XVI. — QUI EST NÉ DE MAHIE
«^ùt-il convenu (1)? Aurions-nous (ui dans le cœui* d'autres sentiments, et sur les lèvres d'autres paroles, que les Hébreux, au pied du Sinaï, disant à Moïse : Prophète, parlez-nous, homme de Dieu, pavlez-nous, loquere tu nobis ; mais que le Seigneur ne nous parle pas, car s'il nous parle, nous en mourrons (2) '.' Même, un Dieu prenant notre nature, une âme humaine, un corps humain, semblables aux nôtres, mais sans commencer par où commencent les hommes, c'est-à-dire par être enfant avant de devenir homme fait : cette Théophanie, quoique ti-ès réelle pour le fond, eùt-t-elle différé beaucoup, quant à la forme, de ces centaines d'apparitions divines ou angéliques dont l'ancien Testament est plein, et qui faisaient s'écrier les personnages à qui elles se montraient : Nous allons mourir, car nous avons vu le Seigneur ? (3). . . Et ce n'est pas tout encore : issus d'un père coupable, malheureux enfants d'Adam que nous sommes, nous gémissons, nous pleurons, c'est un mal de race ; il n'est personne qui ne puisse, qui ne doive dire, comme le Patriarche Jacob : mes jours ont été encore moins bons qu'ils n'ont été courts, dics parvi et niali (4). . . Ah ! nous sommes atteints d'un autre mal de race : pauvres de biens, plus pauvres de mérites, nous souffrons de l'impuissance à laquelle nous sommes réduits, d'acquitter jamais la dette du péché ; et par suite, nous voilà pour toujours exclus du Royaume descieux. . . et l'on nous eût donné un Sauveur qui n'aurait pu ni voulu expier pour nous et à notre décharge ; un médecin qui n'eût rien su dos maladies qui nous travaillent; un consolateur qui n'eût connu que par oui dire les douleurs humaines ! ... Il s'est rencontré au second siècle un hérésiarque, qui aurait voulu un Christ riche, puissant, vivant dans le faste, un Christ qui eut ébloui tous les regards: Enlevez-moi, disait-il, ces langes, et cette crèclie abjecte ; votre Christ est trop pauvre, trop misérable, il ne saurait me convenir. Non, non, lui rè[)liquait le grave Tertullien : Le Christ est pauvre, le Christ est misérable, le
(!) 1)0.11111 non (liligeremus, nisi prius no? cliligeret, S. Léo.
(i) l'AOD. C.XX, V. H).
(:J) JuDic. c. XV, V. 22.
(4) GeN. c. XLVII, Y. 9.
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Christ est sans éclat, il pleure, il souffre, il expie. . . tant mieux; à ces traits je reconnais mon Sauveur : Si vjnohilis, si incfloriostis, si inhoriorabilis, meus erit Christ us (1).
Tertullien avait raison : .le^sus Christ est né de la manière dont il devait naître ... Et comme d'autre part, il est né au lieu où il devait naître... au temps ou il devait naître... de qui il devait naître: toute notre démonstration est faite.
Et partant, nous n'avons plus qu'à tomber aux pieds de sa crèche, et à lui dire : Vous éte;s notre Dieu, notre Sauveur, notre consolateur; nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions, nous vous rendons mille et mille actions de grâces; Laiiclrnuus te, beneclicimus te, adoramus le, (ilurificcDHiis te', i/ratias agimus tibi (2) . . .
Ou bien, s'il vous plaît que je termine par une parole, à la vérité, moins autorisée, mais plus douce peut-être et plus pénétrante, une parole de saint François de Sales : Offrons à notre cher petit Roi — c'est ainsi qu'il désigne le divin Enfant — un cœur tout plein d'amour, tout déliordant de charité, tout détrempé de .sainte dilection (3)...
(i) Advetsiix Miireion.
(2) Tiré du t^Aoria in Exodsis.
()!) Lettres HpirilueUea.