XVI. — QUI EST NÉ DE MARIE
l'hostie et le sacrifice cesseront, et l'abomination de la clésolation sera dans U; temple, et la désolation persévérera jusqu'à la fin des fins (1).
Telle est la prophétie de Daniel. (Juoi(iue longue, je l'ai citée à peu près textuellement. Vous l'avez comprise, comme vous avez compris celle de Jacob. F^a première détermine l'époque, la seconde précise l'année.
Et maintenant, passez dans l'Évangile; cette fois encore regardez, comparez, confrontez, établi.ssez les chronologies. (Jiuand Jésus Christ est-il né'.' Juste au moment où la souveraineté, jusque là et depuis des siècles aux mains de la tribu lie. Juda, lui est enlevée, pour être mise aux mains d'un étranger, d'Hérode l'Iduméen; et l'oracle de Jacob est accompli. Regardez encore, comparez, confrontez, établissez les chronologies : comptez, à partir de l'édit qui autorise la reconstruction de Jéru.salem (!2), 70 semaines d'années, c'est-à-dire 490 ans, et NOUS arrivez juMe au pied de la croix sur laquelle Jésus expire ; défalquez les années de sa vie publique et celles de sa vie cachée, d'après les Évangélistes environ 33 ans, et vous vous rencontrez juste (3) avec les bergers pour l'adorer dans son berceau ; et l'oracle de Daniel est accompli, comme celui de Jacob ; et la seconde conclusion sort de .ses prémisses aussi légitimement que la première : Jésus Christ est né au temps où W devait naître.
Nous ajoutons: Jésus Christ est né au lieu où il devait naître.
De même que le temps avait été prédit, par Jacolt, 1.700 ans, par Daniel 500 ans : .semblablement le lieu avait été désigné, 700 ans, avant l'événement : Et toi, Bethléem d'Ephrata, tu es bien la plus petite ville do la tribu de Juda ; mais c'est de toi pourtant que soi'tira le Dominateur qui doit régner en Israël ; sa sortie date de Téternité... II demeurera ferme, il conduira
(1) Dan. c. IX.
(H) Cet édit lut (Inimr |iiir Artaxerct's Loiii;iii' M;iiii en l;i till"" yiiiir»- dt- son
(3) Nous n'('m]il(tyiiiis |ias co mot dans le sens rig;onreux et absolu ; mais si les éruditseu r.hroiiolog;ie sat-rée ditVèrenl entre eux de iineliines années, la démonstration n'en est pas atl'aiblie pour cela. Voir Bos.'^i'ET, Discouru sur l'ilisl. iiniri'r., ]>. 'Xi.
son troupeau dans la force du Seigneur ; les peuples se convertiront à lui, et sa gloire rayonnera jusqu'aux extrémités du monde (1). Ainsi s'exprime le prophète Michée, je le répète, 700 ans avant l'événement... Comment vous assurerez-vous de l'accomplissement? Je ne vous dirai pas de consulter les registres de l'état civil Romain; pourtant ils existaient encore deux cents ans après ; Tertullien les a vus à Rome, dans les Archives du Sénat, il y a lu le nom de Jésus Christ, la date et le lieu de sa naissance (2), mais ils ont été perdus depuis ; je ne vous dirai pas non plus de parcoui'ir les livres dans lesquels le grand Solitaire de Bethléem, saint Jérôme, a décrit la sainte Grotte de sa plume magistrale ; et encore moins : partez, passez les mers, allez voir vous-mêmes — car il existe encore, cet enfoncement creusé dans le rocher, ayant quinze pieds de long, cinq de large, dix de haut, et la dalle blanche ornée d'une étoile d'argent, sur laquelle on lit cette Inscription : Hic de Virginr Maria Jésus Christus natus est: C'est ici que Jésus Christ est né de la Vierge Marie (3). — Non, vous n'avez ni la faculté, ni le loisir de faire ces choses. Mais je vous dirai simplement : sans changer de place, sans vous donner beaucoup de peine, prenez seulement votre Paroissien Romain, lisez l'Évangile de la première messe de Noël, et celui de la seconde : En ce tempslà — c'est-à-dire dans le temps où toutes choses étaient prêtes pour la venue du Messie tant de fois promis — César Auguste publia un édit qui ordonnait de faire le dénombrement de ses sujets dans tout l'univers. Et tous allaient pour se faire inscrire, chacun dans sa ville d'origine — c'est-à-dire au lieu primitivement habité par ses Ancêtres, c'était la loi (4). — Joseph et Marie qui étaient de la race royale de David se rendirent donc de la Galilée en Judée dans la cité de David, qui est appelée Bethléem ; et pendant qu'ils y étaient, le temps de l'enfantement de Marie arriva, et elle mit au monde son fils premier-né et unique, et elle l'enveloppa de langes, et le coucha dans une crèche,
(1) MiCH. C. V.
(2) Advers. Marcion. iv, cap. 19.
(3) Bib. de LelhieUeMX. Luc. in h. 1., et Enault: La Tene Sainte. (4.) Bib. de Lethielleux. Luc. in h. L
XVf. — Qir EST NK DE MAKIE l.'îi»
car il n'y avait point de place pour eux dans rh<)tellerie ; et il y avait non loin de là des bergers qui gardaient leurs troupeaux, et voici qu'un Ange du Seigneur se présenta à eux, et ils turent saisis d'une grande frayeur, et l'Ange leur dit : Ne craignez point, car je vous annonce une grande nouvelle : II NOUS est né aujourd'hui un Sauveur, qui est le Christ, dans la cité de David ; et voici à quel signe vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche ... Et tout-à-coup une troupe nombreuse de l'armée céleste se joignit à l'Ange louant Dieu et disant : (Uoire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté. Et, les Anges s'étant retirés, les bergers se dirent : Passons jusqu'à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé ; et ils vinrent en toute hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et l'enfant couché dans une crèche, et il reconnurent la vérité <le ce qui leur avait été dit sur l'enfant, et il s'en retournèrent louant Dieu et le glorifiant de toutes les choses qu'ils avaient vues et entendues (1).
Voilà le récit évangélique tel qu'il est, sans fard et sans apprêt ; c'est la vérité toute nue. Mais comme elle est belle et attrayante, jusque dans sa simplicité ! Cet empereur romain, que son orgueil pousse à faire le dénombrement de ses sujets, et qui ne se doute pas que Dieu se sert de lui pour accomplir une prophétie de sept siècles ; cet obscur artisan et sa sainte compagne, qui font un long et pénible voyage pour obéir à l'édit impérial ; ces hôtelleries qui n'ont point de place pour le descendant de David, dans la Cité de ses pères; cette étable abandonnée, cette mangeoire d'animaux, seul berceau pour recevoir le royal Enfant; cette lumière qui éblouit, ces Anges qui chantent le cantique de paix ; ces bergers, hommes simples et craignant Dieu, appelés les premiers parce qu'ils sont les plus pauvres et les plus purs... oui, tout cela est beau, tout cela parle à l'àme et la ravit; et l'inditTérent qui ne sent pas ces choses, qui ne voit dans le jour de Noël qu'un jour en tout semblable aux autres jours, trouve son châtiment dans son indifTérence même.
(1) Luc. c. 11.
Et maintenant, n'ajoutons plus que quelques mots sur la quatrième pensée qui, elle aussi pourtant, fournirait matière aux plus beaux développements : Jésus Christ est né de la manière dont il devait naître. Quoi donc! En même temps que descendant d'Abraham et de David selon la chair, n'était-il pas le Fils unique de Dieu, son vrai lils, son connaturel, son consuhstantiel, aussi véritablement fils de Dieu dans l'éternité que véritablement fils de Marie dans le temps? De plus, ne venait-il pas du ciel en terre comme Sauveur, Snlvator ? N'avait-il pas été promis, prédit, attendu pendant quarante siècles, en cette (|ualité de Sauveur ? N'était-ce pas la foi des patriarches, des prophètes, et de tous les temps anciens, comme après eux, ce sera la foi des Apôtres, des Évangélistes, et des temps nouveaux? Nous-mêmes, tout à l'heure, n'allons-nous pas chanter d'un même cœur et d'une même voix : Je crois en Jésus Christ, Dieu lie Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, qui, pour nous autres hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux (1)'.' . . Or, cela étant, pouvait-il, devait-il naître autrement qu'il est né'? Lui, le trois fois saint, pouvait-il, devait-il naître d'une autre femme que d'une femme très pure, très sainte, très immaculée, vierge avant, vierge pendant, vierge après l'enfantement, toujours vierge, ainsi que nous aurons à le dire bientôt'? Lui, la divine manne tombée du ciel, le pain vivant, comme il s'appellera lui-même, au cours de ses prédications, £",70. s?/mpanls virus, pouvait-il, devait-il naître autre part qu'à Bethléem... Bethléem, qui, en langue hébraïque, tous les interprètes le disent, signifie : Maison du pain (2)'? Lui, l'Agneau de Dieu. — C'est le nom que Jean le Précurseur ne tardera pas à lui donner, en le montrant du doigt : Celui-ci est l'Agneau de Dieu : Ecce Agnus Dei. — qui prenait sur lui les péchés du monde, pour les expier dans son sang, pouvait-il. devait-il naître ailleurs que là où naissent les agneaux, dans une étable '? . . . Soyons sincères : Un Dieu venant du ciel en terre, précédé de foudres et de tonnerres, dans tout l'éclat de sa majesté, n'ayant de la divinité que les grandeurs qui éblouissent, et rien des charmes qui attirent, nous
(1) Sumb. de Sicée.
(2) lire.r. }{om. In ntit. Don). Lect.