‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 53 sur 172 · XXI. — A K'il': KNSK\ i;i.i ITÎI · texte numérisé non relu

XXI. — A K'il': KNSK\ i;i.i ITÎI

point consenti aux desstùns (•l'irninf.'is, et plus tard aux actes plus criminels encore de ses eollègue;s dans la magistrature suprême (i). Il était même disciple de Jésus, mais en secret seulement ; la crainte des Juifs l'avait enipèclu'' de se d(''clarer(2;.

Mais voyez la merveille. . . Timide, peut-être même à l'excès, f)endaiit que le Maître vivait, maintenant qu'il est moi't, le voilà plein de résolution et portant l'audace jusqu'à s'autoi'iser d(; sa (}ualité de disciple pom- réclamer son Corps . . . C'est le texte évangélique : Joseph entre hardiment chez Pilate : Aiahicirr iiUravU. ad Pilatinn (3), etdemande qu'on lui livre le Corps dc^ Jésus, parce qu'il est le disciple de Jésus : liogavil. eoqiiod esset (liscipuhis Jesu, ut tollerel Corpus Jesu (4) . . . C'est admirable ; ajoutons pourtant que les saintes Écritures et l'histoire de l'Église sont pleines de ces sortes de retours, retours inattendus,, et qui resteraient inexplicables si l'on ne savait que Dieu est II' maître des cœurs, et qu'il les tourne à son gré.

Et Pilate ordonne que le Corps soit remis à Joseph : Tune Pi- Idlus jussil. reddi corpus (5) . . . O Joseph ! vous étiez riche déjà„ car l'historien sacré vous qualifie tel, dii^cs (6) ; mais présente- Mu;nt que le Corps de Jésus vous appartient, vous l'êtes bien» davantage : C'est être deux fois riche, nous lisons cette belk^ rétlexion dans saint Ambroise, que d'avoir un pareil trésor :. Mcrilo dives hic dicUur, ubi Coriius uecc]nt (1).

Mis en possession de ce qu'il estimait le plus au monde, Josepli/ quitte en toute hâte le palais du gouverneur et revient au Calvaire. Mais déjà il n'est plus seul pour accomplir une («Mivre,^. lient les Anges se fussent acquittés eux-mêmes avec tant d'amour, si cette mission leur avait rtr contiée. l'n autre personnage, membre, lui aussi, du Crand Conseil de la nation, rich(>lui-même, car il apporte cent livres de parfums à l'ellet d'embaumer le saint Corps, Nicodème s'est joint à Joseph (8). Qcîi^ n'est-on pas en droit d'attendre de tels hommes pour faire au

(1) I.iic. c. XXIII. V. 51. (5) M.\TTH. c. XXVII, V. 58.

(2) JoANN. C. XIX, V. 38. (Cl) Ibid.

(3) Marc. c. xv, v. 43. (7) In Luc.

(i) JOANN. Ibid. (8) JOANN. C. XIX.

iSO LE SYMBOLE DES APOTRES

(a'ucifié une sépulture digne de lui, une sépulture qui réponde à sa noblesse i)lus que royale, puisqu'elle est divine ! L'un et l'autre montent sur la croix, ils l'inclinent doucement, ils ari-achent les clous. .. Chez les Juifs, quiconque touchait un corps mort était réputé impur et contractait par cela seul une sorte trexcommunication légale ; nous lisons cela au livre du Lévitique('I). Nicodème et Joseph s'inquiètent peu d'une loi maintenant abolie, ou qui, existât-elle encore, ne les atteint pas. Estce que le contact du Corps de Jésus peut produire quelque souillure, lui qui efface toute souillure ! Le Corps de Jésus purifie l'âme de l'homme, comment maculerait-il sa chair ! Ils touchent donc le saint Corps, ils le détachent révérencieusement du bois qui le porte, ils le prennent dans leurs bras, heureux de fléchir sous le fardeau. . . Selon une ancienne et vénérable Tradition, Marie, qui n'avait point quitté le Calvaire, le reçut sur ses genoux, et le pressa, à cette heure qu'il était mort, sur ce même sein virginal qui l'avait enfanté vivant. O sainte, ô touchante tradition ! Elle a fourni une de leurs meilleures inspirations aux Raphaël-, aux Rubens, aux Lesueur, à tous les grands Maîtres de l'art chrétien. — Nous avons eu le nôtre... Dans la crypte de notre église paroissiale, il y a une peinture murale de la plus saisissante exécution, quoique, hélas, beaucoup trop effacée par le temps : La croix debout ; aux pieds de cette croix Marie est représentée assise ; le saint Corps est étendu en travers sur ses genoux ; à droite saint Jean, le disciple bien-aimé, soutient la tête, pendant qu'au côté gauclie un troisième personnage, qui n'est autre que Marie Madeleine, prend l'un des pieds, l'approche de ses lèvres, et le baise... Est-il permis d'espérer qu'il se trouvera un jour quelque riche Joseph, comme celui de l'Évangile, pour faire revivre ce chef-d'œuvre, et une foule d'autres, dont notre église de sous-terre est pleine, et rendre à ce sanctuaire vénérable sa splendeur d'autrefois (2)...

(1) LEVIT. C. XI.

(2) L'Église paroissiale de Sainl-Aignan sur Cher,;)iicieniier,ollégiale, est une des plus i-emarquabISs églises romanes du centre de la France. Sa crypte surtout, du jour où elle serait restaurée, prendrait rang parmi les merveilles de l'art clirélien.

X\I. — A K'IK KNSKVKM 181

Mais la saiiito fonction n'est pas acli(!véc. Nicodème et.Iosepli ont emlxiumé le Corps avec les parfums apportés par l'un deux, c'était un mélange de myrrhe et d'aloës ; ils l'ont entouré, membre par membre, de bandelettes saupoudrées d'aromates pulvérisés, selon la manière d'ensevelir usitée chez les Juifs, nous tenons ces détails de Tévangéliste saint Jean (1) ; ils l'enveloppent présentement dans un grand linceul de lin que, d'après saint Marc, Joseph était allé acheter à la ville (2). Saint Matthieu nous apprend : que ce tissu n'avait servi à aucun usage, qu'il était tout neuf et très blanc: Et accepta corporc, Joseph i)ivolvit illud in suulone muuda{3). Faisons ici une remarque utile. Ce linge tout neuf et très blanc donnera la forme aux âges à venir. Que l'Église quitte les catacombes; môme avant qu'elle en sorte, qu'elle fixe ses règles liturgiques, celles particulièrement qui regardent le saint Sacrifice de la Messe, elle édictera cette loi : que les linges d'autel, principalement le corporal, ou morceau d'étoffe sur lequel doit reposer le Corps de Notre Seigneur, ne seront ni de soie, ni de pourpre, mais faits de lin, qui est un produit de la terre, en mémoire du linceul de lin qui enveloppa le Sauveur, au moment où on allait le mettre au sépulcre : Ecclesise mos obtinnit ut Sacrificixm (dlaris, tion in serico, neque in pcinnotinctu, scd in lino terreo cclebrctitr, sieiit Corpus Domini est in sindone munda sepidturn{i).

Mais ce sépulcre , destiné à recevoir le saint Corps , quel est- il ?

Il y avait tout près du lieu où Jésus venait d'expirer, un jardin, et dans ce jardin un sépulcre aj)partenant en propre à Joseph. Ce sépulcre taillé dans la pierre vive était nouvellement fait rL personne n'y avait encore était mis. Les deux disciples déposèrent le saint Corps en ce lieu, et, ayant fait rouler une énorinc> pierre à l'entrée, ils s'en allèrent (.")).

Tel est dans son admiraljle brièvett- le récit des évangélistes. Mais .s'il est concis, et ne dit (jue l'essentiel des choses, en retour les commentaires abondent.

(1) JoANx. c. XIX, V. 40. (4) S. Thom. Ml p. q. i.i, art. "2, aii;5.

(2) Marc. c. xv, v. 46. (">) Matth. c. .\xvii, v. (il. ('3) Mattk. c. xxvii, v. 59.

182 LK SYMHOLK DKS APOTRES

Ce sépulcre est à proximité du lieu même où Jésus a été cruo.\t\é : Ei'ctt (iKlem in loco nbi crucifi-xus est, hortufii). — D'après les évaluations les plus autorisées, il y avait à peine cinquante pas — Dieu soit loué... Son action providentielle commence déjà à .se faire sentir. L'esprit humain est si fertile en suppositions ! -U fallait qu'il ne pût entrer dans la pensée de personne que le Corps avait été échangé, ou caché. Gomment l'eùt-il été pendant un trajet aussi court? Propinquum autem fuit sepulcrmn ut fal- ■sus ostenderetur is qui de furto adinvcntus est sermo (2).

Ce sépulcre est dans un jardin ■.Erat hortus, et in hortomonumentunii'S). Dieu soit loué... Il y a là un rapprochement, une •coïncidence bien propre à satisfaire l'esprit et le cœur. C'est 41U paradis terrestre, dans un jardin, qu'Adam a transgressé la 4oi de Dieu, et que la sentence de mort a été portée contre lui -et contre toute sa race, en punition du péché... C'est dans un jardin que le Rédempteur, qui s'est porté caution pour le coupable, veut être enseveli, afin qu'il fût bien démontré, que tout -ce qui de près ou de loin avait concouru à notre ruine, servirait en mesure égale à notre salut : Christus sepelitur in horto, ad signifîccnidum ijiiod pev mortem et sepulturam ipsius liheraniiir o morte, (jNum incurrimus per peceatnm Adsein Jiorto paradisi commissum (4).

Ce sépulci'e appartient à Josepli, cest son bien propre et pev- "Sonneï : Posuit il lad in tnonumento suolô); conséquemment pour Jésus, c'est un sépulcre d'emprunt. Dieu soit loué ... Il fallait >qu'il en fût ainsi. II fallait qu'entre la nai.ssance, la vie, et la mort du Sauveur, il n'y eût pas une seule note discordante, mais 4iccord partait. 11 fallait que Celui qui à .sa naissance n'avait eu pour demeure ([u'une étable appartenant à autrui, qui pendant j^a vie, comme il le déclare lui-même, n'avait pas où reposer sa tète (6), il fallait, dis-je, qu'à sa moi't il fût réduit à cette dure nécessité : qu'fin lui cédât un sépulcre : Joseph ergo suum sepul- 4'rHm Chri.'<to cessit (7). Mais il y a une raison plus élevée encore.

(1) .lOANX. V. XIX , V. -11. (3) MATTH. C. XXVII, V. fiO.

^2) Catena aurea, in h. 1. (6) Llx. c. ix. v. 08.

(3) JoANN. il. XIX, V. 41. (7) .\p. CoRNEi.. A Lap. i/) /. 11.

Ai) Thom. ni i«. q. I.i. art. i. a«l i.

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