TREIZIEME PRONE
L'humanité, avant la venue de Jésus Christ.
Et in Jesum Christum, filium ejiis unicum, Dominmn nostrum.
El en Jésus Christ, son fils unique, notre Seignein-.
Hanc ( Redeniptioiiis ) lideni, Dcus iiiitii) prsemonstravit ... et deinceps eamdein promissionem sœpe confirniavit . . . neque postea deslitit Deus Salvatoris expectationem comniovcre.
Catecli. Rom. cap. 3.
Un arbre nous a été fatal ; son fruit contenait la mort et la donnait. Un autre arbre nous a été salutaire, et ne cessera plu.s jamais de l'être ; le fruit qu'il porte est un fruit de vie, qui donne la vie. Cet autre arbre, l'Église le chante, chaque année, au Vendredi Saint, dans une Hymne admirable : 0 le plus beau et le plus noble des arbres ! Je te vois paré du sang de Jésus, comme d'une pourpre royale ! Que tu es heureux (le porter suspendu à tes bras Celui qui fut le prix du monde ! Tu es la balance où a été pesé ce Corps devenu notre rançon ! Cette gloire t'était réservée d'arracher à l'enfer sa proie (!) ! Ainsi chante l'Église .. . Mais, hélas ! que nous sommes loin du Calvaire ! Nous ne faisons encore que sortir du Paradis tei-rcstre ; et jusqu'à Jésus Ciirist qui racliètera l'Humanité perdue l)ar le péché du premier père, il s'écoulera plus de quatre mille ans (2). , . ! et préalablement à tout autre exposé de doctrine
(1) Tiré de l'hymne : Vexilla llenis.
(2) Nous n'avons pas à examiner laquelle des deu.\ ciuonologios, de la Vulgale ou des Septante, doit être préférée. lO'.l
nous avons le devoir de faire, brièvement, autant que le comporte le sujet, l'Histoire religieuse de ces quarante siècles d'attente. Dieu nous aide de sa grâce. . .
C'est une vérité de foi, que, de toute éternité la chute d'Adam avait été prévue par Dieu (1) ; rien ne saurait demeurer caché à qui les choses futures sont aussi présentes que si elles étaient déjà. — Nous n'avons pas à approfondir ici ce mystère ; il suffit que vous sachiez et teniez pour certain ce que l'Église enseigne, à savoir : que la prescience de Dieu n'entrave nullement la liberté de l'homme.
C'est une autre vérité de foi, que semblablement, de toute éternité, il avait été arrêté dans les conseils de la divine sagesse, que le Fils de Dieu, son Verbe, .son consubstantiel, Dieu comme le Père et égal au Père, se ferait homme pour sauver les hommes, par une réparation égale à l'offense. Quel autre l'aurait pu faire ? Ni l'ange, ni l'homme, répond le Catéchisme Romain, et avec lui toute la Théologie (2), parce qu'il n'était au pouvoir, ni d'un ange, quelque excellente que fût sa nature, ni d'un liomnie, uniquement homme, fût-il le plus saint des hommes, d'offrir à Dieu, majesté infinie, une réparation, telle que nous venons de le dire, égale à l'offense.
Mais ce Rédompteur, comme il nous le fallait; Dieu et homme tout ensemble; homme, pour qu'il s'humiliât; Dieu, afin de donner à ses abaissements une valeur infinie, quand viendra-t-il ? . . .
A la vérité, je vois Dieu qui le promet à nos iDremiers Parents, même avant qu'ils quittent le Paradis terrestre. Les .saintes Écritures nous l'apprennent dès leur seconde page ; la scène qu'elles décrivent est d'une incomparable grandeur. Le premier Père et la i^remière Mère sont là, tristes, comme on l'est après une catastrophe jugée irréparable ; présent aussi et encore tout fier de son triomphe, le serpent séducteur qui n'est nutre, vous ne l'avez pas oublié, que le démon lui-même caché sous cette trompeuse enveloppe. Dieu intervient ; il punit d'a-
(1) Biilh^ dui;inatiquc ilo riminaciih'^e Conception : ineffaimi.is dkls. {"2) Nostnini genus in pristinum locnm nullo modo restitui poterat liomiauni ant. angelornm viribus. ("ap. o.
NUI. — S(»X FILS INIOIK lli
l)Or(l Il'S deux r(:iii[)ulili's, |)uis iutcrjx'llaiiL le siji'pi'iil : .ic mettrai, lui (lit-il, des iiiiiiiili('s ciilrc toi cl la Iriiiiue, ciili'C tu race et la sienne, et elle t'écrasera Ja tête : JniwicUias pouam intcr te et mulio-cm, et scnicn luum et scme)i illins: ipsa co)ilcret caput LiiAon (1). C'en. est lait désormais; la parole de Dieu est eiigai;ée ; ses dons sont sans repentance ; nous serons sauvés; mais quand? . . . Dieu ne Ta pas dit: et il faut attendre.
De loiiLis siècles s'écoulent, pendant lesquels la postérité d'Adam se multiplie connue à l'inlini ; les générations succèdent aux générations, les familles deviennent des tribus, et les tribus lies peuples ; la terre est habitée. Mais quoi ! Tous ces joeuples inclinent vers l'idolâtrie, et bientôt ils y tombent, roulant d'un précipice en un autre, comme le dit saint Augustin dans , un magistral langage, sous le poids de l'anathème qui pèse sur tout le geniv humain, depuis le péché du premier père : Joct-bat in nidlis, vel ethim volvcbalur, et de mails in mala prsecipitahatur totiHs gencris liinnani massa damnata (2). . . Et Dieu n'envoie pas encore le Rédempteur promis. . . Et de ce retard, les grands Docteurs donnent d'excellentes rai-sons : Il fallait que cet ouvrage, le plus magnifique qui soit jamais sorti des mains de Dieu, fût préparé de longue main, et ne s'achevât que dans la plénitude des temps (3) ; il fallait surtout que le grand malade, l'Humanité, sentit son mal, au point de crier vers le céleste médecin, le seul qui pût le guérir: Rctiqnit Deus prius ho- )ni)ie}tt ni lUierlute arbilrii, ut eog)iita sti(t In/innilate, ckonaret ad )nedlcN)n, et f/rali»' quœreret auxilium (4i.
Dieu ajourne donc l'accomplissement de ses desseins miséricordieux, mais il ne les perd pas de vue pour cela. Dieu se choisit un lionnne. . . Quel homme"? L'homme, dans l'ordre des choses religieuses, le plus considérable des temps anciens ;
(1) Gen. c. 111, V. ta. "
(2) lirev. lioni. Doni. SciiIikkj. lecl. .">.
(3) Qiiaro non anto vcnil C.hristiis? Quia nondiun vencrat plcniluilo tcmpolis... ppf niiiltam sericm tomiionini et aniioiiini pra^dioendus fuit. >'on cniiii aliquid parvum venturuin erat. Arr.usT. tract. 31 inJoann.
[A) Tiio.M. III p. q. I, art. 5.; Bosslet dit dans le nir-nie sens: Avant que de nous donner le Sauveur, il fallait <iue le i;onre lunnain connût par une longue expérience le besoin (ju'il avait d'un tel secours. IliM. l'niver. H p. ch. 21.
l'homme qui exercera sur son époque et sur les âges à venir l'influence la plus durable ; l'homme que les Juifs, les Chrétiens, les Mahométans eux-mêmes, vénéreront comme à l'envi, et dont le nom, encore aujourd'hui, dans tout l'Orient, n'est prononcé (ju'avec le plus grand respect : Abraham (1). . . C'est à Abraham que Dieu se révèle, comme il s'était autrefois révélé à Adam ; c'est à Abraham, père des croyants, que Dieu jDromet le Rédempteur futur, comme, aux premiers jours du monde, il l'avait promis au père de toute la race humaine ; c'est à Abraham que Dieu dit : Parce que tu as cru ; parce que tu n'as pas épargné ton fils unique à cause de moi, je te bénirai, je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel et le sable des mers, et toutes les nations de la terre seront bénies dans un de ta race : Et benedicentur in semine tuo ont nés gentes (2). C'était clair; le Libérateur à venir, fils de Dieu et Dieu lui-même de toute éternité, sera homme dans le temps, et descendant d'Al)raham selon la chair.
Mais ce n'est pas assez d'un homme, ni même de son fils et de son petit-fils, comme Isaac et Jacob le furent d'Abraham, pour être les gardiens d'une promesse qui intéresse, à un si liant degré, l'humanité tout entière. Il faut qu'un peuple soit fait en cette vue. Il le sera. . . Quel peuple? de tons les peuples, le plus étonnant pai' son origine, par son histoire, par ses institutions, par ses vicissitudes, le dirai-je, par sa durée elle-même : car sorti des flancs d'Abraham, par conséquent vieux de quarante siècles, et quoique dispersé, comme il est aujourd'hui, aux quatre vents du ciel, il vit encore, et vivra toujours ; il est inexterminable. . . Ah ! depuis que votre intelligence s'est ouverte ; à partir du jour où vous avez su lire, ou pu entendre parler ; dans les catéchismes de votre première jeunesse, dans les prônes de chaque dimanche, ou dans les lectures plus réfléchies, si vous en faites, de l'âge mûr : que de fois ce nom a passé sous vos yeux, ou retenti à vos oreilles : Les Juifs. . . Mais ce peuple, dont si souvent vous avez prononcé, ou entendu dire le nom ; ce peuple, dont vous
(1) Beau portrait d'.\braham. Brev. Rom. Dom. quinqua. Lee. 4^.
(2) Gen. c. XXVI, V. A. — Commentaire de S. Paul: Gal.-vt. c. m, v. 16.