamen facile humana ratio, postquam Dei Omnipotentis noiitiam perceperit, sine ulla liœsitatione assentitur ; quin potins que majora sint qufe divina oraciila doceant, eo libentius fidem eis habendam esse exislimet ( Catech. Rom. c. 2 ).

(2) Ei'HES. c. m, v. 20.

(3) Matt. c. XVII, v. l'J, 20.

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