‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 57 sur 172 · XXII. — l.\ liKDK.MI'lKlN l'Ai! I.A CISOIX · texte numérisé non relu

XXII. — l.\ liKDK.MI'lKlN l'Ai! I.A CISOIX

poids de nos p<''cli(''s : 'ridUqHc jinvdaut ha-tari il). . . 0 Crux, ave.

Kllc est donc véritahle, notre Kédctiiption pai- .lésiis Clirist. Mais qu(j do choses nous l'estent à dire ! . . . V«''i-italtle et gratuite ; véritahle et siirahoiidante ; vc'ritalile et universelle.

Kilo est gratuite, notre llédeiiiptiou par Jésus Christ. C'est l'amour seul (pii l'a inspirée, qui l'a cDiiduito, (|ui l'a laite. J)u <'0^llnene^'nlent à la lin. elle est, au sens if |)lus (Mevé du mot. mie (jeuvre d'amour. Aie permettrez-vous une comparaison V Si elle n'est pas d'un langage très relevé, qu'importe, pourvu ((u'elli- soit juste. \'oilà un fils de roi dont la vie est en danger |)ar suite de la morsure dun reptile venimeux ; et les hommes dr^ l'art déclarent qu'il ne peut guérir, ({u'autant que quelqu'un se dévoue à une uiort certaine en suçant le venin de la hlessm-e. Ou cherchera donc un condanmé à mort, ou un esclave, tel, par exemple, (jue le paganisme en faisait, c'est-à-dire un liommedont la vie est conqitée pour rien, et on l'obligera à sucer la plaie, afin do sauver une vie précieuse, au prix d'une vie sans valeur. Jusqu'ici tout va bien. Mais renversons l'hypothèst^ : Supposons que c'est l'esclave qui a été mordu par le re|itile. et que personne ne voulant sucer la plaie, c'est le fils du roi lui-même qui s'offre pour ce dangereux .service, et se dévoue à une mort certaine en vue de conserver à l'esclave sa vie (2i ... Vous avez compi'is. C'est le rôle du divin Hédempl(Mir, Jésus Christ, ((ue je viens de décrire. L'esclave, c'est nous, nous, mordus par l'infernal serpent, nous, couverts de péchés l't pénétrés de leur venin, nous, voués à une mort certaine. I>e Fils du roi, c'est le Verhe mémo fie Dieu, c'est le Fils du Roi éternel, c'est Jésus Christ accourant au secours de l'esclave, agonisant à {ietli.sémani, flagellé au prétoire, mourant sur une croix, et nous sauvant la vie en sacrifiant la sienne. Ah ! je

(I) L'hymne : Ve.tiUii n'ijis.

("1) Cefti; comparaison est oiii]trimtéc de L. dk ('■RENADK. t. ît ilc .se.s sormoiis. |i. !2()3. — Le mémo voiiorabie autour om|)loio mic autre comparaison, plu.s lamilière, à la vérité, mais plus saisissant(; oncoio : ("."est .\braham prêt à immoler son lils, et sur l'ordre de Dieu, lui substituant un bélier. Rien de ])liis eonveuabl(! ; mieux valait sacrifier lui animal (]u"uu homme. Supposons qu'il eût fait lo contraire ; (jne, pour sauver le bélier, il eût immolé Isaac : qui ne domenrerait stuitéfait d'une telle manière d'aj^ir ''.... L'application est facile.

VOUS deniaiulais grâce presque, tout-à-l'heiire, pour la vulgarité <le la comparaison. J'avais tort, car je vois l'Église elle-même qui l'emploie, et après-demain, nous l'entendrons, dans un de de ses plus beaux chants liturgiques, s'adresser à Dieu le Père, et lui dire : 0 excès incompréhensible d'amour ! pour racheter l'esclave, vous avez livré le Fils : 0 inest'nnabilis dllectio rharitatis ! ut servufn redimeres, Filium tradidisli (1).

Elle est surabondante, notre Rédemption par Jésus Christ. Saint Paul le dit, et dans les mêmes termes : Là où le péché a abondé, la grâce rédemptrice a surabondé : Ubi abundavit delictum., supercdjundavit gratla (2). Echo fidèle de tout l'enseignement chrétien, le Catéchisme Romain le répète ; la satisfaction offerte par Jésus Christ pour nos péchés, il la qualifie non seulement égale à la dette contractée, mais infiniment supérieure : Prclium ... neque debitis nostris par solion et eequalc ftdtverum en /onge superavit{?}). Enfin la raison le démontre. Rappelez-vous seulement ce que nous venons de dire tout-à-l'heui"e, à savoir que Jésus Christ, Dieu et homme tout ensemble, était une personne unique, niais personne unique divine ; ({ue les actions appartenant, non à l'une des natures à l'ex- <;kision de l'autre, mais à la personne elle-même : consé- ([uemment le moindre de ses actes, s'il l'eût fait à cette intention, aurait suffi à nous racheter ... Et voilà qu'il fait mille fois plus, et mille fois mieux; « voilà qu'il souffre et pleure dans son berceau ; voilà qu'il gagne son pain à la sueur de son front ; voilà que, pauvre et dénué de tout, il cherche une pierre pour reposer sa tète ; voilà qu'il est en butte à la haine de ses ennemis, et à l'ingratitude des siens ; voilà que son àme est angoissée par les terreurs de la mort ; voilà qu'il est abreuvé d'opprobres et déchiré de coups ; voilà que de sa tète couronnée d'épines, de son corps flagellé, de ses membres transpercés, de ses flancs entr'ouverts, le sang ruisselle et s'échappe jusqu'à la dernière goutte ; voilà qu'il expire, maudit et abandonné, sur le bois d'infamie. Ah ! ce n'est pas une rédemption,

(1) Prœcon. Pasch.

(2) Rom. c. v, v. 20.

(3) Caléch. Rom. 1. c.

XXH. — LA IJKDE.MI'TIOX PAR LA CROIX 193

mais iiiillu et mille rédemptions que je vois dans ce déluge d'Iiumiliations et de soufirances. Tous les péchés du genre humain, les plus monstrueux et l(;s [)lus déshonorants, ne sont plus qu'une goutte de fiel absorbée par cette mer immense. Nous n'avons pas besoin de calculer, il nous suffit d'ouvrir les yeux pour avoir confiance que le Saint des Saints est ouvert et que nous y pouvons entrer, puisque nous y sommes portés par le sang de Jésus Christ : Habcnles /iduciam in Introita Sanc- Inrum in sanguine (Utfisli » ri).

iMilin, elle est universelle, notre Rédemption par .Jésus Ciirist. Universelle quant au tenqîs, aucun n'est excepté; et quchpic Jour, peut-être, aurai- j(> l'occasion de vous dire avec l' Apôtre saint .lean : que l'Agneau a été immolé dès l'origine du monde, A'jnus (ircisiis est ah oriçiine mundi (2), bien qu'en fait il ne l'ait (Hé (juc dans la iii(''nitude des temps; c'est-à-dire que la Rédi^mption par Jésus Christ a eu un effet rétroactif, et que tous ceux-là furent sauvés qui crui'ent au Rédempteur à venir connne tous ceux-là le sont cpii croient au Rédempteur venu, l'uiverselle quant aux lieux ; on est vraiment pris de pitié, lorsqu'on voit, du temps de saint Augustin, je ne sais quels héréti- <|ues, ou je ne sais quels orgueilleux, délirant à ce point : de s'imaginer que les seuls Africains avaient à bénéficier de la Rédinnption (3). Non, il n'est plus de peuple à part, de peu- ))le choisi et privilégi('' , de peuple pouvant, à l'exclusion. -de tout autre, se qualifier: peuple de Dieu. Non, et pour <'nq)runter le langage de .saint Paul : il n' y a plus ni Juifs, ni (lentils, ni circoncis, ni incirconcis, ni Scytes, ni Rarbares(4) ; au l'o^ard du Rédem[)teiir, tous sontt'gaux, et partout où il y a un liomme, c'est un ciifanl de Dieu, et un racheté de Jésus Christ. l iiiviMselle enfin, non, à la vi'rité', (piant à l'efTet produit, puisque ceux-là seuls sont sauvés (]ui veulent l'être, et que beaucoup ne le veulent pas; mais du moins dans lintention de Dieu, <|ui n'a rien négligé, rien épargné pour (pie tous le fu.ssent. .\rs-ièrc par conséquent, ai'rière et loin de nous, l'hérésie de nos

^1) MoNSAlUîÉ, i'.l-""- ('.(illf.

(-) .ViMic. c. XIII, V. s.

(•)) llrcr. Hdiii. iii /'es/, pri'liuss. .S(//i;/. I.cctia S.

(i) C.01.. I'. ni, V. m.

l'I.VT. — LK SYMC. DES W. — 13.

194 LE SYiMBOl.E DES AI'OTRES

derniers temps, professant cette doctrine monstrueuse : que Dieu fait un tri dans l'humanité ; qu'en vertu de ce tri, les uns sont néc(^ssairenient sauvés, les autres fatalement damnés. Mille foisnon, il n'en va pas ainsi. .Jésus (Ihrist est mort ])0ur tous et pour chacun, autant pour chacun que pour tous ; et, selon la belle j'emarque de saint Bernard, de même que chacun des êtres créés peut dire à Dieu : Vous êtes mon (Iréateur ; semblablement cha- (fue homme peut dire à Jésus t;iu'ist : A'ous êtes mon Uédempteur (1).

Et maintenant que toutes ces choses ont été exposées, j'o.se le croire, en toute exactitude de doctrine; maintenant que notre liédemption par Jésus Christ a été démontrée véi'itable, i^ratuite, -surabondante, universelle : il faut tirer des conséquences pratiques. Mais avant de le faire, saluons encore la Croix, par laquelle nous sont venus tant de biens. 0 Crux, ave.. .

Qui ne les voit déjà, ces conséquences pratiques, même avant que je les développe, même avant que je les énonce'.'

Jésus Christ nous a rachetés, véritablement, au sens propre du mot, en toute rigueur de droit: Ad siiihihos Juris apices: nou.s .sommes donc à lui, nous lui appartenons ; il nousa acquis, non. avec or, ni avec argent, mais à prix élevé, au prix de tout son sang; il est bien Notre Seigneur: lk>))ii)ii(s nDsi.rr Jrstis Cliristiis. Et remarquez-le : ce n'est pas seulement connut^ individus que nous lui appartenons, mais encore comme être roUectif, comme société, connue peuple, comme nation. Sur sa demande, et à titi'e de compensation i)ourses prodigieux ai)aissenients, le Fils de Dieu fait honnne, Jésus Christ, a rec^ni (le son Père toutes les nations en héritage : Postula a me, et <labo tihl <ir)il('.s ItwrrdilalPiit lnam ci). () )vgne social du Rédempteur, nc^ viendrez-vous pas un jour faire; refleurir la piété, la justice, la charité, toutes les veilus qui rendent les peuples heureux, pétrir à nouveau les sociétés modernes, trop avides d'émancipation, les pénétrer de votre esprit, dans les lois qui les régissent, dans

(1) s. .\ugus.liii (lit la iiièiiie cIil'sl'. Jtrev. Iioin. Coinm. Pa.ss. 1). X. J. C. Lee t. 4.

(2) PSAL. 2.

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