XVIII. — A SOUFFERT SOUS PONCE-PILATK
ces n'est pas moins à. considérer que leur pcénéraiité. Le même Docteur angélique, saint Thomas, se pose la question suivante : Si Jésus Christ a souflert plus qu'aucun homme n'a jamais soulfert, et même plus qu'aucun homme ne pourrait souHrir ; en d'autres termes : si les soulïrances de Jésus Chi'ist ont été les plus intenses possiitles? Sa réponse est affirmative : Oui, Jésus Christ a souflert plus qu'aucun homme n'a jamais soutVert, plus même qu'aucun homme ne pourrait souffrir; les souffrances de Jésus Christ ont été les plus intenses possibles. Et il en donne pour raisons ;
Premièrement : la généralité elle-même, dont nous venons de parler, des souffrances que Notre Seigneur eut à endurer, et dans cette généralité une particularité très saillante : le crucifiement, qui est, comme nous aurons à le dire en son lieu, non seulement le plus ignominieux, mais encore le plus douloureux des supplices. Qu'on se représente, non au moyen de l'imagination toujours facile à s'émouvoir, mais avec la froide raison toute seule, l'enfoncement à grands coups de marteau, de clous énormes, forgés à la hâte, dans les pieds et les mains d'un homme, c'est-à-dire dans les parties de son corps où les nerfs se ramassent en faisceaux pressés ; et l'on aura une idée de la scène horrible qui se passa sur le Calvaire.
Secondement : la natui-e elle-même du très saint Corps dt^ Notre Seigneur. Formé par l'opération du Saint Esprit, selon un mode à part, un mode divin, n'était-il pas parmi tous les corps humains, le plus parfait, le plus délicatement organisé, et conséquemment doué de la plus exquise sensibilité, plus apte qu'aucun autre à souffrir cruellement des coups redoublés que l'on déchargeait sur lui? Et quand un des prophètes met en la bouche de la Victime ces paroles : Vous tous qui passez sur ce chemin, dites s'il est une douleur comparable à ma douleur (i). .. qui serait tenté de n'y voir que de l'emphase? N'est-ce pas plutôt la vérité toute pure et toute nue?
Troisièmement: la nature, elle aussi, de rànif du divin pa-
(1) Tren. V. 1. V. 12. — yiKid (luidfiii (lorpii^) cuiii S|iirilus .Saiicli virtiitc loiniatiim cssel, imiltit perfeclius et lemperatius fuit i|iiiun aliorum lumiinuni corpora esse possuut. Calecli. Honi. c. v.
i56 LE SYMBOLE DES APOTRES
tient. C'était, nous l'avons dit, une vraie âme humaine ; mais quelle âme humaine 7 De toutes celles qui sont sorties ou sortiront jamais des mains de Dieu, la plus pure, la plus sainte, la plus parfaite, et si j'ose dire, la mieux conditionnée pour imaginer, pour sentir, pour percevoir, pour avoir conscience d'ellemême, pour raisonner ses impressions, d'où qu'elles vinssent. Etant donnée cette loi qui régit les êtres vivants : qu'ils sont plus ou moins sensibles selon l'esprit qui est en eux: non, jamais le langage humain ne pourra dire à quel degré, sur l'échelle de la souffrance, monta la très sainte âme de Notre Seigneur, conjointe qu'elle était d'ailleurs à un corps si bien fait, quant à lui, pour servir de véhicule à la douleur jusqu'au siège des sensations, c'est-à-dire jusqu'à l'âme elle-même.
Quatrièmement enfin, et de toutes les raisons celle-ci est la plus probante: Jésus Christ voulait souffrir. Il était venu en ce monde avec cette mission librement acceptée de souffrir, et de souffrir dans un but déterminé, dans le but de sauver les hommes, de prendre tous leurs péchés à sa charge, de les tenir pour siens comme s'il les eût personnellement commis luimême (1). C'est pourquoi il voulait souffrir, les détester, les acquitter, ces péchés, pour lesquels il s'était porté caution, les détester quant à la coulpe par une contrition de son âme la plus vive, la plus intense (2), les acquitter quant à la peine, par les souffrances du corps les plus atroces, finalement les expier proportionnellement à leur nombre et à leur difformité, parce que, ce que les théologiens connaissent au moyen du raisonnement, jper diacursum, comme l'on dit, Jésus Christ le voyait d'une immédiate et claire vue, à savoir: que le péché a quelque chose d'infini en malice, si on le considère par rapport à l'infinie majesté de Dieu contre lequel il s'élève: Pecca-
(1) Omnia niundi peccata in se recepeiat (Jésus), tantuinque pio illis dolorem cordis assumpsit, ne si ea ipse patrasset. Pierre de Blois, de Pas.iione Doni .
(2) L'accablement de N. S. au jardin des Olives, puis la sueur de sang, furent causés, non comme on le croit trop facilement et sans raison, par l'appréhension des tourments qui l'attendaient, mais par la claire vue qu'il avait du péché, et la douleur intérieure qu'il en ressentait.