OHIC.IXi:, lîFUKVKTi:, DIVISION
tout la violence et rinjustico, partout les plus saintes lois de la famille violées, partout le meurtre s'ajoutant au meurtre ; c'est un déluge d'un genre nouveau, une inondation de crimes et de maux... pourquoi? parce que la science de Dieu s'en va de dessus la terre : Non est scientia Dei in terra : malecUcttim, et mendacimn, et liomicUUum, et furtmn, et cuhdlerium inundoi^erunt, et scuignis songmnem tetigit (1). . . Donc, ces vérités saintes, trop mises en oubli, cette science de Dieu, dont l'absence est la cause principale, sinon unique, de toutes les calamités publiques et privées, Dieu aidant, adjuvante Domino, nous les prêcherons, nous les graverons, une à une, s'il se peut, dans vos âmes : quid singulse continent, vestris sensibus intimabimus. A cet effet, nous prierons, nous méditerons, nous travaillerons, le fallùt-il, jusqu'à la sueur de notre front, nous puiserons aux meilleures sources, dans les divines Écritures, dans les saints Conciles et la Tradition. Le guide sûr que nous avons suivi déjà dans nos précédentes instructions, nous dirigera encore en celles-ci : le Catéchisme Romain; le Catéchisme Romain, dont un grand Pape a dit : que les Pasteurs des âmes ne le doivent jamais perdre de vue : habcre ob oculos suos non omittant ; parce que, publié conformément au décret du saint Concile de Trente, recommandé par plusieurs Souverains Pontifes, il est un secours on ne peut plus propre à repousser les fraudes des opinions perverses, à propager et à établir d'une manière solide la véritable et saine doctrine : ad pravarum oplnionion fraudes removendas, et veram sa)iamque doctrinani propogandam, stabilicudainque, opportunissimam subsidium (2). . .
En terminant cette première instruction : Que Dieu croisse <n\ vous, vous dirai-je avec saint Augustin : Crescat Beus in le . . . Mais comment ! Puisque Dieu est parfait, non susceptible d'accroissement, comment peut-il croître : Ipse autem non erescit, sed semper perfectus est'? C'est vrai ; eh bien alors, que ce soit vous qui croissiez en lui. Si dès hier déjà vous le oompreniez un peu, et qu'aujourd'hui vous le compreniez da-
(1) Osée. c. l, v. 1, 2.
{'!) )Me IX. Enrii. nostis, et Noiîisr.iM. H Drconilirc 18 il».
!^ JLE SV.MIiOLl': DES ATOTHES
vantage.et davantage encore demain, il croîtra donc en vous V Non, encore une fois, puisqu'il est parfait ; mais c'est vous qui croîtrez en lui: ila vclnt crescit Beus, qui scmper pcrfecliis manet. C'est-à-dire qu'il en sera de vous comme d'un homme qu'on guérirait d'une cécité déjà ancienne : il voit d'abord un pou de lumière, incipit videve jiaululiim lucis,\e lendemain un peu plus, et alla die plus, et le surlendemain encore plus, cl Icrtia die ainplius. Il semble que c'est la lumière qui grandit en lui, tandis qu'en réalité c'est lui qui grandit dans la lumière, laquelle est restée la même, ni plus pure, ni plus vive, maintenant qu'il la voit, que quand il ne la voyait pas . . . Ainsi en est-il de l'homme intérieur : il fait des progrès en Dieu ; et c'est Dieu qui semble progresser en lui: Sic est et iidcrior homo : proficit quidem in Dco ; et Deus in illo videtur crescci-e (i) . . .
Je vous laisse sur cette pensée. Il n'en est point de meilleure,, ni de mieux accommodée à mon dessein.
(1) Nous n'avons donné que la substance de ce beau texte. Le lire en entier. In Juann. Tract. 14, c. 3.
DEUXIÈME PRONE Le sens exact du mot : Je crois.
Credo.
.le crois.
(juoiiiani iii iliviiiis Lilteris multiplex est fulei significatio, hic de t'a loquimur ciijiis vi oinnino asseiitiiiiur ils qiiBC tradita suiit diviiii- Ins.
Caicch. Boni. c. '2.
Elle est divine, l'autorité à laquelle nous croyons; elle est divine, la doctrine que nous suivons: Divina est auclorituf' ciii crecUmus ; divina est doctrina quam seqiiimur (i). Tel était l'acte de foi du Pape saint Léon au grand mystère du Fils de Dieu fait homme, Jésus Christ. Tel nous voulons que soit le nôtre, dès le début de ces instructions, dans lesquelles nous aborderons, non un point de doctrine, mais toute la doctrine, non un mystère unique, mais tous les mystères. Oui, ell(> est sainte, cette doctrine, ils sont saints, ces mystères; et c'est sur l'autorité de Dieu que nous y donnons créance : Dirina est auctoritas eut cvedlmus; divina est doctnna quam sequimur. *
Nous commencerons à le comprendre dès aujourd'hui, si nous exposons bien la signification précise de ce mot: Je crois, et si, de cette notion clairement établie nous tirons toutes les conclusions qu'elle renferme. Dieu nous aide de sa grâce!..
Et d'abord, que signifie ce premier nuit du Symiiole : Je
(1) Drev. fioiti. in l'est. Gircunici. lect. 5. U
crois? N'aurait-il (rautre i)ûrt(^L! que celle que nous lui donnons dans le langage ordinaire? Équivaudrait-il simplement à. ces expressions: Je pense, je suis d'avis, je suppose^ ^on, certes; il a ici un sens ])ien i)lus haut; ici, croire, c'est être convaincu, c'est adhérer pleinement, c'est tenir pour certain et assuré. En la matière qui nous occupe, dit excellemment le Catéchisme llomain, celui-là croit, qui acquiesce à ce qui fait l'olijet de sa foi, sans qu'il \ienne s'y mêler même l'oml^re d'une hésitation: fs crédit — quod ad JniJKS loci e.rpUcalionem attinet — eui alitinid sine uUa hœsitatione certiun et pevsuasum est (1).
Mais quoi ! Cette croyance ne serait-elle pas une croyance aveugle ? Cette certitude, une certitude sans raison suffisante ? Cette conviction, une conviction sans motif? Ou bien, si elle est motivée, comment l'est-elle ? De quel moyen usons-nous ? D'où partons-nous, non pour acquérir la foi, dans le sens rigoureux de ce mot, la foi est un don de Dieu, mais pour en faire l'acte, autrement dit pour l'exercer ? Nous savons comment la foi humaine opère. Quoique à le dire moins bien que saint Augustin, il n'est personne pourtant qui ne s'en rende un compte exact. Je considérais, dit-il, combien de choses je croyais, sans que je les eusse vues, et qui s'étaient pa.ssées avant que je fusse au monde, par exemple tout ce que l'on trouve dans l'histoire des peuples, et tout ce que j'avais entendu dire de plusieurs villes et de plusieurs pays, où je n'étais jamais allé . . . Enfin je considérais combien fermement je croyais que j'étais né de tel père et de telle mère, ce que je ne savais néanmoins que par le témoignage de ceux à qui je l'avais entendu dire (2).
Mais pourquoi une citation aussi longue? L'intérêt qu'elle
offre suffit-il à en justifier l'erfiploi ? Y aurait-il donc quelque
analogie entre la foi humaine et la foi divine, quant au mode
de procéder, chacune restant dans sa sphère? Nous allons le
, voir.
Il y a un Dieu, Être supérieur à tous les êtres, qui voit tout, (pii sait tout, qui gouverne tout, éternel, immense, tout puis-
(1) Catech. Hom. cap. 1.
("1) Coiifoss. lit). M, cap. 5.
[f. — .1I-: cHors 11
sant, nous le disons déjà, nous aurons occasion de le redire : une infinité de fois infiniment infini dans ses perfections infinies. Voilà une vérité première qui est comme le point de départ de toutes les autres, et leur sert de préambule.
Or, cet Être des êtres a parlé. Il a parlé au premier couple, .sorti de ses mains, et duquel nous descendons tous. Il a pailé aux Patriarches, à Abraham, à Isaac, à Jacob, et à plusieurs de leurs suivants. 11 a parlé à Moïse, son serviteur, en Egypte, auprès du buisson ardent, dans le désert de Sur, aux pieds de la montagne d'Horeb, sur le sommet embrasé du Sinaï. Il a parlé aux Prophètes, à Isaïe, à Ézéchiel, à Jérémie, à Daniel, à plu.sieurs autres, et par leur moyen au Peuple appelé de .son nom : le Peuple de Dieu. Enfin, étant venue la plénitude des temps, 11 a parlé par Jésus Christ son Fils, qu'il a constitué l'héritier de toutes choses, et par qui il a fait les siècles : Midfifariam, multisque modi^ olim Deus loquens ^^ntrib^is in prophetis, novissimc diebits istis locutus est nobis in Filio, quem constituit hpereâem univcrsorion, per quem fecit et sasciila (i).
Dieu a donc parlé ; et il veut être cru ; et il le mérite ; parce que, étant la vérité par essence, il ne peut connaître les choses autrement qu'elles ne sont, et qu'étant la toute bonté il ne peut les faire connaître autrement qu'il ne les connaît luimême.
Oui, si Dieu a parlé, je dois créance à sa parole et soumission à ses volontés. Mais Dieu, qui ne me parle pas, à moi. — Non, certes, que je doute qu'il le puisse faire, c'est seulement un fait que j'énonce — qui me dit qu'il a parlé à d'autres'.' Le sais-je de science certaine, excluant jusqu'à l'ombre d'un doute? Car une simple probabilité ne suffit pas; une chose probable peut être vraie, mais elle ne l'est pas encore pour moi, et jusqu'à ce qu'elle me soit démontrée, prudemment je suspends mon jugement. Donc, qui me dit que Dieu a parlé à Adam et à ses premiers descentiants ? Qui me dit que Dieu a parlé à Abraham et aux Patriarches ? Qui me dit que Dieu a parlé à Moïse et aux autres conducteurs des douze tribus'.' Qui me dit que Dieu a parlé aux Prophètes, et par leur moyen
(1) Heb. c. 1, V. 1.
12 LE SVMHOLK DKS AI'OTIIES
;iu peuple appelé de son nom ? Enfin et surtout, pour abréger, pour ne faire qu'une question unique, question capitale, question suprême, question qui, résolue dans un sens ou dans lui autre, résout toutes les autres, h raison de leur connexité, dans le même sens : Qui me dit que Jésus Christ a parlé? <Jui me dit que c'est Dieu qui l'a envoyé ? Qui me dit que c'est au nom de Dieu qu'il a parlé'? . . .
Qui me le dit ? O de toutes les questions la plus facile à résoudre ! Qui me le dit? Tout ce que je sais de Jésus Christ de science absolument sûre, à l'abri qu'elle est de toute erreur. <Jui me le dit ? La sainteté incomparable, exceptionnelle, uni- (pie, de sa vie. Qui mêle dit? L'excellence de ses enseignements, la sublimité sans égale de sa doctrine. Qui me le dit ? Cent prophéties, au moins; les unes faites de lui, et vérifiées en sa personne jusque dans les plus minutieux détails, comme nous aurons à le dire, au cours de nos instructions; les autres faites par lui, et confirmées par les événements les plus historiquement vrais, et les mieux connus. Qui me le dit? Venez donc, et venez tous, vous, les démoniaques qu'il a délivrés ; vous, les paralytiques qu'il a revivifiés ; vous, les aveugles (|u'il a illuminés; vous, les morts qu'il a ressuscites; et vous aussi, prenez une voix et parlez, vous, les éléments qu'il a substantiellement changés ; vous, les pains qu'il a multipliés ; vous, les vents cju'il a calmés ; vous, les flots mouvants sur lesquels il a marché . . . miracles qui remplissent l'Évangile fie la première page à la dernière, miracles encore plus (''tonnants qu'ils sont en nombre presque infini, miracles publics et de constatation aist^ mii-acles surtout, qu'on ne l'oulilie pas, qu'il faisait pour témoigner dp s^ divinité et de la vérité de sa niission, parce qu'en effet, le miracle est propre-
meiit la voix par laquelle Dieu uarle et se manifeste, et que <" — » ' ■ ■ '
.si, par impossible, le miracle pouvait s'opérer en confirmation de l'erreur : à vous seul, ô mon Dieu, l'erreu)' serait imputalable : Domine, si error est quem creiUmus, a te dcccpti suinits (1).
Yoilà mes motifs de crédil)ilité. Voilà pourquoi je dis Credo.
(Ij s. Al'GlSTIN.
Tf. — JK CROIS -tn
Pour résumer en quelques mots: Je crois, non parce que jiveux croire, bien que ce désir soit très louable, et que Dieu ne manque jamais de l'exaucer, quand il est sincère. Je crois, non parce que d'autres croient, quoique cet exemple soit très utih.et incite à la foi. Je crois, non parce que je comprends, puisque la plupart du temps je ne comprends pas. Je croi.s, non pas même parce que l'P^glise me le propose, l'Église est le jalon et non le point de départ; l'Église e.st une intermédiaire, et non la raison dernière de ma foi; autre cho.se est de croire ce qu'elle propose, et autre chose de le croire parce qu'elle le propose. Quoi donc me détermine à croire? Je crois uniquement parce qu(^ Dieu, bonté infinie, sagesse infinie, vérité par essence, a parlé, etqu'en njème tc^ps giTà l'intérieur sa grâce m'incline à croin.' qu'il a parlé, il me donne au dehors, par. des faits cUvins^pfir les rtiii'dcles smiouf cl les jiroplieties, la preuve sensible qu'il a parlé (1).
Et maintenant que ces principes sont établis, nous en tirons les conséquences qu'ils renferment; ou plut(U elles viennent d'elles-mêmes.
. La première: que la foi est souverainement raisonnable, selon le mot de saint Paul: )'afio}i(ibilc obsequlioit ; que du moment où Dieu parle, le meilleur usage que l'homme puisse l'aire de sa rai.son, est de donner créance à la divine parole (2i ; que les incrédules qui s'appellent ou qu'on appelle esprits forts, seraient plus justement nommés esprits faibles, si nous ne savions d'ailleurs ([ue chez eux le cœur est encore plus malade ■que l'esprit... Rienhem-eux les cœurs purs, parce qu'ils verront Dieu... On l'a dit avec infiniment de rai.son: la foi s'engendre dans les âmes, comme Jésus Christ a été engendré dans le monde: Jésus Christ a rtr conçu du Saint Esprit, et il est né d'une Vierge (3).— Purifiez votre cœur de tout ce qui le souille; débarrassez-le de tout ce qui l'encombre; on ne dit jamais mieux son Credo, que quand on a récité, et mis en acte son Confiteu)-.
La seconde: que non seulement la foi exclut tout doute,
(1) Conc. vat. Bel Filins, cap. 3. de InU-. n. ut iiihiloininiis fidoi. etc. (^2) Ea quœ subsunt rulei, ali([uis non credcrot, nhi vidoret ca esse credenda. S. TiiOM. 2, 2, q. I, art. i.
(3) Gratry. Philosophii' du Credo, p. 120.
toute incertitude, toute hésitation; mais encore qu'elle nous dispense d'examiner les mystères pour les soumettre au jugement de notre raison, parce que, si les mystères sont incompréhensibles — et ils doivent l'être; si Dieu pouvait être compris par une intelligence créée, il cesserait d'être Dieu — ces mystères sont néanmoins croyables, toujours pour ce même motif, que nous les tenons de Dieu qui est la vérité par essence. Cependant, s'il n'est pas permis d'examiner les mystères pour les contrôler, il n'est pas défendu de les étudier soigneusement, l'espcctueuscment, prudemment (1), soit pour les comparer entr'eux, soit pour les éclairer l'un par l'autre, soit même pour aller, par leur moyen, à la découverte, ou à une connaissance plus nette de quelque autre vérité. Je crois pour comprendre, tlisait saint Augustin, credo, ut intelligom. Donc, de même (]ue le mathématicien, qui tient un pied de .son compas fixé au centre, laisse aller librement l'autre pied ; ainsi la foi permet bien à la raison de discourir sur les choses qui sont de son domaine, pourvu que dans tous ses raisonnements et recherches elle ne s'écarte jamais de l'autorité divine, sur laquelle elle doit s'appuyer comme sur un centre fixe et un point immualile.
La troisième: que les vérités à croire, ayant pour motif de crédibilité la souveraine autorité de Dieu qui les a révélées, la loi ne doit pas être scindée, admise sur un point, rejetée sur un autre, mais totale, entière, sans division ni partage. Qui rompt une maille d'un tissu, pose en principe la ruine de tout l'ouvrage. Qui nie sciemment une vérité de la foi, nie en pi-inlipe toutes les autres, puisqu'il rejette le motif pour lequel nous devons les croire toutes, c'est-à-dire la souveraine autorité de Dieu. Sous ce rapport, la foi est de même condition que la charité ou grâce sanctifiante ; celle-ci, un seul péché mortel la fait perdre entiêj-ement; celle-là, par le rejet ([ui est fait d'une des vérités qu'elle enseigne, est viciée dans son essence. C'est l'axiome ven\: ('onuin ex intégra causa, ma- Itoii ex quocumque defectu; ce qui signifie pour le cas particulier qui nous occupe: que la foi étant une et indivisible,
(I) Conc. Vat. Dei Filius. cai». i. Ac ratio iiuidem. clc.