XII. — r-rr kk jés(JS christ
tion du penchant au mal, et encore moins Ja vision intuitive, la possession immédiate de Dieu à laquelle il était destiné après un temps d'épreuve, aucune de ces choses n'était due à Adam en stricte justice ; il les tenait à titre gratuit de la pure libéralité de Dieu qui pouvait les révoquer, s'il intervenait quelque cause de révocation. Disons tout dans un mot : ù la seule exception du péché, l'homme aurait pu être créé tel qu'il naît maintenant, c'est-à-dire dans l'état de simple nature. La proposition contraire a été condamnée par l'Église comme fausse et erronée.
La troisième notion importante à rappeler, c'est que : autre est l'acte du péché, autre rélat du péché. L'acte du péché est l'action par laquelle on se rend coupable, elle est fugitive, une minute suffit pour commettre un crime énorme ; un péché de pensée est encore plus vite fait. L'état du péché, c'est la culpabilité elle-même qui reste, alors môme que l'acte est passé, et continuera de subsister avec la souillure qu'elle imprime à l'âme, tant qu'elle ne sera pas détruite par un acte contraire. De quelqu'un qui refuse de se convertir, on dit qu'il est dans l'iHat du péché, et si jusqu'à son dernier soupir il a persisté à ne le vouloir pas, on dit qu'il est mort dans l'état du péché. Ce langage est très théologique, il exprime en bons termes une chose vraie, que la sainte Éci'iture qualifie mieux encore, en l'appelant du nom de seconde mort (1), laquelle est infiniment plus terrible que la première, parce qu'elle est la mort de l'âme, de l'âme qui demeurera désormais éternellement séparée de Dieu.
Et maintenant que ces principes sont posés, faisons l'application. Adam a péché ; à accomplir l'acte par lequel il vient de se rendre coupable quelques minutes ont suffi — le péché de l'ange avait été de moindre durée — Qu'importe ! Si l'acte est fugitif, l'état reste et c'est un étatde mort. Dès à présent Adam n'a plus rien de ce qui faisait sa beauté et sa force, ni la grâce sanctifiante, ni aucun des dons surnaturels qui étaient les glorieux appendices de la justice originelle dans laquelle il avait été créé. Si vous le voulez, rappelez-vous en ce moment
(1) Apoc. c. XX, V. 10.
la parabole du Samaritain, que l'Église nous fait lire chaque année, au ■12'"o dimanche après la Pentecôte. En Fun des figurants de ce petit drame évangélique, parti de Jérusalem pour se rendre à Jéricho, et tombé, chemin faisant, entre les mains de voleurs qui le dépouillent, le criblent de blessures et le laissent à demi-mort, les docteurs de FÉglise ont vu une image du premier homme, qui, sorti de l'état de grâce, tombé, lui aussi, au pouvoir de celui qui fut homicide dés le commencement, reste dépouillé des dons gratuits qu'il tenait de Dieu, blessé même dans ses facultés naturelles, spoliatufi ai r/ratnitis, rulncraiufi iii induraUliKs, et par là réduit à la plus extrême indigence.
Mais ])our cela ne perdez pas de vue c[u"Adam, en principe, était tout le genre humain ; qu'en lui la nature humaine, par la volonté de Dieu, était tout entière repi'ésentée comme en son chef moral ; que ce qu'il voulait et fai.sait, non comme personne, sous ce rapport ses actes ne regardaient que lui, mais en cette qualité de chef moral de la nature humaine, la nature humaine le voulait et le faisait en lui ; et puisque, ici, en cette occasion, par cela même qu'il posait un acte qui changeait les conditions de la nature humaine, il agissait manifestement en cette qualité de chef moral de la nature humaine, toute la nature humaine, c'est-à-dire tous les hommes, tous les êtres que la génération charnelle fait être des hommes, chacun de nous enfin l'a voulu en lui, cet acte, et fait avec lui, non en tant que personne, mais en tant que nature... Et par conséquent, comme les dons surnaturels qui rélevaient si haut, mais qu'il ne tenait qu'à titre gratuit de la pure lil)éralité divine, Adam méritait de les perdre,' par la répudiation qu'il en faisait : voilà tous les hommes, enveloppés dans la disgrâce de leur commun père. Parce qu'ils sont hommes, et qu'ils tiennent de lui ceparquoi ils sont liommes, le coup de justice divine qui dépouille ce père, dépouille les enfants (1)*. . . Et c'est ce dépouillement qui constitue l'essence
(1) Les choses humaines, dans un ordre hiea inférieur, offrent des analogies <|ui, si elles ne donnent pas le dernier mot du mystère, ne laissent pas pourtant <|uc de projeter quelque lumière. Est-ce qu'un père peut transmettre ;i ses enfants ce qu'il ne possède plus lui-même? Quand un crime de haute trahison